COURS
THÉORIQI E ET PRATIQI E
DE BRAIDISME
HYIWOTISHE îl'ERVEI'X.
PREMIERE COXFEREXCE.
Post tenebras lux.
Le merveilleux à l'ordre du jour de la science positive. — L'empirisme et la superstition, berceau commun de toutes les sciences. — liesmérisme et Braidisme. — Découverte et progrès du Braidisme. — Le Braidisme wopirique chez divers peuples anciens et modernes.
Mesdames et Messieurs ,
J'ai à vous entretenir de faits singulièrement remarquables. Hier encore, les hommes sérieux n'eu parlaient qu'avec mépris ou tout bas; aujourd'hui, par un retour subit de fortune, ces faits ont le privilège d'exciter au plus
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haut degré l'intérêt du monde savant et de le provoquer à d'activés recherches. Grâce à l'initiative hardie de quelques jeunes membres de l'enseignement médical , ils entrent enfin dans la science officielle , aux portes de laquelle ils frappaient en vain depuis cinquante ans. Honneur donc à ces intelligents professeurs! Par eux la médecine vient d'annexer à ses domaines tou(e une région nouvelle destinée peut-être à devenir sa plus belle et sa plus riche possession. Mais, en même temps, gloire aux enfants perdus du progrès! plus dévoués que prudents, ceux-ci n'ont pas attendu, pour entrer en lice, que les chances du combat se fussent prononcées, et, jaloux de léguer à l'humanité une vérité salutaire , ils ont traversé de longues épreuves sans défaillance.
Toutes les sciences vraiment dignes de ce nom, c'està-dire qui nous présentent des ensembles systématiques de vérités rigoureusement établies par l'expérience et le raisonnement et susceptibles d'applications utiles, toutes ces glorieuses connaissances eurent pour berceau le ténébreux sanctuaire de la superstition; toutes, à leur origine, furent des sciences occultes. L'esprit philosophique a mis des siècles d'efforts à les débarrasser des entraves de l'hypothèse mystique, qui de tout phénomène fait un prodige, et dans tout effet ne veut voir d'autre cause que l'action immédiate d'une volonté arbitraire, d'une puissance extra-naturelle et insondable, vrai Deus ex machina dont les souveraines fantaisies seraient le code entier de la Nature. Plusieurs d'entre elles n'ont dépouillé ces langes de leur enfance que depuis deux
cents ans à peine, et il en est une qui n'a pu parvenu encore à s'en dégager.
Les faits que constate celte science occull»' de notre temps, elles procédés qu'elle emploie, ont été observés ou mis en œuvre aux époques les plus reculées el chez tous les peuples. Ils furcnl étudiés par les plus grands penseurs de l'antiquité , et ils ont préoccupé vivement les premiers fondateurs de la science moderne , sans en excepter Bacon , l'illustre père de la critique expérimentale. Au dix-huitième siècle, la philosophie apporte son immortelle revendication en faveur des droits imprescriptibles et illimités de la raison humaine. Mais l'excès de son zèle l'entraîne au delà du but: rencontrant ces faits d'un ordre entièrement à part, faits entièrement inexpliqués et généralement réputés inexplicables, elle voit en eux comme un démenti à sa proposition : devant l'impossibilité morale de répudier celle-ci, elle rejette ceux-là. Elle n'avait pas compris qu'un problème, quelque inaccessible à l'intelligence qu'il puisse paraître d'abord , ne suppose point une infirmité native de la raison, mais simplement notre ignorance ou l'imperfection de nos moyens d'analyse.
En tout cas, les faits sont des faits quand même, et l'on ne saurait imaginer une prétention plus ridicule que d'exiger qu'ils se dénaturent ou disparaissent pour faire place aux capricieuses créations de nos théories préconçues. La sentence du dix-huitième siècle doit donc être rapportée : il est temps que la science positive ouvre aux explorations de ses chercheurs exerces cette terre du merveilleux dont les richesses lui étaient
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inutilement signalées par de nombreux éclairenrs , mais dans laquelle elle s'obstinait à ne voir que le pays fabuleux des chimères. Que la méthode expérimentale et rationnelle porte donc hardiment son flambeau dans les ténèbres du merveilleux : cette nuit, chère et propice aux hiboux de l'intelligence, mais désespérante pour le philosophe, se dissipera; à la place de ses fantômes évanouis, nous verrons apparaître tout un ordre nouveau de phénomènes biologiques, et peut-être le mystère de la vie se trouvera éclairé jusque dans ces profondeurs si sombres où vont se perdre toutes les sources de la vérité.
Un trouble de l'innervation pouvant s'étendre depuis la suppression apparente de toute activité nerveuse jusqu'à une exaltation excessive et jusqu'à des modifications surprenantes et énigmatiques de la sensibilité, de la pensée et de la motricité, tel est le caractère général du phénomène que nous aurons à considérer dans son essence physiologique et dans les moyens artificiels à l'aide desquels on réussit à le provoquer. Cette manifestation saisissante des virtualités cachées de la nature humaine était le fondement du culte dans l'antiquité; elle entoura de son prestige l'autorité sacerdotale et elle fut la voix des oracles. Elle constituait le fond de la médecine secrète des brahmanes, des thérapeutes, des Asclépiades, des médecins mystiques de l'Ecole d'Alexandrie. Par elle s'expliquent la plupart des prodiges attribués aux thaumaturges anciens et modernes, profanes et sacrés; elle fournit une confirmation expérimentale des récits qui occupent une place si considérable dans les
annales du moyen âge touchant les œuvres des enchanteurs, des magiciens et des sorciers; elle csl la juslificalion du mesmérisme et la condamnation de ses aveugles ou trop clairvoyants détracteurs.
Au seizième siècle, l'esprit critique entreprend l'examen de ce mystérieux phénomène; Cardan, Maxwell, Wirdig, Paracelse, Van Helmonl, s'efforcent de le faire entrer dans les cadres de la physique générale. Plus tard, les investigations de ces hommes de génie sont reprises par Mesmer, qui doit partager avec eux le mérite d'avoir exposé au grand jour de la discussion scientifique fout un ordre de faits naturels obscurcis jusque-là et frappés de stérilité par le mysticisme.
Celte élude a été poursuivie depuis sans interruption, et il y a un certain nombre d'années qu'elle passionne la multitude; mais les savants s'en détournaient avec mépris et comme s'ils redoutaient d'en recevoir une souillure; à eux dès lors toute la faute si des recherches aussi graves, aussi élevées, dont le devoir leur incombait tout entier, ont souvent été compromises par le zèle de l'ignorance ou par d'indignes spéculations; si elles se sont traînées si longtemps à talons à travers les dédales de l'empirisme, ou si tant de fois elles se sont égarées dans les aberrations de la fantaisie.
Nous devons constater cependant que quelques notabilités, dans la médecine et dans les sciences naturelles, avaient osé braver l'interdit jeté sur ce champ d'exploration par la routine scientifique.
Ces honorables dissidents, vous les avez aperçus dans les chaires de la Faculté, à l'Académie de médecine, et
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jusque sur le siège de son président, Les noms honorés de MM. Jules Cloquet, Rostan, Husson, Lordat, se présentent naturellement à vos esprits. Parmi les étrangers, nous ne manquerions pas d'illustrations à vous citer. Ce serait, pour l'Allemagne, un chimiste distingué, M. de Reichenbach; un médecin éminent, M. le docteur Frank , et plusieurs médecins renommés de l'Académie de Berlin. La Belgique nous désignerait M. Jobard, qui est, malgré beaucoup d'esprit, un savant consommé. De l'autre côté du détroit, nous signalerions le docteur Gregory, élève de Liebig et professeur estimé de l'université d'Edimbourg; le docteur Elliotson, un des praticiens les plus considérés de Londres, qui sacrifia volontairement à ses nouvelles convictions médicales une des plus riches clientèles de cette métropole; le docteur Esdaile, qui fut pendant longtemps, et jusqu'à sa mort, à la tête des principaux hôpitaux de Calcutta. L'Italie nous présenterait plusieurs de ses habiles physiologistes ; l'Amérique nous offrirait son grand chimiste, le vénérable docteur Hare, dont les nombreuses découvertes ont considérablement contribué aux progrès de la chimie et de la physique.
Mais la foi proscrite n'avait pas seulement quelques rares confesseurs dans la science officielle, elle y comptait surtout des Nicodèmes en grand nombre. Si mes renseignements sont exacts, la moitié des membres de l'Académie de médecine appartenaient à cette dernière catégorie, à leur insu réciproque, et parmi eux se rencontraient deux des professeurs les plus en renom de l'Ecole de Paris.
Enfin, une crise inattendue vient changer subitement la face des choses: MM. Azam et Broca, professeur! agrégés et chirurgiens des hôpitaux, signalent à l'Académie de médecine les propriétés anesthésiques de Vhypnolhalion : l'Académie, dont l'innocence ne soupçonne aucune fraude, accueille favorablement cette « étonnante découverte ! » Mais la nouvelle venue n'était autre chose pourtant qu'une intruse de vieille connaissance qui n'a pas été reconnue sous son déguisement perfide, et que M. Velpcau lui-même , trompé comme tout le monde, s'était empressé de couvrir de son rassurant patronage. La marchandise prohibée entre donc en franchise sous un nouveau pavillon, et, sous prétexte & hypnotisme, les savants officiels peuvent maintenant, sans risquer leurs emplois ou leur considération, se livrer ouvertement à r l'étude du merveilleux; ils peuvent, sans témérité et sans héroïsme, publier, comme résultats de leurs observations personnelles, une multitude de faits qui, de par la science , n'étaient que d'absurdes fables il y a six mois. Déjà les feuilles médicales les plus accréditées fout les honneurs de leur première page à maintes communications dont, à une autre époque, elles auraient volontiers envoyé les auteurs aux Petites Maisons.
