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CHAPITRE III

Du Fœtus et de ses dépendances.

Le fœtus avec ses dépendances forme une masse dont le volume s'accroît de jour en jour depuis la conception jusqu'à la fin de la grossesse. C'est là ce mobile ou ce corps sur lequel la matrice se contracte durant le travail, et contre lequel elle ne cesse d'agir que lorsqu'elle l'a entièrement expulsé , ou qu'elle l'a forcé de franchir les détroits du bassin et la vulve.

C'est donc une vérité incontestable, que le fœtus doit être un objet de méditation pour le médecinaccoucheur ; car, s'il lui est important de connoître le bassin et la matrice , afin de calculer la résistance de l'un et la puissance de l'autre j combien n'est-iî pas essentiel d'étudier aussi la forme et les dimensions du mobile , dont l'exclusion est le but que la nature se propose dans l'accouchement ?

Loin de nous la prétention de faire ici des re-»

DE L'ART DES A CCOUCH EMENS. Jl

cherches curieuses sur l'origine ou la formation du fœtus; d'ailleurs, de quelle utilité seroient-elles pour la pratique? Nous exposerons donc seulement les principales opinions ou plutôt les rêves de quelques physiciens sur le mystère de la conception ou de la génération dont le fœtus est le produit. Mais nous insisterons davantage sur la grossesse pendant laquelle les rudimens d'un nouvel individu se développent dans la matrice , et dont il importe essentiellement au praticien de bien connoître les signes caractéristiques. Enfin, nous considérerons le fœtus parvenu au terme de sa maturité , et nous examinerons avec le plus de précision qu'il nous sera possible , le rapport de ses dimensions avec celles de la filière qu'il doit traverser pour venir au monde.

ARTICLE PREMIER

Des Systèmes imaginés pour expliquer la génération ou la formation du Fœtus,

Ne seroit-ce pas une grande témérité , même une folie , que d'entreprendre de définir la génération , puisque c'est un mystère que les plus grands génies n'ont encore pu dévoiler , pas même concevoir , depuis plus de quarante siècles? On répète sans cesse que c'est une fonction naturelle par laquelle un individu reproduit son semblable • mais explique-t-on par là comment s'opère cette reproduction , ou quel en est le véritable mécanisme ? Voilà cependant le nœud de la question qu'il s'agiroit de résoudre , s'il n'étoit pas inextricable.

Au reste , celle espèce de définition ; loin d'être exacte et rigoureuse , ne convient tout au plus qu'à quelques animaux , tels que les oursins 7 les étoiles de mer et les polypes , qui se régénèrent seuls et sans accouplement.

Mais il ne s'agit point ici d'étudier les lois que suivent les différentes classes d'êtres pour se reproduire ; il suffit au médecin- accoucheur de s'occur>er de Pespèce humaine , la seule dont la régénération ait du rapport avec Fart qu'il exerce. Que lui importe , par exemple , de savoir que chez certains mollusques et chez les reptiles qu'on nomme batraciens , tels que la grenouille et le crapaud , 3a femelle dépose d'abord ses oeufs à la surface de l'eau , et qu'ensuite le mâle vient y répandre la semence qui les féconde ? Quelle utilité peut-il retirer des observations de Bonnet et des expériences de Spallau- 2ani, de Rossi et de Buffaîini , dont le premier assure que la femelle du puceron , une fois fécondée , peut reproduire plusieurs générations , et les autres sont parvenus à déterminer la conception en injectant la liqueur spermatique dans la matrice d'une chienne en chaleur ? Les travaux de ces savans naturalistes ont-ils répandu quelque jour sur le mystère de la génération? en est-il moins constant aujourd'hui que cette fonction naturelle exige l'accouplement dans l'espèce humaine , et n'est-on pas encore réduit à rechercher de quelle manière le maie et la femelle concourent à la reproduction de •l'homme ?

r>E l'Art des a^ccAtckemens. ?3

Cependant , que de systèmes n'a-t-on pas inveniés , et que de conjectures n'a-t-on hasardées pour arriver à la solution de ce problème ! Ilipnncrate parait les anciens , et après lui Democritc , Empedocle , Galien et Lucrèce ne voyoient dans les ovaires de la femme que des organes qui fournissoient une liqueur prolifique analogue à celle de l'homme ; et suivant la doctrine de ces philosophes, la formation du fœtus résultoit du mélange des deux semences qui avoit lieu pendant la copulation.

Arisîote , le plus grand génie de son siècle , considéroit la semence de la femelle comme une matière qui , modifiée ou vivifiée par celle du mâle , prenoit la figure du fœtus ; telle qu'un bloc de marbre à qui le ciseau du sculpteur imprime la forme qu'il juge à propos.

Mauperluis , parmi les modernes , en admettant le mélange des deux semences , supposoit de l'attraction entre leurs molécules similaires ou destinées à former des parties semblables ; opinion extravagante , si jamais il en fût, qui, en assimilant la génération de l'homme à la formation des sels , la réduisoit à une simple cristallisation.

C'étoit là néanmoins la chimère que BufFon avoit adoptée et embellie des charmes de son éloquence ordinaire. Ce célèbre naturaliste regardoit la semence du mâle et de la femelle comme un assemblage de molécules organiques vivantes , qui , par leur mouvement continuel et par une sorte d'affinité respective, tendoient toujours à reproduire les

parties du corps d'où elles provenoient ; en sorte que celles qui étoient fournies par la tête, le tronc, ou les extrémités du père , ne pouvoient s'unir qu'à celles qui venoient des mêmes parties de la mère ; conception brillante , si l'on veut , spécieuse et capable de séduire , mais dont l'insuffisance saute aux yeux. II resteroit encore à expliquer la formation des parties sexuelles , si différentes dans les garçons et dans les filles. En vain l'auteur , pour suppléer à ce défaut, imagina-t-il que les molécules émanées d'un sexe fournissoient la base ou le croquis de tout l'édifice , et que celles de l'autre en formoient le complément. Cette hypothèse , au premier coup-d'œil, ne paroît ni moins défectueuse, ni moins dénuée de fondement que la première. Comment , en effet , les parties génitales du mâle pourroient-elles compléter celles de la femelle, qui sont entièrement dissemblables? Il arriveroit donc alors qu'il n'y auroit point de sexes , ou qu'ils seroient imcomplets , si l'on n'aimoit mieux les réunir dans le même individu , et faire des hommes une classe d'hermaphrodites. Quelle absurdité !

Le système des séministes en général reposoit donc sur une trop frêle base , pour être admis par les physiologistes. À la vérité, il sembloit mieux cadrer qu'aucun autre avec les faits , puisqu'il expliquoit la génération des mulets , et cette espèce de nuance ou de ressemblance mitoyenne que les enfans ont avec le père et la mère. Mais il auroit fallu d'autres motifs pour croire au mélange ou à la conv

Linaison des deux semences. Après tout , quelle preuve avoit-on de la sécrétion du sperme dans \qs ovaires? Eloit-ce le sentiment de volupté que la femme éprouve du côté des trompes , quand elle se livre aux plaisirs de l'amour? mais ce n'est là qu'un effet de la sensibilité , qui est indépendant de toute sécrétion. Auroit-on allégué l'écoulement du fluide qui se répand hors des parties génitales pendant l'acte de la génération ? Mais il est des femmes qui ne rendent absolument rien , quoiqu'elles soient excessivement amoureuses.

D'ailleurs , cette liqueur n'est que la mucosité filtrée par les glandes du vagin et destinée à lubrifier ce conduit : vérité qui avoit été déjà pressentie dans la plus haute antiquité , et dont le développement étoit réservé à la physiologie moderne.

Quoi qu'il en soit , l'opinion des anciens se soutint jusqu'au milieu du seizième siècle , époque où Sténon refusa la vertu prolifique aux ovaires, et ne les considéra plus que comme des organes qui renfermoient de véritables œufs. Cet anatomiste , pour expliquer la génération , supposoit qu'un ou plusieurs de ces œufs se gonfloient ? après avoir été fécondés parla semence du mâle, qu'ils déchiroient leurs enveloppes et se rendoient le long des trompes dans la matrice , pour s'y développer jusqu'à la fin de la grossesse.

Il résultoit de là , que la femme de voit fournir îe fœtus tout entier , et que la semence du mâle ne faisoit qu'en vivifier le germe. Enfin , l'homme

«e donnant à l'oeuf qu'une sorte d'impulsion vitale 5 il falloit nécessairement que tous les enfans ressemblassent à leur mère et jamais à leur père. Dèslors plus de mulets , ou d'animaux mi-partis ; plus de maux héréditaires à redouter de la part du père : conséquences entièrement opposées à l'observation , et bien capables de prouver la futilité d'un tel système.

D'ailleurs , ces prétendus œufs de la femme , qui les a vus? qui les a surpris dans leur passage à travers les trompes ? Malpighi , l'un des plus grands fauteurs de cette hypothèse > croyoit les avoir vus une ou deux fois seulement ; encore n'étoit-ce pas dans les vésicules de l'ovaire , comme Sténon l'avoit avancé , mais dans la cavité du corps jaune qui se formoit sur leurs débris. Valisniéri , son disciple et son émule , n?avoit rien vu de semblable. Haller lui-même , quia fait tant d'expériences pour tâcher de surprendre la nature sur le fait, n'a rencontré ni ceuf ni germe , soit dans l'ovaire , soit dans les trompes, avant le dix-septième jour qui suit l'accouplement.

Mais peut-on croire à l'existence des oeufs , quand les défenseurs de cette hypothèse ne sont poiut d'accord entre eux ? Certains croyoient que tous ces oeufs étoient emboîtés les uns dans les autres, et qu'ils alloient toujours en diminuant depuis la première femme dont l'ovaire contenoit tous les germes, jusqu'à celle dont l'ovaire ne contiendra plus que le dernier rejeton de l'espèce humaine ; eu

DE L'ART DIS ACCOUCHEMEPi nn

sorte que les œufs de femme , dans le siècle où nous Nommes , devroient être imperceptibles par rapport à ceux de la première mère , et cependant énormes par rapport à celui de la dernière. Or , qui pourroit concevoir toutes ces divisions , et calculer les pertes innombrables de tous ces infiniment petits?

D'autres ont soutenu qu'à une certaine époque les œufs se formoient dans l'ovaire , et y demeuroient plus ou moins de temps , en attendant que la semence du mâle vînt les vivifier ; semblables aux œufs de la poule } qui ne sauroient eclore sans avoir été fécondés par l'approche du coq.

Malgré cette diversité d'opinions , le système des œufs régna pendant près d'un siècle dans les écoles , et il auroit peut-être encore de la célébrité et de la vogue , si Lewenoek n'en avoit ébranlé les fondemens. Armé de sa lunette , ce physicien crut apercevoir des milliers d'animalcules dans la semence du mâle. A l'en croire, il avoit fait le recensement de ce peuple microscopique , puisqu'il en portoit le nombre jusqu'à dix ou douze millions, il assuroit aussi qu'ils étoient oisifs, sans énergie et sans mouvement hors le temps des amours, mais qu'ils frétilloient avec une vivacité incroyable pendant l'orgasme vénérien. Enfin 7 quelle subtilité dans la vue ! il assuroit avoir été lui-même témoin de leur accouplement.

Cette prétendue découverte n'eut pas été plutôt publiée, que la femme perdit la prérogative de fournir le germe de l'espèce humaine 2 et l'on ne regarda

plus les vésicules des ovaires comme des œufs , mais seulement comme de petits nids destinés à recevoir les animalcules qui fourmilloiént dans la semence du mâle. Suivant Lewenoek, une légion innombrable de ces petits hommes s'élançoit pendant le coït dans les parties génitales de la femme ; et c'étoit à qui arriveroit le plus vile à la vésicule de l'ovaire qui devoit lui transmettre des droits à la vie. Mais, peut on y penser sans horreur! il n'y en avoit qu'un , c'étoit le plus expéditif et le plus vigoureux, qui parvînt au but, après avoir écarté ou fait périr tous ses compétiteurs ; tel qu'un sultan superbe et cruel , qui fait égorger impitoyablement tous ses frères pour monter sur le trône. Ce système est trop absurde , disons mieux , il sent trop la barbarie pour mériter une sérieuse réfutation ; l'arme seule du ridicule suffit pour le combattre et le renverser.

Concluons donc que nous ignorons encore comment s'opère la génération, et que les physiciens avec leurs conjectures et leurs systèmes , loin d'expliquer ce mystère , n'ont pas même soulevé le coin du voile qui le cache a nos yeux.

Cependant il s'est trouvé quelques génies qui , dans leurs rêves physiologiques , ont cru avoir dérobé en quelque sorte ce secret à la nature. Pleins de cette illusion , ils se sont vantés de posséder l'art de modifier à leur gré l'acte de la génération , de procréer les sexes à volonté , et même de leur départir les qualités du corps et de l'esprit.

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Hippocratc , parmi les anciens, croyant que les maies provenoient du testicule droit , et les femelles du testicule gauche , avoit recommandé de lier l'un de ces organes, lorsqu'on avoit intention d'engendrer le sexe conienu dans l'autre; opération inutile et impraticable, parce qu'elle étoit fondée sur une hypothèse chimérique et extravagante. En effet , combien n'a-t-on pas vu d'individus qui éloient pères de garçons , quoiqu'ils fussent privés du testicule droit ? On doit porter le même jugement sur l'opinion dAristote , qui attribuoit au vent du midi la propriété de favoriser la génération des filles , et au vent du nord celle des garçons.

De nos jours , Millot , pour se conformer au système adopté par les modernes ? a imaginé que les ceufs mâles étoient contenus dans l'ovaire droit , et les ceufs femelles dans l'ovaire gauche ; d'où il a conclu que ? pour engendrer un garçon ou une fille, il suffisoit de faire coucher la femme , pendant le coït , sur le côté correspondait au sexe qu'on désiroit. Mais l'expérience et l'observation n'ont-elles pas fait justice de cette futile rêverie et de la conséquence pratique que l'auteur en a déduite ? Le docteur Jadelot a ouvert Je cadavre d'une femme qui avoit mis au monde des en fans de l'un et l'autre sexe , quoiqu'elle n'eût naturellement qu'ion ovaire; on a aussi communiqué à la Société de Médecine un exemple de grossesse extra-utérine ? dans laquelle le fœtus ne correspondoit point à l'ovaire que son sexe auroit dû occuper, suivant l'opinion de Millot.

go PRINCIPE S

Claude Quillet est connu par son poëme de la Callipédie , où il enseigne l'art de faire de beaux enfans ; et tout récemment encore , Robert a renchéri sur ceux qui l'avoient précédé , en donnant des préceptes sur la manière d'avoir des enfans d'esprit. On ne peut disconvenir que ces auteurs n'aient donné des preuves de talent et d'érudition ; mais leurs ouvrages ne cesseront d'être marqués au coin des romans , tant qu'on verra les enfans dégénérer de la beauté et de l'esprit de leurs ancêu es s ou les surpasser sous ce double rapport.

ARTICLE II

De V époque , du lieu et des phénomènes de la

Conception.

Ce qu'on sait de plus positif relativement à la conception, c'est qu'elle est enveloppée des plus épaisses lénèbres. Les uns la confondent avec la génération , les autres , au contraire , distinguent l'instant où. le germe est fécondé d'avec celui où il est conçu , et prolongent même l'intervalle qui sépare ces deux opérations depuis sept heures jusqu'à sept jours. Mais n'est-ce pas là une vaine subtilité , que la pensée peut à peine saisir , et qui n'est d'aucune importance pour la pratique?

Que d'incertitudes encore sur les conditions qui rendent la femme féconde ou habile à concevoir ! On regarde ordinairement comme le présage dune conception assurée ? l'ardeur avec laquelle le sexe

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se livre aux jouissances amoureuses; tandis qne l'expérience prouve tons les jours le 'contraire. Personne n'ignore (jue cl«*s femmes , naturellement froides et apathiques , reçoivent sans plaisir les caresses de leurs époux , et l'ont néanmoins plus d'en fans que les autres.

Mais où s'opère la conception ? Si l'on considère que le fœtus se développe le plus souvent dans la matrice, on est naturellement porté à croire que ce viscère est aussi le lieu où il a été conçu. Cependant Haller pense, avec la plupart des physiologistes, que cette opération a lieu dans l'ovaire , d'où l'œuf fécondé n'arrive dans la matrice que vers le troisième jour; et il faut convenir que cette opinion , si elle n'est pas absolument vraie , est au moins très-vraisemblable. Car, les'd/'bris de fœtus qu'on a trouvés dans l'ovaire , prouvent incontestablement qu'ils y avoient été conçus; et les nombreux exemples de grossesses abdominales ou de fœtus tombés dans l'abdomen sans aucune lésion des trompes , sont encore des faits qu'il seroit impossible d'expliquer, si la conception s'opéroit toujours dans la matrice. Enfin l'expérience de Nuck, qui , trois jours après la copulation , lia une des cornes de l'utérus sur une chienne , et qui , vingtun jours après , trouva e\eux fœtus entre la ligature et l'ovaire , est une preuve sans réplique de la conception extra-utérine ?

Quoi qu'il en soit , un des plus grands avantages en pratique , seroit de distinguer la conception et

de la reeonnoître d'une manière positive , afin d'éviter les nombreuses et funestes méprises que son incertitude a causées. Mais on n'a encore aucun ^igne qui la caractérise i et le plus souvent on est réduit à des doutes , quand il s'agit de décider si la copulation a été féconde ou stérile. Les auteurs même les plus recommandables ont laissé cette importante question dans une obscurité qu'il est impossible d'écîaircir.

Si l'on en croit Hippocrale , la femme qui conçoit éprouve un frémissement involontaire qui la fait tressaillir, et un sentiment de volupté excessive, auquel succède un état de langueur générale ; ses yeux , devenus plus caves et moins brillans , s'entourent d'un cercle bleuâtre , et son visage se couvre d'un masque plus ou moins étendu qui en ternit* l'éclat.

