‹ Cours théorique et pratique de Braidisme, ou, Hypnotisme nerveux considéré dans ses rapports avec la psychologie, la physiologie et la pathologie et dans ses applications à la médecine à la chirurgie, à la physiologie expérimentale, à la médecine légale et à l'éducationChapitre 10 sur 10 · I. — G. I ' <!<■ dix-sept an-, d'un tempérament ner · texte numérisé non relu

I. — G. I ' <!<■ dix-sept an-, d'un tempérament ner

veux, se laisse hypnotiser h la condition que je lui couperai d cors extrêmement douloureux, qu'elle portait l'on à la main che, <'t l'autre an pouce de la main droite. En quelques minutes, je détermine le sommeil au moyen do regard. La physion exprime un sentiment de ravissement extrême, avec inaction i plète des sens extérieurs et des, mouvements i 5. G I...

riait en extase. Je procède après quelques minutes à l'extirpation de ses cors. Elle eut des éclats de rire et des mouvements nerveux pendant cette petite opération. Celle-ci fut à peine terminée qu'il survint une crise hystériforme accompagnée de cris et de mouvements convulsifs. La patiente ne répondit à aucune des questi qui lui furent adressées. Au boni d'un quart d'heure, je la réveillai en frictionnant ses paupières et en lui soufflant de l'air sur le visa

Voici une observation beaucoup plus curieuse encore que les précédentes :

î>. — In soir, en présence de plusieurs personnes, j'invite la fille C. B... à s'endormir en regardant un de ses pouces. Lue jeune fille de dix-sept ans, très-nerveuse, était assise à côté d'elle, attendant les résultats de l'expérience. Quelques minutes s'étaient à peine écoulées que cette jeune fille est prise d'un éclat de rire qui attire l'attention de toutes les personnes présentes. Je reconnais de suite, à l'aspect de son visage, qu'elle était tombée en extase. Je constate une insensibilité complète, sans catalepsie. Tout à coup, l'extatique s'écrie :

— Oh'.... les beaux jardin*!... les beaux fruit*!... les belles fraises! — Tenez, lui dis-je en feignant d'en déposer une sur

ses lèvres, mangez celle-ci.

Elle regarde et répond en fermant les yeux :

— Je n'eu veux pas. — Mais ces jardins, où sont-ils? — Je ne les vois plus, fit-elle en poussant un soupir. Puis aussitôt : — Monsieur le eun!... Monsieur le eure!... — Où est-il? lui criai-je.

150 COURS DE BRAIDISME.

— Dans une chambre. — Que fait-il? — Je ne le vois plus... et elle tombe de nouveau dans l'extase.

Alors, tirant de ma poche une lettre que m'avait adressée une dame atteinte d'une affection très-grave, je la lui montrai et lui dis en fermant ses paupières avec le pouce et l'index de la main gauche :

— Regardez Que voyez-vous?

Un frisson s'empare d'elle; elle veut s'éloigner de moi comme effrayée et en criant : Oh!... oh!.... Je crus alors qu'elle lisait le contenu de cette lettre.

— Dites-moi ce que vous voyez? — Un cachet.... — Et ensuite? — Des lettres.... — Lisez donc alors?

Elle fit de violents efforts et balbutia :

— Monsieur.... — Lisez donc toujours.

Après quelques instants de silence, elle lut à haute voix et sans s'arrêter :

— Monsieur le docteur Gigot, à Levroux.... — C'est tout ce que vous voyez? — Quelque chose de bleu (c'était le timbre-poste).

— Je vous ordonne de lire ce qu'il y a dans cette lettre. — Je ne puis ...je ne vois pas. . . .

Très-ému de cette scène, je l'avoue, je cesse d'interroger la patiente et de fermer ses paupières. Aussitôt elle retombe dans l'extase.

J'envoyai chercher M. J... par une domestique, afin qu'il pût être témoin de ce fait. Pendant ce temps, ne voulant pas fatiguer ma somnambule, je me bornai à lui demander si elle souffrait.

— J'étouffe, me répondit -elle. Cependant la respiration et le pouls n'offraient rien de particulier. Elle entend la sonnette de la porte.

— Qui vient là? lui demandai-je Regardez dans la rue; et

à ce moment je replaçai le pouce et l'indicateur de ma main gauche sur ses paupières. — Un homme et une femme. (C'étaient M. J... et la domestique.) — Les connaissez-vous? — Non.

M. J... entre.

— Quelle est la personne qui vient d'entrer? — Un monsieur (lue je connais. — Son nom?

Elle réfléchit un peu et s'écrie :

APPENDICE \ 1.1 (,l\'.»Mi,Ml. CONFERENCE |5|

— C'est M. ./ — D'où vient- il? — l)< In el elle indiquait

du geste la maison de If. •! ). — Où est-il allé aujogrd bui '

Par là (el son geste se dirigeait vers l'église ou M. •!... était allé dans la journée).

