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DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 5og
chercher les pieds. Il offre aussi quelques ressources, lorsque les senoux!, les fesses , ou les épaules, déjà engagées dans l’excavation du bassin, tardent trop long-temps à sortir. Appliqué alors au pli des jar-
rets, ou des aïnes , ou dans le creux des aisselles, il
sert à tirer ces parties , quand les doigts ne peuvent les accrocher. Dans tous ces cas, le lacs est moins un instrument propre à terminer l’accouchement, qu'un moyen de mieux appliquer les forces sur les parties de l'enfant qu’on extrairait mal avec la main.
ARTICLE Il.
Du Levier.
L'histoire du levier n’offre rien de bien curieux ni de bien intéressant. On en attribue la découverte à Roonhuysen, accoucheur hollandais, dont la famille en fit dans la suite un objet de commerce et de lucre. L'art d'employer cet instrument n’était enseigné qu'aux héritiers de l’inventeur ou à ceux qui Vachetaient à prix d'argent, et promettaient de ne point le divulguer; mais ce honteux monopole ne dura qu’un temps. Deux des co-possesseurs, de Vischer et Van de Poll, ne se crurent point obligés de garder un secret qui était un scandale pour la chirurgie et une sorte d’outrage envers l'humanité.
Le levier de Roonhuysen, si l’on en croit ces derniers accoucheurs , n’était qu’une lame d'acier , bien trempée , de onze pouces de long ou environ, sur un pouce de large, et sur une ligne et demie d’épaisseur, La partie moyenne en était droite et garnie
GA : à STATE PRINCIPES dans son revers d’emplatres épais de diapalme ou de diachylon gommé, qui lempêchaient de coniondre les parties de la fenime. Les extrémités, an contraire, en étaient lésèrement recourbées dans l'étendue de trois pouces et demi à peu près, sur un huitième de pouce de profondeur. Elles étaient aussi revêtues d’emplûtres qui garantissaient la tête de l'enfant d’une trop rude compression. Une peau de chien mince, fort douce et artistement cousue, recouvrait tout l'instrument , et présentait en quelques endroits, une épaisseur de trois huitièmes de pouce, suivant le traducteur de la dissertation de de Vischer et de Van de Poll, ou d’une ligne et demie seulement, suivant M. Herbiniaux > accoucheur de Bruxelles. He Quoique nous n’ayons peut-être au sourd’hoi que des renseignemens peu exacts sur la manière dont Roonhuysen et ses co-possesseurs employaient leur instrument! on pent néanmoins conjecturer qu'ils | : F'appliquatent ou avaient l'intention de l'appliquer sur locciput de lenfant. Le levier, disaient-ils à ceux qui en achetaient le fameux secret, est une . puissance qui agit sur locciput, Mais ne s’en servaient-ils, comme on l’a prétendu , que pour débarrasser la femme dans le:cas d’enclavement ? C'est ce quine parait pas vraisemblable , malgré l'autorité de Debruyn , qui assurait avoir: délivré buts cents femmes avec cet instrument, dans Fespace de quavante-deux as ; car ils supposaient la tête &ans le fond du bassin, entièrement nue ou hors de la ma-
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trice , tandis qu’elle ne peut s’enclaver qu'au détroit supérieur, et lorsqu'elle est encore enveloppée du col de ce viscère, suivant les Partisans même de Roonhuysen. D'ailleurs, si la tête eût été enclavée, elle eût.été par là même dans un contact immédiat avec le pubis et le sacrum; comment donc le levier aurait-il pu s’introduire alors sur le front ou l’occiput, qui étaient censés correspondre a ces deux points, du bassin ? La chose n’eût-elle, pas été impossible, en admettant même que cet instrument n’eüt qu’une ligne et demie d'épaisseur ?