Selon Galien , le moment de la conception est marqué par une espèce de spasme ou de resserrement intérieur. On rapporte aussi que certaines femmes éprouvent une chaleur ardente quand elles conçoivent ; tandis que d'autres ressentent , dans les premiers jours qui suivent la copulation , une espèce de mouvement le long des trompes utérines avec de petites coliques dans l'iiypogastre,

Mais on ne peut rien conclure de tous ces signes , puisque l'observation atteste qu'ils n'existent pas chez toutes les femmes, et que la plupart sont communs à la conception et à l'écoulement des roples. D'ailleurs , cotte sensation intérieure de

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frémissement , de 'chaleur el de volupté , le médecin-accoucheur ne peut la connoîtrc que par l'aveu de la femme qui l'éprouve , or , où est souvent la certitude qu'elle n'a aucun intérêt de le tromper?

11 faudroitdonc pouvoir s'en rapporter à des phénomènes extérieurs et sensibles , tels que les changemens dans la forme, la température ou la couleur de certaines parties du corps ; mais ce sont là des signes tout aussi incertains que les autres. Pour un seul cas où ils ont fait connoîlre la conception , ou en citeroit une infinité d'autres où ils ont induit eu erreur. A la vérité , le cynique Démocrite d'Abdère reconnut , dit- on , par la seule inspection du col , qu'une jeune fille^ compagne d'Hippocrate , venoit de perdre se virginité. On rapporte aussi qu'un moine de Prague reçonnoissoit les personnes à l'odorat comme on les connoît à la vue, et qu'il distinguoit la vierge d'avec celle qui avoit été déflorée. Enfin , dans les Essais sur Paris , il est question d'un aveugle qui connut qu'une de ses filles s'étoit livrée à son amant. Mais quels sont les accoucheurs ou les gens de l'art , dont les organes des sens sont assez déliés ou assez subtils , pour faire de pareils tours de force ?

ARTICLE III

De la Grossesse et de ses Signes.

On donne le nom de grossesse à l'état de la femme depuis qu'elle a conçu jusqu'à ce qu'elle accouche.

Considérée par rapport au produit de la conception 7 elle se divise en vraie et en fausse ou apparente. Dans la grossesse vraie , la matrice renferme un ou plusieurs fœtus , et dans la fausse grossesse ce viscère ne contient qiie de l'eau, de l'air, du sang , des glaires , des concrétions polypeuses , ou une mole.

Si Ton a égard au lieu que la grossesse occupe , on la distingue en utérine et en extra-utérine , selon que le foetus se développe dans la matrice ou hors de ce viscère ; dans le dernier cas , elle peut encore se subdiviser en grossesse de la trompe , de l'ovaire ou de l'abdomen.

Enfin , la grossesse est simple quand il n'y a qu'un fœtus , double quand il y en a deux , triple quand il y en a trois , etc. On dit aussi qu'elle est compliquée, quand la matrice , outre le fœtus, contient une grande quantité d'eau, des hydatides? un polype , une mole.

Un des points les plus essentiels , et peut-être les plus difficiles en pratique , est de bien connoîlre la grossesse quand elle existe , pour la distinguer d'avec toutes les affections pathologiques qui peiu ent la simuler. Mais quelle habitude , quelle prudence et souvent quelle adresse l'homme de l'art ne doit-il pas avoir pour éviter la méprise ou l'erreur , et peut être aussi les pièges qu'on lui tend ! Ici c'est une femme qui ne consulte que pour dissiper quelques doutes ou quelques craintes , ou simplement pour satisfaire ufte vaine curiosité ; là , c'est une

nourrice qu'on soupçonne d'être enceinte , parce.' que l'enfant qu'elle allaite, loin de croître, vient à dépérir ; ailleurs , une fille débauchée et pleine de mauvaise foi , cherchant à se débarrasser d'un fardeau qui 1 incommode , et qu'elle ne peut attribuer qu'à un amour illicite et clandestin , va furtivement solliciter des remèdes pour une fausse hydropisie ou pour quelques prétendus dérangemens de la menstruation. Une femme naturellement vindicative , vient-elle à être maltraitée , se déclare enceinte , pour se faire accorder une plus grosse indemnité ; une autre , plus astucieuse ou plus jalouse encore , prétexte une grossesse , pour hâter son mariage avec un amant dont elle craint l'inconstance ou l'infidélité. Tantôt la justice invoque les lumières de la médecine , avant de prononcer sur la réclamation d'une jeune veuve sans enfans , qui ne feint d'être grosse que pour retenir ou pour usurper les biens de son époux ; tantôt c'est une femme scélérate et chargée de crimes , qui , afin de suspendre le glaive de la loi prêt à la frapper, s'intéresse et demande grâce pour le fruit qu'elle prétend porter dans son sein , espérant par là se soustraire au supplice qu'elle a mérité. Dans toutes ces occasions , l'accoucheur ouïe médecin doit donc nécessairement se tenir en garde contre l'erreur , et prendre les plus grandes précautions pour ne compromettre ni sa réputation , ni l'intérêt de la société , ni le salut de la femme qui le consulte y ou celui de

l'enfant qui a déjà reçu l'existence , sans avoir encore vu le jour.

Mais il s'en faut bien que les phénomènes qui se ' manifestent pendant la grossesse donnent tous h\ même certitude , pour en confirmer l'existence. Il en est qui la font seulement présumer ; d'autres qui la rendent vraisemblable , et quelques-uns qui la mettent hors de doute ou d'équivoque. Les premiers , dont le nombre est presque incalculable , s'observent immédiatement après la conception ou dans les premiers mois de la grossesse, et se dé» duisent de certaines légères incommodités que la femme éprouve ; les seconds , beaucoup moins nombreux , sont relatifs aux divers changement qui surviennent, soit dans la matrice , soit dans le bas-ventre , et deviennent de plus en plus sensibles > à mesure que la grossesse avance ; enfin les derniers , qui sont les seuls caractéristiques , ne s'acquièrent que par le toucher , et tiennent aux mouvemens du fœtus.

SECTION PREMIÈRE

Des Signes qui font seulement présumer la grossesse»

Il suffit de connoître les lois qui régissent l'économie animale , et surtout l'influence que la matrice exerce sur tout l'organisme en général , pour se former une idée des changemens que la grossesse doit apporter dans les propriétés vitales et dans les fonctions qui en dépendent.

DE l'a ht des accoucii mir.rs s. 8;

Que de dérangemens > que d'irréguhuiiés dans h digestion ! le plus souvent ce sont des nausées plus ou moins incommodes , accompagnées de mal d'estomac, de chaleur ardente dans le gosier et l'œsophage, de soif, de borborygmes , de flatuosités, de diarrhée ou de constipation. Quelquefois des vomissemens convulsifs permettent à peine de garder quelques alimens solides ou liquides ; d'autres l'ois , l'appétit devient insatiable ou se déprave à ua tel point , qu'il ne recherche que les substances les plus bizarres et les moins propres à servir de nourriture, telles que la craie , la pierre broyée , le charbon , le plâtre , la terre , les araignées , le vieux îinge , le sel , le poivre , le poisson pourri , les liqueurs fermentées et alcooliques. On cite deux femmes, dont l'une vouloit absolument qu'on lui servît à manger l'épaule d'un boulanger qu'elle avoifc vu en passant; et l'autre ne trouvoit pas de plus grand délice que d'introduire le canon d'un soufflet dans sa bouche, et d'avaler à longs traits le vent qui en sortoit.

La respiration participe aussi à cette espèce de bouleversement général. Des quintes de toux plus ou moins sèche et presque toujours convulsive , des hoquets , des bâillemens , des soupirs , le resserrement de la poitrine , l'oppression , l'haleine courte, chaude , sifflante , plus ou moins sonore , la voix aiguë , perçante , grave , rauque , plaintive , tremblante ; le besoin imaginaire ou réel de changer d'air à tout instant , crainte de suffocation ; voilà

encore des incommodités qui tourmentent certaines femmes durant les premiers mois et quelquefois tout le temps de la grossesse.

Point d'uniformité ou de régularité dans la circulation. Le pouls est tantôt plein, fort, dur, accéléré ; tantôt. , au contraire , lent , mou , foible, petit , imperceptible , inégal , intermittent. Les veines se gonflent , ou disparoissent et s'enfoncent dans le tissu cellulaire ; celles des extrémités inférieures deviennent souvent variqueuses , surtout lorsque la grossesse est un peu avancée. Certaines femmes éprouvent des palpitations de cœur insupportables , d'autres tombent en syncope au moindre mouvement. Le sang tiré des veines paroît plus ou moins rouge , plus ou moins séreux et offre souvent une couenne inflammatoire plus ou moins dense. Ce liquide se porte avec violence vers certaines parties du corps et s'échappe par leurs vaisseaux exhalans ; de là différentes espèces d'hémorragies ; le visage est plus ou moins coloré. L'écoulement périodique du sang menstruel se supprime pour l'ordinaire pendant tout le temps de la grossesse ; il n'est pas néanmoins très -rare que des femmes répandent quelques gouttes de sang dans les premiers mois, qu'elles soient mêmes réglées comme auparavant jusqu'à leur terme.

Mêmes chan^emens dans les sécrétions et les excrétions. La plupart des femmes pâlissent dès qu'elles sont grosses, et leur tissu cellulaire semble s'infiltrer ; on diroit qu'elles sont plus lymphatiques

qu'à l'ordinaire; leurs extrémités inférieures et les parties génitales externes deviennent œdémateuses. On en voit aussi dont la peau prend une teinte brune , jaune ou ictérique ; et d'autres dont le visage se couvre de plaques ou taches plus ou moins étendues; l'urine est plus limpide , quelquefois sedimenteuse; les mamelles se gonflent et deviennent plus sensibles ; leurs aréoles s'étendent et se rembrunissent ; les mamelons se redressent et donnent du lait ou une humeur séreuse qui en a l'apparence. La surface de la peau est sèche, froide, rugueuse, bourgeonnée; d'autres fois, unie , couverte de moiteur , et d'une température plus ou moins élevée et plus ou moins variable. La vulve et le Vagin sont secs ou inondés de muscosilés. Quelquefois la salive coule à flots , et détermine un ptyalisme ou crachottement insupportable.

La nutrition est plus ou moins dérangée; certaines femmes perdent leur fraîcheur et leur embonpoint au commencement de la grossesse, et ne les recouvrent que vers le sixième ou le septième mois ; il en est qui maigrissent , et semblent dépérir depuis la conception jusqu'à l'accouchement; leur ventre s'aplatit , leur visage se décompose , se flétrit et se couvre de rides ; d'autres , au contraire , jouissent d'une brillante santé dans toutes leurs grossesses, et paroissent plus languissantes dans les intervalles.

La grossesse influe aussi sur les organes de la locomotion. On voit des femmes qui, dès qu'elles

go PRINCIPES

ont conçu , deviennent indifférentes pour îe mouvement. Elles tombent dans un tel état d'inertie , d'engourdissement et même de foiblesse , qu'elles ne soupirent qu'après le repos; il faudroit leur faire violence pour les déterminer à prendre le plus léger exercice. 11 y en a qui éprouvent des accès d'hystérie bien manifestes. Nous avons donné des soins à deux dames dont la grossesse étoit digne de compassion ; l'une étoit affectée de violentes convulsions qui revenaient périodiquement tous les mois, et l'autre avoit été saisie d'une telle rigidité tétanique , presque immédiatement après la conception , qu'elle ne pouvoit exercer aucun mouvement; son corps^ étoit extrêmement courbé en devant, et formoit un arc qui ne se redressa qu'au moment où elle sentit > les premières douleurs pour accoucher.

Les fonctions des sens ne sont pas sujettes à moins d'irrégularités. La vue se trouble ou s'obscurcit ; lés femmes croient voir des insectes ou des bluettes; tout ce qui les environne semble tourner autour d'elles; quelquefois la lumière la plus douce les fatigue et les incommode; l'audition devient plus ou moins difficile, les oreilles retentissent ou bourdonnent; l'odorat se perd, ou ne peut supporter que certaines odeurs ; le goût s'ahère; le tact s'émousse ou devient plus subtil ; le sommeil est tantôt profond , tantôt agité par des rêves ou des visions fantastiques.

Les facultés de l'entendement et les affections de l'âme ne sont plus dans l'état ordinaire ; l'esprit

est plus lourd, plus aballu ; souvent l'imagination s'exalle , les passions se réveillent, et le caractère s'aigrit. Moins de sûreté dans le jugement, moins de force dans la voloulé , moins de coustance dans le sentiment. Certaines femmes passent de la tristesse à la joie , de Famour à la Laine avec une mobilité incroyable ; d'autres profondément occupées de la même idée, deviennent soupçonneuses, jalouses, même cruelles.

Tel est le tableau des divers phénomènes qui s'observent , ou des change mens que la femme éprouve tant au physique qu'au moral pendant le cours de la grossesse? Mais quelle induction peuton en tirer, quand on sait qu'ils n'ont ni continuité ni régularité , qu'ils n'existent ni chez toutes les femmes , ni dans toutes les grossesses , et qu'ils peuvent être occasionnés par une infinité de causes différentes , telles que l'écoulement ou la suppression des règles , les anomalies nerveuses auxquelles le sexe est si sujet , les vices organiques ou maladies chroniques des parties génitales , et surtout de la matrice et des ovaires , etc.

Cependant , quoique ce ne soit là que des signes fort équivoques ou incertains, il seroit très-imprudent de les négliger ou de ne pas les prendre en considération , quand on est consulté par la femme qui les éprouve. Le parti le plus sûr alors est de soupçonner ou de présumer la grossesse , ou de se tenir au moins dans les bornes d'un doute raisonnable 3 pour ne rien précipiter et ne rieu hasarder»

Avec de telles précautions on gagne du temps ; la grossesse , si eiJe existe réellement , ne tarde pas. à se manifester par des caractères plus positifs , et on n'a point à se reprocher d'avoir administré des remèdes violens et homicides qui peuvent procurer l'avortement , ni d'avoir porté une décision qui peut faire partager à un fœtus innocent le supplice d'une coupable mère : méprises scandaleuses que d'ignorantes matrones et des médecins téméraires ont commises du temps de Riolan et de Mauriceau.

SECTION II

Des signes qui rendent la grossesse vraisemblable »

Jusqu'ici nous n'avons considéré que des phénomènes ou effets généraux qui tiennent à la sympathie de la matrice avec toute l'économie en général, et nous avons vu qu'ils ne donnoient que de foibles présomptions en faveur de la grossesse. Nous examinerons maintenant les changemens particuliers que la matrice elle-même éprouve , et nous pèserons aussi le degré de confiance qu'ils peuvent inspirer, quand il s'agit de constater cet état de la femme.

D'abord , un fait qu'aucun physiologiste n'a jamais révoqué en doute , c'est que la conception ne sauroit avoir lieu sans augmenter les propriétés vitales du système utérin. Il s'y développe alors une nouvelle sensibilité, la femme y éprouve plus de chaleur et de ton ; elle y sent aussi plus de pesanteur. On diroit , en un mot , que le germe devient un

stimulas qui réveille, et met en jeu la vie des organes qui doivent contribuer à son accroissement, et avec lesquels il doit pour ainsi dire s'identifier pendant neuf mois.

Cela posé, jetons un coup-d'ceil rapide sur les phénomènes que la matrice présente depuis le commencement jusqu'à la fin de la grossesse. D'abord, quels changemens dans son volume et dans sa forme ï Ce viscère qui , dans l'état ordinaire , n'occupe guère qu'un point dans le bassin , n'a pas plutôt senti la présence ou l'impression du nouveau germe, qu'il commence à s'élever et à s'agrandir. Ses progrès sont même si rapides, que dans l'espace de neuf mois, il remplit tout le bas-ventre, et semble empiéter encore sur la capacité de la poitrine ; l'intestin , l'épiploon, l'estomac, etc. sont pressés, refoulés, quelquefois même forcés de s'élancer hors de leur enceinte pour lui céder l'espace. Avant la conception , ce n'étoit qu'un corps triangulaire et légèrement aplati , qui avoit tout au plus trente lignes de long sur deux, pouces de large et un pouce d'épaisseur; au terme de l'accouchement, c'est un ovoïde dont le volume est onze fois ou onze fois et demie plus considérable. A cette époque, il a environ un pied de longueur et sept à huit pouces d'épaisseur en tous sens.

Mais cet accroissement ne s'opère pas d'une ma» nière brusque, uniforme et régulière; il est lent, imperceptible ou peu sensible dans le commencement de la grossesse, tandis que vers le milieu il

g4 PRINCIPES

marche avec une rapidité qui étonne , tant elle pa~ roît incompatible avec la résistance que lui oppose le tissu serré de la matrice. Dans les deux premiers ' mois qui suivent la conception, ce viscère ne sort pas encore de la cavité du petit bassin; il semble au contraire qu'il s'y enfonce davantage , en se rapprochant de la vulve et du périnée ; mais à la fin du troisième mois , Je fond de la matrice est au niveau du détroit supérieur ou abdominal qu'il déborde de plusieurs travers de doigt à la fin du quatrième. À cinq mois révolus , on le sent à deux doigts au-dessous de l'ombilic; il répond à l'anneau quinze jours après , et s'élève deux doigts au dessus vers la fin du sixième mois. Au septième, il arrive dans la région épigastrique , et vers la fin du huitième , on le trouve dans le creux de l'estomac. Pendant le neuvième mois, le fond de la matrice reste stationnaire , et semble même quelquefois perdre de sa hauteur , parce que le ventre s'affaisse presque constamment à cette époque.

La figure de la matrice n'offre ni moins de lenteur, ni moins d'irrégularité dans ses changemens. Elle s'arrondit en tout sens au commencement de Il grossesse; mais elle s'allonge ensuite plus qu'elle ne s'élargit , pour s'arrondir encore vers la fin , sans néanmoins perdre la forme ovoïde qui lui paroît naturelle.

