CHAPITRE Hl
DE LA CONDUITE DE l’ACCOUCHEUR PENDANT LE TRAVAIL DE l’accouchement NATUREL.
Si l’on ne considérait que la facilité avec laquelle la plupart des femmes accouchent à la campagne et même au sein des villes , on serait porté à croire qu’elles n’ont besoin d’aucun secours. Mais il s’en faut bien que toutes jouissent d’un aussi rare bonheur ; il en est parmi elles qui courent les plus grands dangers, lorsqu'elles sont
entièrement livrées aux ressources de la nature. Le travail de l’enfanlement n’esl jamais le même dans les différents individus; il peut être trop violent et trop prompt, ou trop faible et trop lent : deux circonstances qui, quoiqu’opposèes , n’en produisent pas moins des accidents fort graves et quelquefois mortels. La marche de la nature n’est donc pas tellement régulière et uniforme, qu’elle n’ait jamais besoin d’être rectifiée. Il est souvent utile et même nécessaire de la ralentir ou de l'accélérer; et alors l’homme de l’art, dont le ministère se réduirait à la fonction de simple spectateur, ne serait-il pas aussi coupable que la matrone ignorante et téméraire qui entreprendrait des manœuvres inconsidérées?
D'ailleurs, toutes les femmes ne jouissent pas de la même santé. Il y en a qui sont naturellement faibles et disposées à des incommodités; tel accident qui ne dérange point le travail de l’une, devient un obstacle insurmontable pour l’autre. La conduite de l’accoucheur doit donc varier dans ces circonstances. Il faut qu’il sache également prévoir le danger avant qu’il arrive , et le dissiper quand il est présent. C’est en quoi consiste celte sagacité ou ce tact qu’on n’acquiert que par l’habitude et l’expérience. Avec cette précieuse qualité , on saisit toujours l’occasion d’être utile à la femme qui accouche ; et on évite tout ce qui peut lui être nuisible ou même incommode. 11 est rare qu’elle ne réclame pas quelque soin plus ou moins important dans les différentes périodes du travail. Tantôtc’est à l’hygiène qu’il suffit d’avoir recours ; tantôt ce sont les règles les mieux combinées de thérapeutique qu’il convient d’observer, pour prévenir ou lever toutes les difficultés qui s’opposent à l’accouchement. Là , une femme naturellement sensible, craintive et sujette à s’alarmer ou à perdre, courage, n’exige que des paroles douces, amicales, consolantes et propres à inspirer de la confiance ; ici, une autre plus ou moins imprudente, tomberait pendant
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le travail dans des écarts qui pourraient compromettre sa santé, si l’on ne savait prendre un Ion ferme pour lui en imposer; ailleurs, c’est une légère inclinaison de tout le corps , ou de la matrice seulement , qui va favoriser un travail dont on appréhendait la longueur et presque l’impossibilité. On peut dire, en général , que l’accoucheur le plus habile sera celui qui, à la connaissance de son art, saura réunir assez de dextérité, de souplesse et même de complaisance, pour se conformer aux souffrances, à l’àge, au tempérament, à l’habitude, au goût et quelquefois au caprice de la femme qu’il assiste.
ARTICLE PREMIER
Des précautions que l’accoucheur doit prendre en arrivant auprès de la femme qui réclame son ministère.
Quelle maladresse , quelle honte pour un homme de l’art de perdre son temps auprès d’une femme, en altendant qu’elle accouche, lorsqu’elle n’est pas enceinte, ou qu’elle n’est pas à terme , ou bien qu’elle n’est pas encore en travail! C’est là néanmoins le reproche qu’on pourrait faire.àplus d’un accoucheur, et surtout à plus d’une matrone. Le premier soin est donc de pratiquer le toucher, pour éviter de semblables méprises. On s’assure par-là du mouvement actif ou passif du fœtus, seul signe caractéristique de la grossesse, on examine si le col de l’utérus est entièrement effacé, ou s’il conserve encore de sa longueur, de sa dureté et de son épaisseur, pour savoir si la femme est à terme ou non ; on recherche si les douleurs qu’elle éprouve dépendent des contractions utérines, ou de toute autre cause; .si elles tendent à expulser le produit de la conception ; en un mot, si elles sont vraies ou fausses , et l’on distingue ainsi le travail d’avec ce qui en a seulement l’apparence. On fait attention à l’intensité de ces dou-
leurs, et à la manière dont elles se succèdent ; on estime l’ouverture de l’orifice utérin et l’étendue de la poche des eaux, pour calculer si le travail est avancé ou non. Enfin, le premier accouchement étant pour l’ordinaire plus long que les autres, on s’informe si la femme a déjà eu des enfants, pour juger à peu près du temps qu’elle doit employer à se débarrasser.
Ce n'est pas tout : il y aurait encore de l’imprudence, quand on touche la femme, de négliger l’examen du bassin et de la matrice; il faut que le doigt et la main apprécient la bonne ou mauvaise conformation de l’un, ainsi que la situation droite ou oblique de l’autre. Il convient aussi de s’assurer par le toucher de l’état du vagin et de la vulve. Ces parties offrent-elles de la rigidité, ou sont-elles assez souples, assez dilatées pour livrer passage au produit de la conception? La vessie et le rectum sont-ils dans l’état de plénitude ou de vacuité?
Enfin , le doigt indicateur, porté vers le segment de la matrice qui correspond à l’entrée du bassin , doit vérifier, autant qu’il est possible, le volume et la situation du fœtus. Quelle est la partie qu’il présente? est-ce le tronc ou l’une de ses deux extrémités? La tète estelle molle ou rénilente ? s’engage-t-elle par le sommet ? prend-elle une position diagonale et favorable? paraîtelle proportionnée à la largeur de la filière qu’elle doit traverser? est-elle encore au-dessus du détroit supérieur ou dans l’excavation ? exécute-t-elle à propos les divers mouvements qui constituent le mécanisme de l’accouchement naturel?
Mais les recherches de l’accoucheur ne doivent pas se borner au bassin de la mère et au fœtus ; il doit jeter aussi un coup d’œil sur la constitution de la femme en général. Qu’il examine si elle est encore jeune ou Agée, si elle est forte et vigoureuse, ou faible et délicate, si elle jouit d’une bonne santé, ou si elle est affectée de quelque maladie, soit aiguë , soit chronique.
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Toutes ces précautions sont d’une telle importance, qu’on ne peut les négliger sans s’exposer à faire beaucoup de mal. On est alors auprès de la femme qui accouche comme si l’on n’y était pas , puisqu’on est incapable de lui doimer le moindre secours. Que l’accouchement se termine de lui-même ou avec facilité, c’est un bonheur, ou plutôt un hasard dont on peut se réjouir ; mais qu’un accident survienne, comment y remédiera-t-on, puisqu’on n’a rien fait pour le prévoir? Il n’en est pas de même de l’accoucheur qui s’empresse de reconnaître l’état de la mère et du fœtus, ainsi que la nature du travail. Muni de ce diagnostic , il est toujours calme et de sang-froid, soit que le travail marche suivant le vœu de la nature, soit qu’il vienue à se déranger ou à être laborieux. Comme sa pensée a tout examiné et tout prévu, il n’est jamais embarrassé, et il emploie à propos les moyens que chaque cas exige , sans compromettre sa réputation , ni le salut de la mère ou de l’enfant. Pourrait-on assez recommander aux accoucheurs de pratiquer cet examen, et aux femmes de s’y soumettre dès le commencement du travail ?
ARTICLE II
Des moyens propres à faciliter V accouchement naturel.
Aussitôt que la femme ressent des douleurs, et qu’elle est avertie de sa prochaine délivrance, on doit lui conseiller de relâcher ses vêlements pour être plus à sou aise. Qu’elle éloigne aussi de bonne heure toutes les personnes qui pourraient la gêner ou lui être à charge, et qu’elle ne garde auprès d’elle que celles qui peuvent lui être utiles ou agréables.
Qu’elle aille à la garde-robe, si elle en a besoin , et si elle est constipée , qu’elle prenne un lavement, soit à l’eau simple, pour évacuer les gros excréments, soif à
l’eau de guimauve ou de graine de lin , pour diminuer en même temps l’irritation de l’intestin.
La vessie est-elle pleine , la femme doit la vider en urinant, et si quelque obstacle s’y oppose, il faut avoir recours à la sonde. Mais cet instrument ne peut pas toujours traverser le canal de l’urètre, à cause de la compression que la matrice exerce contre le pubis. Pour rendre cette opération plus facile , on relève le bassin un peu plus que le reste du tronc ; ou bien, à l’exemple d’un ancien accoucheur hollandais, on fait accroupir la femme sur les genoux et les coudes. Dans ces sortes d’attitudes, la matrice, entraînée vers le diaphragme par une légère inclinaison , s’écarte du pubis , et cesse de comprimer le col de la vessie. La sonde pénètre alors plus facilement dans ce viscère , et l’issue est ouverte au liquide qui s’y était accumulé.
Y a-t-il déjà longtemps que la femme n’a pris de la nourriture, et prévoit-on que le travail sera encore long, on lui accorde quelque chose de restaurant , tel qu’un consommé ou un potage, afin de soutenir ses forces. Mais si le travail est déjà avancé, et qu’il marche rapidement, on ne lui permet que du bouillon léger, encore faut-il que le besoin l’indique.
Lorsque la femme sera altérée, on apaisera sa soif avec quelque boisson rafraîchissante , telle que l’eau sucrée, l’eau de groseilles, la décoction d’orge ou de chiendent, la limonade ; mais on se gardera bien d’avoir de la condescendance pour les liqueurs spiritueuses , telles que le vin chaud avec le sucre et la canelle, l’alcool ou l’eau-de-vie, et certains élixirs que des matrones on mis en usage parmi les femmes du peuple. Toutes ces préparations , plus ou moins incendiaires , ne sont propres qu’à échauffer la femme, à l’enivrer, à provoquer des pertes abondantes, en un mot à retarder l’accouchement au lieu de l’accélérer.
La saignée est encore un moyen qui peut favoriser l'accouchement dans certaines circonstances. Elle est
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indiquée toutes les fois que la femme, jeune et robuste, éprouve des douleurs fortes cl fréquentes, sans que l'orifice utérin se dilate d’une manière sensible , ou sans que le travail fasse de grands progrès. On la pratique aussi avec avantage lorsque la femme est pléthorique ou sanguine, ce que l’on reconnaît à la rougeur du visage, à l’éclat de l’œil qui étincelle, à l’engourdissement des membres, à la pesanteur de la tète, et à une sorte d’oppression des forces, bien différente de la faiblesse et de l’épuisement. En diminuant alors la quantité des liquides, on prévient la congestion cérébrale ou les coups de sang, les hémorrhagies, les convulsions, et même la fièvre, que la violence du travail pourrait allumer.
Après avoir désempli les vaisseaux, si la rigidité persévérait encore dans le système utérin, on pourrait, sans aucun risque, employer les bains ou demi-bains lièdes, ainsi que les fumigations émollientes. 11 n’y aurait que la femme d’une complexion délicate, déjà asthmatique avant la grossesse , ou disposée à la syncope , ou enfin menacée d’une hernie, à qui ces moyens pourraient être préjudiciables. Mais ils auraient certainement des succès marqués, quoi qu’en dise Levret, chez la femme qui aurait passé la fleur de sa jeunesse sans devenir mère , et chez celle dont les parties seraient naturellement étroites, ou auraient été resserrées par quelque cause accidentelle comme l’abus des astringents ou un spasme survenu momentanément. Nous en avons retiré de si grands avantages en plusieurs circonstances, que nous les préférons à tout autre moyen , lorsqu’il est nécessaire d’assouplir la vulve, le vagin et même le col de la matrice. Toutefois, il faut que le liquide avec lequel on prépare les bains et les fumigations ne soit pas porté à une température trop élevée ; ce serait alors un irritant qui crisperait les solides au lieu de les relâcher, et qui augmenterait nécessairement la résistance qu’on voudrait surmonter.
Ce serait encore priver la femme en travail d'une
ressource àlaquelle le vulgaire et mêmedes accoucheurs accordent beaucoup de vertu, que de négliger certaines applications sur les parties génitales externes; telles que les onctions avec les corps gras et raucilagineux , les cataplasmes émollients, les injections avec le mucilage de guimauve ou de graine de lin. A la vérité, ces topiques sont le plus souvent inutiles, et leur action n’est jamais assez efficace pour ramollir les symphyses ni pour écarter les os du bassin; mais il faut au moins convenir qu’ils peuvent remédier quelquefois à la sécheresse des parties molles, et suppléer à l’humidité dont elles sont naturellement lubrifiées. Dans tous les cas, ils ont moins d’inconvénients que la plupart des manœuvres adoptées par d’aveugles routiniers pour préparer la voie du fœtus. Il en est qui, en arrivant auprès de la femme, enfoncent, à plusieurs reprises, leur main dans le vagin , sous prétexte d’en opérer la dilatation ; quelquefois même, le croira-l-on ? ils n’ont pas soin d’examiner auparavant si la femme est en travail, ou si elle est seulement enceinte. Les imprudents 1 ils ignorent que de tels procédés dessèchent les organes génitaux, les irritent et les disposent à l’inflammation. D’autres, pour accélérer la sortie de la tête qui a déjà plongé dans l’excavation, repoussent fortement le coccyx en arrière , en opèrent même la luxation , comme si cet os était toujours un obstacle à l’accouchement. Enfin , il y a encore dans quelques provinces des matrones inconsidérées qui s’arment d’une pièce de six liards bien tranchante, et fendent impitoyablement le périnée, lorsqu’il est tendu sur la tète du fœtus. C’est ainsi qu’elles délabrent une partie que la nature , par un travail lent et gradué, semble toujours ménager, en lui donnant, pour ainsi dire, le temps de prêter ou de céder sans se rompre.
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ARTICLE III
De l’ouverture de la poche des eaux dans l’accouchement
naturel.