Mais la méthode de Roonhuysen n’est pas seulement impraticable dans le cas d’enclavement au détroit supérieur, elle contredit encore d’une manière formelle les vrais principes de l’art, lorsque la tête, déjà descendue dans l’excavation , n’est qu’arrètée au passage. En effet, après avoir fixé en dedans l’une des extrémités recourbées du levier sur l’occiput de l'enfant, et le revers de la partie droïte ou moyenne contre l’arcade du pubis, comme sur son point d'appui, on relevait en dehors l’autre extrémité de cet instrument; quelquefois même on la faisait monter si haut, qu’on Vapprochait tout contre le ventre de la femme, pour parvenir à faire sortir la tête. On imprimait donc à celle-ci un mouvemeñffqui la repoussait en arrière vers le sacrum et l’anus de la femme; on empêchait par là même le menton de s’écarter dela. poitrine de l'enfant, et on s'exposait à déchirer le périnée dans toute son étendue. Or, est-ce là une marche conforme au
5r2 RPRAIPPRENC PES mécanisme de l'accouchement natürel ? Les sectateurs de Roonhuysen, s'ils’ avaient” pris : Ja nature pour guide, n’auraient-ils pas dû observer: que la iète, après s'être engagée diagonalement au- détroit supérieur, roule dans l’excavation, jusqu’alce que Vocciput, placé vis-à-vis l’arcade du pubis , se relève peu à peu vers le mont de Vénus, pour paraîtrè bientôt après à la vulve ? N'auraient-ils pas dù: observer ,» par cette. même ralsOn, que le menton doit s'écarter de la poitrine et décrire la ligne courbe qui s'étend depuis la saillie sacro-vertébraleile long du sacrum, du coccix et du À st dé à lac commissure postérieure ? 19 Convaincu des: justes reproches qu'on 1! pouvait faire au levier des Hollandais Camper avait proposé d'appliquer cet instrument sur Vun des angles de la mâchoire inférieure; mais ce n'était là qu'éviter un défaut pour retomber dans un autre peut-être encore pire. Car, outre que dans ce procédé on risquerait aussi de blesser les parties de la femme sur lesquelles on fixerait le point d'appui, on augmenterait encore le renversement de la tête sur é la nuque, ce qui serait contraire aux! principes de l'art, surtout si elle était encore au-dessus du détroit supérieur. Le procédé de Camper ne conviendrait done tout au plus que lorsque la tête, plorife d dans l'excavation du bassin, ne se fléchirait pas convêha- Dblement en arrière, ‘pour franchir le détroit inférieur et la vulve. Mais alors l'accoucheur né trouverait-il pas dans'ées doigts un a plus sûr, ne
‘we
commode et plus doux que le levier, pour favoriser |
-ce mouvement ?
“Titsingh'et aus ont cru qu il serait 11% avantageux d'appliquer cet instrument sur lés régions temporales ou aux environs de l’'apophyse mastoïde, Mais alors la tête, poussée obliquement sur un de ses côtés, ne tendroit-elle pas à se renverser sur le côte opposé, et n’offrirait-elle pas des dimensions disproportionnées à celles du bassin ? Ce procédé n’est donc ni plus méthodique ni plus salu: taire que celui dé Roonhuysen et de Camper: D'où il suit qué lé levier, tel qu’il a été décrit et employé par les Hollandais, supposait une ignorance com-
plète de l'art des accouchemens, ou ne servait qui A,
cacher le plus vil charlatanisme.
Passons maintenant à l'examen du levier français, et tâchons d'apprécier les avantages qù ‘on peut en retirer dans la pratique.
SEGTION PREMIÈRES Du Levier des Français.
Peu importe de connaître les changemens que le levier a reçus dans sa forme de chaque main qui l’a employé depuis son invention jusqu’à nos jours. Il suflit de savoir que le levier des Français ne:ressemble nullement à celui de Roonhuysen, et que som usage; loin d’être contraire aux principes de l'art, peut favoriser la terminaison de l'accouchement dans quelques circonsiances.