Cette échelle de graduation ne sauroit cependant suffire, pour déterminer précisément les dimensions et la figure de la matrice ; car, à une époque

DE L'ART DFS ACCOUCII l-MEN S. q5

quelconque de la grossesse , elles ne sont jamais les mêmes chez tous les individus, ni dans les diflerentes grossesses de la même femme, soit à cause des accroissement variables du fœtus et de ses dépendances , soit à cause de la quantité plus ou moins grande des eaux de l'amnios.

Une observation non moins curieuse qu'importante pour le praticien , c'est que , ♦pendant 1rs six premiers mois de la grossesse , le corps et le fond de la matrice contribuent seuls à son développement , tandis que le col résiste encore et conserve pour l'ordinaire sa consistance et ses dimensions. Dans les trois derniers mois , au contraire , c'est uu ordre tout différent; alors le corps et le fond se distendent moins , et le col à son tour commence de contribuer à i'ampliation de la matrice ; il perd peu à peu de sa longueur ; il s'amincit insensiblement ? et offre chaque jour plus de souplesse. Enfin , vers îe commencement du neuvième mois, il est presque entièrement effacé, et la matrice n'acquiert guère plus d'accroissement jusqu'au temps du travail.

A quels raisonnemens ou plutôt à quelles subtilités îe physiologiste n'a-t-il pas eu recours , pour expliquer ce phénomène ? D'abord , le scalpel à la main , il a vu que le tissu du col utérin étoit plus épais et plus dense que celui du corps. De là, sou imagination n'a pas manqué de conclure que , pendant le temps de la grossesse, il s'établissoit entre les fibres utérines une espèce de lutte dans laquelle celles du col, pins serrées et plus fermes, a voient

l'avantage pendant les six premiers mois, et cédoient ensuite à la réaction du corps et du fond , ainsi qu'au poids du fœtus devenu plus volumineux. Une con- , séquence nécessaire de cette hypothèse , étoit que l'accouchement ou l'expulsion du fœtus et de ses dépendances ne pouvoit avoir lieu, sans que l'équilibre fût rompu entre les fibres de la matrice, et sans que celles du corps et du fond eussent acquis la supériorité sur celles du col. Il résultait aussi du même principe que la naissance devoit être prématurée ou tardive, selon que ce prétendu équilibre se rompoit avant ou après le terme ordinaire de la grossesse ; théorie purement mécanique , plus spécieuse que solide, et à laquelle il suffit d'opposer l'observation pour la renverser de fond en comble. Il est de fait , et tous les praticiens peuvent Fat- % tester, que le col de la matrice commence quelquefois de s'amollir à son exi rémité inférieure ou vaginale, tandis que le cercle de sa base présente encore un bourrelet très dur et très sensible au toucher. Or, cela pourroit-il se concevoir , en supposant une lutte dans laquelle les fibres du col les plus voisines du corps devroient être attaquées et vaincues les . premières? Il est encore de fait que la matrice se développe, et que son col s'efface , suivant la même loi, dans la grossesse simple et dans la grossesse composée; ce qui ne peut se concilier avec le système d'action et de réaction entre les fibres du corps et celles du col. Enfin , personne n'ignore que l'orifice utérin commence quelquefois à se dilater avant

de l'art des accouciiemens. C\J

l'accouchement; que , pendant le travail, les contractions de la matrice ne sont, jamais uniformes et continues, niais plus ou moins rapides et pins ou moins énergiques ; que le délivre ou Farrière-faix ne suit presque jamais immédiatement le fœtus , et que dans le cas de jumeaux , le dernier n'est quelquefois expulsé que long temps après le premier. Comment donc expliquera t-on celte progression dans le travail de l'enfantement , si l'on suppose que la rupture ou défaut d'équilibre entre les fibres du corps et du col , est la cause qui le détermine ? Dans cette hypothèse , la femme ne devroit-elïe pas accoucher aussitôt que la résistance du col est surmontée, et expulser en même temps un ou plusieurs fœtus avec toutes leurs dépendances ?

Quoi qu'il en soit, la matrice ne se développe et ne s'agrandit qu'en changeant pour ainsi dire d'organisation. C'est une nouvelle structure, un nouveau mode de circulation et de sécrétion , en un mot, une nouvelle vie. Dans l'état ordinaire, cet organe n'offre qu'une masse serrée , compacte , blanchâtre , presque cartilagineuse , dont les fibres flexueuses forment un lacis iuextricabîe ; on y distingue à peine quelques vaisseaux sanguins. Mais à mesure que la grossesse avance , le tissu en devient plus mou, plus souple et plus rouge; les vaisseaux dont il est arrosé se déroulent , se redressent , s'allongent et. acquièrent plus de calibre; enfin, au terme de l'accouchement , les sinus utérins égalent la grosseur du petit doigt, et les lymphatiques .eux-

mêmes celle d'une plume à écrire. Quel merveilleux accroissement ! aussi la matrice reçoit-elle tous les jours progressivement plus de sang ou de liquides , jusqu'à ce qu'elle commence de se contracter pour expulser le fœtus ; et dès que le travail est terminé , son tissu se resserre, ses fibres se replient, ses vaisseaux se recourbent et deviennent plus anguleux ; ils perdent de leur calibre , et reçoivent par conséquent moins de sang. De là résulte la diminution progressive des lochies ; de là aussi la brillante et ingénieuse théorie sur laquelle Puzos a fondé la méthode d'arrêter les pertes avant et après l'accouchement.

Mais poursuivons : les changemens que la matrice éprouve par rapport à son action, ont encore de quoi nous surprendre et nous étonner , tant ils paroissent incroyables. Inactive et presque inerte avant la grossesse , elle ne jouit que d'une foible ou médiocre tonicité , telle qu'on l'observe dans les tissus blancs ou dans les glandes sécrétoires ; la sensibilité en paroît même presque nulle , à moins que l'impression de quelque virus ou de toute autre cause externe ne vienne la réveiller , et y produire quelquefois des douleurs plus ou moins aiguës. Mais à peine ce viscère a-t-il reçu le produit de la conception , que sa sensibilité s'exalte jusqu'à l'éréthisme , et sa tonicité jusqu'à la contractilité musculaire. Cette dernière propriété semble même alors indépendante de la vie des autres organes , puisqu'elle subsiste encore lorsqu'ils n'exercent plus aucuue action,

DE L'ART DES AGC O UCHEMENS. QQ

L'observation atteste que la matrice a quelquefois conservé assez de force pour revenir sur elle-même et pour expulser le foetus , quoique la femme fût tombée en défaillance et qu'elle eût même cessé de vivre .

Ce n'est donc pas à la vessie urinaire ni à une boule de cire qu'il faut comparer la matrice , pour en expliquer la distension durant la grossesse , comme l'ont fait Galien et Avicenne , et après eus Vésale et Mauriceau. Tout rejette un pareil rapprochement; là ce sont des cavités qui s'amincissent en se dilatant , et qui semblent céder à une force ou impulsion étrangère ; ici , au contraire , c'est un organe qui, par une activité propre et naturelle, s'agrandit, en conservant à peu près la même épaisseur; on diroit que la matrice, en proportionnant sa capacité aux accroissemens du fœtus, se met aussi en mesure pour l'expulser quand il en sera temps. Qu'on ne croie pas cependant qu'il y ait ici de nouvelles fibres qui s'engendrent, ni de nouvelles parois qui s'appliquent aux premières ; la ténuité de la matrice chez une femme qui succombe à une hémorragie, suffit pour écarter ce paradoxe; ce sont toujours les mêmes fibres qui s'allongent sans perdre de leur grosseur , et les mêmes parois qui s'élargissent sans s'amincir. Admirable chefd'œuvre de la nature , vrai miracle physiologique , dont on entrevoit la raison dans les changemens que la matrice éprouve pendant la grossesse ! car ce viscère ne peut recevoir une plus grande quâa-

ÎÔO PRINCIPES

tué de liquides , sans recevoir en même temps ufc surcroît de suc nutritif, qui compense ou répare ce que la distension des parois pourroit ôter à leur épaisseur.

Mais une preuve presque démonstrative que la matrice n'est pas entièrement passive durant la grossesse, et que son expansion n'est pas seulement l'effet d'un liquide qui en écarte les parois, c'est que ce viscère, aussitôt après la conception, s'agrandit , se dilate et s'épaissit , avant que le fœtus Y paroisse d'une manière sensible , et même lorsqu'il se développe ailleurs, comme dans le cas de grossesse ex Ira-utérine. Bertrandi a ouvert la matrice de plusieurs femmes qui avoient péri dans les premières semaines de la grossesse, et il en a toujours trouvé * la cavité plus ample qu'à l'ordinaire, quoique l'œuf n'adhérât encore nulle part. Dans une circonstance, le fœtus étoit contenu dans la trompe gauche , et la matrice, quoique vide, avoit acquis trois fois plus de volume. Santorinus rapporte des observations semblables, et Hartmann assure avoir observé le même phénomène chez les animaux dont la matrice se dilate dans toutes ses cornes , quoiqu'il n'y en ait qu'une de fécondée. Enfin, Weinknecht rapporte une observation de grossesse lubaire où la matrice étoit non-seulement plus ample et plus épaisse, mais encore revêtue dune membrane lâche , pulpeuse et semblable à la caduque de Hunier. Après des faits aussi positifs , pourroit-on refuser à la matrice une force active qu'on accorde à plusieurs

autres organes , à l'iris , au mamelon , au corps caverneux , au cœur; une force dont jouissent djtobablement tous les muscles qui ne sont point soumis à la volonté ?

Enfin, parmi les changemens que la malrice éprouve durant la grossesse, il nous reste à examiner encore celui qui est relatif à sa situation et d'où, dépend son obliquité , phénomène que les anciens n'avoient point méconnu , mais dont personne n'a eu la gloire de développer la théorie comme Deventer. Chargée du produit de la conception , la matrice ne peut pas sortir de la cavité pelvienne en s'élevant parallèlement à la colonne rachidienne ; la saillie du sacrum et la convexité des vertèbres lombaires s'y opposent; il est donc forcé de suivre l'axe du détroit abdominal jusque vers le milieu de la grossesse. A cette époque, les enveloppes du basventre, d'autant plus relâchées qu'elles ont été plus distendues par les grossesses antérieures, ne peuvent plus résister à la pression qui les repousse , et laissent tomber le fond de la matrice en avant , sur la vulve , sur les cuisses , quelquefois jusqu'aux genoux. Ce déplacement devient presque insupportable , quand il est aussi excessif; il oblige alors la femme de se redresser , et de se renverser pour ainsi dire en arrière ; ce qui l'expose chaque instant à perdre l'équilibre , si elle n'a la précaution de relever et de soutenir l'abdomen avec un suspensoir.

On conçoit donc pourquoi l'obliquité antérieure de la matrice est si fréquente et même constante»

C'est un effet en quelque sorte naturel de la confor* mation du bassin , qui offre une large échancrure au-dessus du pubis , et dont le détroit abdominal ainsi que son axe s'inclinent en devant.

Il est néanmoins des femmes dont les muscles abdominaux offrent tant de résistance , surtout dans une première grossesse , que la position de la matrice reste toujours verticale , et semble même faire croire à une obliquité postérieure. Mais cette méprise devient impossible , si Ton réfléchit à la circonstance où la femme se trouve alors, et à la cause qui produit l'illusion. D'ailleurs , pour admettre cette espèce d'obliquité , ne faudroit-il pas supposer avec T^evret que le sacrum et la colonne lombaire , au lieu de faire saillie en avant , reculent et s'enfoncent en arrière? Vice de conformation qu'on ne peut concevoir, puisqu'il est entièrement opposé aux causes qui altèrent la structure naturelle du bassin.

Une autre espèce d'obliquité non moins fréquente , est celle qui fait pencher le fond de la matrice à droite ; on l'observe à peu près quatrevingt-dix-neuf fois sur cent , et on la rencontre même chez le plus grand nombre des femmes dans le commencement de la grossesse , lorsque la matrice n'a pas encore débordé le petit bassin. Les causes de cette déviation tiennent, au moins dans les premiers mois , au rectum et à l'extrémité inférieure du colon ; ces deux portions de l'intestin situées a gauche , et distendues à certaines époques du jour par des matières stercorales, forment un bour-

DE L'ART DES ACCOUCHE !Yf EN S. 7CM

relet plus ou moins volumineux qui repousse le globe utérin à droite. Cette direction est encore favorisée par les efforts que la femme fait pour rendre les selles , et par la forme sphérique de la matrice qui ne peut rester long-temps appliquée sur l'angle saillant et arrondi du sacrum.

On n'observe que fort rarement l'obliquité latérale gauche de la matrice , et les causes n'en sonfc pas faciles à indiquer. Peut-être ne se manifestet-elle , comme le prétend le docteur Gardien , que lorsque le fond de ce viscère , fortement retenu par les enveloppes du bas-ventre , est parvenu à la seconde ou troisième vertèbre lombaire, époque où il n'est plus rejeté à droite par le rectum , et où il s'incline indistinctement de l'un ou de l'autre côté? Il semble néanmoins que le paquet intestinal qui tend toujours à se porter vers la fosse iliaque gauche , à cause de la direction du mésentère , devroit encore alors déterminer l'obliquité latérale droite. D'ailleurs , le fond de la matrice ne s'incline-t-il jamais à gauche avant d'atteindre là hauteur des vertèbres lombaires ? C'est ce qu'il faudroit examiner.

Malgré cette incertitude , l'explication que nous avons donnée des différentes espèces d'obliquité utérine 7 doit faire rejeter les causes auxquelles des auteurs du plus grand mérite l'avoient attribuée. Telles sont l'habitude que la femme prend de se coucher constamment sur le même coté pendant la grossesse ? lç relâchement des ligamens qui assujé-

lissent la matrice d'un côté ou de l'antre , une tumeur plus ou moins volumineuse dans l'ovaire ou Fabdomen. A la vérité, ces causes, quand elles existent, peuvent contribuer à l'obliquité de la matrice d'une manière accessoire. Mais comment pourroient-elles la produire constamment , attendu qu'elles se rencontrent des deux côtés du bassin , tandis qu'au contraire , la matrice s'incline presque toujours à droite et en avant.

Attribuerons-nous , avec Levret , l'obliquité de l'utérus à l'insertion du placenta sur les côtés de ce viscère ? Mais alors comment expliquerons-nous ce pbénomène , lorsque le placenta correspond au fond ou au col de la matrice ? Comment expliquerons-nous l'obliquité presque constante à droite et en avant, tandis que le placenta s'insère également à droite , à gauche et en arrière ? En général, toute cause doit être rejetée , lorsqu'elle n'a pas une analogie directe avec l'effet qu'on veut expliquer.

La vue suffit quelquefois pour reconnoître l'obliquité de la matrice , au moins quand la grossesse est un peu avancée. Mais , dans le commencement, on ne peut guère en déterminer l'espèce ni l'étendue , qu'en palpant l'abdomen de la femme 7 pour s'assurer de l'inclinaison du fond , et en introduisant le doigt indicateur dans le vagin , pour examiner la directiou du col. Dans ces recherches P il faut surtout éviter la précipitation, et ne jamais juger de la situation du col par celle du fond , ni réciproquement. Car s'il est vrai que les deux exlré-

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. I0f>

mités de Taxe utérin , comme celles d'une bascule, s'inclinent le plus souvent en sens contraire , il n'est pas néanmoins très-rare , que le col de la matrice se torde et se recourbe sur le corps comme le bec d'une cornue, pour rester au centre du bassin , ou même pour se diriger du même coté que le fond.

Les suites de l'obliquité sont plus ou moins incommodes , selon qu'elle est plus ou moins considérable, et que la grossesse est plus ou moins avancée. En effet , la matrice ne peut s'incliner vers un côté quelconque ? sans presser, tirailler, et distendre les enveloppes de l'abdomen qu'elle rencontre , ni sans comprimer les nerfs qui s'y ramifient ; de là des douleurs plus ou moi us aiguëes dans les aines et dans les lombes , l'engourdissement de la partie qui correspond à l'obliquité , la contusion et linflammation des parties génitales , si elles se trouvent sous le globe utérin. Mais ce sont là des accidens peu fâcheux et presque nuls , en comparaison de ceux qui menacent la femme pendant le travail de l'accouchement , et dont nous parlerons dans la suite.

Enfin, si aux changemens que la matrice éprouve dans son volume et sa forme , dans son action , sa structure et sa situation , nous ajoutons maintenant ceux qui ont rapport à ses dépendances , tels que 3a dilatation , l'alongement et l'humidité du vagin ? 3e gonflement en quelque sorte œdémateux des grandes lèvres et de la vulve , nous aurons le tableau complet de tous les phénomènes sensibles

JCÔ principes'.

qu'on observe dans le système utérin , depuis la conception jusqu'au terme de l'accouchement. Mais ce ne sont encore là que des signes équivoques ; ils n'indiquent pas plus la grossesse qu'une hydropisie ou une tympanite utérine , au moins dans les premiers mois qui suivent la conception ; car pendant cette période , la matrice éprouve à peu près les mêmes changemens , soit qu elle contienne un fœtus , soit que la distension de ses parois tienne à la présence d'une môle , à un amas d'hydatides , à de l'air, etc. Il faut donc attendre , pour acquérir plus de probabilités , jusqu'au milieu de la grossesse , époque où les anamolies générales que la femme éprouve après la conception , commencent pour l'ordinaire à disparoître , et où le bas-ventre s'élevant en pointe vers le nombril, laisse une espèce de vide du côté des lombes. C'est alors seulement que les changemens du système utérin et de l'abdomen donnent à la grossesse un air de vraisemblance. Mais il s'en faut bien qu'on en ait encore une certitude complète ; on ne l'acquiert qu'a l'aide de signes plus positifs et plus sûrs dont il nous reste à parler,

section nr.

Des Signes caractéristiques de la Gi'ossesse..

La conception ordinaire suppose nécessairement un germe qui se développe dans la matrice, et dont il suffit de reconnoître la présence pour avoir la certitude de la grossesse. C'est là pour ainsi dire fei

pierre de touche ou le moyen sans lequel il est impossible d'éviter la méprise, et de constater la vérité, dans une matière aussi délicate et aussi importante.