Celui-ci me remet une tabatière en argent pour !a lui montrer.

— Quel i'si cet objet? — Je ne suis... c'est blam — El cela?

<lii M. ,1... en lui montrant son mouchoir. - / // mouchoir.

Une dame s'approche, tenant d'une main une bougie el de l'.ni- Ire un porte-monnaie*

— Une dame en cheveux avee nue lamin-e'. s'écrie-t-elle.

Que tient-elle dans sa main? — (l'est noir... — Regardes —

Je ne sais.

Je no voulus pas pousser plus loin mes questions, nui paraissaient fatiguer la jeune somnambule. .le cessai de fermer ses paupières, et l'extase reparut.

La patiente se réveilla après quelques inspirations convulsives, <\v* que je lui eus soufflé de l'air sur le visage. Ou put facilement reconnaître, à l'élonnement qu'elle manifesta en voyant M. .!..., qu'elle n'avail aucun souvenir de ce qui venait de se passer. Pendant une minute après le réveil, (die resta complètement insensible aux pincements et aux piqûres

10. — A. 1J..., âgée de vingt et un ans, chloro- anémique el nerveuse, est hypnotisée par la méthode de M. Braid. Il faut plus d'un quart d'heure pour déterminer le sommeil. Celui-ci est d'abord, assez calme; mais au bout de quelques minutes la respiralion devient précipitée et bruyante. Je pince la patiente pour voir si elle était insensible; aussitôt ses yeux s'ouvrent cl ses bras sont agités de mouvements rapides cl désordonnés. I.a poitrine paraît comprimée et la gorge serrée. Puis surviennent dr^ pleurs, des cris perçants interrompus par un rire sardonîque, enfin une agitation excessive que quelques paroles affectueuses semblent calmer un peu. A la sollicitation des témoins de celte scène, je réveillai la patiente, qui n'eut aucun souvenir de ce qui s'était passé.

Deux jours après, je renouvelle* l'expérience en présence de cinq personnes. A. 15... est hypnotisée avec une paire de ciseaux placée à quelques centimètres au-dessus de la racine du nez. IHx minutes suffisent pour (pie le sommeil soit complet. I.a scène devint beaucoup plus effrayante encore que la première fois, cl je doute

152 COURS DE BRAIDISME.

que Mesmer ait jamais rencontré dans son Enfer une convulsionnaire plus terrible. Dès que les paupières d'A. B... furent fermées, cette fille se renversa le long d'un fauteuil, les pieds en l'air et la tète sur le parquet. Son corps ressemblait à une verge rigide. Elle poussait non pas des cris, mais de véritables hurlements. Je la fis transporter dans un cabinet où, couchée sur un tapis, loin de tout objet qui put la blesser, elle se livra aux mouvements les plus désordonnés. Ses cris étaient interrompus de temps en temps par des paroles incohérentes , parmi lesquelles je pus distinguer les mots cimetière, mort, fantôme Puis c'est une scène horrible de désespoir : la patiente veut se déchirer le visage avec ses ongles, et il faut deux personnes pour l'en empêcher; ses yeux sont hagards, ses cheveux épars, et son visage est congestionné. L'orage se calme un instant pour faire place à des éclats de rire immodérés, suivis de pleurs, de hoquet, d'efforts de déglutition et enfin de nouvelles convulsions.

Cet état se prolongea plus d'une demi-heure, et je ne parvins à réveiller la patiente qu'en lui soufflant de l'air avec force sur les pupilles, après avoir écarté les paupières.

A. B..., en se réveillant, croyait sortir d'un long sommeil. Aussi fut-elle très-êtonnée de trouver ses vêtements et ses cheveux en désordre. Pendant les crises, elle avait perdu la sensibilité, et elle ne répondit à aucune des questions qui lui furent faites.

11. — Je choisis une jeune fille de quatorze ans que je n'avais pu hypnotiser ni par la méthode de M. Braid ni en provoquant un strabisme interne avec abaissement des deux globes oculaires. « Mon enfant, lui dis-je , je suis sorcier, et personne ne peut résister au sommeil quand je le veux. » Alors je trace avec de la craie, sur le parquet, une ligne droite de deux mètres de longueur. t< Il suffit, continuai-je, de regarder cette ligne pour s'endormir: vous allez voir. » Une personne que j'avais hypnotisée plusieurs fois se place sur une chaise, en face de la ligne que je venais de Iracer, et la regarde fixement. Au bout de dix minutes, cette personne était cataleptique et insensible, au grand étonnement de la jeune fille. Après lui avoir fait constater ces phénomènes, et l'avoir bien persuadée que je n'étais pas un méchant sorcier, je la fis asseoir à son tour sur la chaise, en l'engageant à fixer attentivement la ligne blanche. Cinq minutes au plus ont suffi pour amener le

APPENDICE A LA CINQUIÉMI CONFÉRENCE, i S .

sommeil, l'insensibilité el la catalepsie. Quoique je lui aie donné, à son réveil, le secrel de ma magie, la jeune fille n'est pas bien convaineue encore que je ne suis pas no torcùr.

