‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 5)Chapitre 15 sur 35 · DE L'A UT DES A CCO L ' C II E M F. N S · texte numérisé non relu

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taille que la grossesse avoit fait disparoître, se fonî , pour ainsi dire, garrotter le corps au-dessus de$ hanches, et s'exposent ainsi à l'inflammation des viscères abdominaux , à la suppression des lochies , à l'apoplexie , etc. Or, de tels accidens ne sont point à craindre, quand on applique sur le ventre de l'accouchée un bandage simplement contcnlif', tel que le conseillent Smellie , Antoine Petit, Baudelocque, Alphonse le Roi et tous les bons praticiens.

Deux serviettes suffisent pour ce bandage; l'une, douce et mollette, est pliée en forme de carré ou de triangle , et appliquée sur l'hypogastre ; l'autre , plus forte, est pliée en long, et fait le tour du corps. Comme le volume de la matrice diminue chaque jour , et que le ventre s'affaisse , ce bandage se relâche, et se déplace nécessairement; on doit donc îe renouveler de temps en temps , et le serrer un peu plus chaque fois.

La femme ainsi habillée , îe sein garni , et le ventre soutenu , on essuie légèrement avec une éponge trempée dans l'eau tiède, ou dans une décoction mucilagineuse , les parties génitales externes, et le baut des cuisses , qui ont été plus ou moins souillées de sang. On applique ensuite contre la vulve , sans la boucher exactement , un chauffoir ou un linge plié en plusieurs doubles , blanc de lessive , sec et pas trop rude ni trop froid. Enfin , on transporte la femme dans son lit , qu'on a soin de préparer d'avance, en le garnissant de draps blancs, d'alèzes et de couvertures , suivant la saison Si îe temps est rigoureux ,

on y passe la bassinoire pour en ôter l'humidité; ruais alors on allend que les vapeurs , dégagées de la braise ou du charbon , se soient dissipées, avant d'y placer la femme.

Tels sont les soins qu'exige l'accouchée depuis la délivrance jusqu'à ce qu'elle soit dans son lit. Passons maintenant aux soins et au régime de la femme en couches.

ARTICLE III

Des soins et du régime des Femmes en couches*

Que l'appartement de la femme en couches soit parfaitement sain ; qu'on le choisisse commode , vaste, propre, bien aéré, loin du tumulte et du grand bruit. Celui qui donne à l'est ou au nord est préférable à celui qui regarde le midi ou le couchant. En hiver, on y allumera du feu pour en adoucir la température , et pour en dissiper l'humidité. Dans le coeur de l'été, on y entretient une douce fraîcheur , en y tenant de l'eau en évaporation , ou en l'arrosant de temps en temps. L'air doit en être pur et exempt de tout mélange nuisible ou délétère, tels que la vapeur du charbon , les miasmes des marais ou des hôpitaux , les émanations des latrines , l'odeur des poêles , et même de certaines fleurs qui portent à la tête; qu'on le renouvelle aussi de temps en temps pour le purifier , le matin en été , et l'hiver à midi ; qu'on enlève soigneusement l'urine , les excrémens , le linge sale et surtout l'arrière-faix , après que la femme est délivrée. Le jour, lorsque la lumière

sera trop vive , on en modérera l'impression en fermant les volets , et la nuit on se contentera d'allumer une simple veilleuse , qu'on aura soin de cacher dans la cheminée, ou de placer dans une pièce voisine.

Le lit de l'accouchée doit tenir un juste milieu entre une dureté excessive et une mollesse voluptueuse. Il ne sera placé ni dans l'endroit où l'air circule trop librement , comme auprès de la porte ou des croisées , ni dans celui où il croupit , comme dans les alcôves trop enfoncées ; les rideaux n'en seront jamais fermés exactement , que pendant le renouvellement de l'air. C'est ici que la plus grande propreté est nécessaire ; qu'on change donc les alèzes , les chauffoirs , les bandages , même les draps et le linge de corps , toutes les fois qu'ils ont été mouillés par la sueur ou salis par l'écoulement des vidanges. Rien de plus opposé aux préceptes de l'hygiène , que de laisser la femme dans les mêmes vêtemens jusqu'au septième jour; il faut seulement avoir l'attention, quand on la change, de n'en jamais donner de froids ni d'humides.