Une révolution dans notre régime scientifique s'est donc accomplie; réjouissons-nous-en, Messieurs, avec tous les vrais amis des lumières et de l'humanité : le génie des découvertes, si actif à notre époque, commençait à trouver trop étroit pour ses ailes qui croissent sans cesse, le cercle où il était renfermé; on vient de lui
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ouvrir une sphère plus large dans laquelle il pourra
prendre tout son essor.
Est-il vrai que, par une action d'essence inconnue, mais émanant tout entière de la vitalité humaine , l'homme puisse affecter sa propre organisation ou celle de son semblable de manière à altérer le mode régulier de ses fonctions diverses et à modifier leur activité à tous les degrés possibles? De tout temps on a rapporté des faits qui répondent à cette question par l'affirmative. Cependant la nature singulière de ces faits, leur rareté, qui rendait leur constatation difficile, et, d'autre part, les rapports intimes qui les rattachent au mysticisme, avaient fourni aux savants un prétexte pour les rejeter comme des erreurs populaires entretenues par les fraudes du charlatanisme ou par la superstition. Mais aujourd'hui, des expériences sans nombre répétées de tous les côtés et attestées par les hommes les plus honorables et les plus compétents, établissent la réalité de ces choses par un tel déluge de preuves, qu'il devient puéril et ridicule de les mettre en doute.
Par la révélation qu'ils nous apportent de tout un ordre transcendant de propriétés vitales encore ignorées de la science, par les applications utiles dont ces propriétés se montrent susceptibles, ces faits ont une importance sans égale pour l'anthropologie en général, et spécialement pour la physiologie et la médecine. Ils méritent donc, au plus haut degré, d'être étudiés par les procédés rigoureux de l'analyse scientifique. Mous
avons fait celle étude , et nous venons vous en exposer
les résultais.
L'objet dont nous avons à nous occuper nous représente une série fort nombreuse de phénomènes ; mais ils ont tous, comme nous l'avons déjà constaté , le même caractère fondamental , un trouble particulier de l'innervation , et leur variété correspond à la variété des fonctions nerveuses. Or l'étude de ces effets est inséparable de celle des procédés artificiels au moyen desquels on les obtient, et ces procédés sont divers. Ils se partagent en deux grandes méthodes collatérales que le public est habitué à distinguer par les dénominations de magnétisme animal et {Y hypnotisme. Mais ces désignalions sont inexactes : la première, parce qu'elle implique une théorie litigieuse; la seconde, parce qu'elle donne faussement à entendre que le caractère essentiel et constant des phénomènes qu'elle représente est le sommeil. Afin d'éviter l'inconvénient de semblables dénominations , nous croyons devoir leur substituer respectivement celles de mesmérisme et de braidisme, suivant en cela une règle déjà consacrée dans les mots classiques de galvanisme, voltaïsmc ,faradisme , etc.
Le mesmérisme repose sur une hypothèse qui attribue à la volonté le pouvoir de chasser au delà de la périphérie du corps l'influx nerveux qu'elle pousse dans les nerfs du mouvement, et de diriger celte force à travers l'espace sur les êtres vivants qu'elle se propose d'affecter. Quelques-uns des effets mesmériques nous semblent justifier cette supposition d'une manière absolue; il en est d'autres qui peuvent trouver leur explication en
dehors d'elle. Du reste , c'est là une question que nous n'avons pas à débattre ici. Nous passons donc à l'examen de la méthode braidique, auquel sont exclusivement consacrées ces conférences.
En 1841, M. Braid, chirurgien écossais établi à Manchester, ayant été témoin d'expériences mesmériques faites dans cette ville par M. Lafoxtaine -, présuma que les résultats obtenus pouvaient avoir pour véritable et unique cause, non \e fluide magnétique animal, mais la fixité du regard et de l'attention provoquée tout naturellement chez les sujets par la longue série des mouvements uniformes que la main de l'opérateur exécute en passant et repassant continuellement devant leurs yeux, et qui constituent ce que l'on désigne par le nom de passes magnétiques.
Mais laissons M. Braid nous exposer lui-même sa découverte. Je traduis :
« Mes premières expériences furent conçues en vue de prouver la fausseté de la théorie magnétique, qui veut que les phénomènes du sommeil provoqué soient l'effet de la transmission de l'opérateur au sujet de quelque influence spéciale émanant du premier pendant qu'il fait des attouchements sur le second avec le pouce, qu'il le regarde fixement, qu'il dirige la pointe des doigts vers ses yeux, et exécute des passes devant lui. Il me parut que j'avais clairement établi ce point après avoir enseigné aux sujets à s'endormir eux-mêmes en fixant un regard attentif et soutenu sur un objet inanimé quelconque. Ce n'étaient pas seulement quelques rares indi-
PREMIÈRE CONFÉRENCE. Il
vidus qui tombaient ainsi dans le sommeil dés l<- premier
essai ; dans une occasion , en présence de huit cents spectateurs, 10 adultes mâles sur 14 furent affectés de la même façon. Tous avaient commencé l'expérience à la fois, les uns en tournant les yeux sur un bouchon assujetti sur le front et faisant saillie en avant, les autres en dirigeant la vue sur des points fixes pris dans la salle. Au bout de dix minutes, les paupières de dix de ces sujets se trouvèrent closes involontairement. Quelques-uns avaient conservé la connaissance , d'autres étaient tombés en catalepsie, certains étaient insensibles aux piqûres d'une épingle, et plusieurs avaient oublié au réveil tout ce qui leur était arrivé pendant qu'ils dormaient. De plus, trois personnes de l'auditoire s'endormirent à mon insu en suivant le même procédé, qui consistait à tenir les regards attachés sur un point de la salle. » (Magic, witchcrqft, animal magnetism, Injpnolism, and clcclrobiology , bij James Braid, M. R. C. S. Edin. C. M. W. S., etc. third édition, p. 57. A Londres, chez John Churchill, et à Paris, chez Fowler, Palais-Royal.)
La part indirecte prise par M. Lafonlaiue à Pavénement de l'hypnotisme, dont il a été, je suppose, le premier historien, lui donne le droit d'être entendu à son tour. Voici ce que nous lisons dans Y Art de magnétiser, par Charles Lafontaine, chez Germer-Baillière, p. 262) :
« Le docteur Braid, après avoir assisté à mes séances et vu les effets que j'y produisais, voulut aussi se faire un nom et devenir le créateur d'un nouveau système, d'une nouvelle découverte. Bientôt il se mit à magnétiser positivement lui-même, tout en niant le magnétisme et en
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attribuant toujours à des causes différentes les effets
qu'il produisait à l'aide du magnétisme même.
» Le docteur Braid pose un bouchon sur le front, qu'il maintient par un ruban autour de la tête; il fait regarder le bouchon par le sujet, qui est ainsi forcé d'avoir les yeux en l'air; tous les nerfs et tous les muscles se fatiguent, la vue se trouble , la paupière tombe, et pour un instant ne peut être relevée. M. Braid cherche alors à prouver par des expériences que les sujets sont dans un état semblable à l'état magnétique. »
Ici se place le récit d'une série d'expériences que M. Lafontaine institua, à son tour, pour démontrer l'inanité de celles de son adversaire. M. Lafontaine ayant suivi les procédés recommandés par ce dernier, n'en aurait obtenu que des effets insignifiants. Pour qui s'est rendu compte des moyens d'action du braidisme, ce résultat négatif n'a pas lieu de surprendre de la part d'un expérimentateur aussi mal disposé pour son instrument. M. Lafontaine ajoute :
« Cependant M. Braid continua ses expériences; mais afin d'avoir des effets positifs, il magnétisa à l'aide d'un, tube de verre, pour avoir l'air de ne pas le faire, et tout en attribuant les effets qu'il produisait à toute autre cause que le magnétisme. Malgré cela, son système tomba pour ne plus se relever. »
M. Lafontaine, en cette circonstance, n'a pas fait preuve du don de prophétie; il s'en réjouira lui-même, nous n'en doutons pas. Les observations auxquelles il a été à même de se livrer depuis qu'il écrivait ces lignes, ne peuvent manquer d'avoir modifié son jugement. Au
lieu de nier la découverte <!<• son loyal antagoniste <!«• Manchester, qu'il se félicite donc plutôt d'avoir fourni l'occasion d'une aussi heureuse trouvaille dont les mesméristes, et il est assurément l'un des plus habiles, sont mieux placés que personne pour apprécier et utiliser les avantages.
D'autre part, il n'est pas moins certain pour nous que M. IJraid a tort de contester la réalité de tous ceux des effets attribués au mesmérisme qu'il est impuissant à reproduire par l'emploi de ses procédés à lui, ou à expliquer par ses hypothèses. Nous sommes même étonné qu'un aussi bon esprit ait persisté si longtemps dans ce qui nous paraît à nous une erreur palpable.
Un habitant de la Nouvelle-Angleterre, M. Grimes, était conduit vers 1848, nous ne savons au juste par quelle voie empirique ou théorique, à des résultats analogues à la découverte de AI. Braid, avant d'avoir eu, à ce qu'il parait, connaissance de celle-ci.
J'ignorais moi-même, jusque dans ces derniers temps, les travaux de l'ingénieux chirurgien écossais. J'ai vivement regretté, depuis, la lacune que cette ignorance a laissée dans mon livre Eicctro-dijnamixmc vital, où je me fusse fait un plaisir autant qu'un devoir de constater les droits de l'inventeur, tout en utilisant son œuvre au profit de la mienne. J'avais bien, il y a une douzaine d'années, en parcourant l'ouvrage de M. Lafontaine, remarqué le passage dont je viens de vous donner lecture; mais la manière dont les faits y sont présentés m'avait empêché de leur accorder l'attention qu'ils méritent, et je les avais totalement perdus de vue.