& Cet; usirumentimite assez bien l’une des branches
n x D14 | PRINCIPES | lu forceps à une seule courbure. Ilen différe seulement parce qu'il est plus étroit et plus allongé, et que l’intérieur de sa courbure est bordé d’un filet semblable à celui qui règne autour des cuillers du forceps à double courbure. Baudelocque, d’après Goubelli, a proposé de le courber davantage et delui donner la moitié desa longueur de plus.Nous croyons qu'on pourrait alors le faire pénétrer plus avant sur la tête, et en accrocher l’occiput avec plus de solidite. | Mais quelques corrections qu'on lui fasse éprouver dans sa forme ou dans ses dimensions, le levier des Français ne pourra jamais servir à extraire la tête de l'enfant, non-seulement quand elle est enclavée à l'entrée du bassin, mais encore quand elle est sim plement arrêtée au détroit inférieur. A quoi se bornera donc l'utilité de cet instrument ? à corriger certaines positions défectueuses de la tête, qui l'empêchent de traverser librement la filière du bassin. I peut arriver, pendant Le cours du travail, que l’occiput se renverse sur le dos, etque lementon s'écarte de la poitrine avant le temps où ce mouvement est nécessaire. Alors l'enfant, au lieu du vertex, doit nécessairement présenter le front et le visage ; ce qui rend l'accouchement impossible par les seules forces de la nature, à moins que le bassin ne soit plus large ou la tête plus petite que de mesure. C’est dans ce cas-là quele levier convient pour abaisser l’occiput ; encore faut-il que la main seule ne puisse pas opérer ce changement avantageux. Car, toutes les fois
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 5a5 que celle-ci sufit pour redresser la tête, elle mérite la préférence sur tout autre instrument.
Il s’en faut bien que le levier des Français agisse comme celui de Roonhuysen, ou comme un levier ordinaire. Ce n’est qu’un crochet mousse qui prend son point d'appui sur l’occiput, en opère la bascule, et l’entraine vers le centre du bassin. Maïs ensuite la nature ou le forceps doivent faire le reste, et terminer l'accouchement.
| SECTION il.
De l'application du Levier français.
L’unique but qu’on se propose en France avec le levier ; est d'agir sur Vocciput pour l’abaisser , et pour faire remonter en même temps le menton vers la poitrine. L'application de cet instrument doit donc toujours se faire d’après les mêmes principes , et si elle admet quelques différences, elles ne peuvent avoir lieu que relativement aux positions où la tête se trouve: Or celle-ci peut s'engager de manière ‘que la longueur du vertex se porte directement du pubis au sacrum, ou diagonalement d’une cavité cotyloïde à la symphyse sacro-iliaque opposée. Dans le premier cas, qui est le plus défavorable et le plus contraire à la situation naturelle de la tête, quoi qu'en disent certains auteurs, l’occiput répond tantôt au pubis et tantôt à la saillie sacro-vertébrale : dans le second, cette même région peut regarder Vune des cavités cotyloïdes, comme cela arrive dans les positions les plus naturelles, ou l’une des échan-
5x6 PRINCIPES “tsures ischiatiques , ce qui ne s’observe presque jamais. Exposons néanmoïns,-en peu de mots, le procédé opératoire relatif à chacune de ces positions. 1°. Lorsque l'occiput, renversé sur le dos répond au pubis, il faut d’abord essayer, avec les doigts seuls, de corriger cette position défectueuse. Mais si les tentatives sont inutiles pour redresser la tête, parce qu’il y a trop de temps que les eaux se sont écoulées , il faut nécessairement avoir recours au levier, ou à l’une des branches du forceps, qui peut remplacer cet instrument en cas de nécessité. On le saisit d’une main, on baisse l’extrémité qui lui sert de poignée, et on insinue l’autre un peu obliquement sur l'un où l’autre côté-deila tête pour la ramener ensuite sur l’occiput ou derrière la symphyse durpubis; on a soin de la diriger ou de lui préparer! la voie avec. un ou deux doisets de la seconde main, qu'on introduit à l'entrée du vagin. On relève ensuite peu à peu l'extrémité qui est en dehors, en da portant tour à tour vers l’une et l’autre cuisses de la femme. Quand la portion recourbée dulevier embrasse exactement la convexité de l’occiput ou que le manche en est à peu près parallèle à l'horizon, on lempoigne d'une main près du pubis, ét on le presse en arrière vers le coccix de la femme; RNA que de Pautre main on tire sur son extrémité, qu'on baisse légèrement. Pour donner plus d'efficacité à ce mouvement combiné de pression et de traction on peut se contenter d'agir sur le revers de l'instrument avec le pouce de la main qui en embfässe le milieu, et
| porter en même temps l'extrémité dès autres doigts
sur le visagé, pour repousser le mentonivers la poitrine, Après que la tête a fait la bascule, siles contractions utérines ne peuvent l’expulser , on la saisit et-on lentraine avec le forceps.
