‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 4)Chapitre 30 sur 63 · HOC · texte numérisé non relu

HOC

trice. ln nes agit Maintenant que de ce qui concerne

DE L'ART DES XOCOUCHEMENS. 345 ladélivrance , soit ‘que l'accouchement se termine par les seules forcés de la nature’, soit a il néces- Mitetle sédoûts de l'art ‘20 61e mbenoèr

De déux'choses l’une, ou le-centre ‘du: oh répond au milieu de l’orifice utérim; ou bien le bord de cette masse ést près de cet orifice. Dans le premier Cas, le placenta, poussé par la tête de l'enfant, se décolle circula:rement , et vient se présenter le premier à la vulve ; de sorte que la délivrance précède alors l’accoüchemenit: C'est dans cette ccon- Stance qu'il vaudrait mieux rééourir au forceps, que de retourner l'enfant et dé l’aienéer par les pieds, supposé que la fenimé füt en: danger. Mais il ne fau-

“drait jamaïs imiter-cétte imprüdente matrone!, qui, aù rapport de Baüdelücque; atracha le placenta , ét rompit le cordon près dé l’ombilic de l'enfant avant ‘de faire appeler ée célèbre praticien, pour l'aider à terminer un accouchement qu elle aväit eu la maladressé d'entréprendre.

de Dañs lé second cas, lorsque le tas n’appuie ‘que par ur de ses Hé as sur l’orilice utérin ; 1 consérvé presque toujours une partie dé és adhérénces après la sortie l’enfañt: On 'atteud'doncé alors que laétion dé Hi atricé les ait éntièrément détruites ; mais st lhémorragie persévère ou sé renouvelle , et que Ta nécessité de! délivrer la femme dévienhe ur

gêhte, on äthèvellé décollédiéht du placenta ; ‘éton ei fait l'extraction. Dès qu'il est sorti , on saisit les miétibranes auprès de cette masse , ét on léé rôtilé nl forme: ‘de corde , en tirant dessus avéc ménasetent,:

SR ont ARR OMNINDIPES me 14

pendant. qu’on: fait des frictions sur l'hypogastre ; pour solliciter les contractions utérines. Sans cette précaution , On extrairait rarement. la totalité des membranes, parce qu’ ’elles acheveraïent de se détacher circulairement, du placenta , avant de se décoller de la surface interne de la matrice.

SE CT I ox VI.

De la Délivrance après l’avortement.

Lohs tré par rapport à l’époque de la grossesse où ilarrive , l'avortement présente des difiérences sensibles et bien capableside fixer l'attention de l’accoucheur. Dans les trois premiers: mois , Si rien ne trouble la marche de la nature, la se se débarrasse de la totalité. du produit de la conception en masse , c’est-à-dire; de l'embryon et de toutes ses dépendances en même temps. Au contraire, dans les mois suivans , la matrice expulse d’abord leseaux, puis le fœtus , enfin le délivre et les membranes qui l'enveloppent, Dans le premier cas, l'accouchement est donc’unique et pour ainsi dire indivisible ; dans. le second, c’est un triple travail, ou une suite. de trois opérations bien distinctes. er

Mais d’où vient que la nature change ainsi dé pro= cédé aux différentes époques de la grossesse ? Pour quoi l'accouchement n’est-il pas toujours simple ou toujours composé ? On ne saurait s'empêcher d far mirer ici les merveilles de cette profonde sagesse , qui préside : à la génération, et qui choisit toujours les 3 voies les plus simples, les plus faciles et les

moins dangereuses pour arriver à son but. Dans les trois premiers mois qui suivent la conception , le placenta est proportionnellement plus volumineux que le fœtus , tandis qu’on observe le contraire après le quatrième mois, et durant le reste de la grossesse. Que doit-il résulter de là ? que dans le premier cas, cette masse peut être long-temps retenue dans la matrice, quoique le fœtus encore très-petit en ait été expulsé , et que, dans le second, elle sort avec moins de difficulté , à cause de l’issue qui lui a été déjà préparée par un corps plus volumineux. De là, toute la différence entre la délivrance après l’avortement ou la fausse-couche ; et celle qui suit l’accouchement naturel et à terme.

En effet, supposons que les De are des le commencement de la grossesse , viennent à se déchirer, avant que l’orifice utérin soit assez dilaté pour livrer passage à l'œuf tout entier. Qu’arrive-t-il ?

embryon ou le fœtus, à peine ébauché, est pour

ainsi dire emporté par le flot des eaux, tandis que le placenta reste tout entier. La matrice perd en parte sa contractilité, que le prélude douloureux de l'avortement avait excitée, et tombe dans une inertie plus ou moins longue; enfin, l’orifice de ce viscère se resserre pendant cet intervalle, et la délivrance en est plus ou moins retardée. Encore le mal ne serait-1i que de peu de conséquence, si l’hémorragie ne venait quelquefois le compliquer, et répandre du doute et de l'inquiétude sur le sort de la femme.

"e ARE ROMEO PAC TARA HA °F: men est pas de mème lorsque Ta pute dé Eaux $e rompt dansé imomént convenable, après le troisième ‘ou quatrième mois jusqu’au terme de la grossesse. Le fœtus, devent alors plus volumineux que le délivre, ; né sort qu 'après l'évacuation deseaux, et facilité la voie à cette masse fongueuse , qui ne tärde pas d'être expulsée, St tout se passe Comme il convient. Cette succession dans les périodes de l’accouthement entre même en quelque sorte, dans le plan ou dans les vues de lanature ; car si la fémnie sé ‘débarrassait alors du produit de la conception tout entier, ou du fœtus'aveé ses dépendances, ‘lafia: tricé risquerait de totmber dans l'inertie accident qui pourrait avoir FACE suites piés ou moins alar: inantes: NES 29 9) e JSLIQ ES ‘Quelle est doné Ja ccarate que Pace ao ténir auprès d’une femme menacée d’avorter ou de faire fausse-couche ? Si cet accident arrivé peñdant | lestroïs prémiers MôIS , qu ‘il sé donne bien de garde de romipré la poche dés eaux; et'si cette rupture'a Heu ‘spôntänénient, qu’ 41: introduiée ‘uñ ‘ou deux doigts dans l'orifice de l'utérus , Por le Y empécher dé sé SOA tESCtE et pour exciter en! méme temps l'ai tion éxpultrice de ce viscèré. En général, où doit ati téndre aVec patience l'expulsion de l'œuf toubentier dans Vavôrtément ; mais Cetté RO n’ést plus de rigueur après les prérhièrs fn mi ois ; elle pourrait même déveñir contraire aux principes ‘de l'art ; si Vorificé de Vutérus était assez oùvért pour donner issue au fœtus et au délivre tout à la fois. LE