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V Electro-biologie (tel est le nom fort mal choisi que M. Grimes a donné à sa méthode) n'est en réalité qu'un développement de Y hypnotisme. -Elle présente avec lui cette remarquable différence, et en même temps a sur lui cet avantage , qu'elle découvre dans la plupart des sujets en apparence réfractaires à l'action du procédé de M. Braid , une modification latente développée chez eux par cette application; et cette modification permet de déterminer sur des personnes éveillées toute la série des effets nerveux que les hypnotistes ne cherchent que chez des individus plongés préalablement dans un sommeil plus ou moins profond. Ce qui caractérise encore F électro-biologie , c'est que, tandis que M. Braid, ou plutôt ses nouveaux disciples français, demandent l'effet désiré à la spontanéité de l'état hypnotique , M. Grimes et ses imitateurs savent le provoquer à volonté en mettant en jeu l'influence de la suggestion vocale. Cette propriété merveilleuse de l'organisation , qui permet à une volonté étrangère de diriger nos idées, et, par ses idées suggérées, de modifier nos passions, nos sensations, notre motricité, et jusqu'à l'exercice de nos fonctions organiques , n'avait pas sans doute été étudiée d'une manière approfondie et pleinement utilisée avant les électro - biologistes ; cependant le sagace inventeur de l'hypnotisme l'avait entrevue dans cette observation bien curieuse que les attitudes imprimées par lui au corps de ses hypnotisés faisaient apparaître chez ceux-ci les états de l'âme dont ces attitudes sont l'expression naturelle. Ainsi, en faisant prendre à ses sujets l'attitude de la prière, il excitait en eux
le scnlimenl religieux; s'il étendait horizontalement lenr bras, en supination et le poing fermé, et inclinant légèrement leur tète en avant, il voyait leur visage prendre
une expression menaçante, et bientôt après ils se jetaient avec fureur sur des antagonistes imaginaires.
Je n'ai pu découvrir les écrits originaux où M. Grimes a consigné sa doctrine; je ne la connais que par un résumé très-suecînel qui en a été donné par un M. Slone,de Boston, en tête d'un opuscule sur l' électro-biologie qu'il a fait paraître à Londres en 1852, et qui est un abrégé du livre publié sur cette matière par un autre Américain, M. J.-B. Dods. Ce dernier ouvrage, malgré ses défauts, mérite d'être consulté; il porte pour titre : The Philo- *sophy qf eleetrical Psychology, etc.; il a été édité par Fowler and Wells, à New-York. Il se compose de douze lectures prononcées par l'auteur devant le congrès des Etats-Unis, sur une invitation semi-officielle signée de sept membres du sénat, parmi lesquels figurent deux grandes illustrations. Voici la traduction de cette pièce; elle constitue un document assez curieux pour l'histoire de cette branche nouvelle de la science qui nous occupe ici ; elle offre en même temps un trait intéressant et très-caractéristique des mœurs américaines :
s Washington, 12 lévrier 1850.
» Au docteur Dods :
» Cher monsieur, ayant entendu parler de la manière la plus avantageuse des expositions faites par vous, dans différentes parties de l'Union, sur la « psychologie élec-
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Irique » , une branche de la science qui traite, dit-on, de la théorie des maladies et de l'action réciproque de Y esprit et de la matière, nous serions heureux que vous voulussiez donner une de vos lectures sur ce sujet, dans cette ville, aussitôt qu'il vous serait possible. La salle des Représentants, si l'on peut se la procurer, serait, quant à la commodité des membres du Congrès et du public en général , un lieu convenable pour y prononcer votre discours.
» A vous sincèrement,
» Geo. W. Jones, Tho. J. Rusk,
3) John P. Hale, Sam. Houston,
« H. Clay, H. S. Foote,
33 Dan. Webster. 33
L'électro-biologie a été propagée aux Etats-Unis par une multitude de professeurs dont la plupart n'étaient malheureusement pas à la hauteur d'une mission scientifique. Il s'est trouvé parmi eux des médecins et des ecclésiastiques. S'il faut en croire des rapports dont sans doute il est souvent très-difficile de vérifier l'exactitude, mais dont plusieurs néanmoins reposent sur des attestations qu'il ne paraît pas possible de récuser, l'électro-biologie a été appliquée avec le succès le plus surprenant à produire l'insensibilité dans les opérations chirurgicales, ainsi qu'au traitement des maladies. Nous voyons depuis plusieurs années, dans les journaux américains , les réclames d'un dentiste de Boston , annonçant que , dans sa pratique , cet
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anesthésique moins dangereux est gubstitaé an chloroforme.
L' électro-biologie a pénétré en Angleterre vers 1850. Le docteur Darling y fut un de ses premiers propagateurs. Le retentissement qu'elle y produisit couvrit un moment la renommée moins bruyante de M. Braid. Néanmoins ceux qui étaient au courant des résultats obtenus depuis près de dix ans par ce dernier ne pouvaient s'empêcher de reconnaître que ce produit américain de création récente ne différait essentiellement en rien, malgré sa supériorité à certains égards, de l'œuvre déjà ancienne issue du génie britannique. Dès lors, sans contester l'originalité de la découverte de « l'éleclrobiologie », mais parce que celte découverte était postérieure de plusieurs années à celle de « l'hypnotisme » , il parut raisonnable d'envisager les deux procédés comme deux états progressifs d'un seul et même art, dont la paternité serait dévolue à M. Braid. Tel fui le jugement de la presse médicale des trois royaumes, qui n'a jamais cru déroger en s'occupant de l'un des événements les plus considérables qui se soient encore produits dans les annales de la sience. Les savants les plus distingués de l'Angleterre ont étudié avec soin les expériences de M. Braid et des électro-biologistes; ils ont constaté la réalité des phénomènes que ces expériences mettent en lumière, et en ont proclamé hautement et consciencieusement l'importance en hommes sans peur et sans reproche, en savants moralement dignes de ce nom. Nous citerons parmi eux les professeurs de médecine : J. H. Bennet, Simpson, Carpenter, Alison,
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Gregory, etc.; le docteur Holland, médecin de la reine, 1'éminent physicien sir David Brewster, le psychologiste Dugald Stewart, etc., etc.
Les observations de ces messieurs ont été publiées dans des écrits particuliers ou dans des recueils périodiques, au nombre desquels nous pouvons mentionner le Médical Times, le British and Foreign medico-chirurgical Review (octobre 1851), Y Edinburgh médical and surgical Journal (1850) , le Psychological Journal, Todtïs Cyclopaedia of anatomy and physiology , prof. John Hughes Bennet's lectures, Letters to a candid Inquirer, by prof. Gregory , Eléments of the philosophy of the human mind, etc.
Les publications spéciales de M. Braid sont assez nombreuses, mais de peu d'étendue; elles portent le cachet d'un esprit positif, d'un savoir solide et du génie de l'observation ; ses principaux écrits ont pour titre : Neurypnology (1843); Observations on trance, 1845; Witchcraft, hypnotism, electro-biology , 1852.
Celui qui a l'honneur de parler en ce moment devant vous appela l'attention des médecins et des savants sur les effets de l'électro-biologie , par des expositions orales et expérimentales faites en Belgique, en Suisse , en Algérie et à Marseille, pendant tout le cours de 1853. A la demande des nombreux élèves dont je m'honore, et dont plusieurs sont des médecins distingués, le sujet ébauché dans ces leçons fut développé dans un traité de longue haleine qui vit le jour à Paris en 1855.
M. le docteur Charpignon, médecin des prisons d'Orléans, avait écrit, plusieurs années auparavant, dans le
PREMIÈRE CONFERENCE. Il
Journal dit magnétisme, une série d'articles bot la mfdecine d'imagination. Ces études appartiennent à l'histoire du braidisme en France. D'autre part, M. Littré avait donné, dans son édition du Dictionnaire <!<• Nygten, l'extrait d'une longue analyse des procédés, des expériences et des doctrines de M. Braid, contenue dans l'Encyclopédie anglaise de Todd. Les curieuses révélalions de ce travail, du à la plume du docteur Carpenter, avaient déjà été signalées en 1852, dans le journal la Presse, par M. V. Meunier, l'habile et courageux vulgarisateur. Enfin quelques comptes rendus de mon livre avaient paru dans les journaux de 1856. Là se bornait, ou à peu près, le contingent fourni par la presse scientilique française à une discussion qui, de l'autre côté du détroit, avait mis en émoi tout le monde médical.
Grâce à la lassitude de ses rares apôtres, grâce à la tiédeur de prosélytes trop préoccupés d'échapper à la gloire du martyre, grâce au conservatisme des gens dont le siège est fait, grâce à la rareté du courage moral, même parmi les médecins, grâce enfin à cette vérité qui n'est point neuve et n'est guère consolante , que l'amour de l'avoir l'emporte sur l'amour du savoir, la science nouvelle se reposait dans son berceau sous les voiles épais de l'oubli, quand MM. Azam et Broca sont venus tout à coup la mettre en honneur et remplir le monde de son nom. Ces messieurs ayant essayé de reproduire les expériences d'hypnotisme dont ils avaient lu la description dans Todd, se trouvèrent tout à coup aussi sorciers que M. Braid lui-même. Conduits immédiatement, par une logique de praticiens, des expé-
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riences de pure recherche aux applications utiles, ils eurent bientôt la satisfaction d'annoncer à l'Académie de médecine qu'ils venaient d'exécuter une opération chirurgicale, particulièrement douloureuse de sa nature, dans un état complet d'insensibilité obtenu par les procédés du braidisme.