Au commencement de la grossesse , le fœtus est à peine ébauché ; ce n'est qu'un atome de gélatine suspendu au milieu d'un océan de liquide ; il ballotte en tout sens , et pirouette continuellement , suivant l'impulsion qu'il reçoit. La vie dont il jouit n'est pas même tout à-fait inactive , et ne consiste pas dans un repos absolu ; ses fibrilles musculaires se contractent , sa frêle machine s'ébranle , il s'agite par soubresauts , et va heurter les parois de la matrice. Mais qu'est-ce que ce mouvement ? N'estil pas imperceptible ou trop foible encore pour se communiquer à la mère , et pour lui donner la conscience d'un être qui n'est pas elle au dedans d'elle-même? Ce ne sont donc ni les premiers jours, ni les premières semaines , ni les premiers mois après la conception , qui sont les plus favorables pour dissiper le doute et l'incertitude que la femme peut conserver sur son état.

Mais à mesure que la grossesse avance , le produit de la conception se développe ; ce qui n'étoit qu'un point gélatineux , prend de la forme et des dimensions ; le fœtus acquiert plus de consistance et de volume ; il est plus pesant. La vie qui l'anime dévient plus énergique , ses muscles plus forts , son organisation plus solide. Enfin , vers le quatrième mois , rarement plutôt , quelquefois plus tard , il se fait sentir, et dès-lors son existence n'cs-t

plus un problème. À cette époque la femme éprouve des sensations qui lui étoient inconnues , et qui l'avertissent qu'elle doit se tenir prête a devenir mère. Dès qu'elle se remue , elle sent un corps étranger , plus ou moins délicat , qui tombe ou se repose sur la partie la plus déclive de la matrice. C'est là ce qu'on appelle en propres termes , le ballottement du fœtus ; mouvement tout à-fait passif et uniquement dû , non à l'action musculaire, mais à la force de gravitation qu'il partage avec tous les autres corps de la nature ; mouvement dont la femme est quelquefois incommodée , surtout lorsque le fœtus, ayant cessé de vivre, n'est plus qu'une masse ou une boule inerte que sa pesanteur entraîne de côté et d'autre : enfin , mouvement qui ne laisse plus aucun doute sur l'existence de ja grossesse , puisque nulle autre substance que le fœtus ne peut nager et ballot er dans l'eau de l'amnios.

Ce n'est pas tout : il est encore un autre signe qui prouve non-seulement la présence, mais encore la vie du fœtus dans le sein de la mère. C'est une sorte d'activité qui lui est propre, soit qu'elle dépende de la volonté , du sentiment ou des sensations dont il n'est cependant guère susceptible , soit qu'elle tienne uniquement à la vie intérieure , organique ou végétative qui l'anime , et que les physiologistes comparent à celle d'un homme qui dort. En vertu de cette activité , le fœtus exécute des niouvemens qui , vers le milieu de la grossesse , deviennent de plus eu plus sensibles pour la mère.

DE L'ART DES ACCOUCIIEMENS. I Of)

Alors son corps se courbe ou se redresse , ses membres se contractent ou se détendent, et vont frapper les parois de la matrice. Le choc en est même quelquefois si brusque et si rude , dans les mois suivans , qu'il se manifeste à travers les enveloppes du bas-ventre et les vetemens ; souvent la femme en est réveillée durant la nuit.

Ce sont ces deux mouvemens du fœtus , l'un passif et tout-à-fait matériel , l'autre actif , musculaire et proprement vital , dont la femme acquiert la conscience vers le milieu de la grossesse , et qui en lui donnant l'intime conviction de son état, lui imposent le devoir de veiller à la conservation du fruit qu'elle porte. Mais s'il est des circonstances où le témoignage de la femme suffit pour écarter toute espèce de doute et d'incertitude , combien n'en est- il pas aussi ou l'on ne peut s'en rapporter à elle , et où la précaution exige même qu'on la soupçonne de mauvaise foi , surtout quand elle a quelqu'intérêt de feindre ou de cacher la vérité. Elle est donc obligée alors de se soumettre à l'examen ou à la visite des gens de l'art , et spécialement des accoucheurs qui la palpent ou la touchent pour constater les mouvemens du fœtus , seuls signes positifs et infaillibles de son existence et par consé^quentde la grossesse.

IlO PRINCIPES

SEC TIO N IV

Du Toucher,

Ce seroit méconnoître une grande partie des avantages du toucher, que de les borner a la recherche des signes qui caractérisent la grossesse. Il est nonseulement la boussole qui dirige la conduite de l'accoucheur dans toutes les opérations de son art , mais encore il sert de guide au médecin en générai , toutes les fois qu'il s'agit de déterminer le siège et la nature de certaines maladies propres au sexe; car la décence ne leur permettant pas de porter leurs regards sur les parties externes de la génération , et celles qui sont situées dans l'intérieur du bassin étant d'ailleurs inaccessibles à la vue , quel autre moyen leur resteroit-il que de les palper , et de suppléer ainsi à l'œil par la main , pour en vérifier les différens états ?

Dans tous les cas , cette importante opération sert à reconnoître l'état du bassin et des organes qu'il renferme , les signes de la grossesse , et les phénomènes qui accompagnent le travail de l'accouchement. Elle se pratique avec les deux mains , dont l'une s'applique par sa face concave ou palmaire sur la région abdominale que le corps et le fond de la matrice regardent , tandis que le doigt indicateur de l'autre s'introduit dans le vagin , où correspondent le col et l'orifice de ce viscère.

Les occasions ou l'on est obligé de recourir au toucher , sont peut-être plus fréquentes qu'on ne

pense. Combien d'affections restent souvent inconnues et sans remèdes chez les femmes, parce qu'elles refusent de se soumettre à un examen nécessaire , ou parce que les gens de l'art qu'elles consultent sont peu versés dans ces sortes de recherches ! Mais revenons à l'accoucheur. Quelle foule de connoissances n'est-il pas à même d'acquérir tous les jours , à l'aide d'un doigt , que la sagacité et l'expérience ont rendu habile ! C'est là sans contredit le pelvimètre par excellence, puisqu'il est le plus fidèle , quand il s'agit de mesurer les dimensions du bassin et d'en reconnoître la bonne ou mauvaise conformation ; c'est l'instrument le plus commode pour vérifier l'état ordinaire de la matrice et de la vulve , les changemens qu'elles éprouvent pendant la gestation, et les accidens qui peuvent y arriver après le travail de l'accouchement ; enfin , c'est le moyen le plus sûr et le plus prompt de constater les mouvemens du fœtus , sans lesquels tout n'est que doute et obscurité dans l'examen des signes <le la grossesse.

Qu'on ne s'imagine pas néanmoins qu'il faille seulement porter au hasard un doigt ou une main sur le bassin et les organes génitaux de la femme, pour en saisir l'état aetuel , par rapport à la grossesse et à l'accouchement ; ce n'est pas ainsi qu'on touche ou qu'on palpe. Cette pratique suppose nécessairement des connoissances préliminaires, et exige certaines précautions , sans lesquelles elle tourne moins à l'instruction et au profit du pra-

ticien qui l'exerce , qu'au préjudice de la femme qui s'y soumet.

Il faut donc avoir premièrement une idée bien précise de tout ce qui est relatif à la situation , à la forme , à la direction , à la structure et aux dimensions du bassin ; à l'état ordinaire des parties génirûtaîes ; à la grossesse et aux cbangemens qu'elle cause dans le système utérin et le bas-ventre ; au fœtus et à ses dépendances ; enfin au mécanisme de l'accoucbement. Ce n'est, à proprement parler, qu'après avoir bien conçu un organe ou une fonction dons son état naturel , qu'on peut en apprécier les dérangemens , et y apporter un prompt remède, lorsque cela est nécessaire.

Quant aux précautions que le toucber exige , les unes regardent la femme et les autres l'accoucbeur. Que la femme , avant tout , aille à la garde-robe et rende son urine , si elle en éprouve le besoin , afin que le rectum et la vessie , moins volumineux dans l'état de vacuité , opposent, moins de résistance au doigt qui parcourt le vagin pour aboutir à la matrice. Qu'elle prenne ensuite la situation la plus convenable aux recberebes qu'on se propose de faire. S'agit-il d'un relacbemenl ou d'une descente de matrice ; le bon sens indique que la femme doit être debout , afin que ce viscère abandonné à sa propre pesanteur , laisse apercevoir le degré de la maladie qu'on soupçonne. Est-ce, au contraire, le volume ou la figure du globe utérin qu'on veut déterminer dans une affeclion dont il est atteint ,

DE L'ART DES ÀCCO UC IIEME NS. Iï3

ou dans un commencement de grossesse ; la femme doit être couchée à la renverse , la tête un peu plus élevée que le tronc et les membres inférieurs dans l'état de flexion , afin que les muscles abdominaux plus relâchés interceptent moins l'impression de la main , qui cherche à démêler le fond de la matrice parmi les circonvolutions de l'intestin. Mais il peut arriver qu'une anasarqueou un embonpoint excessif ait donné trop d'épaisseur aux parois abdominales , que la cavité du péritoine soit remplie de sérosité , ou qu'une toux opiniâtre et importune mette les muscles abdominaux dans une agitation continuelle; il est évident que la même position ne peut être alors d'aucune utilité ; la femme doit donc se tenir debout , le dos appuyé contre une muraille ; et l'accoucheur est réduit à juger de l'état du globe utérin par sa pesanteur, par sa mobilité et par l'étendue de sa face postérieure, si toutefois il peut la parcourir du doigt.

Nous ne parlerons point ici des règles de la décence que tout honnête homme est censé connoître, et qu'il n'est jamais permis de violer en touchant les femmes , sous quelque prétexte que ce soit. Mais une précaution qu'il ne faut point négliger, c'est de ne jamais introduire le doigt dans le vagin , sans l'avoir préalablement enduit de graisse , de mucilage , d'huile ou de beurre , soit pour ménager la sensibilité des parties qu'on touche , soit pour se préserver de certains virus dont elles peuvent être affectées , et dont la contagion se propage quel-

Î14t PRINCIPES

quefois avec une promptitude incalculable. Par la même raison , une plaie , un ulcère , ou la moindre égratignure qu'on auroit reçue au doigt indicateur ' d'une main , doivent suffire pour le faire exclure et lui faire substituer celui du coté opposé ; de là l'avantage d'être ambidextre. Enfin, aussitôt après le toucher , on se hâtera de laver ses mains , surtout lorsqu'on doit visiter plusieurs femmes de suite , afin de ne transmettre aucune impureté de l'une à l'autre.

Tout étant disposé , la femme couchée sur le dos , debout ou à genoux , et les cuisses un peu écartées , l'accoucheur porte l'extrémité du doigt vers la vulve , en écarte légèrement les grandes lèvres , et cherche l'orifice du vagin , en allant du périnée vers le pubis. Des praticiens conseillent d'insinuer deux doigts dans ce conduit ou de seconder l'introduction de l'index , en couchant le pouce sur le pubis et le médius sur le périnée. Mais , outre que ces procédés sont défectueux et inutiles dans le plus grand nombre des cas 1 ils sont encore trèsincommodes et très-douloureux ? surtout lorsque le vagin est étroit et le ventre tuméfié. Il vaut donc bien mieux n'allonger que le doigt indicateur , et ployer les autres avec le pouce dans le creux de la main. Cette méthode , si elle n'est pas rigoureuse , a cela d'avantageux , qu'elle permet de varier à volonté la position du poignet , de le tourner vers le pubis ou le coccix , à droite ou à gauche , de donner plus ou moins d'obliquité au doigt r et de lui

DE l'art des accouchemens. I J *S faire parcourir fïïus ou moins d'étendue , suivant les circonstances.

Veut-on s'assurer de la grossesse , on fixe la matrice entre la main qu'on applique sur l'abdomen et le doigt indicateur qu'on introduit dans Je vagin ; on examine ensuite le volume et la forme de ce viscère , sa pesanteur et sa mobilité , sa hauteur ou sa dépression , sa rectitude ou son obliquité , les dimensions du col et l'état de l'orifice ; enfin , on tâche d'exciter les mouvemens du fœtus , qui seuls peuvent dissiper le doute et l'incertitude. L'homme de l'art qui procède à cet examen , doit donc avoir présens à sa mémoire les divers changemens que la matrice éprouve depuis la conception jusqu'à l'accouchement ; il doit se rappeler que dans les deux premiers mois ce viscère se dilate , mais en se rapprochant de la vulve , et que vers la fin du troisième seulement , son fond commence à déborder le bassin , pour s'élever ensuite graduellement jusqu'à l'épigastre et même jusqu'au diaphragme , en s'inclinant plus. ou moins à droite, à gauche, ou en avant; il doit savoir que dans les six premiers mois , le col de la matrice n'éprouve presque jamais de changement sensible , au moins dans une première grossesse, et que par conséquent il ne fournit aucune connoissance sur l'état actuel de ce viscère ; enfin , il ne doit point ignorer que les mouvemens du fœtus , quoiqu'ils commencent avec son existence , ne sont néanmoins sensibles au toucher qu'à quatre mois et demi ou

îlG PRINCIPES

vers le milieu de la grossesse. Ce n'est qu'un accoucheur exercé et réfléchi qui peut démêler le vrai d'avec le faux dans un examen où il est si facile de se faire illusion ; lui seul peut distinguer les signes rationnels , équivoques ou incertains d'avec ceux qui sont vrais , caractéristiques ou infaillibles , et prononcer une décision irrévocable. En général, toutes les fois que les mouvemens du fœtus ne sont pas sensibles, il faut savoir rester dans le doute, et attendre le temps nécessaire , pour que la vérité s'éeiaircisse. Cette circonspection est le seul moyen de se mettre à l'abri de l'erreur, et d'éviier ces lourdes méprises qui tournent à la honte de Fart , au déshonneur du praticien , au détriment de la femme , et presque toujours à la perte de l'individu qu'elle porte dans son sein.

Mais comment exciter les mouvemens du fœtus ? c'est-là peut-être ce qu'il y a de plus embarrassant, au moins pour ceux qui commencent de pratiquer le toucher. Voici néanmoins les préceptes que l'on donne pour aplanir la difficulté , si toutefois des préceptes peuvent suppléer au défaut de pratique dans un art qui ne peut s'acquérir qu'à force d'habitude ou d'exercice.

On soulève et on presse alternativement la matrice , qu'on fixe entre la face palmaire d'une main appliquée sur l'abdomen , et le doigt indicateur de l'autre introduit dans le vagin. Par ce procédé, on imprime au fœtus une secousse qui le porte d'abord vers le fond de la matrice ,' et le fait retomber en-

de i/art dis accouciiemk^s. 117

suite vers le col de ce viscère , où il frappe le doigt qui l'y attend fixement et sans se déranger : celle précaution est nécessaire, pour ne point confondre le ballottement du foetus avec l'agitation de la matrice toute entière. Le choc ou la percussion qu'on ressent est d'autant plus forte que la grossesse est plus avancée , parce qu'alors le produit de la conception est plus développé. Dans les derniers mois , il suffit de le soulever, pour qu'il retombe bientôt après sur le doigt , et qu'il donne des signes non équivoques de sa présence. Quelquefois aussi , en promenant la main sur l'abdomen , ou le bout du doigt sur le segment de la matrice qui correspond au vagin 3 on est assez heureux pour exciter le mouvement actif ou musculaire du fœtus , et l'on ne peut plus douter qu'il ne jouisse de la vie.

Admettrons-nous encore avec Hîppocrale , comme des signes certains de la grossesse , l'occlusion complète de l'orifice utérin immédiatement après la conception , la dépression du col , ainsi que l'augmentation de volume et de température de cetie partie ? Discuterons-nous certains indices auxquels Stein ne balance pas d'accorder la plus grande confiance , tels que la tumeur molle et demi-sphérique , sentie par le doigt à la partie antérieure du segment inférieur de la matrice , la forme circulaire et 3e plan égal que présente l'orifice utérin par le raccourcissement de la lèvre antérieure ou par le prolongement de la postérieure ? Mais , sans nous engager dans des longueurs inutiles , il suffit d'eu

î î 8 PRINCIPES

appeler au tribunal de l'expérience , pour être convaincu que ces prétendus signes ne sont ni assez conslans , ni assez réguliers , pour mettre la grossesse hors de doute et d'équivoque. Nous lavons déjà dit , et nous le répétons avec les praticiens les plus éclairés ; dans les six premiers mois , on ne doit rien ou presque rien conclure en faveur de la grossesse , d'après l'examen du col ou de l'orifice utérin. Il n'y a donc alors d'autres signes certains de la grossesse que le ballottement et le mouvement actif du fœtus.

Le toucher ne sert pas seulement à vérifier les signes de la grossesse utérine ou naturelle; c'est encore le seul moyen de reconnoitre la grossesse extra-utérine et même la fausse grossesse. Et d'abord, pour ce qui concerne la grossesse extrautérine ou par erreur de lieu , quelle induction pourroit-on tirer de quelques phénomènes généraux dont on la dit accompagnée , tels que la continuation des règles avec moins d'abondance qu'à l'ordinaire , l'absence de gonflement et de lait aux mamelles , le défaut de vomissement et la tuméfaction latérale de l'abdomen ? Quel fonds pourroit-on faire sur les accidens ou incommodités nombreuses qui affectent les femmes au commencement de celte espèce de grossesse ? Ce ne sont là , il faut en convenir , que des signes équivoques et illusoires qui peuvent tout au plus la faire soupçonner, comme le remarque Antoine Petit , mais qui sont incapables d'en établir la certitude. Il fautdonc nécessairement

DE L'ART DES ACCO UCHEMEPf S. I 1 (*)

recourir au toucher, qui est le seul moyen , passé une certaine époque , de distinguer si le fœtus se développe dans la matrice ou hors de ce viscère. Supposons qu'en palpant les diverses régions de l'abdomen on sente les mouvemens d'un fœtus; il est certain dès-lors qu'il existe une grossesse réelle : cela est sans réplique. Supposons encore que la matrice fixée entre la face palmaire d'une main et le doigt indicateur de l'autre , n'offre aucun ou presque aucun changement dans son corps ni dans son col , il est évident que ce viscère ne renferme poiut le produit de la conception ; il existe donc ailleurs, et la grossesse est extra-utérine : conséquence non moins incontestable que la première.