1 Ces ‘maximes, immédiatement: fondées’ sur ‘a ds et l'expérience , ne sauralent être trop médi: tées par les señs de l'art, qui se livrent aux accouchemens ; cars srellés sont scrupuleusement observées, ellés préviennent toutes” les difficultés qui concernent Aa délivrance après l’avortement. |

Mais un praticien, quelque prudent et habile qu’il soit, peut être appelé auprès d’une femme chez laquelle le délivre est retenu dans la matrice après cet aécident:1Cômment donc viéndra-til à bout de l'extraître alors ? Sérace en tirant sur le cordon ombilie Cal 2mais il est si grêle ; qu'il résisterait à peine à la plus lésère traction. Ira-t-il lé chercher dans la matricé ? ais da vulve et l'entrée! du vagin : ‘sont si étroites , que la maïn ne saurait les franchir sans leur fäiré viôlence, et sans frire beaticoup souffrir : la femme. D'aîleurs, l’orifice de la niatrice à: “peine éhtfonvert, nw’admét tout au plis que l'extrémité d’un ou ‘deux doigts qui, ‘au lieu ‘d'égiraire cette masse , ne font 7. la 4 trs Se à SABRE obeictr aug

Tant de difiénités doivent die été hits iris coucheür ! É suspendre toute! tentative violente soit avec la maëni, soit avec des instrument, pour opérer la délivrance; suttout lorsque Ta femme ne court d’ailleurs aucun danger. S'il'ést'absolument impos- Sible d’extraïre le Placénta, qu'on le laisse, ef qu’on prenne seulement les mesures nécessaires pour en prévenir la putréfaction. Cependant, si une partie de cette masse vieni à faire saillie dans le vagin,

qu'on Ja saisisse au moyen de deux doigts ou de la pince à faux germe de Levret, pour tâcher de l’ébranler et d’entrainer le reste, mais sans la déchirer. Dans aucun cas, le salut des femmes n’est désespéré, parce que le délivre.est retenu dans la matrice. Certaines le rendent bientôt par portions ou en détail ; d’autres le conservent pendant plusieurs mois, pour … le rendre ensuite en totalité et plus ou moins desséché.

Survient-il une Lee ; Ou elle est peu abondante, ou \bien ‘elle est assez considérable pour mettre la femme en danger. Dans le premier cas, on secontente d’exciter vivement les contractions de la matrices dans le second, on tamponne le col. de ce viscère et le vagin, soit avec un morceau d’agaric ou d’amadou, soit avec de la filasse ou de la charpie trempée dans l’oxycrat, qu’on soutient convenablement. Le sang arrêté par cette espèce de digue se coagule ; bientôt après le caïllot irrite la matrice; ce. viscère se contracte avec plus de force; la débâcle arrive, et tout est expulsé. Mais le tampon que l'on conseille dans les premiers mois de la grossesse, époque où la cavité de la matrice est encore peuéten: due, ne pourrait avoir que les suites les plus facheuses après le quatrième mois, jusqu’au terme de la:gros+ sesse , lorsque la capacité de ce viscère est devenue assez spacieuse pour contenir une. grande quantit é de Le | jh 2e

“SECTION VIl.

De la Délivrance dans le cas de grosssesse composée ou de jumeaux.

Lorsqu'il y a plusieurs fœtus dans la matrice, chacun peut être renfermé dansses propres membranes, et avoir son placenta distinct; ou bien les placenta de tous ces jumeaux peuvent être tellement confondus, qu’ils ne semblent former qu’une seule masse. On conçoit donc que , dans le premier cas, après la sortie de chaque enfant , son placenta peut venir se présenter à l’entrée du vagin, tandis que cela est impossible dans le second.

C'est d’après cette différence que l’accoucheur doitse conduire, en délivrant la femme dans le cas de grossesse composée. Le placenta du premier enfant se présente-t-il aussitôt qu’il est né, on peut en faire l'extraction sur-le-champ. Mais il ÿ aurait alors des inconyéniens à entreprendre la délivrance, siles placenta des jumeaux avaient des rapports ou des connexions intimes; car, en tirant sur le cordon ombilical de l'enfant déjà sorti, on extrairait non-seulement son arrière-faix, mais on risquerait encore de décoller , et d'entraîner celui du second : ce quipourrait donner lieu à une hémorragie dangereuse. Il faut donc alorsne procéder à la délivrance qu'après l’expulsion de tous les jumeaux. La ligature, que les praticiens placent sur le cordon du premier né, en attendant que la matrice expulse le second, peut n'être pas nécessaire, mais elle n’est pas non plus

350 e LOPRINCIPES inutile, attendu qu'il,peut exister, des communications vasculaires d’un placenta à à l’autre.

’Sien tirant ensuité surles cordons assemblés , où trouvait trop de difficulté à extraire l’arrière-faix rrécessairément plus volumineux qu'à ordinaire , on n’agirait que sur le cordon du placenta qui se présenterait lé preinier, et on tächerait de faire passer ces deux masses l’une après lautre. Si lon trouvait encoré de l4 résistanéé, on saisirait l’arrièrécfaix avec la main pat un de’ses bords.