Si l’on est bien attentif à ce qui se passe dans le travail de l’accouchement naturel , on observe que les membranes, portées à leur dernier degré d’extensibilité, se rompent le plus souvent par l’effet d’une douleur plus ou moins violente. Mais ce phénomène n’arrive presque jamais que la poche des eaux ne soit bien formée, l’orifie de la matrice complètement dilaté, et la tête du fœtus assez engagée pour occuper bientôt après l’excavation du bassin , et pour paraître à la vulve. Voilà donc trois conditions que la nature exige, et dont l’accoucheur doit attendre la réunion ou le concours pour déchirer les membranes.
Avant cette époque, l’écoulement des eaux serait prématuré, elle travail, loin d’être accéléré, marcherait avec plus de lenteur. Outre cela , la mère et l’enfant ne seraient pas sans danger; car, si les douleurs continuaient d’être énergiques et fréquentes , on aurait à craindre l’inflammation ou la rupture de la matrice , la compression du cordon ombilical et la mort de l’enfant. C’est donc ici que la véritable habileté consiste à ne pas se presser, et que la patience doit être la principale vertu de l’accoucheur.
Mais lorsqu’on rencontre les trois conditions prescrites parla nature, et que d’ailleurs tout est bien disposé pour l’accouchement , ne serait-ce pas perdre du temps, et prolonger inutilement les souffrances de la femme, que de laisser la poche des eaux dans son état d’intégrité? En la déchirant alors, on accélère l’expulsion du fœtus , on l’empêche de naître coiffe ou enveloppé de scs membranes, et on prévient les dangers qui
le menacent ainsi que la mère , surtout quand la télé séjourne trop longtemps au passage.
La rupture des membranes est surtout bien indiquée, lorsque, malgré leur distension convenable la dilatation complète de l’orifice utérin, elles conservent trop de consistance et de fermeté pour céder aux efforts de la matrice. Ce serait encore une grande faute de les respecter, lorsqu’après s’élre déjà déchirées au-dessus ou à côté de l’orifice, elles ont formé une nouvelle poche plus ou moins distendue; car alors les eaux, obligées de refluer vers la première crevasse, et ne coulant pour ainsi dire que goutte à goutte, allongeraient le travail en pure perte pour l’enfant.
Quelquefois la poche des eaux a tant de mollesse ou de laxité qu’elle prête indéfiniment ; elle se durcit à peine dans le fort de la douleur; mais elles’allonge en forme de hoyau, et s’étend même jusqu’à la vulve, comme si un bras ou un pied de l’enfant s’y présentait. C’est alors le cas de la déchirer, pourvu qu’on rencontre la triple condition indiquée par la nature ; car dèslors celle poche cesse de contribuer à la dilatation des parties, et l’on attendrait en vain qu’elle se déchirât par l’eflet des contractions utérines.
Enfin , il peut arriver que la tête, déjà très-basse, empêche les eaux de descendre, ou bien que ce liquide lui-même soit en petite quantité. Dans ces deux cas, les membranes n’étant pas distendues, ne forment point de poche, et l’on dirait que l’accouchement se fait presque à sec ; il ne faut donc avoir égard alors qu’à l’orifice de la matrice; et lorsqu’il est assez dilaté pour laisser passer la tête, on doit , sans délai, percer les membranes.
Telles sont les circonstances où il est utile et même nécessaire d’ouvrir la poche des eaux pour accélérer le travail de l’accouchement, qui languirait sans celle opération. Mais n’y a-t-il pas aussi des cas où il est trop prompt, et où il est avantageux de le retarder? Suppo-
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sons que la matrice soit distendue par une quantité excessive de liquide, ce qui arrive assez communément; quoique les douleurs soient alors faibles el peu efficaces, si l’on attendait la rupture spontanée de la poche des eaux, n’aurait-on pas à craindre que le fœlus ne fût expulsé trop brusquement , et comme emporté par le flot du liquide? N’aurait-on pas à redouter aussi que la stupeur ou l’inertie de la matrice ne causât une hémor- Ahagie mortelle ? Ce serait donc manquer de prudence, et compromettre les jours de la femme, que d’attendre la distension entière des membranes, la dilatation complète de l’orifice utérin , el la descente de la tète dans l’excavation. En déchirant au contraire, de bonne heure, la poche des eaux, on donne à la matrice le temps de revenir graduellement sur elle-même, et de se réveiller de son é'tat d’inertie momentanée, pour lutter ensuite contre la résistance du col, du vagin et de la vulve. En un mot, on retarde l’accouchement, el on prévient quelquefois un grand malheur. A la vérité, l’enfant court alors un peu plus de risque ; mais qu’esl-ce que la compression du cordon ombilical , qui est toujours légère dans la supposition ci-dessus, en comparaison de la perte de sang qui peut foudroyer la femme?
11 est encore fort avantageux el même nécessaire de retarder le travail de l’accouchement, pour empêcher la femme de succomber, lorsque les douleurs sont trop fortes et trop fréquentes, ou lorsqu’elles menacent d’expulser trop brusquement l’enfant hors de la matrice. Dans ce cas-là, outre l’inertie de ce viscère, dont nous avons déjà parlé, la femme n’aurait-elle pas à redouter la déplétion trop subite de l’abdomen, l’afflux précipité des fluides dans celle cavité, et leur dérivation des parties supérieures; enfin la syncope, la stase du sang dans les vaisseaux utérins, des engorgements, des coliques, des tranchées? Il serait donc indispensable alors de percer la poche des eaux, avant qu’elle fût bien prononcée, pour modérer la violence des contractions ulé-
rines; il faudrait aussi que cctle opération fût pratiquée avant la dilatation complète de l’orifice ; car, si l’on attendait qu’il fût assez ouvert pour laisser passer la tète , la matrice , venant à s’appliquer sur le fœtus après l’écoulement des eaux, en serait irritée ; ses contractions deviendraient plus violentes, et le travail serait accéléré, loin d’èlrc ralenti.
On observe que l’accouchement se termine pour l’ordinaire , avec d’autant plus de promptitude, qu’il est plus répété chez la même femme; mais alors les tranchées utérines sont aussi plus longues et plus violentes ; en sorte que la fçmme en est presque exemple après ses premières couches, taudis qu’elle en est le plus cruellement tourmentée après les dernières. On attribue ces sortes de coliques aux efforts que la matrice fait pour se débarrasser du sang qui se coagule dans sa cavité, ou dont ses parois restent engorgées après un accouchement trop prompt. Si celle théorie était fondée , ne pourrait-on pas prévenir les tranchées , en rompant de bonne heure la poche des eaux , pour retarder l’accouchement , et pour donner à la matrice le temps de se dégorger ou de se vider plus complètement ?Ce moyen parait, sans contredit, le pins efficace au premier coup d’œil ; mais est-il aussi le plus rationnel et le plus sûr? D’abord il est certain que les tranchées sont une des suilesles plus naturelles de l’accouchement ; neserail-ce donc pas une imprudence de les prévenir, en déchirant les membranes ? D’un autre côté, la femme qui accouche pour la première fois est dans toute sa vigueur , au lieu qu’elle est plus faible dans les couches subséquentes. La nature semble donc venir à son secours , en abrégeant le travail de l’accouchement, à mesure que ses forces diminuent par les progrès de l’âge. A la vérité, les tranchées deviennent aussi de plus en plus violentes; mais il s’en faut bien que ces douleurs , quoique fort incommodes, soient aussi fortes que celles qui précèdent l’accouchement. Enfin il peut
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arriver que le fœtus, à raison de sa mobilité, offre successivement différentes parlics à l’orifice de l’utérus. Des accoucheurs conseillent alors de rompre la poche des eaux aussitôt que la tète vient à se présenter , pourvu que le travail soit bien établi, n’importe la dilatation de l’orifice. Leur but, en faisant écouler les eaux, est de fixer irrévocablement la tète, d’éviter la version de l’enfant, et de substituer un accouchement naturel à un accouchement forcé et laborieux. Mais qui peut répondre alors que, le travail devenant plus long et plus douloureux, la mère sera à l’abri du danger? Qui peut surtout promettre la vie de l’enfant, que la présence d’un liquide salutaire ne protège plus contre les efforts redoublés de la matrice ?
Après avoir exposé les diverses circonstances où il convient de percer la poche des eaux, soit pour accélé' rer , soit pour retarder le travail de l’accouchement, passons à la manière de procéder à celle ouverture. Quoique ce soit là une des opérations les plus simples et les plus faciles, elle exige néanmoins quelques précautions. En général, le moment le plus favorable pour rompre la poche des eaux, est celui d’une forte douleur. On y enfonce alors le doigt indicateur, et on réussit ordinairement à la première ou à la seconde tentative.
Si les membranes sont d’un tissu trop serré, et que le doigt ne suffise pas pour les diviser, on se sert d’un instrument aigu , tel que la pointe des ciseaux , d’un bistouri ou d’une aiguille à tricoter. Le dé pointu, dont Stein conseille d’armer le doigt, serait encore convenable dans le même cas.
La poche des eaux est-elle molle ou peu rénitenle pendant la douleur, on attend qu’elle soit assez avancée vers la vulve pour la déchirer, en la pinçant du bout de deux doigts, Le même procédé convient lorsque les membranes restent appliquées sur la tête du fœtus , et qu’elles ne forment point de poche.
Mais, soit qu’on ouvre les membranes avec un instrument aigu, soit qu’on les pince pour les déchirer, il serait dangereux de confondre avec la poche des eaux la tumeur qui se forme assez souvent au cuir chevelu , et qui s’engage dans l’orifice utérin. Pour éviter une semblable méprise, il suffit d'observer que les membranes, toujours lisses et tendues pendant la douleur, glissent sur la tète de l’enfant dès que le calme revient. Au contraire, la tumeur formée par les téguments du crâne se ride ou se fronce quelquefois, elle doigt la trouve toujours garnie de cheveux plus ou moins distincts. Il ne serait pas moins dangereux de percer ou de pincer, au lieu des membranes, la matrice entraînée par la tète du fœtus dans l’excavation du bassin; mais alors l’absence du bourrelet que forme l’orifice de ce viscère sert à établir le diagnostic. Avec un peu d’attention , on distinguera aussi la poche des eaux d’avec une hydrocèle de l’enfant, lorsqu’il présente le siège, ou d’avec une tumeur formée parles parois de l’abdomen, lorsqu’il est hydropique.
ARTICLE IV
Des soins qu’il convient de donner à la femme après la rupture des membranes et pendant le dernier temps dis travail.
Que l’accoucheur s’empresse de toucher la femme aussitôt que les eaux se sont écoulées ; qu’il reconnaisse exactement la partie du fœtus qui se présente et la direction qu’elle prend. Si c’est la tête , il ne doit pas oublier qu’elle doit être située diagonalement, que ses positions occipito-antcrieures sont les plus favorables, et surtout qu’elle doit exécuter trois mouvements pour traverser le bassin. Il saisira donc le moment où elle conserve encore quelque mobilité, pour lui donner du doigt ou de la main la situation, la position et la marche les plus conformes au mécanisme de l’accouchement
naturel. C’est alors le cas de ramener l’occiput vers l’une des cavités colyloïdes, lorsqu’il s’en est écarté; de réduire la troisième position à la seconde, et la quatrième à la première; de favoriser le mouvement de flexion en avant au détroit supérieur , celui de pivot dans l’excavation, et celui de flexion en arrière au détroit inférieur. Pour peu que l’on tarde après Couverture de la poche des eaux , on donne à la matrice le temps de revenir sur elle-même, et dès-lors toute tentative devient inutile pour corriger ce qu’il y a de défectueux dans la situation et dans la direction du fœtus. Lorsque tout est bien disposé pour la terminaison de l’accoucllement, on laisse agir la nature; on excite même la femme à faire bien valoir les douleurs, à moins qu’elle ne soit sujette au crachement de sang, à une hernie, ou à une chute de matrice : accidents qu’il est toujours nécessaire de prévenir. Ainsi, l’on exerce une compression plus ou moins forte sur les ouvertures naturelles qui peuvent donner issue à l’intestin ou à l’épiploon ; et si la hernie existe déjà , on tâche de la réduire, ou d’empêcher au moins qu’elle ne devienne plus volumineuse. De même, lorsque la tête ou les épaules du fœtus menacent d’enlraincr la matrice , on soutient le col de ce viscère au moyen de quelques doigts qu’on applique sur le bord de son oriûce pendant la douleur.
Si la matrice est trop inclinée en avant ou sur les côtés , on la redresse , et on tâche de donner au fœtus une direction parallèle à l’axe du bassin. La femme éprouve-t-elle des crampes aux cuisses ou aux jambes, on conseille quelques frictions sècbes sur ces parties ; mais ce moyen, plus illusoire qu'efficace, n’agit point sur la cause du mal , laquelle tient à la compression des nerfs du bassin par la tête du fœtus. On soulagerait donc plus promptement la femme , si l’on pouvait accélérer sa délivrance.
Il est rare que le travail ne soit pas accompagné de douleurs de reins , sans qu’ou puisse trop pénétrer la
cause de ce phénomène. Faut-il l’attribuer à une compression des nerfs ou à une accumulation de sang vers les lombes, déterminée par les efforts de la femme? ou bien ces douleurs ne sont-elles produites que par l’action des muscles situés à la partie postérieure du tronc , qui se contractent avec plus ou moins de violence , pour maintenir le bassin dans sa rectitude naturelle? Ce que l’on sait de plus positif là-dessus , et ce que l’expérience atteste journellement , c’est qu’une serviette roulée selon sa longueur et placée sous les lombes , est quelquefois le seul moyen de soulager de telles souffrances. Peut-être celle espèce de ceinture agit-elle à la manière des gaines aponévrotiques , dont l'usage est de contenir et de rapprocher les fibres musculaires , pour mieux en concentrer l’action. Qu’on n’imagine pas toutefois qu’eu soulevant et appuyant ainsi les reins, on va augmenter la convexité de la colonne lombaire, donner lieu à l’obliquité antérieure de la matrice , et rendre l’accouchement plus difficile. Cette objection , plus captieuse que solide, mérite à peine d’être réfutée , et doit s’évanouir devant les nombreux et salutaires résultats de la pratique.