Antoine Petit conseilloit aux femmes de se faire couper les cheveux avant d'accoucher ou à la suite des couches, pour favoriserla transpiration de la tête; mais cette pratique ne seroit pas moins dangereuse ici qu'après une maladie aiguë. La chevelure est le vêtement naturel de la tête; l'en dépouiller, c'est l'exposer à l'impression plus ou moins brusque du froid , et aux maux qui en dérivent , surtout lorsque le corps a été plus ou moins affoibli ? comme après

Faccouchement. Que la femme qui porte de la pouare se peigne à fond avant d'accoucher, c'est une très-bonne précaution. En se décrassant ainsi ia tête, elle prévient la céphalalgie , et peut-être aussi des éruptions que causeroient la pommade et la poudre, en ^'échauffant ou en s'altérant sur le cuir chevelu.

Chez la femme en couches , on doit surtout avoir soin d'entretenir ia propreté de la vulve et des parties génitales externes. On y fera donc de temps en temps des louons adoucissantes avec quelque décoction mucilagineuse , telle que Feau de guimauve, ou le îait dans lequel on aura fait bouillir une poignée de cerfeuil. Qu'on se garde bien d'y appliquer des spiritueux ou des astringens ; car, outre que ces topiques pourroient supprimer les lochies, et enflammer les parties déjà irritées par le travail de l'accouchement 3 ils ne produiroient point l'effet qu'on leur attribue et qu'on désire , de rendre à la vulve sa tonicité et son élasticité naturelle. Si l'on est obligé de consentir à de telles applications , que ce ne soit au moins jamais pendant les premiers jours des couches , mais seulement après l'écoulement des lochies, époque où elles peuvent être inutiles, mais jamais nuisibles.

Quels aiimens faut-il accorder à la nouvelle accouchée ? doit-elle observer une diète sévère, comme si elle avoit été dangereusement malade ? Non : celle qui nourrit n'a presque rien à changer à sa manière de vivre ordinaire , parce que les suites de ses couches sont rarement orageuses; quant aux autres ; on

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doit avoir égard à J jjige , au tempérament, à l'appéiit e( à l'habitude. C'csl UU usage assez généralement reçu de leur faire prendre un bon consommé ou \in verre d'eau rougie après la délivranee; ensuite on leur sert deux ou trois potages par jour , au riz ou autrement , jusqu'à la fièvre de lait , pendant laquelle on ne leur donne que du bouillon et de la tisane; mais, après cette révolution, on leur permettra un peu de légumes bien préparés, des œufs irais , du poisson léger, du poulet rôti ou bouilli.

Toutes les femmes n'ont ni le même goût , ni la même force digestive; elles ne peuvent donc prendre toutes ni la même qualité ni la même quantité de nourriture. Dans le repas, on leur donne pour boisson un peu de bon vin coupé avec un tiers ou parties égalesd'eau. Dans les intervalles, rien de plus propre à prévenir ou à modérer la soif, que l'eau d'orge , de chiendent ou de réglisse , l'eau sucrée , ou l'eau commune édulcorée avec un peu de sirop de guimauve , de capillaire , de vinaigre ou de groseille , selon les circonstances. Une légère infusion de fleurs de tilleul, de camomille ou de feuilles d'oranger, de menthe ou d'hysope , est plus ou moins indiquée, selon que la femme est nerveuse , tourmentée de flatuosités ou dans un état de relâchement. Que l'accoucheur ne soit jamais assez complaisant pour permettre certaines boissons usitées parmi les femmes du peuple , telles que les rôties au sucre et à la cannelle , l'eau-de-vie 7 le café pur , etc. Ces liqueurs excitantes et incendiaires, tout au plus.

36o PRINCIPES

toîérahles chez la femme foible et lymphatique, produiroient les plus grands désordres chez celle qui , seroit naturellement sanguine et irritable.

Des accoucheurs placent l'accouchée horizontalement sur le dos , et lui interdissent toute espèce de mouvement pendant les premières vingt-quatre heures ; mais à quoi bon cette gêne , surtout quand il n'y a point d'accident à craindre ? Rien ne délasse autant la femme que la liberté de se mouvoir dans son lit , de se placer sur le côté ou de se lever sur son séant. Celte dernière attitude peut même favoriser l'écoulement des lochies , dissiper le mal de tête , l'anxiété ou le mal-aise que peut causer le séjour du lit.