Encore un trait à cette esquisse historique, et nous avons fini.
L'histoire des peuples et de leurs coutumes nous parle de certaines pratiques bizarres dans lesquelles on n'avait vu jusqu'ici que d'indéchiffrables énigmes, et qui maintenant nous apparaissent comme les débris dispersés d'un art antique dont AI. Braid ne serait à vrai dire que le restaurateur parmi nous. Mais, ceci soit dit en passant , les adversaires déconfits de l'hypnotisme nous semblent avoir bien mauvaise grâce à nous apporter ces révélations tardives, dont le but n'est pas de nous instruire, mais de rabaisser le mérite des intrépides chercheurs qui ont su retrouver dans leur génie un trésor que la science avait perdu.
L'ascétisme contemplatif paraît avoir cherché dans la longue fixité du regard les voluptés de l'extase, comme d'autres ont demandé des enivrements analogues à l'opium et au haschisch.
Au rapport de Bernier, d'Anquetil Duperron , et de divers auteurs qui nous ont décrit les mœurs de l'Inde, la dévotion principale des joguis consiste dans une opération où il nous est impossible de ne pas reconnaître le fait fondamental du braidisme; c'est une hypnotisation par laquelle ces mystiques cherchent à s'unifier à Dieu,
et qu'ils effectuent en tenant arrêté, pendant <!<• longues heures, un regard imperturbable sur l'extrémité de leur
nez ou sur un point imaginaire de l'espace.
Les moines chrétiens du mont Alhos observaient les mêmes pratiques, avec celte seule différence qu'ils avaient adopté leur ombilic pour point de mire, d'où leur nom tf umphalo-psych t'eus.
Les Arabes de la secte d'Aïssa pratiquent des rites d'un caractère plus violent, mais dont l'efficacité n'a point d'autre principe, et dont les effets sont le délire et une ancslhésie à la fois superficielle et profonde, ainsi que je l'ai pu vérifier moi-même.
On rencontre en Egypte des magiciens qui pratiquent la divination par le braidisme le mieux caractérisé : ils versent quelques gouttes d'une encre épaisse dans le creux de la main de celui qui les consulte en lui ordonnant de plonger sa vue dans ce miroir magique. Des visions s'ensuivent après une attente plus ou moins longue.
La foi, cette vertu, physiologique, cette force mentale qui, ainsi que j'aurai à vous l'expliquer bientôt, est un des deux grands leviers de l'action braidique, joue également le premier rôle, comme chacun sait, dans la thaumaturgie religieuse. Elle a reçu pour cela le titre de vertu théologale, &5v#fjuç QeoXoytxtf, ce qui, traduit .dans le langage plus précis de la science, veut dire ane force constitutive de notre être , dont la surexcita, lion peut exalter toutes nos facultés jusqu'à des degrés inconnus , et provoquer les plus étranges effets d'ânesthésie et d'hypernévresthésie, et entre autres l'extase, laquelle, suivant les doctrines des brahmanes et celles
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de sainte Thérèse, élève l'âme jusqu'à Dieu, et, d'après le bouddhisme , peut nous faire goûter dès ce monde la béatitude suprême du nirvana.
On a signalé dernièrement certaines pratiques en usage dans le vulgaire, qui rentrent encore dans le domaine du braidisme.
On dit que les femmes de Bretagne savent endormir leurs nourrissons en faisant briller au-devant de leurs yeux une petite boule de verre suspendue par un fil au ciel du berceau. Un café de Besançon possède sur le mur d'une de ses salles un clou miraculeux qui passe pour avoir la vertu de faire cesser le hoquet, pourvu que l'on arrête la vue pendant quelques instants sur sa tête luisante. M. l'ingénieur Latil, directeur des forges de Lobsann, nous a raconté lui-même qu'il s'était vu débarrassé d'un hoquet rebelle qui l'obsédait depuis plus de vingt-quatre heures, au bout de dix minutes de station contemplative devant cette précieuse amulette. Du reste , il paraît que ce clou n'est pas le seul de son espèce; je tiens de M. le docteur Wright, professeur de zoologie à l'université de Dublin, que la recette du limonadier bizontin est en usage de temps immémorial dans les hôpitaux de l'Irlande , non pas précisément comme moyen d'arrêter les spasmes du diaphragme, mais comme succédané général de l'action somnifère et sédative de l'opium.
L'expérience d'hypnotisafion sur des poules, dont la description a été trouvée dans un ouvrage du père Kircher, a été assez de fois rééditée par les journaux depuis quelques jours , pour que je me borne à la mentionner.
\a) braidisme a la puissance fatale <!<• toute grande innovation qui, après avoir mis en déroute ses ennemis, achève de les humilier en les poussant, je ne sais par
quel mystérieux aiguillon, à si; plonger dans la poudre des bibliothèques pour en exhumer avec un zèle fiévreux ses titres de noblesse, et à démontrer, par toute sorte de moyens, que ce qu'ils niaient hier encore comme impossible et absurde avait existe dans tous les temps. C'est ici le cas de répéter avec M. Braid celte réflexion consolante d'un judicieux auteur : « In the progress of improvements, it is always a good sign of their appréciation when attemps are maç'e to rob the aulhors of the meril due to them. » — « C'est toujours le signe qu'une innovation commence à être appréciée, quand on essaye de dépouiller l'auteur du mérite qui lui appartient. 55
Ubi cogitatio, ïbi fluxus.
Tableau des phénomènes braidiques. — Deux périodes et deux opérations distinctes dans la production de ces phénomènes. — Hypotaxie, ou modification fondamentale et préparatoire. — Etat hijpotaxiqae idiosyncrasique, et état hypotaxique provoqué. — Moyens divers d'amener cet état, et théorie générale de leur action. — Physiologie de l'état hypotaxique. — Propriétés anthypotaxiques du charbon. — Mêoplaslie, ou détermination des modifications spéciales préparées par l'hypotaxie. — L'impression mentale , agent de l'idéoplastie.
Toute doctrine ayant la prétention absurde d'assigner pour bornes à la nature l'horizon des connaissances actuelles, en lui disant : Tu n'iras pas plus loin, toute doctrine pareille, héritage des siècles de barbarie que la médecine n'a pas encore répudié , a une funeste conséquence pour les esprits qui suivent sa loi. Elle les emprisonne dans le cercle plus ou moins resserré des idées reçues, et les rend inaccessibles désormais à toute grande vérité nouvelle , à moins que cette vérité ne consente à se rétrécir, à s'amoindrir et à se mutiler, pour passer à travers les barreaux de cette prison de l'intelligence. C'est ce qui nous explique pourquoi le braidisme académique s'offre à nous dépouillé de ses plus riches
DEUXIEME CONFERENCE. 2r»
attributs, et réduit aux proportions mesquines d'un simple procédé d'anesthésiatiou chirurgicale. La découverte do AI. Braid a une lout autre importance que celle (juo viennent de lui reconnaître quelques chirurgiens français. Si ces messieurs ont, comme je n'en fais doute, L'ambition légitime d'être plus que n'indique un mot dont Je sens étymologique (/eip, main; epyw, ouvrage) est identique à celui de manœuvre [manus, main; qpuSj .ouvrage) ; s'ils prétendent en môme temps au litre de médecins, de physiologistes et de philosophes, ils doivent reconnaître que ce succédané douteux du chloroforme n'est rien de moins que la conquête la plus vaste qu'aient encore réalisée ou entrevue la médecine, l'histoire naturelle et la philosophie.
Il résulte de plusieurs milliers d'expériences exécutées, soit par AI. Braid ou ses disciples, soit par les électro-biologistes, en Angleterre, en France, en Amérique, et l'on peut dire dans les cinq parties du monde, il résulte de cette multitude d'expériences faites dans toutes les conditions de climat, de latitude, dé race, etc. , constatées et reproduites par les observateurs les plus rigoureux et les plus experts, et appuyées sur les attestations les plus respectables, que, par un emploi intelligent de l'action braidique, il nous est donné d'affecter profondément l'état physiologique de la grande majorité des individus de l'un et de l'autre sexe, et de déterminer chez eux, et à volonté, toute la série des modifications possibles correspondant à la série des fonctions nerveuses. Ces modifications sont toutes comprises dans les catégories générales dont voici l'énumération :
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1° Résolution des muscles volontaires étendue à tout le système ou localisée sur une seule de ses divisions ; catalepsie; contractions tétaniques; contractions cloniques et mouvements coordonnés incoercibles ; élévation considérable de la puissance musculaire;
2° Surexcitation ou anéantissement de la sensibilité générale, cette hyperesthésie et cette anestbésie pouvant s'étendre à tout le corps ou être circonscrites, suivant les besoins de la circonstance , à une partie plus ou moins restreinte, à un seul membre par exemple, à un bras , à une jambe , ou même à une seule phalange des doigts; exaltation et suppression de la sensibilité spéciale ; perturbation de ses modes d'activité ; illusions des sens, les impressions reçues des agents extérieurs donnant lieu à une sensation étrangère à leurs propriétés : ainsi l'eau pouvant être prise pour du vin, et un objet à la température de l'air, mis en contact avec la peau, pouvant y produire la sensation d'un fer rouge; enfin, de tous ces phénomènes le plus considérable et le plus surprenant , les perceptions objectives ellesmêmes paraissent avoir lieu au sensorlum , en dehors de toute, participation des organes externes de la sensation ;
3° L'énergie des facultés intellectuelles et des facultés morales stimulée ou affaiblie , et leur activité habituelle accrue dans une mesure indéterminée. Le goût de la musique, par exemple, le sentiment des sons et de la mesure, acquérant une délicatesse exquise chez l'organisation la moins musicale; la mémoire la plus débile venant à être douée tout à coup d'une sûreté
presque infaillible, ou bien à être entièrement troublée, ou accusant une lésion partielle et tonte spéciale, comme
l'oubli de certains noms, d'une certaine lettre de l'alphabet, d'une date, etc.