Mais , quelque précis et serré que soit ce raisonnement, pour démontrer l'existence d'une grossesse extra-utérine , il s'en faut bien qu'on puisse fixer avec la même certitude le lieu que le fœtus occupe. Est-il dans l'abdomen , dans la trompe ou dans l'ovaire ? Selon quelques auteurs , rien n'est plus facile à décider que cette question ; ils prétendent que la légèreté et la mobilité de la matrice, jointes à la liberté des mouvemens du fœtus , indiquent une grossesse abdominale J tandis qu'au contraire , plus de pesanteur et moins de mobilité dans la matrice avec plus de gêne dans les mouvemens du fœtus,, sont une preuve que la grossesse a lieu dans les annexes utérines ; ils vont même jusqu'à distinguer la grossesse de la trompe d'avec celle de l'ovaire. Dans la première ? disent-ils , la

IIO PRINCIPES

matrice est pour ainsi dire accolée à la tumeur qui contient le fœtus , et par conséquent peu mobile; elle en est au contraire plus éloignée et plus libre dans la grossesse de l'ovaire : différences plus imaginaires que réelles ; distinctions trop subtiles pour être appréciées dans la pratique , et trop minutieuses pour être discutées en théorie.

Il en est de même de la fausse grossesse. Vers les premiers mois , ce seroit en vain qu'on en chercheroit la preuve dans quelques incommodités que la femme ressent ; telles que la nausée , l'anorexie, le vomissement , la suppression des règles , le gonflement du sein et de l'abdomen, etc. ; ces signes sont entièrement équivoques et n'indiquent pas plus une grossesse apparente qu'une grossesse réelle. C'est donc encore au toucher seul qu'il appartient de distinguer l'une d'avec l'autre ; et ici même sévérité de raisonnement, et même conviction que dans l'examen de la, grossesse extra-utérine. On touche la femme dont le ventre se gonfle , s'élève et s'arrondit, et on trouve la matrice beaucoup plus volumineuse qu'à l'ordinaire : la conséquence immédiate de ce signe, est qu'il y a quelque substance renfermée dans ce viscère. Pour en reconnoître la nature , on attend l'époque correspondante au milieu de la grossesse , et le toucher découvre encore plus de distension daus le globe utérin ; on l'agite, et l'on ne peut venir à bout d'exciter les mouvemens du fœtus. N'est-on pas en droit de présumer alors qu'il n'y a point de germe dans ce viscère 5 et

que la grossesse , loin d'être réelle , n'est qu'apparente. L'absence des mouveniens du fœtus est donc ici le véritable fondement du diagnostique.

Mais ce n'est là néanmoins qu'un signe générique, et qui convient à toutes les espèces de fausse grossesse , quelle qu'en soit la cause. Comment donc dislinguera-t-on si la matrice , au lieu d'un fœtus , ne contient que de l'eau , de l'air, du sang, des hydatides , une môle , des concrétions polypeuses? Si l'on consulte certains livres sur cet objet, tout y paroît clair et précis. Ainsi la distension et la pesanteur de la matrice, jointes à un sentiment de fluctuation manifeste , indiquent la présence de l'eau , tandis que la distension de ce viscère , jointe à sa légèreté et a un bruit sonore qu'elle rend par la percussion , attestent la présence de l'air ; le sentiment d'une boule pesante sans fluctuation , qui tombe sur le côté où la femme se couche , et qui pend sur les cuisses quand elle est debout , sont la preuve d'une môle, et ainsi des autres. Mais, combien toutes ces différences qui paroissent si claires et si tranchées dans la théorie, sont difficiles à saisir dans la pratique ! et combien ne pourroilon pas citer de cas où les gens de l'art se sont trouvés embarrassés , et ont même donné dans Terreur, pour avoir voulu prononcer avec trop de précipitation ! Concluons donc que , si le toucher est le seul moyen de reconnoître la grossesse naturelle, et de la distinguer, soit d'avec la grossesse extra ^utérine, soit d'avec la grossesse .apparente, il ne peut

cependant pas toujours déterminer les différentes espèces de ces dernières.

ARTICLE IV

De V accroissement progressif du Fœtus, de sa longueur et de son poids quand il est à terme.

Les physiologistes qui ont fait des recherches sur Jes accroissemens du fœtus , assurent que dans les premiers jours après la conception , on en chercheroit en vain quelques traces dans la matrice ; on n'y trouve alors qu'une petite vésicule, remplie d'un liquide clair et transparent , à laquelle on est convenu de donner le nom d'œuf chez les animaux vivipares en général.

Ce n'est guère qu'après la première semaine qu'on commence d'y apercevoir une espèce de nuage mucilagineux , homogène et demi-transparent , qui laisse démêler , mais d'une manière assez confuse , les premiers linéamens de l'embryon ou du germe. Dix ou douze jours plus tard , la tête et les traits du visage se dessinent , le nez s'ébauche et se prononce ; deux petits points noirs marquent la place des yeux , et deux petits trous celle des oreilles ; le tronc encore grêle parôît légèrement recourbé en devant, et forme presque la totalité de la masse; on n'y voit point de membres ; quatre petits moignons ou tubercules arrondis en indiquent seulement l'origine. Tout le corps n'a que cinq ou six lignes de longueur, et on le prendroit plutôt pour la larve d'un insecte que pour l'élément de l'homme.

A un mois, la longueur de l'embryon est de !mit à dix lignes; il n'est guère plus gros qu'une fourmi ; les membres tboraciques paroissent les premiers et restent un peu plus longs que les membres abdominaux jusqu'au commencement du quatrième mois ; on commence à y distinguer les doigts et les orteils.

À six semaines , toutes les parties sont très-visibles; la tête forme la moitié de la masse ; le cœur bat assez distinctement; le sexe est déterminé.

A deux mois , l'ossification commence , les clavicules et les membres offrent des points solides ; Je cordon ombilical paroît ; la tête forme toujours la plus grosse extrémité de la masse et se penche sur le tronc; l'embryon a près de deux pouces de longueur.

A trois mois , il pèse environ trois onces , et sa longueur est à peu près de trois pouces et demi. Il commence à se mouvoir sensiblement, et on lui donne le nom de fœtus.

A quatre mois et demi, les membres abdominaux l'emportent sur les membres thoraciques; les ongles des pieds et des mains se prononcent , et le fœtus a quatre pouces six à huit lignes de longueur.

Dans chacun des trois mois suivans , il augmente environ de trois pouces ; en sorte que vers le septième mois il a près de treize pouces. A cette époque , la pupille est ouverte et les testicules sont dans le scrotum.

Si l'on a égard aux proportions respectives des

différentes parties du corps , on trouve qu'à six mois , le milieu de sa longueur , prise du sommet de la tête aux talons , répond exactement à l'extrémité abdominale du sternum , et à sept mois , plus près du sternum que de l'ombilic.

A buit mois , la longueur du fœtus est de quatorze à quinze pouces , et le milieu en est fixé quelques lignée au-dessus de l'ombilic. Enfin , à neuf mois , terme ordinaire de la grossesse , le fœtus a le plus souvent dix-buit pouces , et le milieu de sa longueur aboutit exactement à l'ombilic ; sa pesanteur est alors de six à sept livres. Ces évaluations admettent néanmoins autant de variétés que d'individus ; car il en est qui n'ont que seize pouces de long, et d'autres qui en ont jusqu'à vingt-deux et même vingt-trois. De même, des fœtus , quoiqu'à terme , sont au-dessous de quatre livres -, tandis que d'autres en pèsent neuf ou dix, même treize ou quatorze. Des matrones ont aussi rapporté en avoir reçu qui pesoient vingt- cinq livres ; mais n'y a-t-il pas de l'exagération dans ce calcul ?

Quoi qu'il en soit , dans le cas d'avortement , on seroit souvent induit en erreur si l'on cbercboit à déterminer l'âge des avortons d'après leurs dimensions et leur pesanteur. Car , outre qu'ils s'accroissent d'une manière très-irrégulière } et qu'ils se développent avec plus de rapidité vers le milieu de la grossesse qu'au commencement et à la fin , il est encore très-rare d'en trouver deux de même longueur el de même poids , à une époque quel-

conque après Ja conception. Ce qu'il y a de plus certain et de plus positif sur cet objet , c'est le rapport entre l'ombilic du fœtus et le milieu de son corps : rapport qui , quoique variable suivant l'âge de l'embryon ou du fœtus , n'en paroît pas moins constant aux différâtes époques de la grossesse chez tous les individus ; d'où, il résulte que c'est peut-être là le seul signe qui, joint au caractère plus ou moins marqué de la maturité ou de l'immaturité du fœtus , indique s'il est venu au monde avant ou après le terme naturel.

Mais d'où vient que l'accroissement du fœtus est si rapide dans la matrice , tandis qu'au contraire l'enfant est si lent à se développer après la naissance ? La raison est que tout , chez le premier , concourt à la nutrition , et que rien n'en dissipe le produit ; au lieu que chez le second , la force qui compose et nourrit est sans cesse contrebalancée par une force qui décompose et détruit. D'abord j l'aliment que le fœtus reçoit est déjà préparé et digéré par la mère, à laquelle il est essentiellement liéj l'assimilation doit donc en être prompte et rapide , puisqu'elle se fait immédiatement par le système circulatoire, sans le travail préalable de la digestion et de la respiration. D'un autre coté, la sécrétion et l'excrétion , deux sources continuelles de perte après la naissance, sont inactives ou peu abondantes chez le fœtus , de sorte que tout tourne à son profit et rien à son détriment.

ARTICLE V

De la position du Fœtus par rapport à la matrice et au bassin de la mère.

Il s'en faut bien que vers la fin de la grossesse , les dimensions du fœtiMggqient dans un rapport d'égalité avec celles de lsrlwatrice ; car ce viscère n'a guère alors qu'un pied de long sur sept à huit pouces de largeur en tous sens ; tandis que le fœtus à terme peut avoir de seize à vingt-deux pouces de long sur quatre ou six pouces de large , et un peu moins d'épaisseur.

Mais cette espèce de disproportion , qui est trèssensible pour la longueur, s'évanouit par l'attitude que le fœtus prend dans la cavité de la matrice , où toutes ses parties sont dans un état de demi-flexion , à peu près comme chez l'homme qui dort ou se repose. La tête est penchée sur la poitrine , la colonne vertébrale courbée en devant ; les bras sont plies , les poings à demi- fermés, les cuisses et les jambes fléchies , les genoux écartés , les talons rapprochés et appliqués sur les fesses.

Ainsi pelotonné , le fœtus se réduit à une sorte d'ovoïde , dont la longueur n'est que de neuf à dix pouces, et dont l'axe est plus ou moins incliné par rapport à celui de la matrice. C'étoit sous cette forme qu'ÏIippocrate le comparoit à une olive renfermée dans un bocal à col étroit et allongé : comparaison lumineuse , analogie exacte sur laquelle reposent le mécanisme de l'accouchement naturel ,

la connoissance des obstacles qui s'opposent à cette fonction , et Ja méthode de les écarter ou de les surmonter. Car on voit par là que l'enfant ne peut venir au monde sans offrir Tune de ses extrémités à l'entrée du bassin , et que par conséquent il est arrêté , s'il se présente en travers , à moins qu'une main secourable ne le redresse , et ne le remette sur la voie.

On a beaucoup disputé sur la situation du fœtus par rapport au bassin de la mère , dans les différentes époques de la grossesse. Des accoucheurs même très-distingués , ne rencontrant pas la tête de l'enfant , ont prétendu qu'il étoit accroupi et comme assis sur la saillie sacro- vertébrale , la tête en haut et les pieds en bas jusqu'au septième mois. Suivant eux, il exécutoit alors un mouvement extraordinaire ; la tête culbutoit et se précipitoit vers le détroit supérieur du bassin, où elle restoit jusqu'à l'accouchement, le front appuyé sur la saillie du sacrum. Mais que l'observation est loin d'être favorable à cette hypothèse î L'ouverture des cadavres , dans les cas d'avorlement, a presque toujours montré que la tête du fœtus répondoit au bassin , et qu'elle y étoit située diagonalement. D'ailleurs, cette extrémité étant la plus volumineuse et la plus pesante , ne voit- on pas que sa situation en haut pendant six mois seroit non-seulement incommode , mais encore entièrement opposée à la gravitation générale des corps? Enfin, la longueur du fœtus, qui, à sept mois, l'emporte de beaucoup sur les dimen-

sions latérales de la matrice , ne l'empêcheroit-elle pas de culbuter , à moins qu'il ne fût environné d'une très-grande quantité de liquide ? Dans ce caslà même, pourquoi n'auroit-il pas culbuté plusieurs fois avant cette époque , et pourquoi, après ce mouvement subit , le front resteroit-il appliqué contre la saillie du sacrum, tandis que les côtés de cet os lui offriroient des espaces bien plus conformes à sa rondeur?

La situation la plus naturelle du fœtus est donc celle où la tète est placée diagonalement au détroit supérieur, de manière que l'occiput répond à l'une des cavités cotyloïdes , et le front à la symphyse sacro-iliaque opposée ; c'est la plus conforme à la pesanteur et à la figure arrondie de la tète , ainsi qu'à ( ses rapports avec les parties environnantes ; alors les fesses , les cuisses , les jambes et les pieds sont situés en haut et plus ou moins inclinés à la colonne vertébrale. Il peut arriver néanmoins que ces extrémités se trouvent quelquefois en bas etla tête en haut; mais cette position insolite et non naturelle, que les partisans de la culbute ne sauroient expliquer, tient à l'excessive mobilité du fœtus dans le commencement de la grossesse ; mobilité qui le fait pirouetter sans cesse jusqu'à l'époque où sa longueur excède les dimensions latérales de la matrice, et le force de garder constamment la même situation.

DE L'ART DES ACCOUCIIEMEKS. joq

ARTICLE VI

De l'obliquité du Fœtus.

Dans Tordre naturel, les trois axes du fœtus, de la matrice et du bassin se confondent ou sont dans un état de parallélisme complet ; d'où il suit que cet ordre ne peut être interverti , sans qu'il y ait obliquité du foetus par rapport à la matrice ou par rapport au bassin.

Le fœtus est oblique à la matrice, lorsque son axe longitudinal s'écarte de celui de ce viscère; de sorte que le dernier degré de cet écartement a lieu lorsque le fœtus est situé en travers dans la cavité de la matrice.

Les causes de cette obliquité tiennent ou à la grande capacité du viscère, ou au volume peu considérable du fœtus , ou à la grande quantité du liquide qui l'environne.

On reconnoît l'obliquité du fœtus par rapporta la matrice , lorsque ce viscère étant dans sa situation naturelle , le doigt indicateur ne trouve ni la tête ni l'extrémité opposée au détroit supérieur ; et lorsqu'en palpant l'abdomen, on rencontre l'une à droite et l'autre à gauche.

Cette situation est d'autant plus défavorable , qu elle est plus oblique ; et l'accouchement est absolument impossible quand elle est transversale, à moins qu'on ne la redresse ou qu'on ne rétablisse le parallélisme de l'axe du fœtus avec celui de la matrice.

ï3o PRINCIPES

Le fœtus est oblique par rapport au bassin , lorsque son axe longitudinal s'écarte de Taxe du détroit supérieur; et le dernier terme de cette obliquité a lieu , lorsque le fœtus est situé transversalement , la tête d'un côté et les extrémités inférieures de l'autre .

La principale cause de l'obliquité du fœtus par rapport au bassin , tient à l'obliquité de la matrice , parce que ce viscère entraîne toujours le fœtus dans ses mouvemens.

D'où il résulte que , la matrice conservant sa situation naturelle , le fœtus ne peut être oblique à ce viscère sans l'être au bassin et réciproquement. Mais on conçoit très-facilement qu'il peut être oblique par rapport au bassin , sans l'être par rapport à la matrice ; il suffit pour cela que ce viscère, en devenant oblique au bassin , reste parallèle à l'axe longitudinal du fœtus. En général, c'est toujours une complication défavorable que celle de l'obliquité du fœtus par rapport à la matrice, avec celle de ce viscère par rapport au bassin. Cependant, considérée séparément , la dernière est la moins fâcheuse , parce qu'il est plus facile de la corriger que la première.

ARTICLE VII

Des dépendances du Fœtus.

Le fœtus n'est point seul et isolé dans la cavité de la matrice; il y nage pour ainsi dire au milieu d'un liquide plus ou moins abondant ; il tient à ce viscère par le placenta où se préparent en partie les sucs

DE L'ART DES ACCOUCIIEMENS. l3l

que lui transmet le cordon ombilical, et par 1rs membranes qui lui servent d'enveloppe. Toutes ces dépendances ont été appelées secondâtes , non que leur formation soit postérieure à celle du fœtus , mais parce que dans l'accouchement , elles sont pour l'ordinaire expulsées après lui; ce qui leur a fait donner aussi le nom à peu près synonyme d'arrière-faix.

Quant aux membranes qui enveloppent l'œuf, tous les physiologistes ne sont pas d'accord sur leur nombre , surtout depuis que Guillaume Hunter a fait des recherches sur ce qu'il appelle membranes caduque et caduque réfléchie. Mais comme la génération et la structure de cette double enveloppe sont encore fort obscures , et que d'ailleurs la connoissance n'en est pas d'une indispensable nécessité sous le rapport de l'art des accouchemens , nous crovons devoir épargner à nos lecteurs l'ennui d'une discussion qui ne feroit qu'accroître ce volume , sans en augmenter l'utilité. Nous nous bornerons donc , dans cet article , à ce qui concerne les membranes chorion et amnios , le placenta 7 les eaux de l'amnios et le cordon ombilical.

SECTION PREMIÈRE

Du Chorion et de ÏAmnios.