\1. — (1. T..., snjel de l'expérience '■ , esl hypnotisée en présence d' A. 15..., dont je viens de rapporter l'observation. Celte dernière se tint debout devant la patiente sans éprouver aucune émotion , tant que le sommeil de G. T. . . fui calme; mais une crise convulsive étant survenue, aussitôt A. IL., tombe elle-même dans les convulsions. Je dois déclarer que je ne prévoyais nullement cet effet de limitation, quoique je susse que A. 15... était convulsionnai re pendant le sommeil nerveux. Je fus obligé de la faire transporter dans une chambre voisine, où elle revint peu à peu à ellemême. Interrogée sur ce qu'elle avait éprouvé, telle Bile dit qu'en voyant G. T... prise de convulsions, sa vue se troubla, et qu'elle ignorait ce qui était arrivé ensuite.

J'ai déjà cité au chapitre 1"", page 2N, L'observation d'une jeune . lillc de dix-sept ans qui s'endormit seule en regardant une bougie, et qui fut somnambule pendant le sommeil. On trouve dans celte observation des faits en laveur de la clairvoyance sômnambulique \ mais ils sont beaucoup moins probants que ceux de l'observation 13, dont le commencement est rapporté à la page 56, et dont la suite devait être placée ici :

— Quel est cet objet? — Une boîte blanche. (Exact. — Que contient-elle? — Des plumes. (Exact.) — Quel est cet objet? — Une botte noire et dorée. (Exact.) — Que contient-elle? — De la cire a cacheter verte, ill y avait dans la boite un seul bâton île cire verte et quelques autres de différentes couleurs. — Quel est cet objet? — in livre. (Exact.) — Lisez. — Voyages en zii/zat/. (Exact, mais lu avec difficulté.) — Où est ma fille? — Je la vois avec sa bonne traverser une grande rue parce.... Elle sonne a une

porte. — Chez qui? — Chez mademoiselle S. H (Exact , mais

avec hésitation. La somnambule savait que ma fille devait aller avec sa bonne dans cette maison.) — Qui lui ouvre la porte? — La do m estique. (Exact. )

Elle donne sur plusieurs personnes de Châteauroux des renseignements inexacts.

I ne domestique ayant indiqué par un signe qu'une personne se tenait dans le vestibule, je demande à la somnambule quelle est

154 COURS DE BRAIDISAIE.

cette personne. Tout le monde l'ignorait, excepté la servante qui l'avait introduite.

— C'est une demoiselle vêtue de noir et que je connais. — Son nom? — E. V... (Exact, sans hésitation et avec joie.)

On fit entrer mademoiselle E. V Dès qu'elle fut en face de

la somnambule, celle-ci s'écria avec transport et en frappant des mains :

— Oh! E. V...I E. V...I et d'abondantes larmes coulèrent

sur ses joues. — D'où vient mademoiselle E. V...? De chez

elle. (Exact.) — Qu'y faisait-elle? — Elle travaillait auprès du feu. (Exact.)— Regardez; que voyez-vous? — La main d'E. V ...

(Exact.) — Est-ce tout? — Une bague à son doigt. (Exact.) — ■ Qui la lui a donnée? — Une demoiselle de Châteauroux. (Exact; avec hésitation. La somnambule ignorait positivement, avant le sommeil, quelle était la personne qui avait donné cette bague.) Je lui place un étui dans la main.

— A qui appartient cet objet? — A madame J... (Exact.) — (Cette dame était présente.) — Cbez qui a-t-il été acheté? — Chez

M. D (Exact.) — Voyez-vous quelqu'un venir dans la rue (en

ce moment une femme très-connue de la somnambule se dirigeait

du côté de la rue)? — Oui... Un homme qui siffle — Ne vous

trompez-vous pas? Regardez bien. — Je ne me trompe pas... je le vois... il vient

En effet , au bout de quelques secondes , toutes les personnes présentes virent paraître à l'extrémité de la rue un individu en blouse qui sifflait.

— Vous ne voyez aucune autre personne? — Non.

On sonne à la porte d'entrée, et un monsieur que j'avais envoyé chercher est introduit dans mon cabinet.

— ■ Qui a sonné? — Un monsieur qui est dans votre cabinet. — Le connaissez-vous? — Très-bien! ... très-bien! — Son nom?

— Je le connais très-bien c'est un monsieur qui va souvent à

l'église et quise tient toujours dans la chapelle de M. l'abbé. (Exact.)

— Mais son nom? — M. B (Exact. — Elle savait que M. B...

devait venir dans la journée.)