Les différents modes de la pensée, c'est-à-dire les diverses facultés de l'âme, pouvant être respectivement
altérés à des degrés différents, il en résulte que leur activité relative sera susceptible d'être changée, et que, par suite, le type du caractère pourra subir une véritable transformation. Ainsi le tempérament colérique pourra s'affaisser jusqu'à la placidité, l'humilité faire place à l'arrogance, la fierté et la bravoure prendre possession d'un être jusque-là timide et pusillanime;
4" Tous les muscles involontaires affectés d'une manière analogue aux muscles de la vie de relation ; la circulation précipitée ou ralentie, l'activité des fonctions sécréloires, accrue ou diminuée; en un mot, toutes les opérations de la vie de nutrition plus ou moins profondément modifiées.
Ces propriétés du braidisme étant reconnues, notre esprit eu déduit facilement les applications qu'elles comportent. Chacun devine l'immense parti qu'en peuvent tirer la chirurgie , la thérapeutique, la physiologie, la psychologie, l'éducation, et la morale elle-même.
Mais en même temps on se demandera, sans doute, si les procédés qui ont la vertu d'enfanter ces admirables résultats sont tellement parfaits, tellement bien connus, tellement éprouvés , qu'il soit raisonnablement permis de fonder sur eux d'aussi gigantesques espé-
28 COURS DE BRAIDISME.
rances. Je me hâte de convenir que ces procédés sont encore dans un état d'imperfection rudirnentaire, qui en rend le maniement difficile et l'efficacité variable. Mais il est plus que probable qu'ils sont, comme toutes les découvertes, destinés à parcourir l'évolution du perfectionnement. Avons-nous quelques raisons d'en douter tant que nous ignorons ce qui fait la puissance de ces moyens empiriques, tant que nous n'avons point discerné ce qu'ils ont d'essentiel et d'actif, et ce qu'il peut y avoir autour d'eux d'accessoires inertes; tant que, en un mot, il nous reste à pénétrer leur nature intime et la marche souterraine de leurs opérations? L'insuffisance réelle à certains égards de l'art nouveau dans son état actuel, insuffisance singulièrement aggravée toutefois par celle des expérimentateurs improvisés qui ont manqué de la modestie nécessaire pour se rendre justice , a été regardée par eux comme irrémédiable et sans espoir. Ce n'est pourtant qu'un simple problème que la science a tous les moyens de résoudre comme elle en a l'obligation. On va juger jusqu'à quel point nos propres recherches ont préparé celte solution désirable.
Le résultat final que l'on cherche dans l'emploi du braidisme , c'est-à-dire ces modifications spéciales et manifestes de l'économie qui peuvent remplir une indication de la chirurgie, de la thérapeutique, de la physiologie et de la psychologie expérimentales , en d'autres termes, qui peuvent avoir un but d'utilité pour l'individu ou présenter un objet de recherches scientifiques,
ce résultat, dis-je, est le produit d'une opération complexe : die se divise en dinw temps, et ù chacun d'eux correspond un travail, un agent et un effet particuliers parfaitement distincts.
Le premier temps consiste à développer une modification préparatoire de la vitalité, modification qui le plus souvent resle lalcntc, et dont (oui l'effet est de disposer l'organisation à subir l'action déterminante et spécifique qui constitue le deuxième temps. D'après sa définition, nous croyons devoir désigner celle modification préliminaire par l'appellation à' étal hypota&ique , et l'action destinée à la produire recevra à son tour la dénomination d'HYPOTAXiE ({/7707a:.:, préparation à subir).
Celle partie première et fondamentale de l'opération est sans contredit la plus difficile à mener à bien, et n'est peut-être pas la moins obscure quant à ses voies et quant à la nature précise de l'état physiologique qui en est l'effet propre et immédiat. Il nous reste maintenant à l'étudier.
Que le fait vulgaire et banal de tenir pendant quelques instants les yeux tournés vers un bouchon, un clou ou le bout de son nez, puisse amener une révolution dans le jeu de l'organisation humaine qui en bouleverse en un moment toute l'économie, suspend ou précipite le mouvement de ses rouages sans que même le sanctuaire de l'âme humaine puisse échapper aux violations de ce pouvoir perturbateur, il y a là, sans doute, de quoi faire l'étonnement et l'effroi du monde ; les savants doivent n'y voir qu'une question à résoudre , mais une question du plus saisissant, du plus impérieux intérêt.
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Quelle est donc, dans cette première partie de l'opération, la cause réelle et cachée d'un si prodigieux effet? Depuis M. Braid jusqu'aux nombreux médecins qui ont répondu au signal donné par MM. Azam et Broca, les esprits ont appliqué toute leur sagacité à déchiffrer cette énigme. Les uns croient découvrir la cause du phénomène dans la fatigue éprouvée par les yeux. Nous leur ferons observer que s'il suffisait de se fatiguer la vue pour tomber dans l'insensibilité et la catalepsie , cette fâcheuse condition serait celle de tous les hommes studieux qui consacrent leurs veilles à la lecture , de tous les graveurs à la loupe, de tous ceux qui se livrent habituellement aux observations astronomiques ou à l'emploi du microscope.
D'autres ayant remarqué qu'une convulsion des globes oculaires est souvent le signe précurseur d'une attaque de catalepsie, n'ont pas hésité à dire que la catalepsie braidique et tous les autres troubles concomitants doivent être attribués à la convergence des yeux produite chez les braidisés par les conditions particulières dans lesquelles ils exercent la vision. Mais celte explication tombe devant le fait péremptoire que le braidisme peut se passer du jjseudo-strabisme. C'est incontestablement ce qui arrive lorsque le sujet, au lieu de regarder un objet placé sur son front, fixe ses regards sur un point de l'espace, sur une pièce de monnaie tenue dans sa main à la hauteur des yeux et à deux pieds d'écartement, ou bien encore sur un clou enfoncé dans le mur, au niveau de sa tête et à plusieurs mètres de distance.
Quant à M. Braid, guidé par la droiture d'esprit et la
sûreté de coup d'œil qui le distinguent à nu si baul degré, il était allé tout d'abord au cœur de la difficulté: il ne s'était point arrêté en chemin pour s'essayer à l'interprétation oiseuse de quelques signes secondaire accessoires et accidentels; il avait recherché la cause efficiente de l'état hypotaxique dans le signe qui en est le prodrome constant et vraiment caractéristique, et qui se produit comme l'effet Immédiat et invariable de l'opération, comme le prélude et la source de tous les effets consécutifs. M. Braid avait donc reconnu , dès le début, que l'effet prochain, essentiel et radical de la fixité du regard, c'est la fixité de l'attention et la concentration de la pensée. AI. Braid avait posé la question dans ses véritables termes, dans des termes extrêmes et irréductibles ; mais celte question, il ne l'a point résolue. Il a constaté que la fixité du regard tend tout entière à la production d'un seul résultat originel, fondamental, la concentration de la pensée; mais, entre cette concentration de la pensée, premier point de départ de la modification braidique, et l'apparition de l'insensibilité, de la catalepsie, de l'extase, en un mot de celte révolution profonde et générale de l'économie qui en est le point d'arrivée, un abîme est béant : M. Braid.s'est borné à en mesurer la profondeur; nous allons (enter de le combler. La fortune couronnera-t-elle l'audace ? C'est à vous, Messieurs, qu'il appartiendra d'en juger.
Le cerveau est le siège du sensorium et de la pensée, il est le foyer où brillent les idées, où convergent les impressions des sens, d'où rayonne l'activité qui anime les
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organes de la sensation et du mouvement. Il se compose essentiellement de deux éléments anatomiques fondamentaux.
La substance grise ou vésiculaire est le générateur de la force nerveuse qui alimente l'activité de toutes les fonctions animales ; la substance blanche ou tubulaire est un amas de fils conducteurs qui se prolongent sur toute l'étendue de l'économie, y distribuent cette force et deviennent les canaux de ses actions motrices et sensoriales.
Une activité générale et suffisamment intense de la pensée est nécessaire à la diffusion régulière de la force nerveuse dans les nerfs de la sensibilité. Si celte activité cesse, leur innervation est supprimée, et ils perdent leur aptitude à conduire vers le cerveau les impressions du dehors. On sait , en effet , que les idiots sont plus ou moins anesthésiques, et que le sommeil profond, qui est l'engourdissement de la pensée, est en même temps le repos des organes de la sensation et du mouvement.
D'un autre côté, il est également hors de doute que la sensation est le stimulant nécessaire de l'activité mentale. •
Ces deux propositions physiologiques semblent entraîner forcément deux conséquences pratiques, à savoir, que, pour déterminer l'insensibilité du corps, il suffirait de suspendre l'exercice de la pensée, et que, pour suspendre l'exercice de la pensée, nous n'aurions qu'à isoler les organes des sens des agents extérieurs capables de les impressionner. Or déjà, sur ce dernier point, une
DEUXIÈME CONFÉRENCE, difficulté se présente: la pensée, privée des sensation! que les nerfs sensitifs loi apportent da dehors, Irouvi i i des aliments d'activité suffisants dans les sensations anciennes régénérées par la mémoire. Mais l'effet cherché ne peut-il donc avoir lieu que grâce à un arrêt complet dans le mouvement de la pensée? Nullement, et nous comprenons sans peine qu'une réduction extrême de l'activité mentale pourrait remplir les mêmes indications, car celle-ci n'exercerait plus alors qu'une impulsion très-faible sur l'innervation périphérique, et tellement faible qu'elle équivaudrait par le fait à son entière cessation.