Le chorion, la plus extérieure des membranes qui enveloppent le fœtus , paroît avoir plus d'analogie avec le tissu fibreux qu'avec tout autre. Il adhère à la matrice dans la plus grande parlie de son

étendue , et sa face externe paroît recouverte d'une espèce de duvet ou de pulpe , dont quelques physiologistes ont pris les dilïérens filets pour autant de vaisseaux lymphatiques., et d'autres, pour les fibrilles des prétendues membranes caduque et caduque réfléchie. Mais ne seroit-on pas porté à croire que ce duvet n'est qu'un tissu cellulaire extrêmement fin, cpii unit le chorion avec la matrice pendant la grossesse ? Et quant au suc adipeux qu'on trouve quelquefois dans le voisinage du placenta , ne paroîtroitil pas se former plutôt entre la matrice et le chorion , qu'entre les prétendues lames de cette membrane , ou entre celle-ci et la caduque réfléchie de Hunter ?

L'amnios appartient à l'ordre des membranes séreuses. Il est mince et transparent, un peu plus, épais et un peu plus ferme que le chorion , auquel il est uni dans toute l'étendue de sa face externe par un tissu cellulaire très-fin, tandis que sa face interne , lisse et polie , est contiguë au fluide qui baigne le foetus.

Ces deux membranes , loin de former une gaine au placenta, passent au contraire sous cette masse spongieuse , et se réfléchissent ensuite sur le cordon ombilical, qu'elles accompagnent jusqu'à ce qu'elles rencontrent la peau du fœtus. Suivant Hewsson , le chorion s'enfonce aussi dans le placenta avec les vaisseaux du cordon ombilical qu'il suit jusqu'à leurs dernières ramifications. Vers l'origine du cordon , l'ainnios présente une espèce de repli falciforme dont les lames s'écartent, quand on extrait le pla-

DE L'ART DES A CCO UCIIEME N S. ] 7)5

centa , et forment une vésicule, que quelques anatomistes ont prise pour X allantoide ; opinion qui paroîtroit avoir quelque fondement, si l'ouraque dans le fœtus humain étoit creux , comme dans celui de quelques animaux. Au reste, toute discussion ne seroit ni moins oiseuse ni moins inutile sur cette membrane, que sur la caduque ou la caduque réfléchie de Hunter.

Une remarque bien plus importante pour la pra* tique , c'est que le chorion et l'amnios peuvent être trop denses et trop serrés , ou trop ténus et trop lâches ; de là des accidens qui , quoique opposés , n'en sont pas moins dangereux pour la mère et pour l'enfant. Dans le premier cas , la résistance de ces membranes peut retarder et même empêcher l'accouchement ; dans le second , si l'orifice utérin s'ouvre de bonne heure, les eaux de l'amnios, en. s'écoulant prématurément , peuvent occasionner une fausse couche ; et si les membranes résistent au poids de ce liquide jusqu'au commencement du travail , elles peuvent céder à l'effet des premières douleurs et rendre l'accouchement beaucoup plus long , parce qu'elles ne peuvent plus former unepoche qui contribue à dilater l'orifice de l'utérus.

SECTION II

Vu Placenta»

Le placenta , ainsi appelé , à cause de sa ressemblance avec une espèce de gâteau, n'est, suivant certains physiologistes, qu'un amas des houppes

l34 PRINCIPES

tomenteuses qui revêtent le chorion au commencement de la grossesse.

La surface externe ou utérine , légèrement convexe , en est recouverte d'une membrane assez délicate , sous laquelle on n'aperçoit que de légères sinuosités, mais qui se déchire avec la plus grande facilité, quand on roule le placenta sur lui-même ? de sorte que les lobes dont il est composé , et qui ne sont unis que par un tissu cellulaire très-fin , se séparent alors , et offrent une structure inégale , et profondément sillonnée.

La surface interne ou fœtale, au contraire, en est ferme, lisse , polie , et légèrement concave ; elle adhère fortement au chorion, qui, conjointement avec l'amnios , recouvre l'admirable plexus vasculaire , d'où le cordon ombilical tire ses racines.

Les dimensions du placenta varient suivant la constitution de la femme , la vigueur de l'enfant et le lieu de la matrice où il est greffé. Au terme de l'accouchement, il a un pouce ou quinze lignes d'épaisseur à son centre, et un peu moins vers ses bords ; la largeur en est de sept à huit pouces , et par conséquent la circonférence de vingt-un à vingtquatre.

Mais les principales variétés qu'on y remarque sont relatives à sa couleur , à sa forme , au lieu de la matrice où il correspond , à l'insertion du cordon ombilical et au nombre des fœtus.

La couleur en est ordinairement rougeâtre , mais elle peut devenir plus ou moins foncée, suivant les

DE L'ART DES ACCOUC IIEMENS. J j5

indispositions ou les accidcns que la femme a éprouvés pendant la grossesse. La phthisie ou le virus vénérien invétéré peuvent en occasionner le décollement partiel , d'où résultent des taches noirâtres , ou des ecchymoses plus ou moins étendues.

On a rencontré des placenta échancrés et semblables à des reins. La forme en est néanmoins le plus souvent circulaire , quelquefois ovale , et toujours aplatie. On en a vu qui étoient séparés en plusieurs lobes , qu'on eût pu prendre pour autant de* placenta distincts , sans leurs communications membraneuses et vasculaires.

Le lieu de la matrice où il s'implante n'est point fixe. Le plus communément il en occupe les régions moyennes, sans qu'on puisse néanmoins lui attribuer l'obliquité de ce viscère. Il est très-rare qu'il s'attache au fond, ou au col, et surtout à l'orifice utérin. Lorsque cela arrive , on observe qu'il est moins volumineux qu'à l'ordinaire , et le doigt peut facilement en reconnoître la situation , même avant l'accouchement; mais dans tout autre cas, le lieu de son implantation est seulement indiqué par la direction du cordon ombilical, sur lequel on fait des tractions après l'expulsion des fœtus. Il seroit aussi indiqué par la distance de l'ouverture des membranes au placenta , si cette ouverture répondoit constamment au centre de rorifice utérin.

Le cordon ombilical s'insère tantôt vers le centre; tantôt vers les bords du placenta , n'importe le point de la matrice où cette masse répond : de là des pla-

î36 PRINCIPES

centa en parasol ou en raquette. Dans certains cas, les vaisseaux ombilicaux ne se rendent au placenta qu'après avoir parcouru une certaine étendue des membranes, et après avoir formé un plexus qui se dirige ensuite vers l'un de ses bords, ou une espèce de ceinture qui en embrasse la moitié de la circonférence.

Quel que soit le nombre des fœtus dont la grossesse se compose, ils ont tous des placenta distincts ; mais quoique ces corps soient contigus dans une certaine étendue , ils n'ont cependant aucune communication entre eux , puisque l'injection ne peut pénétrer de l'un à l'autre : disposition avantageuse , d'après laquelle un des fœtus peut être malade ou perdre la vie , sans compromettre le salut des autres.

On a long-temps disputé sur les moyens d'union du placenta avec la matrice. L'observation rejette toute espèce d'anastomose entre leurs vaisseaux , ainsi que toute espèce d'engrenure mamelonnée entre leurs surfaces. Un tissu cellulaire plus ou moins dense paroît être le seul moyen intermédiaire qu'on puisse admettre. La surface du placenta présente aussi des cavités ou aréoles correspondantes aux sinus utérins ; cavités qui disparoissent par le décollement des surfaces contiguës , et dont les bords affaissés n'ont plus que l'apparence d'une décbirure. D'après ce mode de communication, le sang de la mère est déposé par les artères utérines dans le placenta , où il s'élabore et se convertit en un suc nourricier que pompent ensuite les radicules

DE 1,'ART DES ACCOUCIIF.MENS. lZj

de la veine ombilicale , pour le distribuer au fœtus. Ce n'est donc pas sans raison qu'un auteur appelle le placenta le poumon physiologique du fœtus , puisque l'usage et la fonction de ce corps spongieux sont si analogues à ceux de l'organe respiratoire chez l'enfant après la naissance.

SECTION III

Du Cordon ombilical.

D'où vient qu'on a donné le nom de veine au vaisseau qui porte la nourriture au fœtus , et celui d'artères aux vaisseaux qui en rapportent le superflu à la mère? Conçoit-on pourquoi le langage anatomique, généralement adopté pour désigner les canaux où le sang circule , admet pour ces trois vaisseaux seulement, une exception qui cadre si peu avec leurs fonctions ?

Quoi qu'il en soit , si l'on n'a égard qu'à la progression des fluides , la veine ombilicale qui , selon Millot , n'est qu'une branche de la veine-porte de l'enfant, et qui, selon d'autres, prend ses racines dans le plexus vasculaire du placenta , se dirige vers le nombril du fœtus. Parvenue derrière l'anneau , elle quitte les deux artères ombilicales dont elle étoit accompagnée , et s'élève jusqu'à la scissure du foie , le long de la grande faux du péritoine. Là , elle se bifurque, et l'une de ses branches plonge dans le sinus de la veine-porte; tandis que l'autre, sous le nom de canal veineux , se rend dans la veinecave ascendante. Celle ci se dégorge ensuite dans le

Iû8 PRINCIPES

cœur, qui, en se contractant, pousse le sang jusqu'aux extrémités.

Les artères ombilicales ne sont qu'une continua» tion des artères iliaques profondes ou hypogastriques qui, de la partie postérieure de la vessie, se dirigent avec l'ouraque vers le nombril ; de là elles se rendent, en rampant le long de la veine ombilicale, jusqu'au-dessus des membranes où elles se divisent en une infinité de branches, dont le plus grand nombre versent le sang dans la substance même du placenta, et quelques-unes seulement s'anastomo^ sent avec les radicules de la veine ombilicale.

Contournés les uns sur les autres et fortement liés par le tissu cellulaire du choriou, ces trois vaisseaux se réunissent en une espèce de cordon qu'enveloppent les membranes. La veine ombilicale, plus grosse que les deux artères prises ensemble, se replie souvent sur elle-même, et forme des anses ou des nœuds qui la font paroître variqueuse. Les deux artères se réunissent quelquefois en un seul tronc ; d'autres fois elles communiquent ensemble par des branches intermédiaires. Il est néanmoins fort rare que ces vaisseaux se ramifient.

Le cordon ombilical paroît entièrement insensible, de même que le placenta et les membranes; le scalpel de l'anatomisté n'y découvre aucune trace de nerfs.

La grosseur, la longueur et la fermeté en sont très-variables. Tantôt il est grêle , maigre et comme desséché; tantôt, au contraire, pâteux et infiltré ;

de i/art DES ACCOUCJIF.MENS. 1 Z(\

son volume égale quelquefois le bras du fœtus , sans avoir pour cela plus de solidité.

La longueur du cordon est ordinairement do vingt à vingt-deux pouces; terme moyen qui, quelquefois, s'éloigne beaucoup des extrêmes. Baudelocque en a rencontré qui n'avoient que six pouces, tandis que d'autres en avoient quarante-huit. L'Héritier en avoit observé un de cinquante-sept pouces , et Gardien en cite un autre de cinq pieds.

Trop court , le cordon ombilical est sujet au tiraillement pendant la grossesse , surtout quand la matrice contient beaucoup de liquide; de là le décollement total ou partiel du placenta , quelquefois aussi la rupture des vaisseaux , l'hémorragie et l'avortement ; de là encore le renversement de la matrice après l'expulsion du fœtus, si le placenta adhère trop fortement à ce viscère.

Trop long , au contraire , le cordon peut s'entortiller autour du corps, du col ou des membres du fœtus. On en a vu qui étoient noués en plusieurs endroits; d'autres qui s'étoient entrelacés au même endroit en forme de natte , sans qu'aucune de ces bizarres dispositions eût jamais paru nuire au développement ni à la santé du fœtus; ce qui est entièrement contraire à l'opinion de Smellie et de Levret.

Discuterons-nous maintenant si le fœtus peut exister dans la matrice sans cordon ombilical ? À la vérité, quelques observations sembleroient prouver que cela n'est pas hors de vraisemblance. Ainsi ?

ÎÂO PRINCIPES

Heister rapporte qu'un enfant vint au monde sans aucun vice de conformation, quoiqu'il eût le cordon ombilical entièrement pourri. Staîpart vau- Dervieldit aussi avoir vu à La Haye un enfant de quinze mois qui étoit né sans nombril et sans aucun vestige de cordon ombilical. Enfin , on cite des en fans dont le nombril étoit entièrement boucbé à l'e'poque de leur naissance. Mais de tels faits, pour mériter quelque confiance, ne devroient-ils pas être plus exacts ou avoir au moins pour garans des auteurs du plus grand poids et d'une véracité àtoute épreuve? Or, quels détails a-t-on sur l'enfant dont parle Heister ? Etoit-il vivant ou mort , quand il est venu au monde? Les vaisseaux ombilicaux étoient-ils pourris, ou n'étoit-ce que le tissu cellulaire? Voilà ce qu'on ne dit pas , et ce qui seroit cependant nécessaire pour prononcer. Quant aux autres observations , quel cas peut-on en faire lorsqu'on sait que leurs auteurs ont sacrifié la vérité au plaisir de débiter des choses merveilleuses ?

SECTION IV

De t eau de VAmnios.

L'eau qui baigne le fœtus dans la cavité de la matrice peut être considérée par rapport à son volume , à ses qualités physiques et chimiques , à son origine et à ses usages.

Le volume absolu de ce liquide admet presque autant de variétés qu'il y a de femmes grosses. Cérames , en rendent deux ou trois livres et même

DE L'ART DES ACCOUCJII.MEIS'S. i/j|

davantage; d'autres, deux ou trois onces seulement. Il est toujours plus abondant lorsque la femme est sur le point d'accoucher, tandis qu'au contraire in quantité relative n'en est jamais plus considérable que dans le commencement de la grossesse, parce que le fœtus est alors très-petit et presque imperceptible.

La pesanteur spécifique de l'eau de l'amnios ne surpasse guère celle de l'eau ordinaire.

La température en est presque toujours constante et à peu près la même que celle de l'animai vivant; elle ne varie qu'entre vingt-neuf et trente ou trente-un degrés.

La couleur en est ordinairement claire et transparente, l'odeur fade et douceâtre, la saveur légèrement salée ; elle est quelquefois trouble , laiteuse , verdâtre ou noirâtre , très-fétide , et tellement piquante ou acrimonieuse , que le doigt de l'accoucheur en ressent l'impression. Cela tient le plus souvent à la présence de quelque matière étrangère, comme du sang ou du méconium , à la putréfaction du fœtus, ou à quelque affection de la mère; on l'observe néanmoins, quoique l'un et l'autre se portent bien.

Quand on agite l'eau de l'amnios , elle mousse comme toutes les dissolutions gommeuses. Evaporée, elle laisse un résidu qui contient de l'albumine, de la soude , du muriate de soude et du phosphate de chaux. Selon quelques chimistes, passé les premiers mois de la grossesse, F albumine dégénère, et

j 42 PRINCIPES

dépose un sédiment qui produit la croûte ou l'enduit visqueux dont le nouveau-né est recouvert* Cette opinion est d'autant plus vraisemblable, qu'elle paroît conforme à l'observation ; car cette couche ne se rencontre jamais chez les avortons qui naissent avant le sixième et le septième mois de la grossesse; et chez les fœtus qui viennent à terme, elle manque lorsque l'eau de l'amnios est claire , tandis qu'elle acquiert plus ou moins d'épaisseur et d'étendue, lorsque ce liquide est trouble et bourbeux.

Quelle est l'origine de l'eau de l'amnios ? vient-elle du fœtus ou de la mère ?D'abord elle existe, lorsque le fœtus est encore imperceptible, et la quantité relative en est même d'autant plus considérable que la grossesse est moins avancée, ce qui prouve qu'elle n'est pas le produit de la transpiration fœtale ; ensuite on ne peut l'attribuer à la sécrétion de l'urine , puisque le fœtus ne laisse pas d'en être environné , malgré l'imperforation de la verge ou du méat urinaire ; joint à cela que le sac , où la plupart des môles sont contenues, en est toujours rempli. D'un autre côté , l'eau de l'amnios devient jaunâtre, lorsque la femme fait usage de safran pendant Ja grossesse , et ce liquide acquiert la propriété de blanchir le cuivre lorsqu'elle reçoit des frictions mercurielJes : preuve manifeste du rapport qui existe entre ce liquide et ceux de la mère. D'ailleurs , les expériences de Monro n'ont- elles pas suffisamment démontré l'existence de vaisseaux exhalans sur la surface de l'amnios ? Pourquoi donc cette membrane, de même*

DE L'ART DES ÀCCOUClI EMEN5. l/j5

que la plèvre, le péricarde et le péritoine , ne seroit-elle pas regardée comme la source du liquide qu'elle contient? Les fluides séreux fournissent ù l'analyse les mêmes produits que l'eau de l'amnios. II est donc très-vraisemblable qu'ils sont de même nature; et s'il existe quelque différence , c'est parce que celle-ci s'accumule autour du fœtus , au lieu que les fluides séreux sont résorbés sur-lechamp. Mais l'absence des absorbans sur les membranes des animaux vivipares et ovipares , explique assez ce phénomène , sans détruire l'analogie qui paroît exister entre l'amnios et les membranes séreuses.