Je voulus réveiller la somnambule , qui paraissait être fatiguée, mais cela me fut impossible. Elle devint extatique et cataleptique. Je la fis transporter sur un lit, et j'allai moi-même cbercher M. B...,

qui se plaçn derrière un paravent, en (ace de la patiente, lion fermant ses paupières et lui indiquant le paravent avec la m. mi, je

lui dis :

— Que voyez-vous? — .1/. //..., il h coche.

Elle décrivit très-exactement sa mise et son attitude. Comme j' ne pouvais réveiller mademoiselle \... par les moyens ordinaires, je lui lis sentir àeVassafaetida. Après quelques inspirations accompagnées de cris h de mouvements convulsifs, la jeune somnambule se réveilla en pleurant. Elle a' avait aucun souvenir de ce qui venait de se passer. L'insensibilité périphérique persista pendant quelques minutes.

1(5. — Mademoiselle X... étant hypnotisée , je lui bandai les yeux et L'invitai ;'i lire à la première page d'un livre placé au-dessus de son front. Pendant plus d'un quart d'heure elle épela chaque mot, à voix basse, absolument comme un écolier qui eonnall à peine ses Lettres, puis elle s'écria avec vivacité et en pleurant : Dictionnaire français par Raymond. (Exact.)

Interrogée sur ce que faisait ma lille, qui était sortie depuis une demi-heure avec sa bonne :

— Elle est chez une dame que je connais — Son nom? —

Oh! je la connais! — Mais alors nommez-la.

Elle réfléchit longtemps, comme si sa mémoire l'eût abandonnée, et enfin elle nomma madame G

C'était très-vrai, et j'ignorais, comme la somnambule, que ma fille dût aller chez cette dame.

Lui ayant mis une lettre dans la main, elle lut la signature avec facilité, tandis qu'il lui fallut au moins une demi-heure pour dire le nom d'une personne qu'elle, connaissait beaucoup et qui était entrée dans la chambre au moment de l'expérience. Pendant qu'elle s'efforçait de nommer celle personne, je lui adressai d'autres questions, mais je ne pus la distraire de ses idées; elle répondait toujours : Ce nom! Ce nom! Lorsqu'elle l'eut enfin

trouvé cl qu'elle le prononça, elle versa des larmes abondantes.

Invitée de nouveau i\ lire ;ï la première page d'un livre placé derrière sa tête, la somnambule épela très-distinctement , et plus de vingt fois de suite, le mol Révélations, qui était le premier du titre du livre, sans pouvoir prononcer ce mot. On eût dit qu'elle

156 COURS DE BRAIDISME.

oubliait chaque syllabe au fur et à mesure qu'elle eu épelait une nouvelle.

Parmi les faits que j'ai observés, il y en a trois que je puis citer comme des exemples de divination et de prévision.

Le premier est relatif au prénom d'un prêtre que la somnambule prononça, quoique ce prénom lui fût inconnu, aussi bien qu'à toutes les personnes présentes à l'expérience. Le second concerne un malade atteint d'une affection organique de l'estomac. Je conduisis mentalement la somnambule chez ce malade , et je la priai de me dire où il souffrait.

— A l'estomac... je vois une grosseur, du sang, de l'humeur

pauvre monsieur! — Croyez-vous qu'il guérira? — Non.

Le malade mourut un mois après.

Voici le troisième fait :

— J'attends des parents, dis-je à la somnambule, pourriez-vous

me dire quand ils viendront? — Mercredi prochain Oh! non...

attendez... Jeudi matin... oui, jeudi; bien sûr.

Cette prévision s'est l'éalisée.

Les indications données par la somnambule sur ce que faisait mademoiselle E. V..., sur sa bague et sur l'étui de madame J... (voyez p. 84 (1)), ne doivent-elles pas être considérées aussi comme des faits de divination ?

XVII. M. Gigot -Suard rapporte en ces termes une remarquable déclaration de M. Rostan, professeur à la Faculté de médecine de Paris :

A son cours de l'hôpital de la Pitié, le professeur Rostan fit le récit suivant, recueilli sous sa dictée par l'abbé Loubert, alors élève en médecine :

« En fait de prévision somnambulique , Messieurs, j'ai vu des faits bien singuliers , et c'est à peine si j'ose en croire mes observations nombreuses. A l'hôpital de la Salpêtrière, je fis entrer une femme en somnambulisme en présence de plusieurs médecins. Assise sur son lit, elle était dans le calme le plus profond; tout à coup elle s'agite violemment, comme une personne en proie à la

(1) Page 154 de ce livre.