2°. L’occiput vient-il à se renverser sur le dos, quant il regarde le sacrum , on tâche de le ramener à sa situation naturelle avec les doigts, et si l’on éprouve trop de résistance, il faut la snrmonter avec le léviér. On le tient alors d’une main, à peu près commé l’algali, pour sonder par dessus le ventre, mais en inchinant un peu moins vers l’hypogastre. On:lui prépare la voie de quelques doigts; on l'insiaue- devant le sacrum , et, à mesure qu'il pénètre, on-en-baïsse insensiblement la poignée, qu'on porte alternativement de droite à gauche. Dès qu’on s’est assuré que l'instrument est bien placé, on en saisit lelmilieu d’une main auprès du périnée, et on üre de l’autre sur la poignée, qu’on relève peu à peu, jusqu à ce que la tête soit redressée ou que Loppipat Le à la vulve.
3°. Quand la tête, située diagonalement, se renverse sur le dos, et que l’occiput correspond à lune des cavités cotyloïdes , on s’eflorce de la redresser avec la main, comme dans les positions précédentes;
mais si le succès ne couronne pas cette entreprise, il
faut avoir recours au levier, pour abaisser l’occiput et NAPONSSEr le menton vers la poitrine. On peut aussi, à l'exemple de Levret;, se servir utilement de l'une des branches du forceps, mais de la branche mâle, si
518 PRINCIPES ? ÉuaT dr —l'occiput regarde la cavité cotyloïde gauche, et de la femelle s'il regarde la cavité cotyloïde droite. Toutefois on se sabot de croire, avec ce dernier auteur, que, dans ces cas-là, l’épine ischiatique puisse s’enfoncer dans la suture saglttale. Quel que soit celui de ces deux instrumens qu’on adopte, on le saisit comme nous l'avons déjà dit, mais on le dirige un peu de côté, vers le trou soupubien auquel répond l’'occiput qu’on se propose d’abaisser. Du reste, la manière de saisir le milieu de l'instrument pour l'appuyer contre la tête, et de tirer sur l'extrémité qui sert de poignée, est la même que ci-dessus. Après avoir ainsi corrigé cette position vicieuse, on abandonne l’accouchement aux efforts de la nature, ou bien on le termine avec le forceps, si on le juge nécessaire. | 4. L’occiput renversé sur le dos est-il tourné vers l'une des échancrures ischiatiques; on y insinue le levier ou l’une des branches du forceps, dont on relève d’abord en haut l'extrémité qui sert de poignée, en l'inclinant plus ou moins vers l’aine opposée de la femme; on redresse convenablement la tête, et on se conduit ensuite comme dans les autres cas.
REMARQUE
Nous venons de voir que l’occiput ne pouvait se renverser sur le dos , sans que la tête présentät le front au lieu du sommet; donc, si ce renversement devient plus considérable par l'effet des contractions utérines > on doit nécessairement!$’attendre à ren-
contrer le visage de l'enfant dans la filière du bassin; cependant il s'arrête pour l'ordinaire au détroit supérieur, à moins que la tête ne soit très-petiteou le bassin très-large.
Si elle est déjà engagée , lorsqu'on est obligé d'opérer et de terminer l'accouchement, on doit d’abord essayer d’en corriger la mauvaise position avec la main seule, en faisant descendre le vertex ou en repoussant le visage. Si l'on ne peut y réussir, on se . sert du levier, qu’on insinue sur le sommet jusqu’au dessus de la fontanelle postérieure, pour accrocher et entraîner l’occiput, suivant les procédés que nous avons déjà indiqués.
Mais cet instrument n’aurait pas le même avantage, lorsque la tête, encore fixée au détroit supérieur, résiste trop à la main qui essaie de la redresser, et lorsqu'il y a de l'impossibilité ou seulement du danger à retourner l'enfant. Le forceps mérite alors la préférence pour donner à la tête une position diagonale, et pour la faire descendre dans l’excavation où il y a plus d'espace, et où il est plus facile de faire remonter le visage et de ramener le
sommet.
ARTICLE III
Du Forceps.