Or nous parviendrions à réduire à sou minimum l'activité de la pensée, en restreignant l'exercice de celleci à l'un de ses modes les plus simples; et, comme le développement que prend la pensée est en raison di la variété des impressions fjui la sollicitent, nous atteindrions ce premier point en soumettant la pensée à l'excitation exclusive d'une sensation simple , homogène et continue. En effet, une telle excitation sensoriale serait suffisante pour attirer, saisir et fixer l'attention , mais elle serait trop restreinte en même temps pour provoquer le développement de l'activité mentale sur une surface de quelque étendue.
La pensée une fois prise à ce piège, qui la condamne a une inertie générale en réduisant à un simple- point sa sphère d'action, un changement considérable doit nécessairement s'ensuivre dans le rapport des forces matérielles de l'économie cérébrale. La substance vésiculaire continue, en vertu de ses propriétés essentielles,
à sécréter la force nerveuse ; mais la pensée ne consomme plus qu'une faible partie de cette force, dont la production excédera ainsi la dépense dans une grande mesure, et qui par suite s'accumulera dans le cerveau, où une congestion nerveuse aura lieu. Cet état une fois produit, que, par une porte encore entr'ouverte du sensorium, par la voie de la vue, de l'ouïe, du sens musculaire, une impression se glisse jusqu'au cerveau, et le point sur lequel cette excitation va porter sortira aussitôt de sa torpeur pour devenir le siège d'une activité que la tension de la force nerveuse viendra augmenter de tout son poids. C'est alors qu'à l'arrêt général de l'innervation succédera tout à coup une innervation locale excessive qui, par exemple, substituera instantanément à l'insensibilité l'bypereslhésie, à la résolution du système musculaire la catalepsie, le tétanos, etc.
On ne peut expliquer que parle brusque déplacement de la force nerveuse ainsi accumulée dans l'encéphale, la rapide alternance de ces états nerveux contraires observée chez les hypnotisés. Mais une pareille puissance, abandonnée aux fluctuations de son mouvement anomal, menacera continuellement l'économie de tous les désordres dont le système nerveux est susceptible, et ne réalisera jamais que par un heureux hasard les effets spéciaux qui feront l'objet actuel de la braidisation. Que si, au contraire, nous parvenons à nous emparer de la direction de cette puissance, de manière à pouvoir la concentrer à volonté au siège de telle ou telle fonction ou de l'en détourner, nous n'aurons plus alors à redouter ses écarts, mais elle deviendra l'agent docile de
toutes les modifications fonctionnelles ^j u < ■ nous Barons en vue, et ainsi le programme du braidisme, tel
que nous l'avons <1 <'* v < * Ir»j> j >*'• plus liant, et tout ambitieux qu'il ait pu vous paraître, se trouvera pleinement rempli.
Cet important résultat fait l'objet du deuxième temps de l'opération braidique, à l'élude duquel nous allons passer. Mais ajoutons d'abord à celle courte analyse de l'hypotaxie quelques considérations complémentaires. El, avant toutes choses, donnons acte à M. Braid d'une hypothèse qu'il a avancée avec une sage réserve pour servir à expliquer l'influence de la concentration de la pensée sur l'état nerveux du cerveau. Il se demande si le ralentissement dans le mouvement respiratoire occasionné par cette attention soutenue de l'esprit, ne doil pas contribuer, par l'imparfaite décarbonisation du sang qui en résulterait, à déterminer le phénomène hypolaxique. Notre expérience à cet égard nous a appris en effet depuis longtemps que la fixité de l'attention imposée aux sujets lend à diminuer la fréquence et l'amplitude des inspirations chez le plus grand nombre, mais que chez d'autres c'est l'effet contraire qui a lieu. Or nous n'avons jamais constaté que le résultat final de l'opération variât suivant ces circonstances opposées. D'autre part, lorsqu'on a observé la succession des symptômes qui marquent les progrès lents de l'asphyxie dans certaines maladies de poitrine, on hésite à admettre que l'altération, relativement si insignifiante, apportée à l'exercice normal de la respiration durant l'opération hypolaxique, soit suffisante pour causer un trouble appréciable
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dans les fonctions cérébrales. Nous rappellerons toutefois, comme un document à l'appui de l'opinion de M. Braid, que, d'après Anquetil-Duperron, les joguis, qui pratiquent le braidisme depuis plusieurs mille ans sans s'en douter, ont un soin tout particulier de retenir leur haleine pendant que leurs regards sont attachés sur le point le plus proéminent de leur visage. Mais il paraîtrait d'après cela que dans la braidisation à la manière hindoue la respiration est notablement altérée.
S'il est vrai, comme nous avons cherché h l'établir, qu'en exposant la pensée à l'action exclusive d'une sensation simple, unimode et continue, on doive amener successivement une quasi-suspension de l'activité mentale et une congestion nerveuse du cerveau, le même effet doit pouvoir se produire quelle que soit la nature de cette sensation, c'est-à-dire à quelque sens qu'elle appartienne et quelque forme qu'elle revête, à la seule condition qu'elle ne cesse point d'être continue, unimode et simple. Or c'est effectivement là ce qui arrive : nous en trouvons la preuve dans une multitude de faits d'observation vulgaire, énigmes curieuses mais désespérantes que nous propose à tout instant la nature physique ou morale, et dont la théorie de l'hypotaxie est venue nous donner le mot d'une manière aussi heureuse qu'inattendue. La fascination vertigineuse qu'exerce sur le spectateur attentif le mouvement uniforme d'un cours d'eau, d'une roue, des ailes d'un moulin à vent, est essentiellement semblable à l'influence de l'objet brillant
DEUXIÈME CONFÉRENCE- :;t
placé dans la main ou sur le Iront de l'hypnotisé pour
lui servir de point de mire. L'enfant est hypnotisé audi-
livcniciil par les chants monotones de sa DOOirice ; les oscillations régulières de son berceau, en lui communiquant une longue série de faibles secousses toutes semblables entre elles et séparées par des intervalles égaux, l'hypnotisent par la voie du sens musculaire, [^incantation avec ses charmes (carmina), dont le rhythme simple cl invariable murmure à l'oreille et la captive sans parler à l'intelligence, doit être considérée comme une forme particulière du braidisme s'exerçant sur le sens de rouie au lieu de s'adresser à la vue.
VA ces pratiques abrutissantes communes à la plupart des cultes de l'Orient, qui consistent dans l'incessante répétition de formules inintelligibles, et dont le philosophe interdit et désolé ne voyait l'explication que dans l'insondable mystère des aberrations de l'esprit humain, ces pratiques ne seraient-elles pas une hypolaxie savamment conçue et habilement employée pour plonger la raison dans le sommeil et jeter les âmes dans les chaînes de la foi aveugle?
L'état hypotaxique consistant essentiellement dans une congestion nerveuse du cerveau , on comprend que tout procédé tendant à développer la même condition physiologique remplirait les mêmes indications que les moyens d'hypotaxie sensorio-psychiques qui viennent d'être analysés, et sur l'emploi desquels le braidisme a jusqu'ici exclusivement compté. Les narcotiques administrés à une certaine dose, une éthérisatiou ou
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une amylénisation légère, l'électrisation locale sous une forme spéciale à déterminer, pourraient, dans certains cas, je suis du moins très-disposé aie croire, être heureusement substitués aux divers artifices mis en usage pour modifier médiatement l'innervation du cerveau en créant des entraves à l'exercice de la pensée.
La propriété physiologique si remarquable que M. le docteur Burq a constatée dans les métaux d'influer spécifiquement, suivant leur nature , sur l'innervation des sujets d'un tempérament , d'une constitution, d'une diathèse déterminés, pourrait peut-être nous offrir un agent hypotaxique de plus. J'invite mon savant et ingénieux confrère à chercher dans cette direction une application et un développement nouveaux à une découverte qui, telle qu'elle est, lui fait grand honneur sans doute, mais à l'égard de laquelle il est encore loin d'avoir rempli tous ses devoirs de paternité.
Enfin la force mesmérique, quoi qu'il faille penser de sa nature, ce que nous n'avons pas mission déjuger ici, est très-certainement un des agents hypotaxiques de l'ordre physique des plus faciles à utiliser. Les mesméristes, l'abbé Faria excepté, ne s'étaient point douté jusqu'ici de ce que leurs manœuvres ont de superflu. Après quelques passes n'occasionnant qu'une faible dépense de force nerveuse, il leur serait possible de faire apparaître immédiatement la plupart des phénomènes qu'ils s'épuisent à provoquer par des efforts prolongés et souvent stériles. Nous devons faire observer ici que l'action mesmérique se glisse toujours plus ou moins dans les pratiques du braidisme , non à titre d'élément
DEI \li:\li: CONFERENCE.
essentiel <'t indispensable, mais comme un adjuvant qu'il est avantageux de faire intervenir.
Après avoir signalé quelques agents hypotaxiques d'ordre matériel, il est tout à propos de constater l'< tence, parmi les corps simples, d'un agent anthypolaxique d'une bien étonnante vertu. Le carbone, appliqué sous forme de charbon de bois calciné contre les narines d'un sujet hypnotisé, suffit, dans beaucoup de cas, pour le ramener presque instantanément à l'état normal.