APPENDICE A LA CINQUIEME CONFERENCE r.7

souffrance. Nous lui demandons la cause de ce changement subit,

elle ne vrui pas répondre d'abord, puis enfin elle nous dil : Ji sens Félicité qui approche. En effet, au boni d'un instant, la porte s'ouvre et nous voyons entrer In malade qu'elle tenait de désigner. La somnambule paraissait souffrir de plus en | » I n < , nous insistons pour en connaître la cause, mais elle s'excuse en disant qu'elle craint de chagriner son amie. Nous la faisons sortir, ne sachant pas trop à quelle révélation nous (levions nous attendre, et nous pressons de nouveau les questions , afin de dissiper notre incertitude; elle répond : « Les médecins croient qu'elle est attaquée de la poitrine; mais il n'en est rien, e'esl le CŒUr qui est malade. » Mlle continue : < Dans quatre jours, samedi, à cinq heures , elle aura une violente héinorrha;>ie ; vous la ferez saigner,

mais vous ne l'empêcherez pas de mourir six jours après. Lliémorrhagie cul lieu, Messieurs, le samedi à l'heure indiquée; on saigna , suivant L'indication de la science , et six jours après , la prévision eut son entier accomplissement. L'autopsie vérifia le diagnostic delà somnambule. - [La Vérité sur le Mesmérisme démontrée par l'Hypnotisme, par le Dr Gigot-Suard de Lcvroux . I ne brochure. Prix : 3 IV. Chez Labbé, à Paris.)

Xl'III. On lit ce qui suit à la page 60 du livre de Braid, intitulé Witcïicrqft , hypnotism :

Un de mes sujets qui dans l'état de veille ignorait la grammaire de sa langue, et n'avait que très-peu de connaissance en musique, mais était naturellement doué d'une belle voix, parvenait à accompagner Jenny Lind, une fois dans le sommeil hypnotique. La somnambule réussissait à imiter d'une manière si complète la voix de cette dame en chantant avec elle des morceaux dans différentes langues dont elle n'avait jamais entendu parler auparavant, qu'elle reproduisait à la fois les paroles et la musique avec une précision cl une simultanéité parfaites , à tel point «pie les personnes présentes ne pouvaient distinguer les deux voix. | Witc/icraft, /ii/j>iiotism, p. 09.)

XIX. Un homme dont la critique sévère et la rare érudition sont universellement appréciées, M. A. M.uuv, de

l'Institut, apporte un témoignage à l'appui de ce que nous avons avancé concernant les modifications organiques susceptibles d'être produites par l'idéoplastie. Ce qui suit est extrait de V Encyclopédie moderne, article Extase :

Non-seulement plusieurs saints et saintes ont éprouvé les douleurs du crucifiement , mais certaines saintes ont encore ressenti les souffrances de la couronne, d'épines, et, qui plus est, elles ont offert sur le front des traces incontestables de ce cruel supplice , à la suite des visions dans lesquelles elles s'étaient vues ainsi martyrisées.

XX. MM. les docteurs Demarquay, chirurgien de la maison municipale de santé, du conseil d'Etat, membre de la Société de chirurgie, etc., etc., et Giraud-Teulon , ancien élève de l'Ecole polytechnique, lauréat de l'Institut, ont aussi apporté leur contingent à la démonstration du braidisme. Ces messieurs viennent de publier sous le titre de Recherches sur l 'hypnotisme ( chez J. B. Baillière,é à Paris) une série d'expériences dont quelques-unes doivent trouver place ici :

Oiss. 22. — Une dame de vingt ans est plongée dans le sommeil nerveux, sans le secours de l'objet brillant, sans strabisme provoqué par conséquent, et seulement par le maintien du regard dans la fixité légèrement convergente et le globe tourné en haut. Après quelque cinq à six minutes, elle s'endort.

Madame B..., quelques minutes avant notre entrée, avait reçu une lettre de son mari qui lui annonçait son arrivée pour le soir même à six heures; et après sa longue et ennuyeuse solitude dans sa chambre de malade, cette nouvelle avait fait naître en elle une grande préoccupation de bonheur. Aussi, à peine endormie, interrogée sur son état, elle répond d'abord qu'elle est très-bien et très-heureuse. — Que voyez-vous ? — Mon mari. — Où est-il? —Il vient, il est en chemin de fer; il sera ici ce soir à six heures. —

Quelle heure est-il maintenanl '. I>ix bearei el demie notion loujrni rs exacle de L'heure chez ions les sujets).

— Voulez-vous venir au-devant de votre mari? - Oui. -— Eh bien, levez-vous ; donnez-nous le bras. La malade Be lève et fait quelqu* l>iis, mais avec peine, et comme luttant contre quelque tendance instinctive contraire. Pressée par nous, elle répond que son mari lui l.iii signe de ne pas avancer, qu'il y a danger à l'approche du convoi. Avançant graduellement vers la porte, le courant d'air froid qui en provient frappe son visage. Elle se réveille subitement, et sa physionomie exprime la plus grande surprise.