Vers la fin du travail , lorsque la tête est complètement dans l’excavation du bassin, on observe ordinairement que les douleurs des reins s’apaisent d’ellesmêmes , et que la serviette devient inutile sous les lombes ; mais ne pourrait-on pas l’appliquer alors avec beaucoup d’avantage sous le siège, surtout lorsque les femmes couchées à plat ont les fesses trop enfoncées dans les matelas, ou que, déjà épuisées par la longueur du travail , elles manquent de force pour les soulever.
Une précaution bien essentielle, c’est de soutenir fortement le périnée avec la main , lorsqu’il est distendu par la tête qui traverse la vulve; on obtient alors deux grands avantages, celui de prévenir la déchirure de cette partie, dont on n’obtient jamais la réunion complète , et celui de favoriser la flexion pos-
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térieure do la tête , en faisant remonter l’occiput vers le mont de Vénus.
Dès que la tête est complètement dégagée , on la soutient d’une main , en laissant tourner le visage vers l’une ou l’autre cuisse , suivant la position , et on porte l’autre vers la commissure postérieure et le périnée , pour en empêcher encore la déchirure lorsque les épaules se dégagent. Enfin , à mesure que le reste du tronc sort, on le soulève légèrement vers le pubis, conformément au mécanisme de l’accouchement naturel.
La tête éprouve-t-elle de la difficulté pour franchir la vulve , on insinue l’index d’une main sous l’une des mâchoires jusqu’au menton, et on achève de la dégager. De même, lorsque les épaules tardent trop à sortir, on tâche d’abord de les diriger, l’une vers le pubis, et l’autre vers le sacrum , ce qui suffit ordinairement pour lever la difficulté. Mais si elle persistait encore , on tâcherait d’introduire sous l’aisselle qui est en arrière, le doigt indicateur d’une main, un lacs, ou l’extrémité crochue d’une des branches du forceps français. Ce sont là, sans contredit, les moyens les plus propres à favoriser l’expulsion du tronc. , lorsque les épaules y mettent obstacle à cause de leur situation ou de leur volume ; et il s’en faut bien que les efforts dirigés sur les aisselles, soient aussi dangereux que ceux qu’on ferait en tirant sur la tète et le col de l’enfant.
ARTICLE V
De la situation de la femme 'pendant le travail de l’accouchement naturel.
Rien de plus incommode pour une femme que d’être toujours clouée sur un lit ou sur une chaise, pendant qu’elle accouche. C’est bien alors , comme on le dit trivialement, qu’elle est sur un lit de misère ou de
douleurs, et qu’elle double inutilement ses souffrances.
En général, la femme ne doit éprouver aucune gêne durant l’accouchement; et sa situation, loin d’être toujours la même , doit varier selon l’époque du travail et les accidents qui le compliquent, quelquefois aussi selon l’usage du pays où l’on se trouve.
Certaines femmes ne renonceraient qu’avec peine à des coutumes qui leur ont été transmises par leurs mères, ou qu’elles ont déjà adoptées dans des accouchements antérieures; le plus court parti est donc de s’y conformer alors, pourvu toutefois qu’il n’en puisse résulter aucun inconvénient. Ainsi, que la femme veuille accoucher agenouillée sur un carreau, assise sur les genoux d’une personne qui la soutient, ou sur un fauteuil, debout ou couchée sur le bord d’un lit; cela importe fort peu, quand on sait prendre les précautions nécessaires pour prévenir la chute du fœtus, le tiraillement du cordon ombilical, et le décollement trop brusque du placenta. Mais dans le cas où l’accoucheur sera libre de donner à la femme la position la plus favorable pour sa délivrance , il ne doit pas balancer de la faire coucher sur le petit lit qui est usité en France. Elle y sera, sans contredit, beaucoup plus commodément que dans les postures indiquées ci-dessus, et même que dans les différentes espèces de chaises inventées par des accoucheurs étrangers.
Avant la rupture de la poche des eaux , la femme est libre de choisir la position qui lui parait la plus commode ; rien ne la presse alors de se coucher, à moins qu’elle ne soit menacée de quelque accident, comme d’une hémorrhagie, d’une chute de matrice, ou à moins qu’il n’y ait une trop grande obliquité , soit antérieure, soit latérale, de ce viscère. Dans ce dernier cas, la position opposée à la déviation serait la plus propre pour établir le parallélisme de la matrice avec l’axe du bassin , et pour favoriser l’accouchement.
PRINCIPES
Ce n’est donc qu’après l’écoulement des eaux, et lorsque des douleurs tories et fréquentes font espérer une prompte délivrance qu’on doit placer la femme sur le lit. Mais on a toujours soin de le construire de bonne heure, pour n’ôtre pas pris au dépourvu. Une couchette de deux pieds et demi à trois pieds de largeur, qu’on garnit de sa paillasse, est ordinairement destinée à cet usage. Si l’on ne peut se la procurer, on prendra un lit de sangle, sur lequel on place un matelas ployé en double , dont l’extrémité qui est en dessus descend un peu plus basque l’autre. Des draps et des couvertures en complètent la garniture, des oreillers sont nécessaires pour soulever la tête; quelquefois néanmoins une chaise renversée sous le matelas et appuyée contre un mur, remplit bien mieux cette indication ; enfin, un coussin de paille ou de crin, placé sous les lombes de la femme, sert à les appuyer, et les empêche de s’enfoncer. Quant à la traverse qu’on a coutume d’attacher à l’extrémité du lit, elle peut servir d’arc-boutant aux pieds de la femme , et favoriser ses efforts, lorsqu’il ne se rencontre personne auprès d’elle pour lui fournir les points d’appui nécessaires. Tous ces secours, tous ces avantages se trouvent réunis dans le lit inventé ou perfectionné par M. Rouget, lit dont on a pu voir le modèle à l’hospice de perfectionnement, où il a été déposé près d’une année.
ARTICLE VI
Des moyens propres à ranimer le travail languissant de
l’enfantement.
Une infinité de causes peuvent ralentir, suspendre même quelque temps les douleurs de l’enfantement. Qui sait même si la volonté n’exerce pas une sorte d’empire sur la sensibilité de l’utérus, et ne la modifie pas à son gré? Des femmes , après avoir soigneusement
caché leur grossesse aux yeux les plus clairvoyants , sont encore parvenues , lorsque le travail se déclarait inopinément, à le retarder assez longtemps pour accoucher d’une manière clandestine. Qui ignore aussi que, dans nos amphithéâtres, les indigentes, par une sorte de pudeur mal entendue , mangent quelquefois leurs douleurs, comme on le dit vulgairement, et accouchent à l’insu des élèves?
On ne saurait donc approuver la conduite routinière de quelques matrones et même de quelques accoucheurs , qui prescrivent indistinctement les âcres et les irritants, pour ranimer les douleurs languissantes de Venfantement. Ne doit-on pas toujours avoir égard à l’indication qui se présente, et qui varie suivant les circonstances, soit individuelles, soit hygiéniques où se trouve la femme ?
Qu’elle soit, par exemple , robuste et vigoureuse, on se gardera bien de lui administrer des toniques ou des excitants, qui ne sont utiles qu’aux tempéraments excessivement lymphatiques, dont la fibre est molle, lâche et engourdie. La saignée et le régime délayant, voilà ce qui convient dans le premier cas, et daDs le second; on donnera , au contraire , avec beaucoup d’avantages, quelques cuillerées de bon vin, même d’eau-de-vie avec la cannelle et le sucre , ou de toute autre potion spiri- : tueuse et cordiale.
La femme est-elle nerveuse,- sujette à l’hystérie; a-t-elle éprouvé quelque vive affection de l’âme, ou craint-elle quelque accident fâcheux? qu’on tâche d’abord de calmer le moral , en la consolant, et en lui inspirant beaucoup de confiance; les bains , les antispasmodiques, tels que le laudanum liquide de Sydenham, le sirop diacodc, l’eau de fleurs d’oranger, l’éther ou la liqueur anodine d’Hoffmann, dans quelques onces d’infusion de tilleul, sont les moyens les plus propres pour dissiper le spasme général qui ralentit les douleurs, ou les empêche de suivre une marche régulière.
PRINCIPES
Quelquefois c'est un long cl pénible travail qui consume et épuise les forces; la matrice excédée tombe dans l’inertie, et les douleurs se ralentissent, ou deviennent insensibles ; le repos estdonc nécessaire alors pour les réveiller. Une potion calmante avec le sirop diacode et l’eau de cannelle; quelques cuillerées de bon consommé ou de vin généreux, procurent, pour l’ordinaire, un doux sommeil , restaurent la femme , et lui donnent de nouvelles forces. Ces moyens , employés à propos, sont certainement plus efficaces que l’application de la chaleur au moyen de vessies pleines d’eau chaude, promenées sur le ventre, ou que celle de linges chauds appliqués aux parties génitales et aux reins, ou même que celle du bain très-chaud.
S’agit-il d’une femme indigente, que la misère a exténuée, ou qui avait à peine le simple nécessaire pendant sa grossesse? 11 faut la forlitier quelque temps avant l’accouchement, ou lui procurer de bons aliments dès le commencement du travail. Sans celte précaution, il est à craindre que les douleurs ne viennent à traîner en longueur, ou ne soient insuffisantes pour expulser le fœtus.
Lorsque les eaux de l’amnios s’écoulent prématurément, et comme goutte à goutte, le temps et la patience sont la seule ressource de l’accoucheur et de la femme. On doit nécessairement attendre que la matrice revienne de son état d’inertie, sans néanmoins négliger les autres obstacles qui peuvent s’opposer à l’accouchement.
Si le col de la matrice est dans un état de roideur ou d’inflammation, il faut avoir recours à la saignée, aux bains et aux fumigations émollientes. Se forme-t-il une nouvelle poche , on la déchire ; et éi la tête s’applique trop exactement sur l’orifice utérin , on la soulève du doigt, pour faciliter l’écoulement des eaux.
Il est donc bien clair que les mêmes moyens ne conviennent pas dans tous les cas pour ranimer les douleurs de l’enfantement ; et si les purgatifs ou les lavements
Acres, les vomitifs ou les stcrnulatoircs, et la promenade ont eu quelquefois du succès, ce n’a jamais été que dans des circonstances particulières, d’où il sciait très-dangereux de tirer une induction générale.
Quelle confiance peut-on avoir encore dans le coït qui, suivant Aristote, rend la délivrance plus facile chez les femmes qui en usent avant d’accoucher? Que "peut-on penser enfin des accoucheurs qui se vantent d’accélérer le travail, en titillant fortement l’orifice de la matrice avec le doigt? N’est-ce pas là un moyen des plus irritants, qui peut enflammer le col utérin, et y déterminer des lésions plus ou moins graves?
Nous croyons inutile de nous appesantir ici sur certaines substances minérales ou animales que le préjugé et la superstition avaient accréditées dans des siècles d’ignorance pour ranimer les douleurs de l’enfantement. De ce nombre étaient la pierre d’aigle attachée aux cuisses et aux jambes, l’aimant placé daus la main droite , le corail , l’éméraude et le jaspe suspendus au cou , des pennes d’aigle sous les pieds, le safran appliqué aux hanches, la peau de serpent ou de lièvre chaude sur le ventre, l’axonge de serpent et le fiel d’anguille en onction sur le nombril.
Parlerons-nous du borax, qui était employé autrefois, dont l’usage a été renouvelé à plusieurs époques, et qui vient d’être recommandé encore par le professeur Lobstein de Strasbourg? La prudence exige d’attendre que des essais réitérés aient fixé la valeur d’un tel moyen.
Il n’en est pas de même aujourd’hui du seigle ergoté dont on s’est beaucoup occupé depuis quelques années sous le rapport des accouchements. Le docteur Villeneuve, un de nos aussi confrères estimables que modestes, vient de publier un mémoire très-bien l'ait sur cette substance, dans lequel il a prouvé historiquement que sur sept cent vingt fois , elle a été administrée six cents fois avec succès dans le cas d’accouchement. Or, quel autre agent thérapeutique pourrait compter plus,
PRINCIPES
ou même aulanl de chances en sa faveur? Rien ne saurait donc en empêcher l’emploi ou au moins l’essai. On pcul consulter le mémoire que nous venons de citer pour en connaître les préparations, les doses et les modes d’administration (1). On y trouvera aussi les
(1) Le seigle ergoté semble avoir été mis en usage de temps immémorial . par les commères et les sages-femmes de campagne, pour hâter l’accouchement. Il en est déjà fait mention dans les Actes des curieux de la Nature pour IGG8, par Camerarius ; et le nom de seigle de matrice, de Rockenmuller, de Mutlerkorn , adopté par les Allemands , annonce assez qu’une pareille idée n’était pas nouvelle. Ces traditions vulgaires ont enlin fixé l’attention des gens de l’art. Desgranges publia ses premières recherches dans la Gazette de santé pour l’année 1777. Déjà vanté, en 1787, par Bawlisky et par un empirique nouvellement arrivé des Pays-Bas , le seigle ergoté, connu alors sous le nom de pulvis adpartum , n’avait d’action, au dire de ces praticiens et des sages-femmes qui l’employaient aussi depuis longtemps. que s’il était récent. Depuis celle époque, de nombreuses observations ont été recueillies et consignées dans les journaux américains, anglais et français. MJ1. Stearns , Prescot , Chapman , Bordot Goupil , Chevreul, Gendrin, Bigeschi, Villeneuve, ont rassemblé une infinité de faits qui prouvent d’une manière décisive que l’ergot du seigle est capable de rappeler les contractions de la matrice pendant le travail. Dittemer indique déjà ses propriétés obstétricales. Parmentier dit que les dames Dupille, de Chaumont, en faisaient un fréquent usage. Il en était de même d’une garde-malade, dont parle Desgranges, et la dameVielmi, qui l’avait appris d’une sage-femme, morte depuis longtemps, remployait avant qu’il en fût question parmi nous.
