‹ Cours théorique et pratique de Braidisme, ou, Hypnotisme nerveux considéré dans ses rapports avec la psychologie, la physiologie et la pathologie et dans ses applications à la médecine à la chirurgie, à la physiologie expérimentale, à la médecine légale et à l'éducationChapitre 1 sur 10 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Data scmina jussit

Spavcjcre liumo.

Le but de la médecine est de conserver à l'homme la santé et de la lui rendre quand il l'a perdue. Mais la santé n'étant autre chose que l'harmonie des forces qui constituent l'être vivant, comment l'art de guérir et de préserver pourrait-il accomplir sa haute mission tant qu'il néglige les forces les plus essentielles, les plus énergiques, les plus importantes de l'économie, c'està-dire celles qui sont la raison même de notre existence et de tous nos efforts pour l'entretenir ? La voie du progrès se trouve donc fermée à la médecine par ce problème radical, qui est en même temps l'énigme fatale de la philosophie : Quelles sont les propriétés de l'âme, ejuelle est la loi des relations du moral avec le physique j quel est l'agent intermédiaire au moyen duquel ees deux pâles de la vie sont mis en rapport?

Ce triple problème portant sur les opérations les

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plus intimes de la vie et sur ses principes les plus subtils, ne peut, comme toutes les questions les plus délicates et. les plus intéressantes de la physiologie, être résolu que par la voie de l'analyse expérimentale. Mais les moyens d'expérimentation paraissaient faire ici complètement défaut. Ces moyens inespérés, on les trouve enfin, et la découverte immense qui vient écarter ainsi le principal obstacle au développement de la médecine, qui vient la tirer de son insuffisance, la relever de son abaissement, et étendre son empire sur la connaissance tout entière de l'homme, la médecine la repousse, comme elle a invariablement repoussé à leur apparition les découvertes les plus précieuses qui sont venues successivement l'enrichir.

Cependant cette proscription systématique pourrait avoir aujourd'hui une conséquence plus grave que de retarder l'évolution des connaissances médicales, elle pourrait les faire reculer et les ramener en peu d'années à leur point de départ.

Ces procédés de physiologie expérimentale transcendante, après s'être loyalement offerts à la médecine scientifique et officielle et avoir été rejetés avec dédain, sont tombés dans le domaine de la multitude. L'empirisme et la superstition s'en sont emparés, et ils se préparent maintenant à s'en faire une arme terrible contre la science. Depuis quelques années, des faits étranges sont signalés de toutes parts. Le public

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les examine, il en aperçoit la portée, et il s'en montre tous les jours plus préoccupé el plus émo. Les savants, consultés, reculent devant une franche el honorable rétractation; pour éviter de reconnaître ce

(pi'ils ont si longtemps méconnu, ils prennent I*' parti désespéré de se renfermer dans un système de dénégation et de refus d'examen. Mais que les savants y prennent garde : nier obstinément ce qui éclate aux yeux de tout le inonde, c'est se condamner à cire pris pour des aveugles.

Serait-il raisonnable d'espérer que le monde voudrait continuer sa confiance à des guides en qui il aurait trouvé moins de clairvoyance encore qu'il n'en possède lui-même? Et nos connaissances expérimentales et rationnelles, qui sont la plus grande richesse qu'ait possédée dans aucun temps l'humanité, comment échapperaient-elles au discrédit et à l'abandon de leurs oracles?

Frappé de la gravité de cette situation, dont il m'a été facile de me rendre compte en Amérique, où les documents publics portent à plusieurs centaines de mille le nombre des adeptes du merveilleux appartenant aux classes éclairées, je me donnai la lâche de tirer mes confrères de leurs funestes illusions. J'ai parcouru dans ce but une partie de l'Europe en 1853, et deux ans après j'ai publié à Paris un travail (1

(1) Electro-dynamisme vital, ou les relations physiologiques de

l'esprit cl de la matière, ete. Paris, 1855, in-8".

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dont le titre dit assez l'esprit et la tendance. Je m'étais proposé de démontrer que ces choses étranges dont notre époque est témoin , choses que les ignorants appellent des prodiges, et que les savants, tout aussi peu judicieux, appellent des fables, forment un ordre spécial de phénomènes biologiques , rares il est vrai dans leur manifestation spontanée , mais susceptibles d'être reproduits à volonté à l'aide de certains moyens d'expérimentation , et méritant par cette raison d'être mis au rang des faits avérés et rigoureusement scientifiques.

Je m'étais attaché à faire voir que ces faits ne viennent pas seulement accroître les ressources delà thérapeutique et de la chirurgie, mais qu'en outre ils éclairent les questions biologiques les plus élevées et les plus obscures, et mettent la science certaine en possession de ces hautes régions de l'histoire naturelle et de la culture de l'homme, où le dogmatisme ténébreux et le stérile empirisme ont régné seuls jusqu'à ce jour ; qu'ils ne viennent pas seulement apporter l'ordre dans le chaos de la médecine, mais qu'ils viennent constituer l'intégralité et l'unité de la philosophie positive, en ramenant à une même loi supérieure les manifestations de l'ordre physique et les manifestations de l'ordre moral, en créant un lien entre la psychologie et la physiologie dans la science jusqu'ici à peine entrevue des forces nerveuses, en constituant une médecine intégrale dont

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la morale devient l'un des deux grands aspects, et en luisant de la théologie elle-même une dit isioa transcendante de la biologie.