Physiologie, et Hygiène de la femme en couches.

Ce serait une grande erreur de croire és V'accouchement, tel: que nous l'avons examiné, soit une maladie proprement dite, puisque‘tout s'y passe conformément au vœu de la nature: À la vérité , la femme souffre pour se débarrasser du produit de la conception; on dirait même que tout son corps, s’ébranle et se disloque, pendant que l'enfant tra-1 versé la filière du bassin: Mais que! ces douleurs-etl ces agitations sont différentes de celles qui tiennent: x une lésion d'organes où: de fonctions ! Elles n’ont ni la mêmé cause, nilernème caractère, nila même: continuité: D'ailleurs, lés:suites emsont rarement fachétises par elles-mêmes , attendu: qu’ellesesont aussi naturelles que le principe d’où: ellés.dérivent. Ék üh mot, l’état d’une femme nonvellemert accouché appartient plis h la physiologierqu' à la patho-!

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 35t

logie, et les ressources de la thérapeutique y. sont moins indiquées et moins nécessaires que les préservatifs de l'hygiène, Exposo ns donc succinctement les principaux phénomènes qui suivent l’accouchement nature}, afin de mieux faire sentir utilité des soins que la femme exige après la délivrance et pendant tout le temps des couches.

ARTICLE PREMIER

Des suites de l’ Accouchement naturel.

Quand on se représente les efforts de la femme en travail, surtout dans un premier accouchement, faut-il être surpris qu’elle en soit fatiguée et même harassée ? Aussi, dès qu’elle est délivrée, malsréle plaisir qu’elle éprouve d’être mère, se plaint-elle toujours d’un sentiment de faiblesse ou delassitude 1} comme après un exercice violent ouunemarche for: cée. I] lui semble pendant quelque temps que tout son corps ait été meurtri, comme dans une cour bature générale, Ses membranes sont endoloris; le bas-ventre, a;mätrice et la vulve ont plus de sensibilité; le visage est moins. coloré; l'œil moins vif, la voix moins sonore, le pouls moins fort; et moins fréquent; la femme ne.sent plus la même chaleur; quelquefois tout son corps frissonne: Pendant le travail, tout était dans l’état d’érétismeet de tension; . après laccouchement , tout est dans l’état d’atonie | et de relichement. La femme-ne ‘soupire plus qu'après le repos; quelquefois: même elle s'endort sur le lit de travail, et ce premier somnreiliest uix

bienfait de la nature, qui ne contribue pas peu à la. délasser et à réparer ses forces.

Cependant cet état de faiblesse et de prostration qui succède à l’acéouchement , n’est que momentané; bientôt les propriétés vitales reprennent de Vénergie ; la chaleur se ranime, le pouls se réveille, une légère moiteurse répand uniformémentsurtoute la surface du corps, et la femme éprouve un sentiment de bien-aïise qui, en lui faisant oublier les dou leurs de l’enfantement, lui laisse l’intime conviction d’une santé entière ou facile à réparer.

La matrice en particulier offre des phénomènes qui méritent de fixer l'attention du médecin-accoucheur. Aussitôt qu’elle est débarrassée du produit de la conception, elle se resserre par sa contractilité naturelle; mais elle ne revient pas sur-le-champ à son volume ordinaire; ses parois restent encore plus ou moins engorgées , et les différens fluides qui les abreuvent, ne s’en expriment que d'une manière lente et successive. Dans les premiers momens après la délivrance, on voit couler par la vulve un sang pur qui s'échappe par les extrémités encore béantes des sinus utérins; au bout de quelque temps, il ne sort plus que des caillots noirâtres plus ou moins: volumineux. À mesure que la matrice se contracte À les vaisseaux en deviennent plus tortueux ; et per dent de leur calibre. Passé les premières vingt-quatre heures, il ne coule par la vulve qu'une sérosité roussätre, qui prend bientôt une apparence puriforme k et qui ne se supprime que pendant la fièvre de lait.

Enfin, cette espèce d'écoulement ntérin devient

blanchâtre , et acquiert une odeur particulière, à

laquelle un accoucheur exercé ne saurait çe mé-

prendre ; les taches qu'il laisse sur le linge ressemblent à peu près à celles du lait.

Felles sont donc l'origine, la marche et la distinction des lochies ou vidanges que les auteurs , plus attentifs à la couleur qu’à la nature de cette excrétionutérine, divisenten sanguines, enséreuses, et en puriformes ou laiteuses.

Les premières ne durent guère que pendant vingtquatre heures, les secondes pendant trente:six ou quarante-huit heures, jusqu’à la fièvre de lait; les dernières se prolongent pendant quinze ou vingt Jours, quelquefois jusqu’à six semaines ; à cette époque il est fort difficile de les distinguer d’avec la leucorrhée ou fleurs blanches, auxquelles tant de femmes sont sujettes, surtout dans les grandes villes.

Quelle méprise ne serait-ce pas de comparer, comme l'a fait Van-Swieten, ces trois espèces de lochies aux phénomènes que présente une solution de continuité, par exemple, une plaie ! Dans celleci, le sang coule d’abord à cause de la division des vaisseaux ; bientôt après il ne suinte plus de ses bords qu’une sérosité roussâtre > Qui disparaît durant l'inflammation ; enfin, la Suppuration arrive, les bords s’affaissent, et la cicatrisation s'opère. Mais après l'accouchement naturel » que voit-on de semblable dans la matrice ? D'abord, ce viscère ne souffre aucune sorte de lésion ; car le placenta

so PRINCIPES |

‘et les membranes n'étant que contigus à sa surfacé interne , leur décollèment ne peut être une véritable déchirure , comme le supposait le célèbre commentateur de Boërhaave ; donc on n’a point à redouter l’hémorragie, linflammation, ni la suppuration qu’on observe dans une plaie ; et la prétendue analogie de ces phénomènes avec ceux des lochies n’est rien moins qu'exacle. Si la matrice, après l’accouchement, rend d’abord du sang pur, et ensuite une sérosité dont la couleur ressemble à celle du pus oudu lait , ce n’est pas parce qu elle s’est enflammée, mais parce qu’elle achève de se dégorger pour revenir à son volume naturel, Les lochies ne ressem— blent pas non plus aux fleurs blanches, quant à leur origine; car celles-ci tiennent à une irritation accidentelle de la membrane interne de la matrice ; et celles-là ne sont qu’un effet de la contraction naturelle de ce viscere.