Desormeaux et Gardien ne paraissent pas cependant lui accorder une grande confiance ; et madame Lachapelle a publié une longue série d’expériences, desquelles il résulterait qu’il ne jouit d’aucune propriété sous ce rapport, soit qu’on le donne en poudre fine ou grossière, en infusion, en décoction, en extrait ou en sirop. Beaucoup de reproches lui ont d’ailleurs été adressés. M. Capuron, qui s’en est déclaré l’antagoniste absolu , en nie tous les avantages et le croit complètement inutile. M.. Jackson n’en a pas combattu l’emploi avec moins d’ardeur en Amérique; et l’Angleterre a vu, de son côté, M. llall le repousser avec force. Le fait est qu’on en abuse Etrangement, et que nombre des succès qu’on lui attribue ap-
conditions nécessaires pour en faire usage ; elles sont les mêmes que celles que l’on exige tant de la mère
partiennent à de simples coïncidences. Mais cela ne dit rien contre son efficacité. Le mémoire de M. Chevreu , celui de M. U. Uavies, ceux de M. Roux, de M. Michell, de M. Wiggers, de M. Roche, la thèse de M.Malardie, qui en a obtenu vingt-un succès sur trente-deux essais ; celle deM. Godquin , qui s’en est servi quarante-deux fois avec avantage; les observations nombreuses de M. Kimbell ne laissent aucun doute sur ce point. M. Voillot rapporte aussi trois exemples ; M. Campaignac . cinq ; M. Merry, cinq ; MM. Tyol et Lalham, chacun un; M.P.Guersent,cinq; M. Blondin, trois; MM. Morin et Painchaud, trois; M. Doumere, quatre ; M. Malapert, trois; M. Lefrançois , trois, eu faveur de son action obstétricale que M. Schneider appuie de cent observations.
En accordant que quelques-uns de ces faits ne soient pas très-concluants, deux de M. Vaillot , deux de M. Roux et de M. Bardoula’t entre autres , il n’en est pas moins difficile de résister à une pareille masse de preuves, d’autant mieux qu’on peut encore y ajouter les quelques essais de MM. Bardoulat, Luroth, Threfulï, Blundell, Boards, Sewell, R. Smith , Bradfield . Lobstein . Bontils , llolh , Brunati , Ryan, et la pratique journalière d’une foule de médecins.
Je l’ai employé moi-même maintenant plus de trente fois* M. Delanglar, M. Terreux, M. Gorse et une foule d’autres praticiens y ont eu recours plusieurs fois à ma sollicitation. Dans tous ces cas , son action m’a paru évidente, incontestable^ C’est au bout de quelques minutes, d’un quart-d’heure, de vingt minutes au plus tard , qu’il force l’utérus à se contracter. Chez une jeune dame qui était en travail depuis vingtquatre heures, j’en ai donné trois doses dans l’espace de quarante minutes. Cinq minutes après la première , les douleurs,, très-faibles et très-lentes depuis plusieurs heures, devinrent tout à coup fortes et rapprochées, mais ne tardèrent pas à se ralentir de nouveau. La deuxième les rappela delà même manière.Elles diminuèrenlune secondefois, et e’est après la troisième dose seulement qu’elles se maintinrent jusqu’à l’expulsion complète du fœtus, qui ne se fit pas longtemps attendre.. C’est ainsi qu’il agit presque constamment.
Doses el administration. Je le prescris à la quantité de quinze ou vingt grains dans une cuillerée ou un demi-verre d’eau sucrée; et je renouvelle celte dose deux ou trois fois, à dix ou quinze minutes d’intervalle. Souvent aussi je fais mettre un gros d’ergot dans quatre onces d’infnsinn de tilleul
PRINCIPES
que de l’enfant pour l'accouchement naturel. D’oii il résulte que le seigle ergoté est un remède excitant dont
et de menthe avec une once de sirop d’écorce d’orange ou de gomme, qu’on donne par cuillerée toutes les dix minutes. Peut-être serait-il permis d’en donner davantage sans inconvénient. Parmentier en a pris un demi-gros ; M. Cordier, jusqu’à deux gros MM.Lapre et Campernon en ont avalé un gros, et demi, pendant plusieurs jours, sans en éprouver d’accidents sensibles. 11 faudrait donc, pour faire craindre l’ergotisme, en continuer longtemps l’usage et à des doses considérables.
M. Lalesque rapporte même l’observation d’une femme qui en a pris la décoction de dix onces en vingt jours, et celle d’une autre qui en usa huit onces dans l’espace d’un mois, sans qu’il en soit rien résulté de fâcheux. M. Lannyon dit aussi qu’on peut en donner une quantité considérable sans inconvénient; et M. Young soutient qu’à moins d’un gros il produit rarement de bons effets. A ce sujet , il faut savoir, toutefois, que le jugement est difficile à porter. Tant de circonstances peuvent altérer l’action de l’ergot, qu’on sait rarement si celui quia été employé jouissait de toutes ses propriétés.
Les chimistes ne tarderont pas , il faut l’espérer, à séparer de cette substance le principe essentiellement actif. Déjà Desgranges et M. Lapre ont observé que quatre à cinq grains de l’écorce produisent plus d’effet que douze à quinze grains de la graine. Des expériences comparatives faites par Mil. Delscher et Kluge, tendent à prouver que celui qu’on recueille dans les champs est infiniment plus actif que celui qui est pris dans la grange ; et M. Blundell croit , d’après M. South, que son principe actif est un alcaloïde. Je ne doute pas que d’ici à peu de temps on n’ait trouvé une préparation dont l’énergie soit constamment la même. En attendant, la poudre fine de tout l’ergoUne parait préférable aux décoctions, aux extraits, pourvu qu’elle soit récente et tirée de grains bien conservés. On conçoit, au surplus, à combien d’opinions diverses il peut donner lieu sur son énergie et ses propriétés, quand celui qu’on emploie se trouve altéré.
M. Balardini et M. Roux le donnent dans du vin. Maygrier en fait prendre huit grains dans de l’eau , tous les quarts d’heure. Il paraît même que M. Girard a essayé de l’injecter par Tes veines chez une vache.
Appréciation. S’il est encore quelques personnes qui en contestent l’efficacité, il en est un bien plus grand nombre qui redoutent l’énergie de l’ergot. Les uns le regardent comme un abortif dangereux. M. Oslêre. par exemple, dit qu’il fait avor-
on ne doit user que pour ranimer les douleurs languissantes ou suspendues du travail, lorsque la matrice, à
ter non-seulement les femmes, mais aussi les brutes. M. Thomson le repousse pour le même motif. Il en est de même de Duchàteau, qui ne l’employait que pour hâter la délivrance, ou pour suspendre les pertes. En faveur de son action sur le système utérin , JI. Maurice invoque l’observation des poules de Sologne. qui pondent peu, par suite de ses effets sur l’oviducte. Il en serait de même de l’ergot du maïs, qui, d’après M. Roulin, fait que les poules donnent des œufs dépourvus de coque. Bien quç ses vertus abortives ne soient rien moins que démontrées jusqu’ici . il est prudent, néanmoins, d’en éviter l’usage hors le temps du travail chez le£ femmes enceintes. Les dix onces employées en .vingt jours par M. Lalesque, chez une femme dont la grossesse a continué son cours, ne prouvent rien, parce qu’il ne s’agit que de la décoction et non de la poudre; puis parce qu’on ne sait pas si dans ce cas l’ergot n’était point avarié.
D’autres praticiens ont cru qu’il pouvait nuire à la femme, fatiguer les organes digestifs , amener l’ergotisme et la gangrène. Un exemple de ce dernier accident a même été publié par M. Robert de Langres ; mais il est facile de voirqu’ici la gangrène n’avait aucun rapport avec l’emploi du seigle. Les recherches de AI. Courhaut, de AI. Neale, et ce qui se passe journellement en Sologne, prouvent qu’il ne devient vénéneux au point de causer la mortification que par un usage longtemps continué, ou à très-forte dose. Quelques femmes le vomissent en effet ou le supportent mal , mais il n’en résulte rien pour la suite.
On a craint qu’il ne rendit la délivrance difficile;mais AI Ingleby dit qu’un praticien de sa connaissance, qui l’a essayé plus de deux cents fois, n’a rien vu qui vînt à l’appui d’une pareille idée. Nous verrons, d’un autre, côtéque l’ergot est au contraire, un excellent moyen de hâter l’expulsion du placenta.
Ses antagonistes l’ont surtout accusé de nuire à l’enfant. AI.Girardin dit que c’est une croyance populaire en Amérique. M. Merriman, qui n’en a pas une très-haute idée, adopte cette opinion. Il en est de même de M. Rurus ; et M. Ingleby remarque que les fœtus mort-nés sont très-nombreux aux États- Unis depuis qu’on fait un si fréquent usage du seigle ergoté. AI. Moreau, qui ne l’a essayé qu’une fois en vingt ans, cite cinq exemples d’enfants morts pendant son emploi dans la pratique de quelques autres praticiens. MM. Evrat, Deneux veulent
PRINCIPES
cause de son inertie, ne peut achever d’expulser le fœtus.
aussi pour cette raison qu’on ne s’en 6erve qu’avec la plus grande circonspection.
Ce que j’ai observé me porte à partager en partie cette manière de voir. Sur quarante exemples de son administration, soit par moi , soit par quelques-uns de mes confrères, j’ai vu sept enfants mort-nés. Il est vrai que, dans le cas où j’ai été appelé par MM. Leseble, Cisset, Malgaigne, la mort peut facilement être attribuée à la longueur du travail ; mais, dans quelques autres , dans deux surtout , il in’a été difficile de ne pas en charger l’ergot. C’est un accident dont on a donné diverses interprétations.
M. Ch. Ilall prétend que l'ergot n’agjt pas directement sur la matrice; que ses qualités délétères dénaturent d’abord le sang de la mère , puis celui de l’enfant, et que, si l’utérus se contracte, c’est uniquement pour soustraire le fœtus ù l’action vénéneuse du médicament. C’est une explication qui me paraît complètement dénuée de fondement. Les femmes ne présentent* ordinairement aucun phénomène d’intoxication pendant les effets du seigle, et la circulation du fœlus souffre d’une toute autre manière. M. Ilosack et M. Houston croient.au contraire, que l’enfant court des risques par suite des difficultés que le sang éprouve à passer de la matrice à l’œuf. Quoique défendue par quelques accoucheurs distingués de Paris, cette opinion manque entièrement de base , puisqu’il n’y a point de circulation utéro-placentaire directe.
Si le fœlus meurt alors, c’est que, sous l’influence de l’ergot, ce n’est pas seulement l’action organigue, comme on pourrait le penser, mais bien toute la puissance contractile de l’utérus, qui se trouve mise en jeu. Les efforts de cet organe se répétant à de très-courts intervalles, n’ayant plus d’intermittence complète comme dans le travail naturel, font que l’enfant est bientôt comprimé de telle sorte que la circulation du placenta, les mouvements du cœur, le cours des fluides dans le cordon et même dans les viscères en éprouvent une gêne susceptible de devenir dangereuse.
Ceci m’a conduit à ne point donner le seigle ergoté dans le principe du travail , malgré les assurances de M. Michel!, ni avant d’être presque certain qu’il suffira d’une heure ou deux d’efforts tout au plus pour terminer l’accouchement. J’ai d'ailleurs cru remarquer que son action est souvent très-faible, nulle ou inutile, quand l’enfant est mort. Les huit essais que j’en ai faits dans l’avortement, sans m’avoir encore donné des
DE LA CONDUITE DE L’ACCOUCUEüR A L’ÉGARD DE L’ENFANT QUI VIENT DE NAÎTRE.
Telle est la condition de l’homme, qu’il ne peut venir au monde ou commencer à vivre , sans éprouver le
résultats parfaitement concluants , me permettent cependant de le conseiller en pareil cas comme un excellent moyen. J’ai vu enfin que, s’il n’agit pas au bout de vingt ou trente minutes , on ne doit guère compter sur ses effets. En cela je suis d’accord avec M. Young, et je crois, comme M. Dewees, que les contractions qu’il détermine se distinguent par leur permanence des contractions utérines ordinaires. Ce sont, comme le dit 31. Moreau , de véritables contractions pathologiques. Toutefois je ne craindrais pas plus que M. Émery de le donner aux primipares, quand les conditions indiquées tout à l’heure existent. En le prescrivant alors, JIM. Moreau et Villeneuve n’ont raison que par suite de l’obstacle offert par les parties molles à un premier enfant, et qu’autant qu’il serait administré trop tôt.
Au total , pour que le seigle ergoté puisse être administré avec quelque chance de succès et sans danger, il faut : 1° qu’il n’y ait pas de tendance manifeste à l’hémorrhagie par excès d’irritation ; 2« que l’accouchement soit possible par les voies naturelles ; ô° que l’enfant soit en bonne position ; 4° que le col soit souple et dilatable ; o° que l’irritabilité générale ne soit pas très-grande; 6“ que les organes digestifs soient'en bon état; 7r« que le peu d’action de la matrice tienne à son manque d’excitabilité, et que Ja tète soit fort avancée dans le détroit supérieur ou même dans l’excavation. M. Legras veut encore . mais à tort , qu’on le donne pour fixer la tête au détroit supérieur avant d’appliquer le forceps. Son utilité en tocologie est pour moi une question jugée , aussi claire que
PRINCIPES
besoin, et sans réclamer quelques secours. Il serait donc très-imprudent de l’abandonner à lui-même, dans cet état de faiblesse et de nudité, même après un accouchement naturel. A la vérité, il est pour l’ordinaire exempt de maladie ; mais son corps exige les plus grands mé-
ceUfi du quinquina dans les fièvres intermittentes. Les raisonnements de M. Jackson, de M. Capuron, de M. de Lascauve, n’y feront rien. 11 ne s’agit plus que d’en prévenir l’abus en essayant d’en régulariser l’usage.