L'histoire du forceps n’est guère plus curieuse ni plus intéressante que celle du levier. En parcourant les annales de l’art, on en trouverait, ce semble, quelques faibles vestiges dans les écrits des Arabes, ainsi que dans ceux de Jacques Ruff, qui vivait au
Ne | 520 iNbRaderves TANT iniliew du seizième siècle. Maïs ce n'était; dans ces temps reculés, qu’uné ténaille armée de dents crochues, qui servait uniquement à écraser ou à démembrer la tête de l'enfant. Ou fixe aujourd’hui, d’une mamière assez générale, l'origine de cet instrument , ou au moins le premier essai qu’on en: fit . pour extraire la tête, vers lé commencenrent du dixseptième siècle: A partir de cette époque où il étaït encore grossier et informe , on le voit s'élever lénterment ét comme par degrés à ce haut point de perfection qui lui mérite, de nos jours, le premier rang dans les arsenaux de chirurgie. Qu'on cite; én effet, un autre instrument qui ait le glorieux privilége de sauver deux individus à la Fees sans nuire à Vun n12à Vautre? | Auquel des deux, de Chamberlayne en 0 terre,ou de Palfin en France, faut-il attribuer la découverte du forceps ? C’est là ‘une question peu importante quant au fond, etsur laquelle: les opi= nions sont assez partagées. La vérité est qu'entre les mains de ses inventeurs cet instrument w’offrait, pour ainsi dire, que la réunion de deux grandes cuillers à soupe, dont ils se servaient pour.saisi + extraire la tète de l'enfant, lorsqu'elle était descendue dans l’excavation du bassin. Et comment auraient-ils pu le! pofter alors jusqu’au détroitistipérieur; puisqu'il n'avait pas assez de longuéur ; ét qu'il ne préseñtait qu'une courbure sur le plat ? Notre intention n'est pas de suivre ici le forceps dans ses progrès ou dans les diverséhangemens qu'il
RRUR'E
DE L'ART DÉS ACCOUCHEMENS. bar
a recus depuis son origine ; nous nous empresserons d'arriver à cette brillante époque , si rapprochée de notre siècle, où Levret et Smellie ont perféctionné, et, s’il est permis dé s'exprimer aïnsi, inventé de nouveau cet instrument. Ces deux accoucheurs, qui tenaient le sceptre de l'art chacun dans sa nation, ont ajouté une seconde courbure à la tenaille de Palfin, et lui ont donné cette forme élégante qui, en‘ la rendant plus salutaire, en circonscrit moins Vusage. Laissons encore à d’autres le soin de discu+ ter auquel de ces deux rivaux appartient la gloiré d’avoir le plus coopéré à l’un des plus beaux chefs- . d'œuvre de l'art, et contentons-nous de le considérer, où plutôt de Faderire tel 7 ‘ils nous Pont | transmis. |
be forceps , comme l'indique assez étymologie de ce mot, est aujourd’hui une espèce de pince composée de deux branches parfaitement sémblables!, excepté à l'endroit de leur jonction, où Pune présente un pivot mobile, et l’autre une mortaise * destinée à le recevoir. C’est de cette légère diffé réncé/que sont venues sans doute ces dénominations, tout à la fois impropres et indécentes, de branché mâle et de branche femelle, auxquelles on pourrait fort bien substituer celles de branche à pivot et de branche à mortaise. Quoi qu’il en soit, le pivot; plus gros à sa base qu’à son sommet ; traverse facilément l'ouverture ci-dessus, qui est plus longue que large , et fixe par un demi-tour les deux Had) ches assemblées lune contre l’autre.
On considère, dans chacune de ces branches ; une partie antérieure où courbée, qu’on appelle la cuiller, et une autre postérieure ou droite, qu’on nomme le r17anche ou la queue de l'instrument.
La cuiller, qui en forme à peu près le tiers de la longueur , est fenêtrée ou percée à jour. On y remarque deux courbures, l’une ancienne sur le plat, l’autre nouvelle sur le bord : elles ont chacune six lignes de profondeur. Autrefois il régnait aussi intérieurement, le long de chaque jumelle, une espèce de vive arète, qu’on croyaitfutile pour mieux accrocher la tête, mais qui, dans le fait, ne servait qu'a: la meurtrir ou à la contondre ; aussi, en l'effaçant, n'a-t-0n supprimé qu’un inconvénient de plus.