Quant aux usages de l'eau de l'amnios, des auteurs anciens et même assez modernes , prétendent que ce liquide inspiré ou avalé sert à rafraîchir ou à nourrir le fœtus. Mais cette hypothèse est si contraire à la saine physiologie , qu'elle ne sauroit mériter une sérieuse réfutation. Il est bien plus naturel de considérer les eaux de l'amnios comme un moyen dont la nature se sert pour mettre la mère et le fœtus à l'abri des accidens qu'ils courent pendant la grossesse , tels que les chutes et l'impression des corps externes ; pour empêcher l'adhérence du fœtus avec ses enveloppes , ou celle de ses membres avec le tronc ; pour favoriser la dilatation de la matrice pendant la grossesse et celle de son orifice pendant le travail de l'accouchement; peut-être aussi pour humecter les parties de la génération et faciliter l'expulsion de l'enfant.

i/|4 PRINCIPES

Mais pour produire tous ces avantages , l'eau de l'amnios doit être dans une certaine proportion avec , le volume du fœtus. Car si la quantité en est excessive, la grossesse devient pénible, et le fœtus prend quelquefois de mauvaises positions ; le cordon ombilical s'échappe dès que les membranes sont rompues, et le travail est retardé, ou la matrice tombe dans l'inertie. Dans le cas contraire, les mouvemens du fœtus sont plus bornés, même gênés; la grossesse devient incommode , douloureuse ; l'avortement est à craindre.

Des accoucheurs pensent qu'il peut s'amasser entre les membranes une certaine quantité de sérosités qui portent le nom défausses eaux , et qui s'écoulent quelquefois avant l'accouchement ; mais il est certain que les membranes n'ont présenté aucun écartement chez les femmes sujettes à ces sortes d'écoulemens prématurés. D'ailleurs, ne seroit-il pas possible, comme des auteurs l'observent , qu'on eût pris pour de fausses eaux l'urine que la femme rend involontairement vers la fin de la grossesse, ou même l'eau qui sort de la cavité des membranes , lorsqu'elles ont été rompues au-dessus de l'orifice utérin, ou enfin le liquide contenu dans les enveloppes d'un autre fœtus mort et dissous peu de temps après la conception?

de l'art des accouciiemens. i45

ARTICLE Y11I

De la progression des fluides chez le Fœtus,

Schreger, en Allemagne, considérant que le fœtus ne se développe pas toujours dans la matrice, mais quelquefois dans les trompes, dans l'ovaire, ou dans l'abdomen , n'admet pour tous ces cas qu'un mode jgénéral de circulation. Il pense donc que dans la grossesse, soit utérine, soit extra-utérine, le placenta ne reçoit de la mère que des fluides séreux qui , pompés par les vaisseaux lymphatiques du cordon ombilical sont portés successivement dans le canal thoracique du fœtus , dans la veine souclavière gauche, dans la veine-cave supérieure , dans l'oreillette droite , dans le ventricule pulmonaire , dans îe canal artériel, dans l'aorte et dans toute l'économie. Suivant cette étrange et singulière doctrine , les radicules de la veine ombilicale , privées comme tous les vaisseaux du même ordre , de la faculté d'absorber, sont réduites à charrier les fluides qu'elles reçoivent des artères ombilicale , et le placenta n'est considéré que comme un prolongement du fœtus , où le sang se dépouille de son carbone et de toutes ses parties hétérogènes, comme dans l,es poumons et à la surface du corps chez l'homme qui respire.

On ne sauroit néanmoins disconvenir que ce mode de circulation entre la mère et l'enfant ne soit fondé sur quelque analogie ; mais ne sait-on pas ausij que ce genre de preuve est souvent trompeur ? ou conduit à de faux résultats ? Çt dans ce cas-ci ,

JO

î 46 PRINCIPES

n'est-il pas formellement contredit par l'anatomie et par l'observation ? D'abord , on n'a point encore découvert des vaisseaux lymphatiques dans le cordon ombilical , quoique Kruikshank et Mascagni aient démontré que ceux de la matrice se prolongeoient jusque dans la portion utérine du placenta. En second lieu , les hémorragies qui accompagnent toujours le décollement de cette masse spongieuse , sont une preuve évidente que le sang y , passe en nature des artères utérines. Concluons donc que cette nouvelle opinion repose sur des bases plus hypothétiques que démontrées , et plus imaginaires que réelles.

11 n'en est pas ainsi de la théorie généralement admise par les physiologistes ; ceux-ci pensent , au au contraire , que le sang ou le suc préparé dans le placenta pour l'aliment du fœtus , y est absorbé par les radicules de la veine ombilicale, qui le transmet ensuite jusqu'à la surface concave du foie. Là, une portion en est détournée au profit de ce viscère , et , après s'être mêlée dans la veine-porte avec le sang qui revient de l'abdomen , elle est reportée par les veines hépatiques dans la veine-cave inférieure où se dégage aussi le canal veineux qui est la continuation de la veine ombilicale.

Arrivé au cœur , le fluide nourricier se mêle en partie avec le sang que l'oreillette droite reçoit de la veine-cave supérieure , ou passe tout entier dans l'oreillette gauche par le trou de Bolal ; cette oreillette le verse dans le ventricule du même côté3

DE L'ART DES ACCOUCHE.MENS. \ l<1

qui le chasse dans l'aorte et ses branches. Ce trône artériel le conduit ensuite à la têfe et aux membres thoraciques. Revenu de ces parties dans Ja veinecave supérieure , il est reversé dans l'oreillette et le ventricule droits, d'où il est projeté dans l'artère pulmonaire. Celle-ci, non loin du cœur, envoie deux très-petites branches aux poumons, et se prolonge sous le nom de canal artériel jusqu'à l'aorte descendante , dont les ramifications le distribuent à la poitrine , à l'abdomen, aux extrémités inférieures , et le renvoient même au placenta par les artères ombilicales.

On peut donc considérer le sang du fœtus comme partagé en deux colonnes qui , dans leur progrès sion , s'entre-croisent au cœur , en formant une espèce de huit de chiffre, et dont Tune , poussée par le ventricule aortique , arrose les parties supérieures , tandis que l'autre part du ventricule pulmonaire , pour gagner les parties inférieures et retourner au placenta.

Si l'on considère maintenant que la colonne de sang qui se revivifie dans la veine ombilicale , est la plus grosse et la plus riche en principes , et que l'autre plus petite , au contraire , s'appauvrit continuellement en s'éloignant du cœur , on concevra facilement pourquoi le foie est proportionnellement plus rouge et plus volumineux dans le fœtus que dans l'adulte ; pourquoi la tête et les membres thoraciques s'accroissent plus rapidement avant la naissance que le reste du corps ; pourquoi le poumon

l48 PRINCIPES

est compacte , d'un brun foncé , et affaissé sur luimême avant la respiration ; pourquoi cet organe , au lieu de surnager, se précipite dans l'eau. Or, ces phénomènes , dont l'explication découle naturellement des principes que nous venons d'exposer , ne prouvent ils pas que cette théorie cadre avec l'observation , et n'en attestent-ils pas , sinon la vérité , du moins la très-grande vraisemblance ?

Tout paroît donc concourir à faire adopter ce mode de circulation chez le fœtus , en attendant qu'on en découvre un autre qui mérite la préférence. Nous observerons seulement que le cours n'en est pas aussi régulier ni aussi uniforme qu'on pourroit le croire, jusqu'à la fin de la grossesse ; car, à mesure que le fœtus s'approche du terme de % sa maturité , le trou de Botal est moins ouvert, le canal artériel se rétrécit , et le poumon reçoit plus de sang j de là quelques modifications que la circulation fœtale éprouve pendant la grossesse , et qui ne sont que le prélude ou le commencement de plus grands changemens qu'elle doit subir pendant le travail de l'accouchement et au moment de la naissance.

SECTION PREMIERE

Des changemens qui surviennent dans la circulation du sang chez le Fœtus pendant le travail de l accouchement.

La plupart des phénomènes qui accompagnent le travail de l'accouchement prouvent , jusqu'à l'évi-

dence , que la matrice se contracte ou se resserre pour expulser le fœtus. Les Vaisseaux qui forment ce viscère doivent donc nécessairement diminuer de calibre et changer de direction ; d'où, il résulte qu'ils reçoivent moins de sang et qu'ils en transmettent aussi beaucoup moins aux cellules du placenta. On conçoit même qu'à une certaine époque, ce corps spongieux ne reçoit plus une seule goutte de sang de la matrice , soit parce qu'il en est entièrement décollé , soit parce que les sinus utérins sont trop comprimés. Alors plus de circulation de l'enfant à la mère ; le sang revient encore au placenta par les artères ombilicales , mais il n'y retrouve plus ce suc réparateur qui le rendoit si propre à la nutrition pendant la grossesse. Il est donc forcé de retourner au fœtus tel qu'il en étoit sorti, c'est-à-dire , dans un état d'appauvrissement dont la durée ne pourroit manquer d'être dangereuse , si elle étoit loug-temps continuée.

Cependant la matrice redouble ses efforts; le placenta est affaissé et comprimé ; il ne peut s'abreuver de sang comme à l'ordinaire. Alors le fœtus cesse de communiquer avec ce corps, et la veine ombilicale ne charrie plus que la foible portion de sang qui lui est transmise par quelques radicules des artères de même nom. Cet état , plus dangereux encore que le précédent , rend aussi plus nécessaire la terminaison du travail pour le salut de l'enfant.

Enfin , les contractions de la matrice sont portées à leur dernier période ; le cordon ombilical ,

à son tour , est comprimé , et la circulation dn fœtus a lui-même est interrompue. Dès-lors le sang est arrêté dans les artères ombilicales; il s'accumule dans l'aorte , dans le canal artériel , dans le ventricule droit et l'oreillette correspondante ; la veine-cave supérieure s'engorge, et le sang qui , de la tête revient au cœur , retarde et arrête son cours. D'un autre côté , la veine-cave inférieure continue encore de se vider dans l'oreillette gauche et le ventricule aor/tique , d'où le sang ne peut être poussé que vers la lête ; en sorte que les vaisseaux du cerveau , distendus parle sang qu'ils ne peuvent chasser dans les jugulaires et par celui qui leur arrive des carotides , compriment l'origine des nerfs et produisent un état apoplectique , toujours dangereux s'il persévère , ou se rompent et donnent lieu à un épanchement mortel.

Tels sont les changemens qui arrivent à la circulation fœtale pendant le travail : changemens qui sont encore une conséquence de la théorie adoptée par les physiologistes , et qui expliquent pourquoi le fœtus est pâle ou privé de sang, lorsqu'après le décollement prématuré du placenta, la matrice tombe dans l'inertie , ou ne se contracte que faiblement. Dans ce cas-là , le sang circule encore du fœtus au placenta , mais il s'en épanche à tout instant une portion dans la cavité de la matrice, et la veine ombilicale ne reçoit plus rien de la mère qui puisse la dédommager de cette perle.

C'est encore d'après les mêmes principes qu'on

DE L'ART DES ACCOUCIIEMEN S. l.Çl

peut se rendre raison du danger qui menace le fœi.us , lorsqu après l'écoulement des eaux , la tête séjourne trop long-temps au passage , malgré les violentes contractions de la matrice. Alors les vaisseaux de la tête s'engorgent , le sang s'épanche dans Je cerveau , le visage se gonfle , et l'apoplexie ou la mort sont la suite de ce long et pénible travail.

Enfin , le même raisonnement conduit , par une conséquence nécessaire , aux véritables moyens de prévenir ces funestes accidens. Favoriser l'expulsion du fœtus, telle est la première indication à remplir ; ensuite se bien garder de lier le cordon ombilical , mais se hâter au contraire de le couper , et de le faire dégorger jusqu'à ce que la congestion sanguine qui menace la tête soit dissipée ; voilà la seule ressource qui reste à l'accoucheur pour sauver l'enfant trop gorgé de sang ou déjà frappé d'apoplexie.

On ne sauroit donc approuver les auteurs qui , dans cette circonstance , recommandent de conserver le cordon ombilical entier , afin de revivifier l'enfant par le sang de la mère ! Quel avantage peuton retirer de cette pratique dangereuse , puisque le placenta ne communique plus avec la matrice , et que la circulation est suspendue chez le fœtus ? Tenir alors l'enfant auprès de la mère , sous prétexte de le réchauffer , n'est-ce pas le faire croupir dans l'ordure , et l'exposer encore à l'asphyxie , maladie non moins redoutable que la première ?

SECTION II

Des cliangemens qui arrivent dans la circulation fœtale immédiatement après la naissance.

L'enfant n'est pas plutôt expulsé du sein de la malrîce , que l'air pénètre et dilate ses poumons^ 3a poitrine s'élève et s'abaisse ; quelques cris se font entendre , et la respiration est établie.

Dès-lors , par un mécanisme inconcevable , le sang ne passe plus dans le canal artériel qui s'oblitère ; la portion de ce liquide qui retournoit au placenta arrose les poumons ; le trou de Bolal se ferme ; le sang rapporté au cœur par les deux veines-caves se mêle dans le ventricule pulmonaire; quelques pulsations se manifestent dans le cordon ombilical , et le bout qui tient au fœtus verse peu de sang; enfin ce bout se flétrit, se dessèche et tombe peu de tems après.

Ce nouveau mode de circulation est essentiellement lié à la respiration du fœtus ; car il persévère après la naissance , tant que cette dernière fonction est libre , et il s'interrompt au contraire dès qu'elle devient laborieuse. Dans le premier cas , la ligature du cordon ombilical est absolument inutile , et l'enfant ne risque point de périr d'hémorragie, puisque le sang ne trouvant aucun obstacle à circuler dans les poumons, ne tjend plus à repasser dans le canal artériel , ni à retourner au placenta par les artères ombilicales. Mais il n'en est pas de même si l'enfant est emprisonné dans un maillot qui serre et com-*

DE l'art des accouciiemens. i5j

prime sa poitrine , ou bien s'il vient à pousser des cris aigus , a cause de quelque impression fâcheuse ; alors la respiration cesse ou se ralentit , et le sang reprend encore le cours qu'il snivoit avant la naissauce. Qu'arrive-t-il? si les artères ombilicales sont encore ouvertes , le sang s'en échappe avec rapidité, et l'enfant périt baigné dans ce liquide. Au contraire, le cordon est-il lié , il s'engorge et s'agite quelque temps ; mais bientôt le visage du fœtus se gonfle et devient livide ; le cerveau est comprimé, et l'enfant succombe à l'apoplexie , à moins qu'une main sccourable ne délie le cordon , et ne produise une prompte et salutaire dérivation.

ARTICLE IX

De la nutrition du Fœtus.

Comment se nourrit le fœtus, et d'où tire-t-il faliment qui le fait vivre et croître avant la naissance ? Cette question , entièrement oiseuse pour je physiologiste qui réfléchit sur l'origine et la progression des fluides chez le fœtus, présente encore bien moins d'intérêt à l'accoucheur , dont le principal objet est de savoir, non comment le fœtus subsiste dans la matrice , mais comment il en sort quand il est à terme. Nous espérons donc que le lecteur nous saura quelque gré de lui avoir épargné la froide et stérile récapitulation de toutes les rêveries physiologiques sur la nutrition fœtale. Certes, il faut l'avouer , après avoir exposé la connexion du placenta avec la matrice ; nous ne pouvons conce*-

voir comment ou né prouve pas une répugnance insurmontable à discuter encore si les sucs nourriciers viennent de la mère au fœtus par le cordon ombilical ? Au reste , que signifient ces anciennes hypothèses , où Ton fait sucer au fœtus certains mamelons utérins , dont personne n'a encore prouvé l'existence , ou ses propres mamelles dont il ne peut approcher les lèvres ? Quoi ! l'impossibilité d'expliquer cet instinct naturel qui porte l'enfant à la suc-* cion immédiatement après la naissance , peut-elle justifier les erreurs ou les absurdités qu'on a imaginées pour le faire vivre dans la matrice? D'ailleurs r en admettant la succion , comment expliquera-t-on la nutrition , soit des fœtus acéphales , soit de ceux dont la bouche est fermée par une membrane , ou dont les mâchoires et les lèvres sont divisées comme dans le bec-de-îièvre compliqué ?

Ce que nous avons dit de la succion , peut s'entendre aussi de la déglutition. Nous nous garderons bien de croire que le fœtus avale la liqueur de l'amnios , après lavoir vu naître , non-seulement avec l'occlusion des lèvres et des narines , mais encore avec l'adhérence membraneuse de la langue aux gencives , et avec des intersections qui séparoient l'estomac du duodénum , ou la portion grêle de la portion grosse de l'intestin. Qu'il absorbe en partie 3'eau de l'amnios , nous ne trouvons absolument rien qui répugne dans cette hypothèse; mais loin d'admettre la nécessité d'un tel aliment , nous le regardons au contraire comme absolument inutile ,

attendu que les sucs apportés par le cordon ombilical suffisent, et que, d'ailleurs, la nature ne multiplie pas ses moyens pour arriver au même résultat; tout nous porte donc à croire que le fœtus reçoit la vie et l'accroissement de la mère par l'intermède du placenta et du cordon ombilical. C'est là une vérité démontrée par les hémorragies utérines qui font périr le fœtus avant la naissance , et par les hémorragies du cordon ombilical qui tuent la mère , lorsque le placenta est encore adhérent. Mais le sang passe-t-il de la matrice au fœtus? Quoique certains auteurs l'aient pensé , il faut convenir que leur opinion est trop opposée à la saine physiologie pour avoir encore des partisans. D'abord , il est de fait qu'il n'y a aucune anastomose immédiate entre les vaisseaux utérins et ceux du placenta. En second lieu , le sang de la mère ne seroit-il pas trop animalisé pour le fœtus , et le corps encore frêle et délicat de ce dernier , surtout au commencement de la grossesse , ne seroit-ii pas froissé et pour ainsi dire écrasé par l'impétuosité de ce liquide , s'il n'étoit modifié en circulant dans le système utérin ? Examinerons-nous si le placenta peut être considéré comme un foie ou un poumon physiologique , et s'il est destiné à colorer ou à régénérer y à dépurer ou à réchauffer le sang du fœtus? Ce qui paroît le plus vraisemblable , c'est que le sang versé par les sinus utérins dans les cellules du placenta y dépose seulement les matériaux d'un suc nourricier, qui s'élabore en circulant dans le tissu vasculairç

î56 PRINCIPES

de ce corps spongieux , pour être ensuite pompé par les radicules de la veine ombilicale , et porté à sa destination. En attribuant au placenta cette fonction qui paroît si naturelle , on conçoit que le foetus ne doit recevoir que des fluides blancs ou séreux extrêmement tenus, lorsqu'il est à peine ébauché, ou lorsqu'il n'offre encore qu'un amas de gélatine; mais ensuite , à mesure qu'il se développe et qu'il suit pour ainsi dire les accroissemens progressifs du système utérin dont il fait partie durant la grossesse , il reçoit des sucs qui devenant plus colorés et plus substantiels de jour en jour, le conduisent au terme de sa maturité. Alors la matrice , dont la fonction nutritive est terminée , se contracte et se débarrasse du dépôt qui luiavoit été confié; l'enfant naît et commence un nouveau mode de nutrition

et de viev

ARTICLE X

De la viabilité du Fœtus.