Quoi qu'il en soit de la manière d'expliquer la génération des lochies, cette espèce d’excrétion utérine varie suivant une foule de circonstances , tant indivi< duelles qu'hygiéniques, telles que le tempérament ÿl la constitution, l’âge et la manière de vivre de læ femme , le régime qu’elle suit dans ses couches, læ sensibilité propre des organes génitaux, la saison ; le climat, l’état habituel de la menstruation, les: affections morales. L'expérience atteste aussi que l'allaitement diminue l'abondance et. la durée des lochies. Mais rien n’est moins prouvé que influence attribuéé par Hippocrate, au’ sexe de l'enfant su£

l'écoulement lochial de la mère. Une fille n’est ni plus impure qu’un garcon, ni plus propre à pro longer la durée des vidanges. | Les parois de la matrice ne se dégorgent pas tou- Jours avec facilité, parce que les extrémités de ses vaisseaux sont dans un état de spasme ; d’ailleurs les caillots qui se forment dans la cavité de ce Viscère , après l'accouchement naturel > peuvent y être retenus plus ou moins de temps, à cause de leur volume excessif, ou à cause du resserrement de l’orifice utérin, De là de nouvelles contractions et de nouveaux efforts pour les expulser; de là enfin ces douleurs plus où moins semblables à celles du travail , et auxquelles on a donné le nom de franchées utérines. Elles sont plus ou moins aiguës, suivant la sensibilité de l'individu » et surtout de la matrice en particulier. On les observe plus tôt ou plus tard, mais toujours dans les premieres vingt-quatre heures qui suivent la délivrance ; leur durée varie depuis un ou deux jusqu’à trois ou quatre jours. La femme en est peu tourmentée après un long et pénible accouchement , soit parce que la matrice à eu plus de temps alors pour se dégorger durant le travail! soit parce que son orifice >trop relâché, ne peut se contracter que faiblement pour s'opposer à l'issue des caillots. Voila sans doute pourquoi , après le premier accouchement, qui , toutes choses égales, est plus long et plus difficile que les autres, Pabsence des tranchées utérines dédommage de la violence et de la durée des souffrances qui ont précédé.

lt PRINCIPES

Cès sortes de douleurs consécutives, quand elles sont causées par la résistance d’un caillot , s’étendent et se dirigent du nombril vers le siége , comme celles du travail. Elles ne sont pas continues ; elles sont au contraire entrecoupées par des intervalles qui deviennent de plus en plus longs, et dans lesquels rien ne coule de la matrice. Seulement le calme qui succède à chacune de ces quintes douloureuses, est marqué par un catllot ou par un liquide dont la femme se sent mouillée. Tels sont les caractères qui distinguent cette espèce de tranchées, d'avec celles qui sont occasionées par l’engorgement des parois. de la matrice ou par la crispation de ses extrémités artérielles. Celles-ci attaquent ordinairement les femmes qui sont tourmentées de coliques durant la menstruation ; elles sont plus douloureuses et plus opiniätres que les précédentes, et ne sont point suivies de caillots de sang. Enfin elles laissent la matrice volumineuse etson orifice toujours ouvert; d'ou if résulte que le sang coule en même temps.

Du troisième au quatrième jour après la délivrance, quelquefois plus tôt, rarement plus tard, lorsque les | lochies puriformes cessent , et pendant que les tranchées durent encore , il s’opère, dans toute l’économie de la femme , une espèce de trouble ou de révolution éphémère, à laquelle on donne le nom de fièvre de lait ; peut-être mériterait-elle encore mieux celui de fièvre puerpérale , parce qu’elle est une suite naturelle de l'accouchement. Quoi qu'il en soit , les physiologistes ne sont pas d'accord sur

la cause de ce mouvement fébrile. Les plus vulgaires l'attribuent au reflux du lait qui, après l’accouchement , se porte de la matrice aux mamelles, comme si ce liquide avait été destiné à nourrir le fœtus durant la grossesse, ou ne s'était pas déjà formé dans . le sein de la mère avant la fièvre de lait, et même quelquefois avant le travail de l’enfantement. Van- Swieten , en adoptanten partie l'opinion précédente, regarde cette fièvre comme un effet de l’inflammation et de la suppuration utérines qui succèdent à la délivrance. Mais nous avons déjà fait sentir tout le vide et tout le ridicule de cette hypothèse. Enfin, ne serait-ce pas confondre l'effet avec la cause , que d'attribuer uniquement la fièvre de lait à la disten- sion des mamelles, comme l’enseigne le professeur Monteggia ? Tout nous porte donc à croire que cette révolution laiteuse n’est qu’une sorte de crise provoquée par la nature, pour rétablir l'équilibre dans tout l'organisme de la femme. En effet , pendant la grossesse , la matrice était devenue un centre d'action ou de vitalité, qui maitrisait, pour ainsi dire, toutes les fonctions, et les faisait concourir d’une manière plus ou moins immédiate au développement du fœtus. Mais l'accouchement terminé, ce viscère se contracte , et repousse les mouvemens fluxionnaires qui venaient y aboutir, et dont il n’a plus que faire. De là cet embarras momentané, cette plethore vasculaire, en un mot, cette réaction fébrile qui n'est que le premier degré de la fièvre inflammatoire , et dont le résultat est la direction des proprié

Ex:

358 PRINCIPES tés vitales vers les mamelles, où elles augmentent et perfectionnent l’excrétion laiteuse.

Toutes les femmes ne sont pas également disposées à la fièvre de lait. Celles dont ia transpiration est très-abondante en sont presque exemptes; ilen est de même de celles qui nourrissent, de celles qui ont peu de lait, de celles qui se livrent habituellement à des travaux pénibles, de celles qui vivent avec s0briété, et de celles qui ont des règles modérées. Quelques praticiens assurent avoir observé cette fièvre durant le travail; mais il est difficile de concevoir une telle anticipation, surtout quand l’accouchement est naturel. Si la révolution laiteuse n’a pour but que de favoriser la sécrétion ou l’élaboration du lait dans le sein, pourquoi s’opérerait-elle

avant que le fœtus ait cessé de communiquer avec

la matrice, ou avant qu’il soit ve nu au monde ?Ilest vrai que, chez plusieurs femmes , les mamelles sont gorgées de lait avant l'accouchement, ou pendant les derniers mois de la grossesse ; mais ce n’est point

là un effet de la fièvre dont nous parlons. Ce n'est »

qu’un résultat de la sympathie ou correspondance entre la matrice et les mamelles : sympathie admirable que le père de la médecine'avait si bien observée, et qui démontre que l'intention de la nature n’est pas d'abandonner l'enfant après sa naissance.

Au début de la fiévre de lait, la nouvelle accouchée ressent un peu plus de malaise qu'à l’ordinaire; sa peau est plus seche; ; quelquefois elle éprouve des frissons vagues. Peu de temps après il se forme

Cu

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 559 vers le sein une sorte d'irradiation que des physiodogistes attribuent à l'ascension du lait; les mamelles se gonilent, se tendent, et deviennent douloureuses ; 1l s’y manifeste des élancemens; les lochies se suppriment ; peu à peu le pouls s’anime et s’accélère ; la respiration se presse , la chaleur augmente ; le visage se colore ; les yeux étincellent, la soif est plus ou moins vive ; il y a constipation , mal de tête, quelquefois une sorte de léger délire où de révasserie. Dans la plus haute période, le gonflement du seih se propage jusqu'aux clavicules et aux aisselles. La femme alors est obligée d’écarter les bras, qu’elle ne peut approcher du tronc sans souffrir ; la respi= ration est plus ou moins gênée.

Cet état d’érétisme ou d’excitation ne dure guère que vingt-quatre heures, au bout desquelles 1l survient une détente générale. Alors tous les symptômes s’apaisent, les lochies reprennent leur cours, la femme se plaint de picottemens incommodes, et se sent bientôt inondée d’une sueur abondante , dont l'odeur aigre fait croire au vulgaire que le lait s’é- Chappe par les pores de la peau. Le gonflement du sein diminue aussi, et le lait coule, pour ainsi dire, à flots. C’est ainsi que se juge la fièvre de lait, et que le calme se rétablit dans toute l’économie.

On peut encore considérer comme une dés suites de l'accouchement , même le plus naturel, le relàchement des parois abdominales , ainsi que les rides eu les vergetures qui en sillonnent la surface cutanée. La matrice , en se développant d'une manière lente,

mais continue et graduée , repousse le peritoine, les

muscles abdominaux; le tissu cellulaire et la peau. Distendus outre mesure, pendant la grossesse, et fa-

tigués par le travail de l’accouchement , ces organes

tombent, après l’expulsion du fœtus, dans une sorte

d’atonie qui ne leur permet plus de recouvrer

leur ancien état. C’est de cette même cause que

dépendent la disposition à la lipothymie ou à la syn-

cope , et l’engorgement des viscères abdominaux

chez la femme qui vient d'accoucher. Le vide plus

ou moins prompt de l’abdomen, joint au reläche-

ment de ses parois, fait que le sang et les autres fluides n’éprouvent plus la même résistance en parcourant les vaisseaux qui arrosent cette cavité splanchnique. Ils y affluent donc des parties supérieures et s’y précipitent ; comme après la déplétion trop

subite de l’abdomen chez un kydropique à qui l’on a fait l'opération de la paracenthèse.

ARTICLE IL

Des soins que la fernme exige après la Délivrance.

Si la femme n’est point malade après un accouchement naturel, elle est au moins disposée à le devenir; car elle a été plus ou moins affaiblie par le travail, et sa sensibilité s’est exaltée; la matrice conserve plus de volume et de pesanteur qu’à l'ordinaire, ce qui la rend plus sujette à se déplacer; les parois abdominales sont flasques et presque sans ressort ; le vagin et la vulve ont été distendus , froissés, contus par la tête du fœtus ; enfin, les lochies peuvent se

DE L'ART DÉS ACCOUCHEMENS. 36% déranger , et la révolution du lait peut être plus ou moins orageuse. Concluons donc que, si la femme doit se passer de médicamens après un accouchement conforme au vœu de la nature, elle a néanmoins des précautions à prendre ou des écarts à éviter, jusqu’à ce que tout soit rétabli dans l’ordre.

Immédiatement après la délivrance, que laccoucheur s’empresse de porter une main sur l’hypogastre de la femme, pour examiner si la matrice se coutracte, ou revient sur elle-même. C’est alors un bon signe que de trouver au dessus du pubis et sous la vessie un corps de la grosseur du poing, dur et arrondi; c’est une preuve que la matrice jouit de sa contractilité, et qu’on n’a point à craindre l’inertie de ce viscère, ni l’hémorragie qui en dépend. Que si lon trouve, au contraire , en palpant lPhypo- Sastre , un corps mollasse et sans énergie, il faut y pratiquer de légères frictions , pour exciter les contractions utérines. La main ne découvre-t-elle rien qui indique la présence de la matrice, ou sent-elle un vide en forme de cul-de-lampe, il est à craindre que ce viscère n’aïît été entrainé ou son fond renversé par la délivrance ; on s'en assure alors, en introduisant sur-le-champ le doigt indicateur dans le vagin, et on prend les mesures nécessaires pour replacer ou réduire la matrice. |

Lorsque ce viscère s’est dégorgé, et qu’il ne rend plus de sang liquide, il faut changer la femme de lit, à moins qu’on n’ait à craindre des accidens. Plus on la laisse sur le lit de travail après la délivrance , plus

562 PRLNCIPES

elle est agitée ensuite, quand elle passe dans celuï où elle doit rester le temps des couches. D'ailleurs, le repos qu'elle prendrait sur le premier, ne serait qu'imparfait et peu salutaire, à cause de l’ordure et ” de l'humidité dégoütante où elle croupirait.