Les déviations que l'art a le pouvoir de faire subir à la marche régulière du mouvement vital à l'aide d'agents
appropriés, pouvant toutes se produire spontanément comme phénomènes pathologiques, ou se rencontrer à l'état d'anomalies constitutionnelles et congénitales, il est naturel de se demander si l'état hypotaxique ne pourrait pas se présenter lui-même comme altération morbide, comme symptôme d'une diathèse, comme caractère d'une idiosyncrasie particulière. L'observation prouve qu'il en est ainsi. On rencontre en moyenne un individu sur trente-cinq ou quarante, qui se trouve habituellement et sans préparation dans cet état. De telles personnes sont en général névropaf biques ; cependant il s'en rencontre qui déclarent n'avoir, jamais éprouvé aucun trouble nerveux, et jouir habituellement d'une bonne santé.
En dehors de cette catégorie tout exceptionnelle, il est des degrés nombreux dans l'aptitude des individus à subir l'action de l'hypotaxie. Il serait sans doute fort
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intéressant, à plus d'un point de vue, de pouvoir rattacher à une constitution déterminée cette prédisposition relative, mais on ne peut encore dégager aucun résultat bien décisif à cet égard des expériences qui ont été faites jusqu'à présent, non pas que le nombre n'en fut suffisant et au delà, mais parce que ces expériences ont été instituées dans un but de démonstration et non d'application ou d'étude. Mais le principe fécond sur lequel repose la métallothérapie viendra peut-être ici encore à notre secours. M. V. Burq en exprime positivement l'espoir dans un fort intéressant mémoire qu'il vient de lire devant la Société médico-psychologique. Ayantdéjà découvert, pense-t-il , la spécificité métallique particulière qui permettra de diagnostiquer sûrement l'idiosyncrasie mesmérique , comme celle-ci paraît se confondre dans son opinion avec l'aptitude à l'influence du braidisme, il croit pouvoir appliquer les mêmes signes au diagnostic de l'une et de l'autre. \ous sommes d'avis qu'il doit chercher dans une autre voie. En effet, il nous est arrivé de rencontrer des sujets mesmériques très- remarquables que l'action du braidisme ne paraissait affecter aucunement, et, d'un autre côté, il est constant que l'influence de cette même action est subie par un très-grand nombre d'individus rebelles au mesmérisme.
De plus, une longue expérience nous a appris que la susceptibilité naturelle des individus à l'action braidique pouvait être modifiée dans une très-large mesure par des circonstances accidentelles que nous n'avons pu déterminer encore à notre entière satisfaction. Ainsi il
df;i xikmi: CONFÉRENCE. il
nous arrive parfois que plusieurs expérimentationi consécutives ayant entièrement échoné sur un certain nombre de personnes, ces mêmes personnes jusqu'alors réfractaires offrent, dans une aulrc occasion, tous les degrés d'impressionnabilité. .Vous devons en outre faire observer que celle aptitude spéciale, qui parait faire d'abord totalement défaut à certaines natures, s'acquii rt à la longue ebez presque toutes, par une suite de braidisations quotidiennes.
Le tempérament bilioso-nerveux nous semblerait prédisposer plus que tout autre à la modification hypolaxiquc, si cette influence relative des divers tempéraments pouvait se mesurer au contingent fourni par chacun d'eux à la somme des expériences réussies que nous avons enregistrées jusqu'à ce jour. Mais une pareille règle d'appréciation, qui paraît rationnelle au premier abord, est néanmoins illusoire, car si la plupart des individus trouvés aptes à l'état bypotaxique offrent les signes du tempérament bilioso-nerveux, ce sont aussi les personnes douées de celte même constitution qui, prenant le plus d'intérêt à nos démonstrations et montrant le plus d'empressement à se soumettre à nos expériences, forment toujours, dans nos leçons publiques, la majeure partie de notre personnel expérimental.
Les conditions de caractère nous paraissent plus tranchées et plus déterminantes que les conditions de tempérament. La prédominance des nobles mobiles de l'âme sur les instincts grossiers ou personnels, une humeur sérieuse, et surtout une disposition à la confiance et à la foi, sont des conditions morales favorables; des peu-
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chants égoïstes, la tendance exagérée au scepticisme et à la critique, la légèreté d'esprit, constituent des dispositions réfractaires.
Celui qui, soit par la mobilité d'une imagination surexcitée ou par l'énergie indomptable de sa réflexion, soit par la débilité de ses facultés intellectuelles ou faute d'un empire suffisant de la volonté sur les opérations de l'esprit, est incapable de fixer sa pensée pendant un certain temps sur un même objet et de la tenir concentrée dans un cercle d'idées simples et limitées, est éminemment impropre à l'état hypotaxique. En vertu de la loi du contact des extrêmes, les idiots et les intelligences les plus robustes et les plus actives, se trouvent réunis dans cette catégorie d'incompatibilité.
Nous avons éprouvé mainte et mainte fois que des personnes habituellement impressionnables, et même celles qui l'étaient au plus haut degré , cessaient de l'être quand elles se trouvaient dominées par une vive préoccupation.
L'âge a une influence très-marquée sur l'impressionnabilité hypotaxique. La période de dix à vingt-cinq ou trente ans est celle où cette aptitude atteint son apogée.
Une telle prédisposition doit varier aussi suivant le sexe, mais je n'ai pu apprécier exactement cette différence, ayant eu moins souvent l'occasion d'expérimenter sur des femmes. Toutefois, le peu d'observations comparatives que j'ai faites , tout en me portant à croire que les femmes présentent ce genre de susceptibilité à un plus haut degré que les hommes , sont bien loin d'avoir établi la disproportion à cet égard
qu'ont cru constater les hypnotiseurs novices des hôpitaux de Paris.
L'opération hypotaxique étant contrariée par toute
circonstance psychique ou physique qui tend à appeler la force nerveuse hors du cerveau, il ne convient jamais d'expérimenter sur une personne dont l'estomac se trouve chargé d'aliments : en pareil cas, l'hypolaxie manque son but et trouble souvent la digestion.
Un électro-biologiste de ma connaissance m'a dit avoir remarqué que les ouvriers sur métaux sont plus facilement hypolaxiés que les individus de toute autre profession. Il prétend aussi avoir reconnu une plus grande susceptibilité dans la race celte que dans la race anglosaxonne. Je manque des éléments de vérification nécessaires pour juger la valeur de ces observations. J'ai fait un certain nombre d'expériences sur des Arabes , des Maures et des Juifs africains ; je ne les ai pas trouvés moins susceptibles que les Européens , mais je n'oserais affirmer qu'ils le soient davantage. J'ai expérimenté le braidisme aux États-Unis, en Angleterre, en Belgique, en Suisse, en France et en Algérie; j'ai rencontré partout une susceptibilité moyenne sensiblement égale.
Nous venons de nous livrer à un examen théorique des procédés et des effets de l'hypotaxie. Il nous reste maintenant à faire l'analyse du deuxième temps de la braidisation.
Cette deuxième et dernière partie de L'opération a pour but d'appliquer la force nerveuse accumulée dans
le cerveau à développer les modifications fonctionnelles spéciales que l'on se propose de réaliser. Nous avons vu que cette force disponible pouvait être appelée sur tel ou tel point fonctionnel du grand centre de l'innervation, en dirigeant sur ce même point une impression dont l'effet est de réveiller l'activité spéciale qui lui est propre.
L'impression employée dans ce but est une impression mentale , c'est-à-dire une idée suggérée. Et comme cette idée devient ainsi l'agent déterminant des modifications fonctionnelles à provoquer, l'application générale des procédés qui constituent le deuxième temps de Y opération braidique nous a paru devoir porter le nom
d'iDÉOPLASTIE.
La démonstration des principes naturels sur lesquels repose l'idéoplastie appartient au programme de la prochaine conférence. Nous nous bornerons quant à présent à les énoncer.
Le cerveau se relie à tous les organes végétatifs par des couples nerveux composés d'un élément actif ou efférent, et d'un élément passif ou afférent, autrement dit, de deux fibres complémentaires réunies par leurs extrémités centrales dans un même noyau ou centre vésiculaire faisant partie de la substance cérébrale grise.
Le centre de chacun de ces couples nerveux constitue l'organe d'un mode spécial de l'activité cérébrale, ou, pour employer un langage plus familier, constitue l'organe cérébral d'une faculté de l'âme.
Les impressions reçues par la fibre passive , excita-
DEUXIÈME CONFERENCE, trice, afférente, déterminent l'activité, de la faculté de l'âme à laquelle celle fibre correspond ; mais ces impressions ou excitations réagissent, par la voie de la libre active efférente, sur la Fonction de l'organe végétatif duquel elles riaient parties, el qui se trouve alors excité à son tour dans le mode spécial de son activité.
Ainsi, l'activité de loule fonction végétative éprouve le contre-coup de l'excitation perçue par la faculté animale correspondante.
Or, pour exciter celle-ci, il n'est poïn l indispensable que sa fibre ou ses fibres excitatrices soient impressionnées : la faculté animale, quelle qu'elle s'oit, peut être exciléc directement par la voie de l'entendement, el cette excitation mentale a pour effet de reproduire les sensations antérieurement produites par voie d'excitation organique. Ces sensations régénérées par une idée sont appelées mémoratives.
Que devons-nous conclure de ce qui précède? Nous devons en conclure qu'une impression faite sur une faculté de l'âme par l'intermédiaire de la mémoire , tendra à exciter l'activité végétative des parties du corps sur lesquelles s'exercent directement les agents matériels qui impressionnent celle faculté.