La viabilité n'est autre chose que la possibilité de vivre ; le fœtus est donc censé viable , lorsqu'au moment de sa naissance il a des organes assez développés ou une constitution assez parfaite , pour exécuter toutes les fonctions de la vie.

Si Ton examine un certain nombre de fœtus à terme ou a une époque quelconque de la grossesse, il est très-diïïicile , pour ne pas dire impossible > d'en trouver deux Cjui aient le même degré de force, de vigueur et de santé. On observe , au contraire, parmi eux autant de différences sous le rapport de

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la constitution , qu'il y a d'individus ; ce qui doit nécessairement dépendre d'une infinité de causes qui influent sur l'accroissement du fœtus dans le sein de la mère.

Il suit de là que l'époque de la viabilité n'est point invariable , comme on l'a prétendu , et qu'elle ne peut être déterminée d'une manière exacte et précise , en considérant seulement le temps qui s'est écoulé depuis la conception. D'abord il n'est pas facile de constater l'âge du fœtus lors même qu'on qu'on s'en rapporte à l'aveu de la mère , qui est assez souvent intéressée à tromper; en second lieu* il est encore très-rare que tous ceux qui naissent à la même époque soient, également développés ? ou aient leurs organes également propres à remplir les fonctions de la vie. Ils exigent tous des soins différens , plus ou moins assidus , et plus ou moins sagement administrés , pour continuer de vivre. Le plus grand nombre même périssent en très-peu de temps, malgré tous les soins qu'on leur donne pour les conserver. Baudelocque a vu naître beaucoup d'en fans vivans au terme de six mois , et pas un n'a survécu au-delà de cinq ou six jours; parmi ceux de cinq mois , aucun n'a été au-delà de quelques heures ; et la majeure partie de ceux de sept mois n'ont point parcouru une plus longue carrière que les enfans de six. Le même praticien n'ignore point qu'on cite beaucoup d'exemples pour faire croire le contraire ; mais nous croyons comme lui qu'il y a eu souvent excès de crédulité 7 erreur ou mauvaise foi.

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Que faut-il donc penser des physiologistes qui fixent l'époque de la viabilité à sept mois révolus , et croient , avec Hippocrate , qu'il y a plus d'espoir à fonder sur un foetus de sept mois que sur celui de huit? N'est-ce pas-là , sauf le respect qu'on doit au père de la médecine , une de ces opinions que l'expérience contredit formellement , et dont l'absur* dite saute aux yeux ? car elle tend à diminuer l'espoir de conserver le fœtus à mesure qu'il approche du terme de sa maturité parfaite , ou à mesure qu'il acquiert plus d'aptitude à vivre : paradoxe le plus outré qu'on puisse imaginer , et qui ne peut certainement avoir pris naissance que dans la supposition non moins gratuite que chimérique de la culbute du foetus à sept mois.

Toutefois , il faut convenir avec des accoucheurs distingués, que les accidens qui provoquent ou accompagnent l'accouchement doivent influer sur la viabilité du fœtus. Ainsi , qu'une femme accouche naturellement à sept mois , elle aura certainement plus d'espoir de conserver et d'élever son enfant, que si elle accouchoit à huit et même à neuf mois , par l'effet d'une violence externe, ou d'une maladie aiguë.

Concluons donc que les signes les moins équivoques de la viabilité du fœtus sont ceux de sa maturité parfaite , et non ceux qu'on tire de l'époque de la grossesse. Un enfant , à l'époque de sa naissance , n'offre-t-il ni vice de conformation dans ses organes, ni maladie incurable, telle que l'hydrocéphale ou le spina bifidaj exécute-t-il avec liberté

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Jes fonctions naturelles propres à ce? âge ; on peut , sans attendre une expérience de six mois , déclarer hardiment qu'il peut continuer de vivre. Certes, il faudroit n'avoir aucune habitude de voir des nouveau-nés , pour désespérer de ceux qui ont les membres bien proportionnés , les doigts et les orteils séparés et garnis d'ongles légèrement saillans, Jes paupières bien fendues , la prunelle ouverte , les narines et la bouche bien conformées , le sternum presque ossifié , la tête couverte de cheveux , les sutures médiocrement écartées, la fontanelle postérieure effacée et l'antérieure peu évasée. Tout porte alors à regarder ces enfans comme viables , surtout lorsque leurs cris se font bien entendre , lorsqu'il > lancent un filet d'urine en commençant de respirer, lorsqu'ils éternuent , et qu'ils saisissent bien le mamelon de la mère ou de la nourrice. Au contraire , si un enfant qui vient de naître n'offre qu'une organisation encore frêle et imparfaite ; si la peau est marbrée et d'un rouge vif au visage , aux mamelles , au scrotum, à la paurne des mains et à la plante des pieds ; s'il respire surtout avec difficulté , on n'a que peu ou point d'espoir de le conserver. Ce sont là, en effet, des caractères d'immaturité bien sensibles et qui annoncent une mort prochaine , quoique le fœtus ait déjà remué les membres, et qu'il ait même vécu quelque temps. Un enfant peut donc naître vivant sans être viable , et quelques heures de vie ne suffisent pas pour assurer la continuation de ce bienfait de la nature.

iGo fclilNCIPES

ARTICLE XI

De la division du Fœtus et de ses parties principales ,

La division la plus naturelle du fœtus comprend le tronc et les membres.

La tête et le bassin sont ]es extrémités du tronc ; entre elles se trouvent la poitrine et l'abdomen.

Ces deux parties intermédiaires ne peuvent jamais apporter d'obstacle à l'accouchement , à moins qu'elles ne se présentent en travers, ou qu'elles ne soient pleines de liquide. Dans l'état naturel, la poitrine résiste foiblement , parce que la charpente osseuse qui en forme le contour est tres-mobiie ou très-flexible ; et le bas-ventre , à cause de sa mollesse, s'accommode encore plus facilement à l'espèce de filière qui s'offre à son passage.

Le bassin ne cause guère plus de difficulté , lors même que le fœtus vient en double ou à reculons. Beaucoup moins solide que celui de l'adulte, il est composé de quatorze pièces osseuses dont quelquesunes sont encore à l'état de cartilage , et les autres ont les bords incrustés d'une semblable substance ; de là un certain degré de souplesse et de flexibilité qui , comme l'a observé Deleurie , peut faciliter les différentes attitudes du fœtus dans la matrice; il peut même favoriser l'accouchement par le siège et par les pieds, en procurant le rapprochement des os du bassin , mais non , comme l'a prétendu le même accoucheur, en leur faisant exécuter ce qu'exécutent les os du crâne dans l'accouchement naturel. Il suffit de comparer la structure et la connexion des

DE L?ART des accouciiemens. ifti pièces qui composent les deux extrémités du tronc, pour juger qu'elles n'éprouvent pas les mêmes changemens en traversant le bassiu de la mère. La tête alors se rétrécit dans un sens, et s'allonge dans un autre , ce qui ne pourroit avoir lieu dans le bassin , sans que le fœtus en fût estropié. Au surplus , l'expérience est ici d'accord avec le raisonnement.

La tête peut être considérée comme la partie la plus solide et la plus volumineuse du fœtus. Elle se présente ordinairement la première au détroit supérieur, et c'est toujours du rapport de ses dimen* sions avec celles du bassin de la mère que dépend la facilité ou la difficulté et même l'impossibilité de l'accouchement ; il est donc indispensable d'en connoître exactement la structure, la forme et le volume , avant d'exposer le mécanisme par lequel le fœtus vient au monde.

Considérée dans fétat sec , cette espèce de boîte osseuse, à laquelle on donne vulgairement le nom de crâne , se divise en deux parties bien distinctes ; l'une supérieure, légèrement convexe et arrondie ? renflée sur les côtés et plus allongée d'avant en arrière qu'en travers , est ce qu'on nomme la voûte du crâne ; l'autre inférieure , aplatie , plus étroite e^ moins allongée soutient la précédente , et peut en être regardée comme la base. La première est formée de cinq ou six os, dont les bords, encore membraneux et nullement engrenés par des sutures , peuvent se rapprocher, même s'entre-croiser et favoriser ainsi l'accouchement en produisant une cer-

l6l PRINCIPES

taine réduction daDS îe volume de la tête; la seconde, au contraire , dont les pièces sont plus nombreuses f plus avancées dans leur ossification , et plus solidement articulées , ne jouit d'aucune mobilité, et ne paroit susceptible d'aucune compression au moins sensible.

Il suit de là que , toutes choses égales d'ailleurs, la différence entre la largeur de la voûte et celle de la base du crâne , indique la mesure ou le degré de réduction possible pour favoriser l'accouchement; car , si la disproportion de la tête avec le bassin est telle que la base du crâne n'en puisse franchir les détroits, on conçoit sans peine que l'aplatissement de la voûte sera inutile, puisque la base étant incompressible, opposera un obstacle insurmontable, à moins qu'elle ne prenne en s'engageant une direction plus favorable a son passage. C'est à ce changement de position qu'il faut attribuer sans doute ces accouchemens extraordinaires et surprenans , où l'on voit passer des têtes énormes et pour ainsi dire monstrueuses à travers des bassins resserrés; phénomènes bien propres à rassurer le praticien dans les cas qui paroissent les plus difficiles , et à lui prouver qu'il faut encore attendre quelque chose de la nature , lors même que la théorie n'offre plus aucune ressource.

Mais quelle est la différence entre la largeur de la voûte et celle de la base du crâne? En suivant les différens progrès de la tête , depuis la conception jusqu'à la naissance du fœtus > on observe que la

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voûte diminue respectivement de largeur, à mesure que la grossesse est plus avancée, et qu'à l'époque de l'accouchement , elle ne surpasse la base que de six à sept lignes. Alors celle-ci a de deux pouces et demi à trois pouces de large , tandis que la voûte s'étend de trois pouces à trois pouces et demi d'un côté à l'autre.

Si Ton considère seulement la tête du foetus par rapport à sa forme , ce n'est qu'un ovoïde où l'on peut distinguer cinq régions , deux extrémités , quatre ou cinq diamètres et trois circonférences.

Le sommet, la base, les côtés et le visage, telles sont les cinq régions de la tête. La base ne se présente jamais , à moins que la tête ne soit séparée du tronc ; le sommet , au contraire , se présente le plus fréquemment dans les accouchemens naturels.

La tête se termine en arrière et en haut par l'occiput , en devant et en bas par le menton ; la première de ces extrémités est plus épaisse et plus arrondie , la seconde plus étroite et plus allongée.

Le plus grand diamètre de la tête s'étend du menton à l'occiput , et peut être nommé pour cette raison, diamètre occipito-mentionner; on l'appelle le plus communément diamètre oblique , parce qu'il est incliné à l'axe de la tête et du tronc. Il a cinq pouces et un quart de longueur.

Le diamètre moyen s'étend du milieu du front à l'occiput. On lui donne le nom de diamètre longitudinal ou occipito-frontaî; sa longueur est de quatre pouces et un quart.

î64 PRINCIPES

Les deux autres diamètres sont les plus petits; ils n'ont que trois pouces et demi d'étendue ; l'un traverse la tête du sommet à la base , et l'autre d'une bosse pariétale à celle qui est opposée. Le premier se nomme diamètre perpendiculaire , le second transversal.

Outre ces diamètres , on pourroit en considérer encore un cinquième, qui s'étendroit d'un temporal à l'autre et mesureroilla largeur de la base du crâne, vers la racine des apophyses zygomatiques. On pourroit l'appeler diamètre auriculaire , et sa longueur seroit de deux pouces et demie à trois pouces.

A ces différens diamètres correspondent aussi différentes circonférences. Mais on n'en considère que deux par rapport à l'accouchement , encore ne sont-elles d'aucune utilité pour en expliquer le mécanisme. La plus grande divise la tête en deux hémisphères latéraux , et passe par la symphyse du menton , par le milieu du visage , par les deux fontanelles, et par le trou occipital; elle a de treize à quinze pouces de développement. La plus petite eoupe la tête transversalement , et passe par les deux bosses pariétales ainsi que par le milieu du sommet et de la base ; son développement n'est que de dix à onze pouces.

On donne assez improprement le nom de sutures aux espaces membraneux qui unissent les différentes pièces de la voûte du crâne chez le fœtus. Les plus remarquables pour l'accoucheur sont la suture sagittale ou médiane , la coronale et la lambdoïde.

DE L'ART DES ACCOUC1IEMEN S. l65

Nous ne parlons point des sutures écailleuses ou temporales , parée qu'elles sont recouvertes démuselés.

La suture sagittale et la suture coronale forment , en s'entrecoupant , une espèce de lozange membraneux auquel on a donné le nom de bregma ou de fontanelle antérieure, et auquel on attribue, mais sans raison , un mouvement pulsatif. Ce n'est qu'après la naissance que le refoulement du sang vers le cerveau, déterminé par les cris plus ou moins aigus de l'enfant, peut élever et abaisser la fontanelle antérieure ; mais alors ce mouvement alternatif est isochrone avec l'inspiration et l'expiration , ce qui prouve qu'il ne sauroit exister lorsque le fœtus est encore dans le sein de sa mère.

On appelle fontanelle postérieure la réunion de la suture sagittale avec la suture lambdoïde ; mais elle diffère tant de la première , qu'on ne peut les conffondre ; celle-ci est quadrangulaire , membraneuse , mince et flexible , aa lieu que l'autre est le plus souvent triangulaire , complètement ossifiée , et toujours plus solide au terme de l'accouchement.

On remarque encore, sur les parties latérales de la tête , quatre petites fontanelles , dont deux situées aux extrémités de la suture coronale sont recouvertes des muscles crotaphites , et les deux autres situées aux extrémités de la suture lambdoïde sont si peu enfoncées , qu'on peut les distinguer au tact.

La tête articulée avec le tronc par une espèce de ginglyme , De peut exécuter qu'un mouvement trèsborné en avant et en arrière , et un mouvement plus

l66 PRINCIPES

étendu de pivot ou de rotation ; ce dernier tordroit néanmoins le cou , s'il étoit porté au-delà d'un quart de cercle.

ARTICLE XII

Conclusion très-importante fondée sur le parallèle de la tête du Fœtus avec le bassin de la mère.

Parmi les dimensions de la tête du fœtus, il en est qui surpassent celles du bassin , et d'autres qui leur sont inférieures. Ainsi le diamètre oblique ou occipito-mentonnier de la tête , qui est de cinq pouces et un quart, est plus long que le plus grand diamètre du bassin , qui n'a que cinq pouces ; le diamètre longitudinal ou oecipito-frontal de la tête , qui a quatre pouces et un quart, est plus long que le diamètre sacro-pubien ou antéro-postérieur du bassin, qui n'est que de quatre pouces, mais plus court, que ses diamètres obliques qui ont quatre pouces et demi; enfin les diamètres perpendiculaire ^transversal de la tête, qui sont chacun' de. trois pouces et demi , sont plus petits qu'aucun des diamètres du bassin.

Or, la facilité ou la difficulté, la possibilité ou l'im* possibilité de l'accouchement dépendent toujours de la proportion ou disproportion de la tête avec le bassin ; cela est incontestable et sans réplique.

Par conséquent , on ne peut refuser la certitude aux propositions suivantes , qui découlent immédiatement de ces principes.

i°. Toutes choses égales d'ailleurs, c'est-à-dire,

DE L'ART DES ACCOU CHEMEN5. 1G7

le bassin de la femme étant bien conformé, cl la tête du fœius ayant la forme et le volume ordinaires , l'accouchement est impossible par les seules forces de la nature , lorsque la têle s'engage en présentant le visage , la base ou les côtés , quatre régions auxquelles correspond son diamètre oblique, plus long qu'aucun dos diamètres du bassin.

2°. L/accouchement seroit aussi impossible, si la tête présentent directement Je sommet ou la région verticale entre le pubis et le sacrum ; car alors le diamètre longitudinal de la tète correspondre^ au diamètre antéro-posiérieur du bassin qui est plus court d'un quart de pouce.

5°. L'accouchement seroit encore difficile , si le sommet de la tête se présentoit diagonalement entre l'une des cavités cotyloïdes du bassin et la symphyse sacro iliaque opposée ; car alors le diamètre longitudinal de la tête correspondrons au diamètre oblique du bassin qui ne le surpasse que d'un quart de pouce , excès qui ne suffiroit pas pour prévenir les frottemens et peut-être les obstacles , à moins que la flexion de la têle sur la poitrine ne fît cesser cette disproportion.

4°. La condition la plus favorable à l'accouchement est que la tête s'engage diagonalement , de manière qu'une de ses extrémités , l'occiput ou le menton, corresponde au centre du bassin. Car alors les plus petits diamètres de la tête, qui n'ont que trois pouces et demi , répondent aux diamètres obliques du bassin ? qui ont un pouce de plus ; et

l68 PRINCIPES

cet excès est plus que suffisant pour faciliter l'accouchement, maigre les frottemens de la tête contre les parties molles du bassin.

5°. Si Ton mesure les dimensions de plusieurs bassins et de plusieurs têtes qu'on prend au hasard, l'expérience atteste que le plus grand nombre des premiers offrent plus de trois pouces et demi da pubis au sacrum, tandis qu'au contraire le plus grand nombre des dernières offrent moins de trois pouces et demi d'une bosse pariétale à l'autre-. Or, n'est-ce pas là une ressource que la nature semble s'être ménagée pour prévenir les obstacles qui peuvent §' opposer à l'accouchement ?

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