Qu’on se garde bien de permettre à l’accouchée

de se tenir debout ou de marcher pour se rendre à

son lit; 11 faut qu'on l'y transporte ; mais avant on a

soin dela changer de linge. Onrenouvelle sa coiflure, surtout quand elle a sué pendant le travail, et on couvre plus ou moins sa tête, suivant l'habitude et a saison; on Jui passe une chemise propre, pour l'ordinaire fendue en devant, qu’on a soin de sécher et de chauïfer légèrement ; on garnit son cou et ses épaules d’un fichu , et on lui fait endosser une camisole plus où moins chaude, suivant la température habituelle de l'air. On lui applique aussi une serviette ouvrée ou un morceau d’ouate sur le sein, pour le garantir du froid, si c’est en hiver ; et on lui entoure le ventre d'un bandage médiocrementserré, ou d'une ceinture élastique, pour en soutenir les pa-

rois, pour prévenir la syncope, ainsi que la hernie

etl’engorgementdes viscèresabdominaux; peut-être

aussi pour favoriser l'écoulement des lochies,.et pour rendre les tranchées plus supportables, en fournissant un point d'appui à la matrice. |

Il est dés femmes qui compriment leur sein, el y appliquent même des topiques astringens, pourempêcher le lait des’ y porter,.et d’en altérer la forme où Ja beauté; c'est à l’accoucheur de s'élever contre

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 3065 de tels abus, et d’en faire sentir les dangereux inconvéniens. Une mère peut-elle être assez légère et assez imprudente pour acheter, au prix de sa sante et de sa vie , le futile avantage de conserver quelques appas ? Peut-il y avoir pourelle de plaisir comparable à celui qu’elle goûte en allaitant ses enfans & ?

Peu, Mauriceau et de Lamotte sesont aussi récriés contre 1e bandage de corps; mais loin de le proscrire entièrement , ils n’en ont condamne que le mauvais usage. Il y a des femmes qui, pour diminuer leur ventre après l'accouchement , pour en prévenir les rides , et surtout pour recouvrer cette finesse: de taille que la grossesse avait fait disparaitre , se font, pour ainsi dire, garrotter le corps au dessus des hanches, et s’exposent ainsi à l’inflammation des viscères abdominaux , à la suppression des lochies, à l’apoplexie , etc. Or , de tels accidens ne sont point àcraindre, quand on applique sur le ventre de l’accouchée un bandage simplement contentif, tel que le conseillent Smellie, Antoine Petit, Baudelocque, Alphonse Le Roi, et tous les bons praticiens.

Deux serviettes suffisent pour ce bandage ; l’une, douce et mollette.;. est pliée en forme de carré où de triangle , etappliquéesur l'hypogastre; l’autre, plus forte , est pliée en long , et fait le tour du corps. Comme le volume de la matrice diminue chaque jour , et que le ventre s’affaisse, ce bandagese relâche, et se déplace nécessairement ; on doit donc le renouveller de temps en temps, et le serrer un peu plus chaque fois.

La femme ainsi habillée, le sein garni, et le ventre soutenu , on essule légèrement avec une éponge trempée dans l’eau tiède, ou dans une décoction mucilagineuse , les parties génitales externes , et le haut des cuisses , qui ont été plus ou moins souilles de sang. On applique ensuite contre la vulve, sans la boucher exactement, un chaufloir ou un linge plié en plusieurs doubles, blanc de lessive, sec et pas trop rude ni trop froid. Enfin, on transporte la femme dans sonlit, qu’on a soin de préparer d'avance, en le garnissant de draps blancs , d’alèzes et de couvertures , suivant la saison. Si le temps est rigoureux, | on y passe la bassinoire pour en ôter l'humidité ; mais alors on attend que les vapeurs, dégagées de la braise ou du charbon, se soient dissipées , avant d'y placer la femme. : |

Tels sont les soins qu’exige l’accouchée depuis la délivrance jusqu’à ce qu’elle soit dans son lit. Pas-

oyme de la femme

sons maintenant aux soins et au rég

en couches.

ARTICLE ÏIIL.

Des soins et du régime des Femmes en couches.

: Que l'appartement de la femme en couches soit parfaitement sain; qu’on le choisisse commode, vaste, propre, bien aéré, loin du tumulte.et du grand bruit. Celui qui donne à l’est ou au nordrest préférable à celui qui regarde le midi ou le couchant. En hiver, on y allumera du feu pour en adoucir la température, et pour en dissiper l'humidité. Dans le cœur de l’été, on y entretient une douce frai-

cheur , en y tenant de l’eau en évaporation , ou en Varrosant de temps en temps. L'air doit être pur et exempt de tout mélange nuisible ou délétère , tels que la vapeur du charbon , les miasmes des marais où des hôpitaux, les émanations des latrines , l'odeur des poëles , et même de certaines fleurs qui portent à la téie; qu’on le renouvelle aussi de temps en temps pour le purifier , le matin en été, et l’hiver à midi ; qu’on enlève soigneusement l'urine, les excreémens, le lingesale et surtout l’arrière-faix , après que la femme est délivrée. Le jour, lorsque la umnère sera trop vive, on cn modérera l'impression en fermant les volets, et la nuit on se contentera d'allumer une simple veilleuse, qu’on aura soin de cacher dans la cheminée , ou de placer dans une pièce voisine. Le lit de l’accouchée doit tenir un juste milieu entre une dureté excessive et une mollesse voluptueuse. Il ne sera placé ni dans l’endroit où l’air circule trop librement , comme auprès de la porte ou des croisées, ni dans celui où il croupit, comme dans les alcoves trop enfoncées: les rideaux n’en seront jamais fermés exactement, que pendant le renouvellement de l'air. C’est ici que la plus grande propreté est nécessaire ; qu'on change donc les alèzes, les chaufloirs, les bandages, même les draps et les linges de corps, toutes les fois qu'ils ont été mouillés par la sueur ou salis par l'écoulement des vidanges. Rien de plus opposé aux préceptes de lhygiène que de laisser la femme dans les mêmes vétemens jusqu’au septième jour; il faut seulement