Je prends un exemple :
Une substance sapide placée dans la bouche produit une impression sur l'âme en lui communiquant une sensation de sapidité, et, d'autre part, elle stimule l'activité végétative locale en provoquant un accroissement de sécrétion dans les glandes salivaires. D'après les indications de la théorie, une impression mémorative de
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sapidité faite sur l'àme devrait avoir pour résultat de provoquer la salivation. .. Aux gourmands de dire si notre doctrine pourra soutenir cette épreuve. Peut-être, si ces messieurs ont la louable ambition de se connaître euxmêmes, et par conséquent de se rendre compte des particularités caractéristiques de leur nature , me sauront-ils gré de leur avoir dévoilé en vertu de quelles lois et de quels principes secrets , pendant que leur imagination savoure d'avance des jouissances dont l'heure est impatiemment attendue, il leur arrive de se dire : « L'eau m'en vient à la bouche ! »
Mais je dois aller au-devant des objections qui se pressent déjà dans vos esprits. Je n'entends pas avancer que les impressions de la mémoire puissent exercer chez des sujets pris clans leur état .normal une action aussi efficace sur toutes les fonctions nutritives ; mais il en est autrement dans l'état hypotaxique. Cependant, même à la faveur de cette modification préparatoire, les impressions mémoratives ne peuvent acquérir souvent une énergie suffisante qu'avec le concours d'une certaine action morale dont nous aurons à étudier, dans une prochaine séance, le rôle, les effets et la nature.
Consentientia omnîa.
Résumé do la deuxième conférence. — Esquisse de la physiologie nerveuse.— Composition de l'élémcnl intégrant du système nerveux. — Tous les points vitaux de l'économie en rapport avec le cerveau par un couple nerveux. — Réaction réciproque des modifications Fonctionnelles végétatives ûi des modifications Fonctionnelles cérébrales. — Modifications objectives et modifications subjectives. — Tout contre nerveux cérébral pont être excité par voie d'impression mémorative. — Action dos facultés morales sur la mémoire. — Chaque faculté morale a son excitateur spécifique. — La Crédivité et l'Affirmation.
Un moyen d'activer ou de ralentir l'exercice des fonctions de la vie organique et de la vie animale; un moyen de modifier le travail tout entier de l'économie sans introduire dans son sein aucune substance étrangère; un moyen de déterminer la manifestation de certains pouvoirs transcendants de l'âme, qui semblent l'élever jusqu'au-dessus des nécessités de l'organisation, c'est là ce que le braidisme nous apporte. Il n'est donc pas simplement le rival du chloroforme, il est la révélation de tout un ordre physiologique nouveau qui vient faire le jour sur la science des causes premières de la vie, sur la nature intime de ses propriétés, sur la loi supé-
rieure des rapports qui lient entre eux les trois facteurs de tout phénomène fonctionnel, la faculté, V organe et Y agent modificateur.
Tel est le véritable objet de l'opération braidique. Nous avons dit que cette opération se divise en deux temps, dont le premier a pour but de disposer l'économie à subir l'action déterminante qui constitue le deuxième.
Cette modification préparatoire a reçu le nom à'état hypotaxique. Elle consiste physiologiquement dans une interruption plus ou moins complète de l'innervation périphérique , et dans une accumulation anormale de la force nerveuse au cerveau.
Le braidisme cherche ce résultat dans une diminution artificielle de l'activité mentale ; il l'obtient en soumettant la pensée à l'excitation exclusive d'une sensation simple et continue qui fixe les idées par l'attention et en même temps resserre leur expansion dans leur cercle le plus étroit.
L'activité de la pensée, ainsi restreinte, dépense d'autant moins de force nerveuse, et celle-ci s'accumule par conséquent dans l'organe qui la produit.
L'impression sensoriale que le braidisme emploie de préférence pour déterminer celte concentration restrictive de la pensée, consiste dans la vision continue et prolongée d'un point fixe. Mais l'observation, confirmant les inductions de la théorie , nous a appris que toute sensation peut amener le même résultat, pourvu qu'elle soitunimode, continue, et quel que soit d'ailleurs le sens qui en est le siège.
Ainsi, dans la première partie de l'opération braidique, nous cherchons à développer une congestion nerveuse du cerveau par une suspension partielle de l'activité mentale, c'est-à-dire par un procède essentiellement psychique; toutefois cette modification peut être également amenée par l'action de divers agents matériels, et notamment par l'action mesmérique.
Je saisis cette occasion de me justifier d'un reproche tort injuste qui m'est adressé par certains disciples de Mesmer. Loin de vouloir confisquer le mcsmérismc au profit du braidisme, j'ai tout d'abord réservé ses droits, et j'ai constaté les caractères propres qui le distinguent. Evidemment, la théorie toute psychologique de la braidisation ne saurait rendre compte de l'influence du magnétiseur sur l'état nerveux de son patient, quand celle influence s'exerce à l'insu de ce dernier, contre son attente, et à travers d'épaisses murailles. Or la réalité de cette influence a été établie d'une manière irréfragable par le baron du Polet, s'il faut en croire le témoignage peu suspect des médecins de l'Hôtel-Dieu, qui suivirent, en observateurs sévères et en juges prévenus, les célèbres expériences faites par lui dans cet hôpital, en 1820.
La dernière partie de l'opération braidique cousiste à diriger la force nerveuse accumulée au cerveau sur des points de ce grand centre de l'innervation corrélatifs aux fonctions dont on veut modifier l'énergie. Xous appelons la force nerveuse vers ces points en portant sur eux une excitation locale destinée à réveiller le mode d'activité qui leur est spécial.
L'excitation employée à cet effet est une impression
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mentale, c'est une idée suggérée. L'idée devenant ainsi la cause déterminante des modifications fonctionnelles qui constituent l'objet de l'opération finale , celle-ci a reçu pour cette raison la dénomination d1 ' idéoplastie.
Dans notre dernière leçon , la théorie de Yhijpotaxie a été exposée avec tous les développements que comporte le cadre nécessairement fort restreint de ces conférences.
Quant à la théorie de V idéoplastie, qui repose sur des considérations physiologiques très-complexes, elle a été rapidement esquissée dans ses linéaments généraux ; quelques aperçus nouveaux sont nécessaires pour en V'S principes , que nous n'avions fait qu'indien < i .
Le mot&âr général de tous les actes de l'économie , : 'ïu^té. force nerveuse. Un appareil, connu sous le nom de système nerveux , est chargé de produire cette force et de la distribuer à tous les organes.
Cette double fonction de générateur et de conducteur fait que l'élément intégrant du système nerveux se compose essentiellement de deux principes :
L'un est une sorte de vésicule dans l'intérieur de laquelle s'élabore la force nerveuse; l'autre est un prolongement tubulaire de cette vésicule dans lequel elle déverse son produit. Le premier est la cellule névrogène, le corpuscule ganglionnaire des auteurs ; l'autre est la fibre nerveuse primitive.
Les éléments nerveux se rapprochent pour former trois grandes agglomérations qui constituent les trois divisions
TBOISIÉME CONFÉRENCE. M
générales du système nerveux, connues sous les dénominations «le système cérébro-spinal, système spinal, système ganglionnaire.
Les éléments nerveux d'un même système se juxtaposent par leur cellules névrogènes , dont la réunion constitue ce que l'on connaît sous le nom de tuèsUtnCi un rcusc grise; la convergence de leurs libres dans la substance grise les réunit par leur extrémité centrale en une masse compacte qui a reçu la désignation de substance nerveuse blanche. Ces deux masses superpoou juxtaposées de substance grise et de substance blanche constituent le centre du système.
Les nerfs sont les branches de ce tronc commun, et leurs ramifications progressives aboutissent a une séparation complète des fibres primitives par leurs extrémités terminales.
L'encéphale constitue le centre du système cérébrospinal ; le système rachidien a pour centre la moelle épinière, et les ganglions sont les centres multiples du système ganglionnaire ou grand sympathique. Tout le travail de la vitalité se partage entre ces trois appareils nerveux.
Par le système cérébro-spinal s'exercent les fonctions de la vie animale, qui sont la sensibilité, la pensée et la motricité volontaire; le système spinal, par l'action de l'excitabilité et de la motricité inconscientielles, exécute automatiquement les mouvements de la vie de relation ; et enfin le système ganglionnaire a pour lâche de conduire les opérations de la vie nutritive, d'entretenir le mouvement dans les muscles involontaires, et
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de diriger les affinités moléculaires dans les opérations
de chimie organique.
Quelque variées, quelque différentes que soient entre elles les fonctions de ces trois grands organes nerveux, elles peuvent néanmoins être toutes ramenées à deux modes fondamentaux. En effet, l'agent nerveux doit être considéré comme la force motrice d'un mécanisme dont l'objet final est une action de ses parties sur elles-mêmes et sur ce qui les entoure; mais, pour que la force nerveuse détermine cette action, elle doit préalablement y être sollicitée, son activité doit être d'abord excitée.
Recevoir une impression modificatrice et imprimer subséquemment une modification , tels sont donc les deux effets généraux et inséparables de l'activité nerveuse. D'autre part, la force nerveuse étant renfermée dans le réservoir de sa cellule génératrice, c'est là que l'excitation du dehors doit venir la trouver, c'est de là que doit partir son impulsion réagissante.
La propagation de tous les effets nerveux se produit donc suivant deux directions inverses dont la cellule névrogène est le centre commun, et dont les fibres qui en rayonnent sont les conducteurs. Mais la direction des effets nerveux est toujours la même dans la même fibre. En d'autres termes, celle qui apporte les impressions au centre nerveux n'en rapporte jamais les incitations réactionnaires , et réciproquement. Ces considérations nous amènent à conclure que tout élément nerveux complet, c'est-à-dire susceptible de manifester, à lui seul, toutes les propriétés essentielles et générales de