Compression abdominale.
Une ressource qui pourrait être tentée avant le seigle ergoté, et qui convient surtout aux femmes grasses, lympliatliiques, molles, dont le ventre est llasque, ou l’action musculaire peu développée, est l’application d’un bandage sur le ventre, d’une large ventrière. Ce moyen, dont MM. Allen et Waller se sont disputé la découverte , semble nous venir des Kalmoucs. Martius dit en effet de. ces peuples, que pendant le travail on pétrit, on comprime le ventre de la femme avec des sangles ou des courrois. 31. Ingleby dit de son côté que c’est une précaution utile dans le cas de souplesse extrême de l’abdomen. Je l’ai employé moi-même dès l’année 1826 pour un cas d’obliquité antérieure trèsmarquée, dans le but de redresser les efforts de la matrice, puis pour arrêter quelques symptômes d’un faux travail sur une femme qui n’était enceinte que de 7 mois. 31. Rognella dit s’en être bien trouvé dans un cas où le travail ne marchait plus depuis plusieurs heures. Il est bon de remarquer que ce n’est point un excitant , mais seulement un soutien qu’on apporte à la matrice, et que le bandage du ventre agit ici, comme la ceinture des coureurs, en fournissant un point d’appui aux muscles abdominaux , ainsi qu’aux contractions utérines. Au demeurant, comme il n’en peut résulter aucun mal , je ne vois pas pourquoi on se priverait d’un pareil secours lorsque le travail marche avec une certaine lenteur , ou que l’abdomen est saillant, assez développé pour avoir besoin d’être soutenu. Une serviette bien étalée depuis les pubis jusqu’à l’ombilic et solidement fixée vers les lombes , avec ifne autre serviette au-dessous comme garniture, forment tout l’appareil, que chacun est maître d’appliquer à sa manière.
(Yelpexu, Traité d’accouchements.)
nagements. Le premier soin (le l’accoucheur doit être alors de placer le nouveau-né en travers, et sur un de ses côtés, entre les cuisses de la mère , en sorte qu’il ait le dos tourné contre la vulve* et le plus près possible de cette ouverture. Celte situation prévient le tiraillement du cordon ombilical, qui ne pourrait avoir lieu sans danger, et empêche que les matières qui sortent de la matrice ne tombent dans la bouche du fœtus, ou ne s’opposent à l’introduction de l’air dans ses poumons.
Cependant on se gardera bien de laisser croupir l’enfant dansl’ordurequi s’est épanchée sur le lit de travail, et d'où il ne s’exhale qu’un air humide et malsain. Attendre, suivant le conseil de quelques accoucheurs, qu’il ail £lé réchauffé par la mère , c’est l’exposer à l’infection et au méphitisme le plus dangereux, On le retirera donc promptement de dessous les couryertures, après avoir coupé le cordon ombilical, et on préparera ensuite tout ce qui sera nécessaire pour le nettoyer et pour l’emmaillotter.
ARTICLE PREMIER
De la section el de la ligature du cordon ombilical.
Que d’opinions et de préceptes sur la section du cordon ombilical ! Attendez, disent quelquesphysiologistes avec Hippocrate, que la respiration soit bien établie, et que l'enfant ail poussé quelques cris, avant de le séparer de sa mère. Mais avant cette expectation, no risque-l-on pas de précipiter au tombeau les enfants pléthoriques ou menacés d’apoplexie , et ceux qui , frappés d asphyxie, ne peuvent crier ni donner aucun signe de vie en venant au monde^ Gardez-vous, ‘disent d’autres^ de pratiquer l’omphalotomie , tant que vous sentirez les pulsations du cordon , et surtout ayez bien soin de graisser l’instrument dont vous vous ser-
PRINCIPES
vcz, do crainte quo la rouille imperceptible qui le recouvre, ne cause des convulsions ou le tétanos. Vaincs alarmes, ridicules précautions, dont l’inutilité saule aux yeux, et qui ne sauraient mériter d’être sérieusement réfutées. Lorsque le cordon ombilical est entortillé autour du col du fœtus, qu’il est tiraillé, ou qu’il comprime les jugulaires , et détermine la congestion cérébrale, n’est-on pas oblige d’en faire la section, quoiqu’il batte encore , et sans attendre que l’enfant crie, même aussitôt que sa tête est sortie, avant qu’il ait achevé de naître ?
Mais, dira-t-on, avant de couper le cordon ombili cal, ne serait-il pas nécessaire d’y faire deux ligatures , l’une pour la portion qui tient à l’enfant, et l’autre pour l’extrémité qui reste attachée au placenta? Cette pratique, dont l’origine remonte jusqu’aux temps les plus reculés, est absolument inutile et quelquefois dangereuse , au moins quand il n’y a qu’un enfant dans la matrice. D’abord, pourquoi lier la partie du cordon qui sort de la vulve, puisqu’on n’a point à craindre qu’elle donne passage au sang de la mère, lorsque la matrice est revenue sur elle-même et qu’elle a décollé le placenta ? Supposé même que l’hémorrhagie eût lieu, que gagnerait-on par cette ligature? Ne serait-il pas beaucoup plus rationnel de solliciter les contractions utérines, et de combattre l’état d’inertie qui est alors la véritable cause du mal? D’ailleurs, en liant celte partie du cordon , on empêcherait le placenta de se dégorger, et on en retarderait l’expulsion.
Quant à la ligature du cordon qui tient au fœtus , la raison physiologique et l’expérience s’accordent à en prouver nou-seulement l’inutilité, lorsque la respiration est bien établie , mais encore le danger, lorsque l’enfant est gorgé d^sang et menacé d’apoplexie. S’il est donc essentiel alors de couper le cordon ombilical aussitôt que l’enfant est né, rien ne presse d’en faire la ligature. On pourrait même absolument s'eu dispenser dans
la suite, si l’on avait à craindre qu’un maillot trop serré ou des cris aigus ne vinssent à suspendre la respiration, et à faire jaillir le sang par les extrémités des artères ombilicales. 11 est vrai qu’on se trouve alors, pour ainsi dire, entre deux écueils. Car, négliger la ligature du cordon, c’est exposer l’enfant à périr d’hémorrhagie; et la pratiquer, c’est l’exposer à l’apoplexie, supposé que la respiration devienne laborieuse. Quel parti faut-il donc prendre? Celui de surveiller l’enfant après la ligature , et d’écarter tout ce qui pourrait le gêner ou l’incommoder. Le sang se porte-t-il à la tête malgré cette précaution , le visage devient-il livide et gonflé , enfin l’apoplexie est-elle à craindre ; on délie le cordon et on sauve l’enfant, en laissant couler le sang dont la congestion menaçait déjà le cerveau. Cet accident, quelque redoutable qu’il soit, laisse néanmoins plus de ressources que l’hémorrhagie, qui lue souvent l’enfant avant qu’on ait seulement pu la soupçonner.
Faut-il, avant de lier le cordon ombilical, en exprimer exactement le reste du sang et des mucosités, où les Arabes, et depuis eux l’abbé de Byzance et Claude Sarlon, plaçaient le germe de la petite-vérole , de l’ictère , de la croûte laiteuse, des convulsions et de quelques autres maladies qui attaquent les enfants ? Doit-on, au contraire, refouler le sang vers l’ombilic, de crainte d’enlever au fœtus un principe de force et de vigueur, comme Aristote l’enseignait aux matrones grecques ? Enfin, le membre viril est-il d’autant plus long chez les garçons, et la matrice d’autant plus profonde chez les filles, que la ligature du cordon est plus loin de l’abdomen chez les uns et plus près chez les autres? Ce sont’ là des questions qu’on ne peut discuter, sans compromettre l’honneur de la physiologie moderne. Elles paraissent si oiseuses et si frivoles au premier coup d’œil, que le vulgaire, même le plus igporanl, les rejette avec dédain. Au reste, quel que soit l’empire du préjugé à cet égard , l’usage a prévalu de faire celte ligature à
deux pouces ou environ de l’ombilic. On assemble pour cela quelques brins de fil, on en fait ensuite sur le cordon, un, deux ou (rois circulaires , dont le premier est assujetti par un nœud simple, et le dernier par un nœud double. On serre assez pour résister à l’impulsion du sang, et jamais trop, de crainte de couper les vaisseaux. Peu à peu le cordon se flétrit, sc dessèche, et tombeau bout de quatre ou cinq jours ; mais cette chute n’a jamais lieu qu’à l’endroit où la peau du fœtus se termine, n’importe où la ligature a été placée.
Lorsque le cordon est infiltré, le tissu cellulaire dont il est enveloppé venant à s’affaisser, la ligature se relâche , et l’enfant est encore exposé à l’hémorrhagie. Peur prévenir cet accident, on place une seconde ligature à quelques lignes de la première ; on pratique même, avant cette opération, quelques légères mouchetures sur le cordon pour le dégorger.
Quelquefois une anse d’intestin s’échappe à travers l’anneau , et sc glisse le long du cordon ombilical , ce qui le rend plus volumineux qu’à l’ordinaire. Ce cas-là mérite toute l’attention de l’accoucheur. On doit prendre garde de donner la mort à l’enfant, en comprenant, soit dans la section , soit dans la ligature du cordon , cette espèce de hernie congéniale : méprise qui n’est pas sans exemple.
ARTICLE II
De la manière de nettoyer et de laver l’enfant.
L’enfant qui vient de naître est ordinairement sale et dégoûtant ; son corps est inondé de sang, et souvent couvert d’un enduit gras, plus ou moins terne, qui le rend glissant et assez difficile à saisir. Cette substance, légèrement savonneuse et insoluble dans l’eau , que certains physiologistes attribuent à une sécrétion cutanée, n’est, suivant les chimistes modernes, qu’une dé-
gènèrescence de l’albumine déposée sur le corps du fœtus; elle est abondante aux aines, entre les cuisses, aux aisselles, au cou, derrière les oreilles, enfin partout où les organes semblent exposés à l’adhérence et à l'agglutination.
Qu'un des premiers soins de l’accoucheur soit donc de faire enlever cette espèce de crasse onctueuse, qui bouche les pores de la peau, et s’oppose à la transpiration insensible. En vain quelques auteurs scrupuleux ou peu versés dan^la pratique s’écrieront-ils que celle détersion est contraire au vœu de la nature, et qu’en exposant le nouveau-né à l’impression de l’air , elle donne lieu aux coliques ou aux convulsions ; en vain certaines femmes, toujours esclaves du préjugé, défendront-elles de dégarnir la tèle de cette espèce de croûte qu’elles gomment dans la suite casque des enfants, et qu’on croit propre à fortifier la fontanelle. Si ce raisonnement était aussi solide qu’il est mal fondé, que deviendraient ceux dont la nature n’a pas eu soin de garantir ainsi le corps ou le cuir chevelu ? car il en est un assez grand nombre qui viennent au monde sans être encroûtés d’albumine, et qui néanmoins jouissent d’une aussi bonne santé que les autres,
Le meilleur moyen de nettoyer l’enfant, est de le plonger dans de l’eau tiède, qu’on rend légèrement savonneuse et délersive, en y ajoutant un peu d’huile ou de beurre. On détrempe ainsi la matière grasse dont son corps est recouvert , et on la fait tomber ensuite avec facilité , en y promenant seulement l’éponge d’une main légère et délicate. En outre, le bain tiède, imitant presque l’eau de l’amnios , entretient quelque temps une douce chaleur autour du corps de l’enfant , et l’habitue ainsi , par degrés , à la température ordinaire de l’air. L'addition de quelques gouttes devin, ou même d’eau-de-vie , peut aussi faire du bain un tonique excellent, qui fortifie et ranime le nouveau-né, lorsqu’il est faible ou languissant. Qu’on se garde bien néanmoins
PRINCIPES
de le baigner dans de l’eau-de-vie pure , ou dans un vin Irop spiritueux. Ces liquides irritants enflammeraient la peau, qui est encore tendre, et détermineraient peut-être des convulsions , même l’apoplexie cl la mort.
Quant à l’usage du bain froid, qu’un très-éloquent philosophe a voulu introduire parmi nous, il est trop dangereux et trop contraire à l’hygicne de l’enfant pour être généralement adopté comme un moyen de le fortifier. Qui ne frémirait en voyant pîonger des êtres encore frêles et délicats dans de l’eau hérissée de glaçons? Comment leur organisation, à peine ébauchée, pourrait-elle supporter un aussi prompt changement de température , sans en être crispée ou engourdie? On alléguera sans doute l’exemple des Scythes, des Germains, des Bretons , des Russes , et de quelques autres peuples du Nord. Mais , sans examiner ici quelle est l’influence des climats sur la constitution cl les mœurs des habitants, ne pourrait-on pas douter, avec plusieurs physiciens , si la coutume de tremper les enfants dans de l’eau froide, ne fut pas toujours plus nuisible que favorable à la population des contrées septentrionales ? D’ailleurs, qui ne connaît les tristes avantages qu’ont retirés du bain froid plusieurs pères de famille, malheureusement trop crédules et trop aveugles partisans de celle nouvelle et séduisante doctrine ?
ARTICLE III
De la manière d’habiller et d'cmmaillotter l’enfanl.
L’homme , dit un ancien naturaliste , est le seul animal que la nature jette nu sur la terre au moment de sa naissance, et le seul qui ait besoin de vêtements, pour se mettre à l’abri des injures de l’air. Il faut donc nécessairement habiller l’enfant, et couvrir sa nudité dès qu’il est hors du sein de sa mère. Mais ici , que de
précautions à prendre, que d’écarts à éviter! Quelle lùain sera assez habile pour tenir un juste milieu entre le vêlement trop lâche et le maillot trop serré? Cependant l’un , en laissant renouveler continuellement l’air sur le corps de Tentant, le refroidirait au lieu de le réchauffer; et l’autre, en garoltant ses frêles ôrgancs, en gênerait le mouvement et la vie.