La queue du forceps se termine par une espèce
de crochet mousse, qui est d’une grande utilité pour tirer sur les aisselles , ‘sur les aines et sur les jarrets de l'enfant, lorsqu'on ne peut saisir commodément ces parties avec les doigts ou avec le lacs. C’est pour le rendre encore plus propre à cet usage, qu'on ne lui donne aujourd'hui » d’après le conseil de Baudelocque, que la courbure d’un léger croissant arrondi dans sa longueur et terminé par un bouton olivaire. di
Tel était donc le forceps de Levret ou des Francais, que tantfde gens de l’art, plus séduits par le désir d'innover que par l'amour du vrai, ont encore essayé de perfectionner. Péan avait proposé de l’allonger defdeux pouces, pour le rendre plus utile en certains cas; et le professeur Antoine Dubois y a,
fait ajouter depuis deux crochets aigus sans lui ôter les crochets mousses, afin de réunir en un seul tous les instrumens nécessaires à l’accoucheur. Si l’on en excepte ces deux changemens, ainsi que la suppression du filet intérieur , et la nouvelle forme des crochets mousses, que les praticiens judicieux ne peuvent désapprouver, tous les autres, soit par rapport à l'augmentation ou à la diminution des courbures, soit par rapport à la forme des branches | et à la manière de les assembler, paraîtront aux yeux de tout homme impartial, moins des corrections ingénieuses que des défauts essentiels, qui rendent cet instrument plus compliqué, sans en augmenter. les avantages.
L’ignorance et la prévention, et’ que peut-il y: avoir de sacré pour elles! n’ont pas manqué de déclamer contre le forceps. On a dit qu’il était moins fécond en ressources qu’en inconvéniens, et qu'il immolait plus de victimes qu’il n’en sauvait : genre de reproche qu’on pourrait diriger contre tout autre instrument de chirurgie , füt-il même le plus salutaire; car si l'abus peut servir de prétexte pour accuser et proscrire, de quoi n’a-t-on pas abusé et n’abuse-t-on pas encore tous les jours? Maïs les accoucheurs instruits et de bonne foi sont loin d’être aussi sévères. Ils regardent, au contraire, le foreeps comme une des découvertes qui ont le plus contribué à perfectionner et à honorer l’art dans les siècles modernes. A la vérité ils ne croient pas qu’il puisse être d’un usage universel, ni qu'on doive
524 DUT TI ODBRENOI ÉES
V appliquer d’une manière arbitraire. Us lui assignent certaines boynes qu Al ne peut franchir sans être dangereux , même mortel, et 1ls' établissent des règles dont on ne peut s'écarter sans augmenter les obstacles qui s'opposent à laccouchement.
D'abord on ne peut'appliquer le Fonoepe que sur la tête de l'enfant, conformément à l'intention des gens de l’art qui Pont inventé ou perfectionné ; et ne suffit:il pas de jeter un coup-d'œil sur ses deux courbüres, pour juger qu’elles ne sont propres qu’à saisir Où embrasser cette partie, M l’occiput
jusqu’au menton, en passant sur Îles régions tem-
porales ? C’est dé par une extension abusive qu’on a proposé d'employer aussi cet instrument ‘pour dégager les fesses, trop avancées ou trop étroitement serrées dans le bassin: Qui ne voit, en effet,
qu’alors l'extrémité de la pince fixée sur l'abdomen où sur la poitrine comprimerait trop ces cavités, contondrait le foie très-volumineux à l'époque de la naissance , et enfoncerait quelques-unes des, côtes?
Que deviendrait donc alors:la vie del’ l'enfant qu’ on.
a tant d'intérêt à conserver ? Il n’y: aurait que la mort de ce dernier , si lon pouvait en acquérir la: certitude, qui pourrait jastifier l'application du for-
ceps, pour dégager les fesses, quand on ne peutles
extraire avec la main: Encore les crochets mousses: et légèrement recourbés qui terminent les branches: de cet instrument , offriraient-elles alors un moyen: beaucoup plus éd » plus simple et plus sûr que les cuillers. Qu'on cesse done d'allégner les cas, tous
jours très-rares , où le forcéps appliqué sur. les fesses de l'enfant en a opéré l’extraction, sans lui donner Ja mort. De telles exceptions sufliraient-elles pour ‘imprimer la forcé d’une loi générale à un. prdcifé aussi essentiellement dangereux !