566 | | PRINCIPES avoir l'attention, quand on la change , de n’en jamais donner de froids ni d’humides. ms ARNO ai Antoine Petit conseillait aux femmes de se faire couper les cheveux avant d'accoucher ou à la suite des couches, pour favoriser la transpiration de la tête ; mais cette pratique ne serait pas moins dangereuse ici qu'après une maladie aiguë. La chevelure est le vêtement naturel de la tête; l'en dépouiller , c'est l'exposer à l'impression plus ou moins brusque du froid , et aux maux qui en dérivent, surtout lorsque le corps a été plus où moins affaibli ; comme après l'accouchement. Que la femme qui porte de la poudre se peigne à fond avant d’accoucher, c’est une très-bonne précaution. En se décrassant ainsi la tête, elle prévient la céphalalgie, et peut-être aussi des éruptions que causeraient la pommade et la poudre ‘en s'échauffant ou en s’altérant sur le cuir chevelu. Chez la femme en couches, on doit surtout avoir soin d'entretenir la propreté de la vulve et des parties génitales externes. On y fera donc de temps en temps deslotions adoucissantes avec quelque décoction mucilagineuse , telle que l’eau de suimauve , ou le lait dans lequel on aura fait bouillir une poignée de cerfeuil. Qu'on se garde bien d’y appliquer des

spiritueux ou des astringens; Car, Outre que ces to-

piques pourraient supprimer les lochies, et enflam: mer les parties déjàirritées par le travail de l’accouchement, ils ne produiraient point l'effet qu’on leur attribue et qu’on désire, de rendre à la vulve sa tonicité et son élasticité naturelle. Si l'on est obligé de

consentir à de telles applications, que ce né soit aù moins jamais pendant les premiers jours des cou ches, mais seulement après l'écoulement des lo chies , époque où elles peuvent être inutiles, mais jamais nuisibles. | | | Quels alimens faut-il accorder à la nouvelle accouchée ? doit-elle observer une diète sévère, comme si elle avait été dangereusement malade? Non: celle qui nourrit n’a presque rien à changer à sa manière de vivre ordinaire, parce que les suitesde sés couches sont rarement orageuses ; quant aux autres, on doit avoir égard à l’âge, au tempérament, à l'appétit et à l'habitude. C’est un usage assez généralement reçu de leur faire prendre un bon consommé ou un verre d’eau rougie après la délivrance ; ensuite on leur sert deux ou trois potages par jour , au riz où autrement, jusqu’à la fièvre de lait, pendant laquelle on ne leur donne que du bouillon ét de la Usane; mais, après cette révolution, on leur permettra un peu de légumes bien préparés, des œufs frais, du poisson léger, du poulet rôti ou bouilli. Toutes les femmes n’ont ni le même goût; n1 la même force digestive : elles ne peuvent donc prendre toutes n1 la même qualité ni la même quantité de nourriture. Dans le repas, on leur donne pour boisson un peu de bon vin COUPÉ avec un tiers ou parties égales d’eau. Dans les intervalles , rien de plus propre à prévenir ou à modérer la soif, que l’eau d'orge, de chiendent ou de réglisse , l’eau sucrée ; où eau commune édulcorée avec un peu de sirop

de guimauve, de capillaire, de vinaigre ou de groseille , suivant les circonstances. Une légère infusion de fleurs de tilleul, de camomille ou de feuilles d’oranger , de menthe ou d'hysope, est plus ou moins indiquée, selon que la femme est nerveuse, tourmentée de flatuosités ou dans un état de relàchement. Que l’accoucheur ne soitjamais assez complaisant pour permettre certaines boissons usitées parmi les femmes du peuple, telles que les rôties au sucre et à la cannelle , l'eau-de-vie, le café pur, etc. Ces liqueurs excitantes et incendiaires, tout au plus tolérables chez la femme faible et lymphatique, produiraient les plus grands désordres chez celle qui serait naturellement sanguine et irritable.

Des accoucheurs placent l’accouchée horizontalement sur le dos, et lui interdisent toute espèce de mouvement pendant les premières vingt-quatre heures ; mais à quoi bon cette gène, surtout quand il n’y a point d'accident à craindre ? Rien ne délasse autant la femme quela liberté dese mouvoir dans son lit, de se placer sur le côté ou de se lever sur son séant. Cette dernière attitude peut même favoriser l'écoulement des lochies, dissipes le mal de tête, l'anxiété ou le malaise que peut causer le séjour du lit.