Que l'accoucheur ue dédaigne donc pas Je mettre ici la main à l’œuvre , ou de présider au moins à l’habillement du nouveau-né ; if ne saurait y avoir rien de minutieux ou d'indifférent h cet égard ; qu’il éloigne avec soin tout ce qui pourrait être contraire aux principes de l’hygiène ou à l’éducation physique de l’enfant. Un simple béguin et un bonnet suffisent pour garantir la tète. Si l’on craint que celte coiffure ne se dérange et quel’enfant ne s’enrhume,, on.peut l’assujettir au moyen d’un petit mouchoir plié en triangle et médiocrement serré. Cette espèce de bandage serait bien préférable à la bride transversale , qui pourrait écorcher le menton et comprimer les glandes salivaires, à moins qu’elle n’en fut écartée par une bandelette fixée au-devant de la poitrine. La têtière ou bande attachée de chaque côté au maillot vers les épaules est absolument inutile, pour tenir la tête droite pendant les premiers jours. Qu’on bannisse surtout les épingles de la toilette de l’enfant; elles peuvent, en piquant la peau ou en traversant la fontanelle, donner lieu à des cris continuels, aux convulsions et à la mort , comme cela est arrivé à des enfants dont parlent de Uaën et de Underwood.
Le cou ne doit être garni que d’un fichu. La poitrine et les bras seront revêtus d’une petite chemise et d’une camjsole ou de brassières qu’on croisera derrière le dos. On appliquera sur le ventre un bandage légèrement compressif qui contiendra le bout du cordon jusqu’à sa chute, et qui raffermira l’anneau ombilical, encore trop. faible pour s’opposer à la hernie.
Trois compresses , dont deux larges de deux ou trois
PRINCIPES
pouces en carré, cl l’autre assez longuo pour faire le tour du corps, rempliront celte double indication. L’une des deux premières , échancrôe au milieu et fendue à l’un de scs bords, recevra le cordon, qu’on renversera sur le bord opposé et vers le côté gauebe, pour ne pas comprimer le fuie de l’enfant, qui est à droite. La seconde s’appliquera par dessus, et la troisième assujettira le tout par un circulaire, qu’on fixera au moyen de quelques points de coulure ou de deux petits rubans. Cela fait, on«cnveloppera le re'ste du tronc, depuis les aiselles jusqu’aux pieds , d’une couche de toile et d’une pièce de fulaine ou de laine , dont on relèvera l’excédant au-devant des jambes, et qu’on assujettira avec quelques bandelettes.
Le grand art de vêtir l’enfant qui vient de naître, est de tenir ses langes médiocrement serrés. Ils entretiennent ainsi une douce cbaleiy' autour de son corps, sans en gêner les mouvements. On peut même en tirer parti pour contenir, appuyer ou redresser les membres, lorsqu’ils sont faibles ou difformes. Mais, dans aucun cas , ils ne doivent devenir des liens ou des entraves, pour comprimer ou torturer le. nouveau-né.
Qui ne connaît aujourd’hui, l’abus et l’inconvénient de l’ancien maillot, contre lequel les philosophes et les physiciens ont tant déclamé pendant près d’un siècle? Autrefois les nourrices ne se contentaient pas de serrer fortement les enveloppes de l’enfant, et de les assujettir avec des épingles; elles croyaient encore que, pour le soutenir et le fortifier, il fallait le Çarotler avec une forte et longue bande de toile, depuis les pieds jusqu’aux épaules; les bras mêmes n’étaient affranchis de celle torture qu’au bout de six semaines , mais pendant le jour seulement : coutume barbare et meurtrière, que l’ignorance avait inventée, et que le préjugé accréditait de jour en jour! Emprisonné dans un maillot, l’enfant était roide et immobile pendant plusieurs heures de suite; quoique naturellement vif
et ennemi du repos , il était condamné à garder constamment la même position , quelque gênante qu’elle fût. Aussi la poitrine et le bas-ventre étaient rétrécis, les viscères comprimés et quelquefois chassés de leur enceinte; la respiration, la circulation, la digestion et les sécrétions n’étaient plus libres ni régulières; l’ossification était dérangée , ou restait incomplète ; les chairs, encore molles et pour ainsi dire gélatineuses, étaient aplaties, et comme froissées sous les contours du funeste garrot; les muscles, paralysés ou sans action , n’acquéraient ni force ni vigueur ; les membres et le corps étaient contraints de prendre la direction et la tournure qu’on leur imprimait. En un mot , la nature n’était plus comptée pour rien , et l’art le plus absurde comme le plus nuisible, avait prévalu pour dégrader le physique de l’homme.
Qu’arrivait-il? l’enfant était presque étouffé dès sa naissance par ses vêtements ; joint à cela que le berceau , qui ne devait être qu’un lieu de repos , devenait encore pour lui une. autre cruelle prison, un affreux tombeau , où il était jeté pieds et mains liés., et retenu par quelques tours de lisière ou de sangle. Aussi l’infortuné dépérissait-il au lieu de croître, ou ne traînait plus qu’une vie douloureuse, triste et languissante. Cet état habituel de gêne et d’angoisse plus ou moins voisin de l’apoplexie, se- manifestait toujours par le gonflement et la couleur violette du visage, par des cris plaintifs, par un sommeil interrompu ou laborieux, souvent par des convulsions, quelquefois par des coups de sang ou par d’autres maladies qui immolaient l’innocente victime , lorsqu’omla faisait longtemps gémir dans son étroite captivité. Parmi ceux qui avaient le bonheur de survivre à ce genre de supplice , on en voyail.dont les membres étaient difformes ou mal con- ' tournés , et dont le tronc était mal affermi dans la station. Tantôt c’était la colonne vertébrale qui, trop brusquement redressée, ne pouvait prendre les cour-
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bures ou inflexions nécessaires pour balancer le centre de gravité; tantôt les différentes parties du corps, ne conservant plus leur symétrie ou proportion naturelle, lui donnaient un air grotesque et ridicule. Dès-lors il n’y avait plus d’élégance dans les formes, plus de noblesse ou de majesté dans le port , plus de grAcc dans le maintien, plus de fermeté dans la démarche. Que devenaient les enfants disposés à la nouure ou au rachilis, au carreau, aux scrofules et à d’autres maladies, dont l’abus du maillot devait nécessairement seconder et multiplier les ravages? Quand on réfléchit sur les effets des langes et des bandes qui entouraient autrefois l’homme naissant, faut-il s’étonner qu’on trouvât dans la société tant d’individus estropiés ou bizarrement contrefaits?
ARTICLE IV
De l'éducation physique et morale de l’enfant.
L’enfant qui vient de naître est naturellement si frêle et si délicat, qu’il semble chanceler pendant quelques jours entre la vie et la mort. En butte à tous les dangers , il a continuellement besoin de secours de toute espèce; et le Pline français n’a pas dit sans raison que le roi de Punivers, dans cet état, de misère et de douleur, était plus faible qu’aucun des animaux.
C’est donc au médecin-accoucheur de diriger, pour ainsi dire, les premiers pas de l’homme dans la carrière de la vie, et de surveiller les premiers éléments de son éducation physique et morale. Car ,.sans expérience et sans raison, comment serait-il capable , à cet Age, de discerner ce qui lui est favorable ou nuisible dans les 'objets qui l’environnent ou qui le touchent, et dans les substances qui lui servent d’aliments? comment pourrait-il régler l’usage de ses organes et de scs sens?
Que l’enfant, aussitôt qu’il est nettoyé et habillé, soit
rois dans un appartement spacieux et bien exposé. L’air qu’il respire doit être pur et d’une température modérée ; celui qui croupit dans des alcôves trop enfoncées, ou dans des endroits bas, ne tarderait pas à •l’incommoder. ll'en Serait de même de celui qui serait trop froid ou trop chaud, trop sec ou trop humide ; qu’on le tienne surtout à l’abri des vicissitudes trop brusques de l’atmosphère, ou qu’on l’y habitue par degrés, de crainte qu’il ne s’enrhume. L’air imprégné de miasmes* de contagions ou de vapeurs fétides, ne peut être que.malsain et délétère pour des poumons qui commencent à respirer. Voilà, sans doute, pourquoi la mort enlève un si grand nombre d’enfants dans les hôpitaux, où la misère les entasse, et pourquoi ceux qu’on couche trop longtemps près de leur mère, ou de vieux parents , deviennent chétifs ou valétudinaires. On ne conçoit guère en effet comment le nouveau-né peut retirer quelque avantage dans cette espèce de contact ou d’incubation, à moins qu’il ne soit d’une faiblesse extrême; et, dans ce cas-là même, l’hygiène ne fournirait-elle pas des moyens plus surs et plus prompts de le réchauffer et de le fortifier?
La lumière est nécessaire à l’enfant ; il semble même la rechercher comme par instinct. Mais il serait dangereux de l’exposer trop promptement à l’impression de ce fluide, qui est un des principaux excitants de l’économie animale. Ses yeux encore tendres et délicats en seraient fatigués, éblouis, peut-être même blessés pour toujours. Qu’on le fasse passer insensiblement de l’obscurité à mie douce clarté, afin de l’accoutumer à supporter tout l’éclat du grand jour. On doit surtout le placer en face de la lumière çt des objets qui l’amusent, de crainte qu’il ne louche ou qu’il ne regarde de travers. Loin dp lui encore les sons trop bruyants ou trop discordants; son oreille en serait choquée ou dérangée, et son repos troublé ou interrompu.
Que la nourrice ait soin de tenir l’enfant dans la plus*
PRINCIPES
grande propreté, cl pour cela qu’elle le change de vêlements lorsqu’il en aura besoin ; qu’on lui nettoie même chaque fois les fesses et les environs avec de l’eau tiède, pour en prôyenir l’excorialion. Les langes seront toujours proportionnés à la saison ; et, dans aucun cas, ils ne pourront être assez serrés pour gêner le mouvement du tronc ou des membres. Que la couche de toile , appliquée immédiatement sur la peau, ne soit jamais trop froide, trop humide, ni trop rude. Le berceau où l’enfant repose doit être garni d’un petit matelas de crin, de paille d’avoine ou de fougère. On en bannira la plume, le duvet ou la laine , dont la chaleur serait incommode, et dont la mollesse pourrait favoriser la mauvaise altitude du corps. On y placera d’abord l’enfant sur l’un ou l’autre côté, la tête et les épaules un peu élevées , pour l’aider à rejeter la salive ou les glaires dont sa poitrine est plus ou moins embarrassée, et on l’y assujettira au moyen de quelques croisés de bandes ou de rubans. On peut recouvrir ce petit lit, pour modérer l’impression de la lumière ou du froid; mais le rideau en sera toujours un peu entr’ouvert, et assez élevé, pour permettre le renouvellement de l’air.
Il ne suffit pas à l’enfant de respirer .après sa naissance ; il faut encore, pour continuer de vivre, qu’il prenne de la nourriture. L’exemple des animaux qui tètent leur mère en venant de naître, indique assez clairement le vœu de la nature à cet égard. Quelle erreur ou quel préjugé de condamner le nouveau-né à un jeûne plus ou moins sévère, lorsque tout annonce qu’il se porte bien, et de ne'lui accorder qu’un peu d’eau sucrée, lorsqu’à force dè cris il réclame quelque chose de plus nourrissant ! Que la mère lui offre donc promptement le sein dont il parait avide ,*et qu’elle continue encore de le nourrir de son propre lait, jusqu’à ce qu’il puisse digérer des aliments plus forts. C’est là un devoir naturel et sacré , sans lequel ki fcmhîe ne peut être com- •plétcmenl mère, et dont rien 11e peut la dispenser qu’une
maladie grave, certaines bienséances, ou quelque vice moral. Le lait maternel est l’aliment qui convient à l'enfant sous tous les rapports. Naturellement séreuses, les premières gouttes de celte liqueur , auxquelles on donne le nom de colostrum, titillent son intestin, détrempent ou délaient le méconium, et en favorisent l’excrétion. Elle devient ensuite plus abondante et plus substantielle de jour en jour, à mesure que le nourrisson grandit et se fortifie; elle pourrait même 'suffire pendant longtemps à ses besoins.
Cependant il y aurait des invénients à ne donner à l’enfant que le sein de la mère. 11 pourrait bien en imposer alors par la fraîcheur et l’éclat de sa peau ; mais il aurait plus de bouffissure que de graisse ; et, quelque beau qu'il fut, son corps ne présenterait point celte fermeté , ni cette consistance qui caractérisent l’embonpoint et le coloris de la santé : ce ne serait, comme on le dit vulgairement , qu’une chair de lait. Outre cela, l’enfant, ne suçant que le mamelon, risquerait.de dépérir, si l’on .était obligé de le sevrer sur-le-champ , à cause de quelque maladie de la mère. C’est donc une très-bonne précaution de l’accoutumer de bonne heure à quelque nourriture un peu plus solide que le lait. Passé les cinq ou six premiers mois, pourquoi ne lui donnerait-on pas quelques cuillerées d’une panade , d’.une bouillie ou d’une crème de pain bien faites. 11 est vrai qu’on a beaucoup déclamé, dans les derniers temps, contre ces sortes d’aliments; mais l’expérience a démontré que ces reproches étaient mal fondés ou exagérés. Le premier se prépare en faisant bouillir de la croule de pain , et en y ajoutant, à mesure qu’elle se gonfle, du bouillon fait avec quelques onces de veau et de bœuf; on l’aromatise ensuite avec un peu d’eaù de fleurs d’oranger , et on l’édulcore avec du sucre. Pour corriger ou diminuer la viscosité de la bouillie, on a soin de faire sécher au four la farine de froment ou la fécule de pomme de (erre, avant de les détremper dans le
PRINCIPES
lait - On a vu élever encore de très-beaux enfants, quoiqu’ils n’eussent pris que de la semoule avec celle liqueur. Enfin , on prépare la crème de pain , en faisant d’abord tremper dans l’eau du pain séché au four; puis on le fait bquillir , en le remuant de temps en temps , et en y versant de l’eau chaude, à mesure qu’il s’épaissit sur le feu; on y ajoute une pincée d’anis avec un peu de sucre, et on passe le tout à travers un tamis de crin.