Enfin je m'efforçais d'établir que le devoir de la science envers elle- même et envers les hommes est de saisir l'occasion unique qui lui est offerte de porter le coup de grâce à l'hydre de la superstition, au moment même où celle-ci relève ses tètes monstrueuses et s'apprête à pénétrer dans les domaines de la raison pour les ravager.

Diverses circonstances, entre autres l'altération de ma santé, m'empêchèrent de poursuivre cette œuvre. Mais quelques paroles prononcées du haut de l'Institut de France par un célèbre chirurgien ont réalisé en quelques jours ce que n'avaient pu accomplir les longs et laborieux efforts d'un homme obscur. J'avais entrepris d'intéresser le monde médical à des questions pour lesquelles il n'avait eu jusque-là que des préventions et des répugnances; l'illustre introducteur de X hypnotisme à l'Académie leur a conquis par son patronage l'attention et l'intérêt du monde entier. C'est alors que j'ai été arraché à mon asile des champs par le désir de mettre mon expérience au service des hommes éminenls qui venaient de prendre en main la cause à laquelle je m'étais voué dépôts tant d'années. Mais une pénible surprise m'attendait à Paris. J'apprends, en arrivant, que les champions de l'hypnotisme n'ont fait que paraître, ont tourne'

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bride , et sont rentrés précipitamment sous leurs tentes.

Cette reculade imprévue était sévèrement appréciée par le public. Quant à moi, je me plus à croire que ces Messieurs n'avaient fait retraite que pour revenir bientôt avec de nouvelles et meilleures armes reprendre une lutte dont sans doute ils avaient d'abord mal calculé les difficultés. Toutefois , je ne crus pas devoir les attendre pour m'acquitter de mon propre devoir. Grâce à l'accueil qui me fut fait par le Cercle de la Presse scientifique, j'ai pu exposer, pendant deux mois, mes démonstrations théoriques et mes expériences devant un public nombreux et choisi dont le bienveillant intérêt m'a soutenu jusqu'au bout.

Les chaleureux encouragements accordés à mes conférences par des juges aussi éclairés m'ont fait penser qu'il pouvait être utile de donner à ce cours une publicité plus étendue. Tel est l'objet du livre que je présente aujourd'bui. Je me suis proposé d'en faire un manuel d'hypnotisme remplissant toutes les conditions d'un ouvrage de ce genre. Je fais d'abord l'historique de la découverte de Braid, j'analyse ensuite les phénomènes et les procédés qui la constituent, et j'entre dans une série de considérations psychologiques, physiologiques et médicales ayant pour but d'expliquer ces phénomènes et ces procédés par les données positives de la science. Enfin je cousacre de longs développements à l'examen des appli-

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cations utiles de Hypnotisme, j»1 rapporte un grand nombre d'observations authentique!

Hivers écrits, et j'expose en détail les me

instruction pratique destinée a mettre chacun d'expérimenter a son tour et de s'éclairer par son expérience personnelle, ainsi qu'à faciliter la production des faits hypnotiques et a les multiplier au point qu'il ne reste, en ce qui les concerne, aucune excuse a 1 ignorance, aucun prétexte à la mauvaise foi- Cette nouvelle publication voit le jour sous de plus heureux auspices que la première: - -érer qu'elle rencontrera un accueil non moins favorable. Al tout était à faire pour les pionniers: aujourd'hui, gr au secours inattendu que la chirurgie française est venue leur prêter, la tâche est moins pénible : le sol de la médecine est débarrassé des préjugés les plus épineux dont il était naguère hérissé. La question de l'hypnotisme, après avoir rapidement franchi la | riode d'engouement et subi une éclipse passagère . est entrée dans sa phase de développement régulier. Sans doute, l'Académie n'est pas encore sortie du silence mystérieux dont a été suivi si subitement le bruyant émoi soulevé dans son sein par la communication de M. \ elpeau: mais des travaux du caractère le plus sérieux s'accomplissent en dehors d'elle, et réussiront tôt ou tard à modifier une attitude qui ferait regretter l'époque des Riolan et des Guy Patin: car il y a pour les vérités nouvelles quelque chose de

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plus redoutable que la persécution, c'est la conspiration de l'inertie.

Un moment interrompu par ceux qui l'avaient provoqué, le débat a été dignement rouvert par un mémoire de MM. les docteurs Demarquay et Giraud- Teulon. Depuis, un autre médecin distingué, M. le docteur Gigot-Suard (de Levroux), a fait paraître un long recueil d'observations précieuses, et enfin l'un des principaux représentants de la presse savante, M. Louis Figuier, vient de publier le troisième volume de son Histoire du merveilleux dans les temps modernes, important ouvrage où la grande question qui nous occupe a été posée hardiment et dans ses véritables termes.

Les plus timides sauront profiter, je l'espère , de ces exemples encourageants , et ne tarderont pas à revenir sur un premier mouvement d'hésitation. Faire taire leurs convictions plus longtemps serait méconnaître les devoirs de l'honneur et de la probité scientifiques, et se préparer à coup sûr des regrets tardifs.

Villa Beaujon , juin 1860.

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