XXI. Les réflexions suivantes de MM. Demarquav cl Giraud-Teulon nous méritent d'être notées :

Les physiologistes qui ont consacré leurs méditations à l'étude de quelqu'une des fonctions spéciales que nous venons de nommer, les médecins qui se sont occupés plus ou moins attentivement des perversions desdiles fonctions ou (\c> troubles survenus dans leurs appareils, pourront être conduits à de précieux renseignements par les investigations qu'ils auront l'occasion de faire dans cette voie. L'hypnotisme, dans les circonstances où le médecin aura eu l'avantage de le rencontrer sur sa roule, OU dans celle où il aura cru devoir ramener, peut donner lieu à une analyse aussi utile que curieuse des sens spéciaux, de celui de l'audition, par exemple, qui paraît être le seul profondément influencé [Inexact]. On pourra étudier, au moyen de celte nouvelle dichotomie survenue entre les manifestations générale et spéciale de la sensibilité, ce qui, dans les fonctions, relève de l'une ou de l'autre. Rechercher si l'exaltation de la sensibilité spéciale, par exemple, est un l'ail propre à ce déparlement du système sensible, surexcité pendant (pie le système général s'endort ; ou bien si, au contraire, cette hyperesthésie n'est qu'une circonstance secondaire el subordonnée à l'apparition plus nette d'un certain ordre de sensations, par suite du sommeil tics autres. Des investigations sérieuses dans celle ligne peuvent apporter de nouvelles lumières sur les affections de l'organe de l'ouïe et notamment sur les paralysies. C'est un sujet que nous signalons à l'attention des médecins el des physiologistes. Il ) a là peut-être nue source précieuse de données diagnostiques nouvelles.

160 COURS DE BRAIDISME.

XXII. Les deux observations qui suivent, extraites du même ouvrage, nous paraissent de nature à détromper quiconque regarderait le braidisme comme un jeu innocent :

Des phénomènes du même ordre, mais présentant un caractère beaucoup plus redoutable et propre à entraîner à leur suite autant de conviction que d'effroi , se sont offerts depuis à notre observation. Une dame de la ville, hypnotisée et interrogée, dans des conditions analogues à celles relatées dans la précédente observation, se prit, pendant cet état de sommeil loquace, à répondre à notre curiosité scientifique par des confidences faites pour satisfaire une tout autre sorte de curiosité, et tellement graves, tellement dangereuses pour elle-même, qu'aussi effrayé pour la malade que frappé de notre responsabilité ainsi fatalement engagée, nous nous empressâmes de réveiller la malheureuse auteur de ces trop libres communications.

Comme élément nouveau propre à ajouter à la conviction, nous placerons ici l'observation suivante dont le sujet est au-dessus de toute espèce de soupçon, dont le nom respecté ne peut être allié à l'idée de supercherie , et qui d'ailleurs n'avait personne à tromper.

Obs. — Une dame du monde, très-impressîonnée et très-impressionnable, témoin de quelques expériences d'hypnotisme, en parle dans sa famille à son retour chez elle. Curieuse de vérifier sur ellemême les faits dont elle a été témoin , elle se prête à un essai du même genre. Un objet brillant est placé devant ses yeux par un de ses parents, la chose se passant tout à fait dans l'intimité et sans médecin présent. Au bout de quelques minutes, la permanente fixité de son regard surprend : on interrompt l'expérience et on l'appelle; pas de réponse; on prend un de ses bras qui, soulevé, retombe. On se regarde; l'effroi commence à gagner autour d'elle. Que faire? pas de médecin , pas d'indication visible à remplir. Le mari, le fils commencent à s'effrayer : ce dernier, les larmes aux yeux, se précipite sur sa mère, et couvre son front, ses yeux de baisers. Madame de... se réveille, et tombe dans une belle attaque de nerfs. Après la crise de larmes et la détente obtenue, elle dit alors qu'elle a eu une dure épreuve à subir ; qu'elle avait toute sa

connaissance, voyait sa famille en larmes cl dan l'effroi, pouvoir faire aucun signe qui mil un lerme A celte situation pénible. Un grand poids sur le creux épigastrique lui semblait opprimer sa respiration, et quant a son système musculaire, elle ('•i.iit, c'est son expression, • enveloppée comme d'une chemise de

ploml) h .

Madame de... ;i étépendanl deux journées souffrante i la suite de celte petite expérience fantaisiste. Son caractèrene permet aucun doute quant ;ï la parfaite réalité de toutes les circonstances du récit.

Madame de..., comme tous les autres sujets, s'est plainte de s'être trouvée à son réveil couverte d'une sueur froide générale.

En présence de ce concours de témoignages émanés des sources les plus respectables et venus de toutes parts, quel cas convient-il de faire des dénégations obstinées de certaines gens qui, déclarant n'avoir rien vu, ne peuvent invoquer que leur ignorance à l'appui de leur démenti?

SIXIEME COXFERENCE.

Aurcs liaient.

Résumé général. — Réponse à quelques critiques. — Appel aux médecins.