Adopterons -nous la pratique de De Lamotte , qui défend à la femme de dormir pendant les trois ou quatre premières heures après l'accouchement, sous prétexte de prévenir une perte utérine ? Mais cet accident seroit-il donc moins à craindre chez la femme qu'on irriteroit en la tenant éveillée , pendant qu'eue seroit invinciblement portée au sommeil ? D'ailleurs, cet état de repos s'opposeroit-t-il à la contraction de la matrice , et l'expérience ne confirrne-t-elle pas que nombre de femmes s'endorment immédiatement après être accouchées , sans périr d'hémorragie ? Une précaution bien plus salutaire pour la femme, c'est qu'elle ne se livre à aucun exercice avant la fièvre de lait; et s'il est nécessaires de faire son lit , ou d'en changer les draps et les alèzes , qu'on la transporte sur un autre préparé à. cet effet. Elle peut se lever un peu chaque jour, après

DE L'ART DES ACC0UCIIEME1NS. 7)()l

3a révolution laiteuse ; niais elle ne doit marcher oa rester debout qu'après neuf ou dix jours ; encore si les symphyses ou articulations du bassin avbiem été excessivement relâchées durant la grossesse, ou fatiguées par le travail, devrôit-elle garder le lit pendant plusieurs semaines , et observer le repos , sous peine de claudication. Quant à sa première sortie, elle fera très-bien de la différer jusqu'à la cessation des lochies , et e\\e choisira pour cela un jour où l'air ne sera ni froid ni humide ; elle aura soin de se bien vêtir , et si la religion la conduit an temple , qu'elle y soit peu à genoux , et qu'elle y reste seulement le temps nécessaire pour la cérémonie; qu'elle n'oublie pas surtout ce jour-là de porter son bandage de corps : on ne doit le quitter qu'au bout de six semaines ou de deux mois , et la prudence veut que , pendant cet intervalle, on évite soigneusement tout ce qui peut être contraire à la santé , tels que les alimens de mauvaise digestion , les exercices qui fatiguent, etc.

Rien de plus vulgaire que d'attribuer au lait la plupart des maladies qui attaquent les femmes , même long-temps après leurs couches. De là aussi l'idée triviale de lait répandu ou dévié , et cette foule d'antilaiteux qui surchargent les anciennes pharmacopées: prétendus spécifiques qui , au fond , ne sont autre chose que des purgatifs, le plus souvent drastiques, des diurétiques, ou des sudorifiques. Mais la science n'est-elie pas trop avancée aujourd'hui, pour adopter de tels remèdes, et ne sait-on pas que , sans

îa succion habituelle , la sécrétion du lait ne continue pas long-temps de se faire aux mamelles ? Qu'on laisse donc agir la nature , qui seule est capable de rétablir l'équilibre dans le système de la femme. Entreprendre de la diriger mal-à-propos ? c'est lui faire prendre une fausse route ; c'est porter le trouble et le désordre dans une opération qui ne demande qu'un peu de patience et quelques légères précautions. Que la femme ne commette aucun écart dans le régime , voilà le point essentiel. Dès-lors tout ira comme de soi-même et parfaitement bien. L'urine coulera avec facilité , le ventre sera libre , la peau transpirera , les lochies continueront leurs cours , et le lait tarira ou disparoîtra peu à peu des mamelles. La femme n'aura donc pas besoin de recourir aux ^ purgatifs, pour réveiller la paresse de l'intestin, ni de charger sa tête de bonnets ou son corps de couvertures pour provoquer la sueur ; qu'elle prenne quelques îavemens, si elle est trop constipée; qu'elle aiguise sa tisane ordinaire avec quelques grains de mire, et qu'elle en boive plus qu'à l'ordinaire durant la fièvre de lait; cela suffit pour favoriser l'abondante moiteur qui paroît être la terminaison critique de celte révolution éphémère , après laquelle la santé se rétablit, et tout rentre dans l'ordre.

C'est une vérité, généralement reconnue, que la femme jouit d'une extrême sensibilité durant ses couches, et que ]o. système nerveux acquiert chez elle une mobilité et une susceptibilité qu'un rien peut ébranler. Que de menaaemens n'exi^e-t-elle donc

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