Lorsque de puissants motifs empêchent la mère do • nourrir le fruit qu’elle vient de mettre au jour, il faut nécessairement qu’elle le confie à une nourrice étrangère. Mais comment trouvera-t-elle une autre soi-même, c’est-à-dire une femme qui ait le même Age, le même tempérament, la même santé, et dont le lait soit parfai- . tcment analogue au sien et aux besoins de l’enfant? Comment. trouvera-t-elle dans une mercenaire la probité, la douceur, la complaisance, la sensibilité, rattachement , l’affection, la tendresse, en un mot, toutes les qualités d’une véritable mère? Ces réflexions seraient vraiment affligeantes, et bien capables de porler la désolation dans l’Ame des parents, si l’expérience* n’avait démontre que toutes les nourrices ne sont pas des marâtrès. Heureusement le plus grand nombre , moyennant un prix modique, se dévouent avec une générosité qui étonne pour le salut de leurs nourrissons ; la plupart même., il faut le dire à leur louange, sont préférables aux mères qu’elles remplacent. La saine et robuste villageoise, qui est uniquement occupée de son ménage, ne vaut-elle pas beaucoup mieux , par exem-, r pie, sous le rapport de l’allaitement, que l’opulente citadine, dont la plus gfanrde occupation est souvent de satisfaire ses goûts et ses caprices? Convenons que la fureur du jeu , des bals et des spectacles , ainsi que ir mille autres vices ou passions, qui tourmentent la femme au sein des grandes villes, sont peu propres à former une bonne nourrice , et peu compatibles avec les soins
et la vigilance qu’exige le premier Age. Aussi n’est-ce guère plus que dans les. campagnes qu’on trouve encore cette salubrité de l’air', et celle douce tranquillité de l’Ame, qui contribuent si bien à la bonté du lait; et sans cette ressource, que deviendraient les villes ellesmêmes? Comment viendrait-on à bout de repeupler ces grandes familles, que tant de genres de destruction et de mort viennent assaillir? C’est donc dans la paisible chaumière du laboureiïr, dans cet asile où l’innocence s’est reléguée, et où les bonnes mœurs régnent encore, qu’il faut transplanter quelque temps l’enfant après sa naissance, lorsque la mère veut se.dispenser de le nourrir, ou qu’elle est forcée de renoncer à celle noble fonction à cause de quelque maladie, (elle que la stérilité du sein, la phthisie, le rachi lis, les dartres, le scorbut, les écrouelles, la pierre, la gravelle, la goulle, et autres affections qui peuvent influer sur les propriétés du lait. . *
Mais dans le choix d’unq nourrice, que d'écueils ji éviter! 11 faut avoir égard à son Age, à sa constitution ou à son tempérament, à sa santé, à son caractère et à ses mœurs , à son habitation , à sa manière de vivre, à la quantité et à la qualité de son lait. On la prendra depuis vingt jusqu’à trente-cinq ans, d’une bonne constitution et d’un médiocre embonpoint ; qu’elle soit habituellement saine et exempte de toute maladie , sans difformité apparente, plutôt brune que blonde , jamais rousse ; quelle ait la bouche garnie de belles dents, les . gencives fermes et en bon état, l’haleine douce, les mamelles d’un volume^ ordinaire , parsemées de» veines bleuâtres, l’aréole un peu monticuleuse , le mamelon bien percé et d’une longueur convenable. On doit rejeter celle dont la peau est couverte d’éruptions, dont la transpiration a une odeur forte ; celle qui a des (leurs blanches, des glandes engorgées, etc.
Qu’une nourcice , dit le philosophe de Genève, soit aussi saine de cœur que de corps, c’est-à-dire, qu’elle
PRIlS'gPES
n’ail ni maladie ni vice moral ; qu’elle soit d’une humeur douce cl enjouée. Celle qui sérail naturellement emportée ou sujette à se mettre en colère , qui aurait du penchant à la haine , à l’envie ou à la jalousie , qui fréquenterait les cabarets ou les lieux de débauche, serait un véritable fléau pour le nourrisson.
Le séjour qu’elle habite doit être propre, commode et bien aéré. On doit préférer les lieux un peu élevés à ceux qui sont naturellement ba^, humides et marécageux. L’exposition de l’e*sl et du nord est plus saine que celle de l’ouest ou du midi.
Que la nourrice s’observe sur la quantité et la qualité des aliments. Celle qui , naturellement gloutonne , croit avoir plus de lait en surchargeant son estomac, est dans l’erreur; elle digère mal, et compromet ainsi la vie de l’enfant : une nourriture douce et proportionnée à ses besoins doit suffire. Le règne végétal ou le règne animal, ou plutôt l’un et l’autre en même temps fourniront à sa subsistance. On prétend néanmoins que les végétaux rendent le lait plus sucré ; mais là-dessus il faut moins consulter la théorie et la pratique, que le goût et l’habitude de l’individu. Les assaisonnements trop relevés, les épiceries, les salaisons, les viandes fumées , le lard rance et le vieux fromage doivent être proscrits. Le vin pur et les liqueurs spiritueuses sont dangereux; point de café ni de chocolat, si l’on n’y est déjà accoutumé. .
La nourrice doit fuir l’oisiveté et la vie trop sédentaire ; un exercice modéré dans l’intérieur 8e sa maison, et souvent en plein air , lui est utile; c’est un excellent "moyen de favoriser la nutrition pl d’améliorer le lait. Qu’elle règle le repos de la nuit entre la veille excessive qui ruine le corps , et le sommeil trop prolongé qui l’engourdit. Les lits trop durs ou trop mous nuiraient également à sa santé : il n’y a qu’un juste milieu qui convienne à cet egard.
La quantité et la qualité du lait varient suivant une
foule de circonstances. 11 est d’autant plus séreux qu’il est moins ancien ; peu coloré clans le premier mois; tirant sur le bleu, à six semaines ou un peu plus tard; d’un blanc-mat , doux et sucré à cinq ou six mois. En général, l’accoucheur ou le médecin exercé présument, avec raison, qu’il est bon et doué de toutes les qualités requises, lorsque le nourrisson qui le suce s’en trouve bien. C’est peut-être là un moyen beaucoup plus suide constater la bonté du lait, que d’en faire couler une goutte sur l’ongle ou sur une glace, pour en examiner la consistance , ou de le soumettre à l’ébullition , pour savoir s’il tourne à l’aigre, ou enfin de le recevoir dans la bouche même après l’avoir bien rincée,, pour en connaître le goût et l’odeur. Toutefois, ce n’est ici qu’une analogie, qui n’est pas toujours infaillible; car, de ce que le lait d’une femme est salutaire à son propre enfant , on en conclurait mal à propos qu’il doit avoir la même propriété pour celui d’une étrangère. On est donc toujours forcé de donner quelque chose au hasard dans le choix cüune nourrice, sauf à la changer ensuite, si elle ne convient pas, et si l’enfant qu’on lui confie vient à dépérir au lieu de profiler.
Il est toujours très-important, quoi qu’en disent certains auteurs, de proportionner l’àge du lait à celui de l’enfant ; et lorsqu’on ne 'rencontre qu’une nourrice déjà mère depuis longtemps, il ne faut au moins jamais manquer de lui faire prendre quelques délayants, pour rendre son lait plus séreux et plus analogue à la faiblesse de l’estomac qui doit le digérer. Malgré celle précaution , le sein n’étant plus épuisé chaque jour comme à l’ordinaire, il en résulte une sorte de superfluité ou de rédondance , que le vulgaire attribue au renouvellement du lait par le nourrisson : préjugé grossier, dont la fausseté saute aux yeux du physiologiste le moins éclairé.
Qu’on se garde bien aussi dqsuivre les rigoureux préceptes des anciens , qui interdisaient le plaisir de l’a-
PRINCIPES ’
raour la femme qui nourrit. Celte privation, trop longtemps prolongée , finirait par exciter le besoin do la nature, que la femme ne pourrait rèprifher sans Se faire violence, cl dont le cri serait peut-être plus puissant que celui de la raison. De là pourraient résulter des accès de tristesse cl de mélancolie, qui produiraient l’altération et la suppression du lait, inconvénient d’autant plus à craindre que la femme seiail plus jeune, plus lascive et plus habituée aux jouissances vénériennes. Il suffit donc de lui recommander la modération à cet égard ; qu’elle sache aussi mettre un intervalle raisonnable entre le devoir conjugal et l’allaitement..
Mais la nourrice, dira-l-on, en cohabitant avec .son mari, peut devenir enceinte. Qu’importe? pourvu que son l.ail ne perde ni de sa quantité ni de sa consistance, Cl que le nourrisson continue de profiter. L’exemple des animaux qui portent et nourrissent en même temps, et celui de plusieurs femmes qui ont continué" de donner le sein jusqu’au terme de l’enfantement, prouvent, d’une manière incontestable , que l’état d^ grossesse n’est pas aussi incompatible avec l’allaitement qu’op pourrait l’imaginer. 11 en est de même de l’écoulement des règles; on l’a vu rarement nuire à la santé de la nourrice, et altérer la qualité de son lait, lorsqu’elle était robuste. Ce n’est que lorsqu’elle est naturellement faible et délicate , que celle évacuation périodique , jointe à celle du lait, pourrait l’épuiser plus vite, et tourner au préjudice de l’enfant ; mais, dans ce cas, il est prudent qu’elle s’abstienne de nourrir. Si l’enfant ne refuse le sein que pendant la période menstruelle , qu’il profite d’ailleurs dans l’intervalle, on suspend alors l’allaitement, et on y supplée par quelque aliment artificiel. On le suspend aussi durant la plupart des maladies aiguës , à moins qu’cllesjie soient très-légères et incapables d’altérer le lait, comme la fièvre éphémère des nouvelles accouchées, la petite-vérole bénigne ou l’intermission d’une fièvrb tierce.
D’après les règles que nous venons de tracer sur le choix d’une nourrice, on sentira facilement l’erreur que commettent la plupart des personnes riches et opulentes qui, sous prétexte de mieux élever leurs enfants , font venir les nourrices de la campagne à la ville , où elles leur procurent toutes les commodités de la vie. Parents aveugles! à qui une tendresse mal entendue fait méconnaître leurs véritables intérêts 1 Séquestrée de son ménage, et arrachée jour ainsi dire à ses habitudes, comment la femme des champs s’accoutumera-l-elle à son nouveau domicile? Elle s’y trouve déplacée, l’ennui vient l’y surprendre, elle y languit ; tant il est vrai que l’abondance, sansle contentement de l’Ame, ne procure jamais de santé ni de bonheur parfaits! Bientôt son lait se détériore , et l'enfant qui le suce dépérit ou ne profile point. En vain invoquerait-on alors le secours de la médecine ; en vain changerait-on de nourrice, l’état de l’enfant ne deviendrait pas meilleur. Il n’y a qu’un remède, c’est de les renvoyer l’un et l’autre à la campagne; ils y seront à peine, qu’ils se ressentiront de la douce influence de l’air qu’on y respire.
Lorsque la mère ne peut plus allaiter son enfant , ou que la nourrice à qui elle l’a confié tombe malade , et qu’on ne peut la remplacer sur-le-champ, il faut recourir à l’allaitement artificiel ou au lait des animaux. A ne consulter que l’analyse chimique, celui d’Anesse ou de jument est préférable à tout autre, parce qu’il a le plus d’analogie avec celui de femme; mais l’usage a prévalu , et on n’emploie guère que le lait de vache ou de chèvre. Quel que soit celui des deux derniers auquel on donne la préférence, il serait à désirer que l’enfant put le prendre lui-même au trayon, conformément au voeu de la nature; mais cela n’est guère praticable qu’avec la chèvre , qu’on dresse assez facilement , et qu’on accoutume à reconnaître le nourrisson qui la lèle. Le lait de cet animal serait donc généralement adopté , s’il n’avait l’inconvénient de donner trop
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de vivacité, et de causer de l’insomnie à l’enfant. Il ne convient qu’à celui qui naît de parents scrofuleux, ou dont la lymphe est dans une sorte de stagnation et manque d’activité. Le lait de vache, quoique soupçonné de rendre le nourrisson plus apathique et plus lent, est le plus généralement substitué à celui de la mère ou de la nourrice. On le prend pour cela environ trois semaines après le part, et, pour le rendre meilleur, on soigne la nourriture de l’animal, qfl’on envoie paître en plein air , et dans de grasses prairies, où il ne croit que des herbages salutaires.
Naturellement plus caséeux et plus bulyreux que le lait de femme, celui de vache ne peut être donné pur à l’enfant qui vient de naître. On doit donc le couper avec un autre liquide, tel qu’une légère décoction d’orge ou de chiendent, l’eau de guimauve ou de capillaire, l’émulsion d’amandes douces, ou mieux encore le petitlait préparé sans acides. Pour imiter la nature, on diminue chaque jour la proportion de ce délayant , et on augmente la consistance du lait, à mesure que l’enfant grandit, jusqu’à six mois, époque où il peut le prendre sans aucun mélange. C’est vraiment alors que cette liqueur possède toutes ses qualités naturelles , et qu’elle est riche de tous ses principes. En sortant du pis de la vache , elle porte , avec son arôme , une douce chaleur qui dispense de la faire chauffer, et l’enfant peut la boire à longs traits, avant que le repos ou le contact de l’air aient encore pu la décomposer, ou la disposer à l’acescence.
La cuiller ou le biberon, tels sont les instruments les plus propres à l’allaitement artificiel. Le premier cause moins de flatuosités, moins de tranchées et de dévoiements séreux; le second est plus commode et plus expéditif, quand il s’agit de nourrir beaucoup d’enfants, comme dans les hôpitaux. Une éponge fine, allongée en forme de mamelon et recouverte d’une légère gaze, remplit le goulot de la petite bouteille , et y est assu-
jeltic au moyen d’un fil , de crainte que l’enfant ne l’attire et ne l’avale en suçant. Ce petit appareil est lavé chaque fois, pour en ôter le reste du lait, qui pourrait s’y aigrir.