Avant d'ouvrir la séance expérimentale qui va clore ce cours, tournons nos regards sur la route qui vient d'être parcourue, et embrassons d'un coup d'œil synthétique les divers points de doctrine que nous avons signalés en courant.

Un des premiers corps scientifiques d'un pays réputé le plus éclairé de la terre s'est ému dernièrement d'une découverte étrange, inouïe. Mais, à la grande surprise des savants, cette découverte venait à peine d'être annoncée au monde, que de tous les pays et de tous les siècles des voix s'élevaient pour en revendiquer la priorité.

L'histoire, appelée à se prononcer sur cette compétition inattendue, déclara, comme la sagesse des nations, qu'il n'est rien de nouveau sous le soleil , et l'histoire donna son suffrage aux contemporains du déluge.

Et pourtant, oui, Messieurs, il est quelque chose de

SIXIÈME CONFÉRENCE, véritablement d ou veau, quelque chose qui semble la propriété exclusive de noire époque, c'est la négation, par Ja science enseignante, de tout un ordre de faits qui sont la manifestation d'une des grandes faces de la nature humaine cl l'expression Ja plus admirable de ses facultés. Ces faits, restés inexpliqués, mais universellement admis jusqu'au dix-huitième siècle, furent alors rejetés par la philosophie : impuissante à résoudre le problème, elle le supprima. Mais si, pour son humiliation, la science moderne devait si longtemps fermer les yeux aux vérités qui seules viennent pénétrer de quelques lueurs la mystérieuse origine de l'homme, qui sont en même temps l'appui de ses croyances les plus chères et de ses plus nobles espérances, en revanche aussi il lui était réservé d'arracher ces vérités inappréciables aux landes sauvages de la superstition et de l'empirisme pour les transplanter dans le jardin des connaissances rationnelles et certaines.

Sous le nom ft hypnotisme (qu'il faut remplacer désormais par celui de braidisme\ une première catégorie de ces faits proscrits est sur le point d'être réintégrée dans le cadre officiel des études anthropologiques. Nos conférences ont eu pour but de vous offrir une exposition raisonnée de ce sujet aussi intéressant que nouveau.

Le braidisme se réduit, dans sa pratique la plus élémentaire, à faire attacher les regards d'un individu sur un point fixe, pour arriver, par ce simple moyen , à dé-

164 COURS DE BRAIDISME.

terminer chez lui l'état d'insensibilité. Nous avons démontré que toute la vertu de ce procédé réside dans la concentration et la quasi- suspension de la pensée auxquelles il donne lieu , et dans une congestion nerveuse du cerveau, qui en est l'effet physiologique consécutif. Nous avons ensuite fait voir que cette opération n'est qu'un simple préliminaire qui doit être complété par l'emploi d'une action nouvelle et déterminante. Cette action, c'est Vimpression mentale, c'est la suggestion d'idées capables de produire une réaction modificatrice non-seulement sur les diverses fonctions du cerveau, mais aussi sur les diverses fonctions de la vie organique elle-même.

Passant à l'examen des rapports que l'anatomie et la physiologie ont constatés entre le cerveau et toutes les divisions du système nerveux, nous avons cru trouver dans la considération raisonnée de ces données positives une explication claire et complète de cette surprenante influence. Nous avons d'abord été amenés à reconnaître que toutes les fonctions vitales se rattachent au cerveau par des conducteurs d'actions excitatrices et d'actions motrices qui placent la vie animale et la vie végétative dans une dépendance réciproque et spécifique, d'où découle cette conséquence admirable, d'ailleurs surabondamment confirmée par l'observation vulgaire, que toute fonction organique tend à subir le contre-coup des modifications survenues dans une certaine fonction mentale corrélative. Or, avons-nous fait observer, toute modification mentale est un phénomène de la conscience, et, par conséquent, elle est suscep-

tible d'être régénérée pur le souvenir. Doue les impressions de la mémoire peuvent agir sur les opérations de la vie nutritive. A ce sujet nous avons mentionné le

phénomène de la salivation, qui se produit également par l'application de corps sapides sur l'organe du goût ou par le réveil purement mémoratif d'une sensation de saveur anciennement éprouvée. L'exemple de ce qui se passe dans les conditions vitales , physiques et mécaniques de l'appareil procréateur sous l'influence d'émotions actuelles ou rétrospectives , apportait une preuve matérielle plus saisissante encore à l'appui de notre résultat théorique.

Nous ne pouvions méconnaître, toutefois, que celte action organomotrice des impressions de la mémoire est habituellement restreinte à un très-petit nombre de fonctions. Mais, d'autre part, nous avons montré comment il est possible d'obvier à cet obstacle naturel en appelant sur les points vitaux que l'on veut impressionner la force nerveuse artificiellement accumulée au cerveau. Cependant, ce nouveau secours lui-même, pour être efficace, avait besoin d'une impulsion : nous l'avons trouvée dans le stimulant de la crédivité , c'est-à-dire dans Yajprmation.