Mais le for cepsne convient pas seulement, comme on l'avait imaginé dans les premiérs tenips, | pour extraire la tête lorsqu'elle se présente la première, et qu’elle est arrêtée àu passage où au détroit inferieur. ILoffre aussi de grandes ressources lorsqu'elle ne peut franchir l'entrée du bassin, lorsqu'elle est retenué dans l’excavation après la sortie du tronc, enfin lorsqu'elle est enclavée'et dans l'impossibilité d'avancer par les contractions de la matrice, ou de roulér sur son axe par les efforts de la main : trois circonstances où les succès de cet instrument sont dus à l'augmentation de sa longueur-et à sa nouvelle
courbure.
. On a cru pendant long-temps, et beaucoup de | praticiens sont encore dans cette idée, que le for: ‘ceps. Agponyait comprimer. la tête d’une bosse pa riétale à l’autre , sans la forcer des allonger de l’occiput au menton ; mais il n’y a rien de:si facile que de prouver combien cette opinion! est mal fondée. Que la tête, par exemple, soit enclavée au détroit supérieur , de manière que locciput etlefront soient : dans un contact immédiat avec le pubis et lesacrum; | d’après cette supposition, il est hors de doute que l'allongement ne peut avoir lieu dans le sens du . diamètre occipito-frontal,, puisque les os di bassin
offrent une résistance insurmontable. Si le crâne. S’allonge donc alors, ce ne peut être que de la base. au sommet, régions qui ne touchent point les os. du bassin ; mais l'intervalle des branches est si res serré vers l’entablement, que cet effet doit être peu remarquable ou presque insensible , quelle que soit la disposition de la tête et la force qui la com prime.
Le forceps, dira-t-on, imite la nature qui par vient souvent à pousser des têtes d’un volume ordi-« naire à travers des bassins dont l'entrée est resserrée, * Mais le vice d’un tel raisonnement ne doit-il pas sauter aux yeux, et choquer les praticiens les moins instruits et les moins expérimentés ? On ne peut certainement disconvenir qu’on n’ait vu naître des enfans dont la tête avait plus de six pouces et demi, même sept et près de huit pouces de long , depuis le menton jusqu’à la cime de la tumeur formée sur le cuir chevelu au-devant de la fontanelle postérieure, tandis que l'épaisseur n’en était que de deux pouces et demi, de deux pouces trois quarts , ; jusqu'à trois” pouces entre les deux bosses pariétales. 1] fallait donc alors que ces têtes, en se rétrécissant dans un sens, se fussent allongées proportionnément dans l'autre, pour se mouler à la filière du bassin. Or, en admettant que tous ces enfans aient joui de la vie après leur naissance, ce qui est bien éloigné de la vérité, doit-on conclure de là que le forceps produit le même résultat, et diminue le volume de la tête
de six lignes et même davantage, sans nuire à l’en- :
La
fant ? De bonne foi, peut-on établir de Panalogie entre un instrument qui agit d’une manière brusque, violente, souvent trop précipitée, et la nature dont l’action est douce, lente et toujours modérée ? Qu'on consulte l’observation , et qu’on prononce.
Une autre erreur, qui a peut-être donné naïssance à la précédente, est que la réduction de la tête par le forceps doit s’évaluer d’après la force qu’on emploie pour la comprimer , d’après l’écartement des crochets qui terminent l'instrument au dehors, et d’après l'étendue que ceux-ci parcourent pour se rapprocher et se mettre en contact. Mais ici les faits parlent et prouvent évidemment le contraire. Baudelocque s’est procuré huit têtes d'enfants morts à l'instant de leur naissance, dont l’épaisseur variait depuis trois pouces et demi jusqu’à trois pouces; il les a comprimées avec trois forceps de la meilleure trempe, et en employant la force nécessaire pour
“mettre en contact les extrémités postérieures de ces instrumens ; mais qu’a-t-1l observé? précisément tout le contraire de ce qu’on s'était persuadé. Ces têtes , comprimées d’une protubérance pariétale à l’autre, n'ont pu être réduites que de deux, trois ou quatre lignes , quoique les cuillers de l’un des forceps eussent été faussées, et eussent perdu quatre lignes de leur courbure. Ces mêmes têtes, comprimées de l’occiput au front, ont offert une réduction de
* six à huit lignes; maïs alors les tégumens qui correspondaient à la fontanelle antérieure se sont rompus, et le cerveau s’est échappé en grumeaux. Ce