C’est une chose très-difficile que de régler l’enfant dans les premiers jours de l’allaitement, soit naturel, soit artificiel : comme il prend peu de nourriture à la fois, le besoin se renouvelle presque aussitôt, ou trèsfréquemment. Qu’on se garde néanmoins de le faire téter à toute heure ; car , outre que cette méthode épuiserait la^nère ou la nourrice, elle ne ferait que gorger le nouveau-né sans lui être utile. Le grand point est de lui donner ce qu’il faut , ou ce qu’il peut digérer , et, là-dessus, l’intelligente sollicitude d’une mère vaut mieux que tous les préceptes de l’art; avec un peu de patience et d’adresse, elle l’habituera à ne prendre le mamelon que lorsqu’il sentira de l’appétit. Que l’enfant tète quatre ou cinq fois le jour, et une ou deux fois la nuit, c’est assez. Avec cette économie, la nourrice trouve le temps de prendre le repos nécessaire ; son lait est mieux élaboré, et l’enfant en tire plus de profit. Qu’elle attende toujours plusieurs heures après le repas, avant de donner le sein, à moins qu’elle n’ait pris quelque substance médicamenteuse, dont l’effet doit se transmettre au nourrison. Si elle a longtemps supporté la faim ou la fatigue, elle prendra quelque liquide avant de donner à téter; mais elle refusera toujours le mamelon à l’enfant, après une vive émotion de l’àme, telle que la colère ou la peur, etc., de crainte de lui causer des convulsions.
L’allaitement doit durer plus au moins de temps, selon que l’enfant est plus faible ou plus robuste. En général , la mère ou la nourrice ne doit cesser de lui donner le sein que lorsqu’il peut se passer de lait, et digérer des alimeuts plus solides ; c’est ordinairement après l’éruption de ses vingt premières dents. L’époque du sevrage est donc indéterminée, puisqu’elle ne peut
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être la même pour tous les individus. Le terme de huit mois qu’on assigne pour les enfants les plus robustes, ou celui d’un an pour les plus faibles, ne sont rien moins qu’indiqués par la nature. On en a vu jouir de la meilleure santé, quoiqu’ils n’eussent (été que six mois ; d’autres, au contraire, ont été allaités jusqu’à vingt et même trente mois, sans en éprouver la moindre incommodité. Quelques praticiens prétendent que la lactation pro-# longée au-delà d’un an , produit une gourme plus forte chez les enfants, et les dispose au rachitis ou aux scrofules ; mais combien de faits ne pourrait-on pas*allèguer en faveur de l’opinion contraire? Le parti le plus sur est de toujours sevrer le plus lard possible.
Le sevrage trop brusque serait également nuisible à la nourrice et à l’enfant; on doit donc y procéder par degrés e^ d’une manière insensible. On diminue progressivement la lactation , jusqu’à ce que l’enfant no tète plus qu’une fois par jour. Ensuite , on ne lui donne le sein que tous les deux ou trois jours, jusqu’à ce qu’on le lui ail fait oublier entièrement. Mais on a soin d’augmenter en même temps et dans la même proportion, les aliments qui doivent suppléer au défaut de lait, en sorte que le nouveau-né prenne toujours la même quantité de nourriture.
Tout ce que l’enfant consomme durant l’allaitement ne tourne point à son profit; il n’y a que la partie chyleuse qui soit absorbée et destinée à réparer ses pertes, ou à favoriser son accroissement. Le reste, devenu inutile, est rejeté sous le nom d’excréments ou de résidu de la digestion. Il faut donc que les différentes voies de l'excrétion en général soient libres chez le nouveau-né, sans quoi tout ce qu’il y a d’impur et d'impropre à la nutrition dans son corps, ne pourrait en être éliminé, et sa santé ne tarderait pas d’en éprouver quelque dérangement. Qu’on entretienne donc la liberté des selles et des urines chez l’enfant qui est encore à la mamelle. C’est une précaution indispensable , surtout
pendant la crise de la dentition , qui est plus ou moins orageuse. Il conviendrait même de l’accoutumer do bonne heure à une certaine règle, pou* remplir cette fonction; c’est pour cela que Locke conseille de le présenter au bassin plusieurs jours de suite à l’heure du lever, qui est la plus commode, parce qu’on est alors plus libre dans la société. '
Sileruèconium couledifficilementchezle nouveau-né, on en favorise l’issue, en lui donnant quelques cuillerées d’eau sucrée ou miellée, ou bien d’huile d’amandes douces avec le sirop de chicorée. Ces légers évacuants conviennent encore , lorsque les enfants éprouvent des coliques, à la suite d’une constipation plus ou moins opiniâtre; mais l’abus des médicaments est un écueil fort dangereux pour ces êtres encore faibles et chancelants.
Une des excrétions les plus nécessaires pour la santé deî’enfant, est la transpiration insensible, donll’émonctoire existe à la surface de tout le corps. Comme elle suppose toujours la propreté et la perméabilité de la peau, on n’aura pas de peine à concevoir l’utilité des lotions, des bains et des frictions, [pour en ouvrir les pores.
Qu’on lave de temps en temps l’enfant, de la tête aux pieds, avec une éponge trempée dans l’eau tiède, a laquelle on ajoutera un peu d’eau-de-vie ou d’infusion aromatique. Ce procédé, outre qu’il décrasse et fortifie l’organe cutané, prévient la vermine, dont la plupart des enfants sont rongés, ainsi que les différentes espèces de tumeurs au cou, de croûtes à la tête , et d’éruptions au visage , qu’on connaît sous le nom de gourme. Le cuir chevelu, délergô par le lavage, se couvre aussi peu à peu de son enveloppe naturelle, et les ciseaux ou le rasoir ne sont presque jamais nécessaires pour le dèjftuiller de ce bel ornement.
Locke et Floyer, en Angleterre, et après eux, Rousseau, en France, ont conseillé l’usagi^dcs bains froids,
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pour fortifier les enfants. Mais, plus philosophes que médecins, et plus philanthropes qu’observateurs, faut-il s’étonner qu’il% aient tant exagéré un moyen dont il n’appartient qu’à l’expérience de constater la propriété, ou les avantages et les inconvénients? Le froid, en général , est l’ennemi de l’enfant qui vient de naître ; il nuirait surtout à celui qui serait naturellement faible, à moins qu’il 11e conservât assez de ton ou de force réactive,pour en supporter l’impression. Dans le cas contraire , on aurait à redouter l’engourdissement et la contraction des membres,* même l’apoplexie et la mort. Ce n’est donc que le bain tiède qu’il faut employer, mais avec discrétion, comme un moyen d’entretenir la propreté des enfants. D’ailleurs, l’instinct de l’individu doit servir de règle là-dessus : et si quelque circonstance exigeait l’usage du bain froid, il ne faudrait jamais y plonger l’enfant brusquement, mais après lui en avoir fait contracter l’habitude par degrés. On nous citera peut-être les anciens Gaulois , nos ancêtres, dont les femmes, dit-on, aussitôt qu’elles étaient accouchées, allaient elles-mêmes baigner le.urs enfants dans les Rivières ou les fleuves qui étaient à leur portée; mais de tels exemples ne sont point imitables de nos jours. Le temps des Ségovèzes et des Be'llovèzes n’est plus, et très-certainement ce serait un mauvais moyen de favoriser la propagation d’urï peuple civilisé, que de vouloir le rappeler aux mœurs grossières, dures et même barbares de quelques hordes sauvages qui ne vivaient que dans les bois.
Voulez-vous apprécier l’effet des frictions sur l’enfant , promenez légèrement votre main sur son dos quand on le déshabille ; vous le voyez alors s’étendre,
s’allonger, même sourire, comme pour vous témoigner le bien-être qu’il éprouve, et pour vous engager à continuer. Ce genre de mouvement communiqué est capq^ ble de suppléer à l’exercice, et en a tous les avantages; il réveille la sensibilité de la peau, favorise la transpi-
ration insensible , et ^établit l’équilibre dans toute l’économie animale. La main seule, le linge, la llanelle, froitde ou chaude, ou imprégnée de vapeurs aromatiques, la brosse et le peigne : tels sont les instruments propres à appliquer les frictions. Elles doivent être partielles ou générales , plus ou moins fréquentes et plus ou moins prolongées, suivant la force et la constitution de l’individu. On doit les administrer le matin , dans un appartement où règne une douce température; elles sont les plus avantageuses dans les saisons pluvieuses et naturellement humides.
On aurait tort d’exiger beaucoup d’exercice de l’enfant qui vient de naître. A peine a-t-il quitté le mamelon , qu’il s’endort et se repose; le sommeil lui est d'autant plus salutaire, qu’il est plus prolongé, et rien ne contribue autant à l’assimilation des sucs qu’il digère. Qu’on se garde donc de le réveiller lorsqu’il goûte ce bienfait de la nature, et qu’on le couche peu de temps après qu’il a tété. L’enfant qui se porte bien, et que rien ne gêne ou n’incommode, a bientôt fermé la paupière; il suffit , pour cela , de le placer dans un lieu un peu obscur et éloigné du bruit; quelquefois même le sommeil le prend entre les bras de la nourrice, ou lorsqu’il a encore ses lèvres collées à la mamelle. On n’a donc besoin pour l’endormir, ni de lui chanter des airs monotones, ni d’agiter son berceau. Celle dernière pratique est néanmoins d’un usage universel , et des médecins la croient même très-propre à développer l’enfant, parce qu’elle l’expose à la percussion de l’air ; mais, dans le fait, elle a trop d’inconvénients pour être approuvée. D’abord, l’enfant contracte tellement l’habi- . tude d’être bercé , qu’il ne peut plus s’endormir autrement. Bientôt même on est obligé de lui imprimer des secousses si violentes, qu’il peut en résulter des vomissements ou des convulsions. Enfin, le sommeil qu’on lui procure alors n’est qu’un état de stupeur, voisin de l’apoplexie. *
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A mesure que l’enfant croît cfcse développe, ses rapports avec les objets extérieurs se multiplient, cl il a moins besoin de sommeil. Que la nourrice le tienne donc plus longtemps levé qu’à l’ordinaire; qu’elle l’accoutume même par degrés à ce qui peut troubler son repos, sans néanmoins le réveiller trop brusquement ou en sursaut, de crainte de l’effrayer et de lui causer des convulsions. Un exercice modéré et proportionné à ses forces , contribue aussi à le rendre plus vigoureux. Qu’on lui communique d’abord du mouvement en le tenant sur les bras, ou en faisant rouler son berceau ; qu’on le laisse ensuite, de temps en temps, s’agiter tout nu, sur son petit lit ou sur une espèce de natte, principalement dans les saisons chaudes; les petits efforts qu’il fait alors pour se soulever ou se redresser, ne contribuent pas peu à le fortifier. D’abord, il rampe, il se traîne, il culbute; puis il recommence et retombe encore. Cependant ses reins deviennent plus forts, ses pieds et ses jambes se raffermissent, enfin, il se lève et chancelle ; mais bientôt il s’accroche au premier objet qui se présente , et s’aventure à faire quelques pas. Le voilà lancé ; il ne demande plus qu^à courir et à folâtrer. Le mouvement et l’agitation sont pour lui un besoin naturel.
Mais que cet apprentissage est long ! que d’essais, que de faux pas, que de chutes, que de contusions, que de larmes! Pour éviter tous ces accidents, on a soin d’entourer la tête d’un bourrelet plus saillant que le nez. Quelquefois la nourrice dirige elle-même les premiers pas de l’enfant , en le tenant à la lisière ou en le mettant dans une espèce de chariot. Mais ces instruments sont en général beaucoup plus nuisibles qu’utiles , et ne valent jamais la main de la nature. La lisière gêne l’estomac, comprime la poitrine, qu’elle jette en arrière , soulève les épaules et fait pencher la tète en devant. Le chariot, à cause de sa dureté, eontond les parties qu’il touche, ne soutient l’enfant que par les
bras, et abandonne le corps entier à son propre poids. De là des conformations plus ou moins vicieuses, telles que la tète enfoncée, le cou raccourci, les épaules élevées, etc.
L’enfant qui vient de naître ne parait sensible qu’à la douleur; il pleure, il crie, parce qu’il souffre ou qu’il sent le besoin ; mais il n’a encore aucune idée des objets extérieurs ; il est sans désirs et sans passions ; il n’obéit qu’à l’instinct; en un mot, sa vie intellectuelle ou morale est entièrement nulle. Ce n’est que vers le quarantième jour qu’il commence à s’établir une espèce de correspondance entre lui et ce.qui l’environne. Jusque-là, ses sens externes, pour ainsi dire muets et assoupis , n’ont pu exercer qu’une bien faible action; mais alors ils s’éveillent, et deviennent autant d’instruments propres à la sensation et à la génération des idées. Bientôt le sen^intime s’établit, l’entendement s’organise , et la volonté se prononce ; la raison parait un peu plus lard.
Qu’on commence donc l’éducation morale de l’homme lorsqu’il est encore au berceau, et qu’on profite de sa flexibilité naturelle, pour lui former l’esprit et le cœur. La première enfance est l’âge de l’imitation; on suce, pour ainsi dire, avec le lait les bonnes comme les mauvaises impressions ; et les habitudes qu’on contracte alors, sont d’autant plus difficiles dans la suite, Qu’elles ont poussé de plus profondes racines. Ce qui est naturel ne se réforme guère, et on a raison de dire que si i l’homme a des qualités ou des vices, c’est sa nourrice qui doit être Iodée ou blâmée la première, parce qu’elle fut son premier instituteur.
L’éducation des sens est le premier objet dont on doit s’occuper; car sans eux point d’idées, point do jugement, point d’intellect, point d’homme, en un mot. Comme la vue, l’ouïe et le tact sont ceux qui transmettent le plus d’impressions à l’âme, et que d’ailleurs ils se développent plus vile que les autres,