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il est de la dernière importance d’en bien diriger ou perfectionner l’usage. Que l’impression rerue soit toujours conforme à l’objet qui l’a produite; voilà le point essentiel , pour acquérir des connaissances exactes. Mais l’enfant, en venant au monde, ne peut jouir en- . core de ce privilège, qui est le fruit de l’exercice et de l’habitude. Que d’erreurs ne commet-il pas avant de distinguer l’apparence d’avec la réalité'. Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend lui semble appliqué contre sa pupille ou contre son tympan. Dans cette illusion, il tend naturellement la main pour saisir tout ce qu’il aperçoit, et la longueur de son bras est la première mesure qu’il emploie pour juger de l’èloignement des corps. Cependant le tact se développe peu à peu , et vient au secours de la vue et de l’ouïe , qu’il rectifie. L’enfant marche, et commence à se transporter vers les objets qu’il n’avait pu que contempler jusqu’alors; il les louche, et apprend à connaître ainsi leur distance, leur forme, leur température, leur dimension et leur solidité.
Que la nourrice s’applique donc de bonne heure à prémunir l’enfant contre l’erreur ou l’illusion des sens externes. Qu’elle lui apprenne surtout à se méfier d’une première impression , et à ne juger des objets qu’après les avoir bien considérés; c’est le moyen de le rendre moins ^èsomptueux à l’avenir et moins sujet au préjugé. L’enfant qui, naturellement trop mobile ou trop nerveux, prend facilement l’alarme et s’épouvante pour la moindre chose, exige encore de plus grandes précautions. On doit l’habituer insensiblement à supporter la présence de tous les objets qui pourraient le frapper trop vivement. Que la nourrice s’qji approche d’abord seule , et qu’elle les touche pour lui inspirer de la confiance. L’enfant demandera bientôt à les voir de près ; il les touchera, et finira par ne plus rien craindre. C’est ainsi qu’on l’empêche d’être ombrageux ou accessible à la peur. Qu’on évite de le laisser seul dans une
DE L’AllT DES ACCOUCHEMENTS.
trop profonde obscurité, de crainte qu’il n’y soit saisi d’effroi; il faut ensuite lui inspirer une juste méfiance pour tout ce qui pourrait lui être nuisible, tel que le feu , l’eau, les précipices , certains animaux , etc.
Le raisonnement ne peut avoir de prise sur l’esprit de l’enfant à la mamelle; il n’y a que l’exemple qui l’entraîne. Aussi , dès qu’il commence à balbutier, répète-t-il comme un perroquet tout ce qu’il entend, il imite et contrefait tout ce qu’il voit. Qu’on se garde donc bien alors de tenir des discours peu honnêtes en présence de cet être innocent ; il en coûterait peut-être à l'avenir pour les lui faire oublier. Les parents qui, pour se divertir, apprennent des traits de malice à leurs enfants; ceux qui font semblant de dire des injures, de maltraiter des animaux ou de gourmander des domestiques devant eux, leur donuent le plus mauvais exemple. A coup sur ils en feront des lutins, des es- • piègles , dont ils auront plus d’une fois à souffrir ; heureux encore, s’ils n’en font pas de petits tyrans ou des despotes dont ils seront les premiers esclaves!
Tout ce que l’enfant voit pique sa curiosité; mais ce serait le gâter, que de lui accorder tout ce qu’il demande. On doit lui refuser tout ce qui peut lui être nuisible. S’il insiste, on sera sourd à ses importunités; on ne cherchera pas même à le dédommager, en lui accordant quelque autre chose. Manquer de fermeté dans ces occasions , c’est lui rendre un mauvais service. S’il obtient tout ce qu’il demande , bientôt il voudra ce qu’on ne pourra lui accorder. Il commence par être fantasque ou capricieux, et finit par être opiniâtre »et allier.
Les sensations sont l’origine des affections de l’âme. L’enfant qui sent distingue bientôt ce qui le flatte et le | satisfait, davec ce qui le choque ou le blesse. Voyez comme il s’attache à la nourrice, dont il sent chaque jour les bienfaits! comme il sourit en la voyant! comme il la caresse de sa main encore délicate! son nom est
PRINCIPES
le premier mot qu’il essaie d’articuler. Il fuit, au contraire , tout ce qui lui déplaît , cl marque de l’éloigncmcnl pour tout ce qui lui paraît incommode. C’est ainsi que commencent l’amour et l’aversion, le plaisir et la peine, la joie et la tristesse, et tous ces mouvements plus ou moins tumultueux qui ont tant d’influence sur le physique et le moral de l’homme.
Les passions, en général , ne sont que des affections de l’âme dépravées ou portées à l’excès ; d’où il suit que la retenue et la modération sont les seuls moyens d’en étouffer le germe. L’enfant au berceau n’est qu’une cire molle qu’on façonne comme on veut. C’est alors qu’une mère attentive et adroite peut prévenir la colère, à la mine'rude et à l’œil hagard ; l’orgueil , au sourcil relevé ; la vengeance , au teint blême ; la haine, au regard farouche; la jalousie, à l’œil sombre, oblique et clignotant. Avec de la vigilance, et sans recou- * rir à la sévérité, les parents peuvent fixer le caractère et les inclinations de leurs enfants, pendant qu’ils sont encore souples et faciles à manier; l’arbre plie, dit le proverbe, quand il est jeune, et résiste quand il est vieux. Qu’on profite donc de l’âge tendre , pour donner à l’enfant une physionomie agréable et un noble maintien, pour lui inspirer des manières douces et prévenantes; enfin, peur le rendre gai sans étourderie, vif sans pétulance, ennemi du mensonge et ami de lff vérité. Encore quelques années ou quelques mois, et l’on n'y sera peut-être plus à temps, ou bien il faudra recourir à la violence et à la rigueur, pour corriger des travers que le bon exemple eût prévenus.