. Adopterons-nous la pratique de De Lamotte, qui défend à la femme de dormir pendant les trois ou quatre premières heures après l'accouchement, sous prétexte de prévenir une perte utérine ? Mais cet accident serait-il donc moins à craindre chez la

femme qu'on 1rriterait en la tenant éveillée, pendant qu elle serait invinciblement portée au sommeil ? D'ailleurs, cet état de repos s’opposerait-il : à la

contraction de la matrice, et l'expérience ne confirme-t-elle pas que onbée de femmes s endorment immédiatement après être accouchées, sans périr d'hémorragie ? Une précaution bien plus salutaire pour la femme, c’est qu’elle nese livre à aucun exercice avant la Sal de laitset s’il est nécessaire de faire son ht, ou d’en changer les draps et les alèzes, qu'on. la transporte sur un autre préparé à cet effet. Elle peut se lever un peu chaque jour, après la révolution laiteuse; mais elle ne doit marcher ou rester debout qu'après neuf ou dix jours ; encore si les symphyses Ou articulations du bassin avaient été excessivement relâchées durant la grossesse, ou fatiguées par le travail, devrait-elle garder le lit pendant plusieurs semaines , et observer le repos, sous peine de claudication. Quant à sa première sortie, elle fera trèsbien de la différer jusqu’à la cessation des lochies, et elle choisira Pour cela un jour où l’air ne sera ni froid ni hamide ; elle aura soin de se bien vêtir, et si la relision la conduit au temple, qu’elle y soit peu, a genoux ; et qu ‘elle y reste seulement le temps nécessaire pour la cérémonie ; qu’elle n’oublie pas surtout - ce jour-là de porter son bandage de corps : on ne doit le quitter qu’au bout de six semaines ou de deux “mois, et la prudence veut que, pendant Cet intervalle , on évite soigneusement tout ce qui peut être contraire à la santé, tels que les ali

370 + "PRINCIPES mené dé mauvaise digestion , les exercices qui fatiguent, elc. 1e 1e | ! Rien de plus vulgaire que d'attribuer au laitla plupart des maladies qui attaquent les femmes, même long-temps après leurs couches. De là aussi l’idée trivialé dé lait répandu où dévié, et cette foule d’antilatteux qui sarchargent les anciennes pharmacopées : prétendus spécifiques qui, au fond, ne sont autré chôse que des purgatifs, le plus souvent drastiques, diurétiques, où des sudorifiques. Maïs la science n'est-elle pas trop avancée aujourd’hur, pour adopter de tels rémèdes } etne sait-o pas qüe, sans là Suc&ôn habituelle, la sécrétion du lait né continue pas lons-témps de êe fdifé aux mamelles? Qu'on laisse dont agir la niatre, qui seule est capable de rétablir Péquilibre ‘dans le système de la femme Entreprendre de la diriger mal à propos, c'est lui fäiré prendre ané fausse route; cest porter Je. trouble etié désordré dans ühe opération qui ne deande qu'un peu de patience et quelques légères précautions. Que la femme ne cominette aucun écart dans le régime, voilà le point essentiel. Dés-lors tout ifa Comme de soi-même et parfaitement bien Lu riné coulbta avec facilité, 16 ventre séra libre ge 12 peau transpirera, les lochies continueront’ leurs” cours,'et le lait tarira où disparaîtra peu à peu des mamelles. La feminé n'aura donc pas besoin de recourir aux purgatifs, pour réveiller la’ paresse de l'intéstin, ni de charger sa tête dé bonnets Où son corps de couvertures pourprovoquér là sueur ; qu’elle’

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS, Yi) prenne quelques lavemens, si elle est trop constipée ; qu'elle aiguise sa tisane ordinairé ‘avec quelqués grains de nitre, et qu’elle en boive plus qu’à l'ordinaire durant la fièvre de lait: cela suffit pour favomiser l'abondante moiteur qui parait être la termimaison critique de cette révolution éphémère , après laquelle la santé se rétablit, et tout rentre dans Vordre. : |

C’est une vérite généralement reconnue que la femme jouit d’une extrême sensibilité durant ses cou ches , et que le système nerveux acquiert chez elle une mobilité et une susceptibilité qu’un-rien peut ébranler. Que de ménagemens n’exive-t-elle donc pas aussi sous le rapport du moral ! Il faut bien se garder de l’aigrir et de V’irriter ; des sensations douces, des passions modérées, des affections calmes, voilà ce:qui lui convient. La colère, la terreur, la joie excéssive, la tristesse et le chagrin, l'amour et la haïne troubleraient son âme, et acheveraient de bouleverser l’économie, déjà affaiblie par le travaik de l'enfantement. Qu'on ne fasse jamais rouler devantelle la conversation sur des objets propres à laffecter d’une manière vive, tels que Ja perte ou le gain d'un procès, la mort , la maladie ou l'absence d’un époux; ‘qu'on ne lui permette non plus aucune lec: ture qui puisse la captiver où l'émouvoir. Le sexe de Penfant doit Jui être soigneusement caclié j usqu’à ce qu'elle $e soit familiarisée ou habituéétavec le plaisir d’être mère. S'il vient au monde privé de la vie ou mal conformé, c’est un malheur qu'il ne faut lui

872 + PRINCIPES annoncer qu'avec discrétion, et en prenant toutes les mesures pour en diminuer la gravité et l’amertume. Fi

IL est assez naturel qu’une mère pleure et se la- .mente, quand elle voit emporter son enfant par la nourrice ; on tàchera donc de modérer le chagrin que cause cette séparation, eton ne l’'abandonnera point à elle-même, de crainte qu’elle ne s’abime dans la douleur. Une précaution bien essentielle, c'est de consigner à la porte de l’accouchée toutes les personnes importunes, que l'étiquette ou la mode amène: chezelle pour la féliciter. Les parens, quelques amis, et les gens indispensablement attachés à son service , sont les seuls qu’on puisse introduire auprès d’elle; mais on doit éloigner, sans distinction, tous ceux dont la présence pourrait troubler le calme et le repos dont elle a besoin, tant au moral qu'au physique. Les anciens savaient bien apprécier l’état de la femme en couches, et l’on ne peut qu’applaudir aux mesures qu’ils avaient adoptées pour la mettre à l'abri de tout accident. À Sparte elle était affranchie de tout compliment fade, ennuyeux et mensonger; à Rome on suspendait une couronne à la porte de la maison qu’elle habitait, comme pour avertir les: passans et les voisins de respecter cet asile ; enfin, dans des temps plus modernes encore, le magistrat de Harlem n’accordait-il pas une espèce de sauvegarde à la demeure d’une femme en couches, et l’approche n’en était-elle pas défendue au créancier, à l’appariteur et à tout suppôt de justice ?

Page 1