En esquissant cette théorie de Pidéoplaslie, nous avons touché à quelques questions avoisinanles dont l'intérêt saisissant nous a arrêtés.

On est habitué à considérer les phénomènes vitaux qui se développent sous l'action des agents extérieurs, comme ayant pour cause efficiente ces agents eux-mêmes-,

166 COURS DE BRAIDISME.

ou, du moins, comme ne pouvant se produire sans leur concours. Nous avons essayé d'établir — et nous espérons y être parvenu — que la cause essentielle de ces phénomènes est tout entière dans les facultés vitales, et que la spécificité des agents tient uniquement à une disposition externe et purement physique de chaque organe, disposition qui en s'adaptant à leur nature respective les met en relation spéciale et exclusive avec les facultés qui leur correspondent.

Ainsi, agir sur les facultés vitales, quelque voie et quelque moyen que l'on prenne pour y arriver, c'est modifier les fonctions que ces facultés exercent. Dès lors il est aisé de comprendre que, toutes les facultés vitales ayant leur siège au cerveau ou se trouvant sous l'influence de cet organe, toutes les modifications physiologiques spéciales provoquées par la lumière, par les vibrations sonores de l'air, par les aliments savoureux, par les émanations odorantes , par les agents pharmaceutiques appelés vomitifs, purgatifs, diaphoniques, diurétiques, etc., peuvent être réalisées en dehors de l'intervention de ces agents matériels, et seulement par l'action réciproque des forces vitales sur elles-mêmes.

Ici nous nous sommes demandé : quelle est la nature intime de ces forces vitales, seules en possession réelle des propriétés attribuées à la matière, à cette matière qui , nous étant connue seulement par ces qualités d'emprunt, ne reposerait plus, ce semble, que sur une illusion? que sont en elles-mêmes ces forces mystérieuses qui, après avoir été niées, menacent maintenant d'ab-

SIXIEME COXFKBEXCE. ! -

sorjber en elles toute existence .; qu'est-ce «loin- que les forces vitales '

La méthode induclive nous a prouvé autant qu'il esl en son pouvoir de le taire, que les forces vitales sont toutes de même nature, et qu'elles sont radicalement homogènes au principe de la sensibilité et de la pens

Après avoir déterminé la phénoménologie subjcclivc des forces vitales, nous avons voulu rechercher la nature de leur objectivité ontologique, et nous avons tenté une incursion dans les hautes sphères de l'ontologie générale. Xous étions parvenus à déterminer l'essence subjective des forces motrices de la vie chez rhomme et chez les animaux en les ramenant toutes à un principe commun qui a la propriété de se sentir, de s'analyser et de se connaître lui-même, le moi. Ce résultat obtenu, nous avons cherché à nous élever jusqu'à la conception de la nature essentielle du principe unir rerscl du mouvement.

Par des arguments nouveaux que nous aimons à croire irréfutables en attendant qu'ils subissent l'épreuve delà discussion, nous pensons avoir établi que \a force motrice première est partout essentiellement identique à elle-même, et identique partout au principe de la sensibilité et de la pensée, au mot.

La théorie venant ainsi donner raison à l'aspiration universelle vers l'immortalité, et au sentiment inné de la justice, établirait deux vérités d'une importance incomparable :

La première, c'est que l'âme étant l'élément infinité-

168 COURS DE BRAIDISME.

simal et absolu de la substance, ne peut périr, car elle est principe et non conséquence, cause et non effet; car, seul être primordial, seul être incréé, seul être existant par lui-même, elle est à l'abri de la dissolution, la dissolution ne pouvant atteindre que ce qui tire son existence d'une agrégation de parties;

La seconde, c'est qu'il n'est qu'une seule nature primordiale dans l'univers, et que tous les êtres, quelque variés et quelque différents qu'ils nous apparaissent sous leurs manifestations actuelles, sont, toutefois, essentiellement et virtuellement identiques, et ont tous, dans l'infini, une même origine et'une destinée unique.

En présence des propriétés générales du braidisme dont nous avons fait rémunération, les applications utiles que nous sommes en droit d'en attendre s'offrent naturellement à notre esprit. Les chirurgiens lui demandent un anesthésique; il leur donnera le plus parfait après qu'on aura réalisé dans ses procédés quelques perfectionnements qu'il reste à découvrir sans doute , mais qui seront certainement la récompense d'une recherche sérieuse. La médecine pharmaceutique lui empruntera souvent des succédanés , et des adjuvants toujours. Les affections nerveuses, ces Protées de la pathologie, ces cauchemars de la thérapeutique , deviendront son apanage et le terrain de ses plus constants succès. Le rachitisme de l'intelligence, les déviations du caractère, trouveront en lui leur orthopédie. La facilité avec laquelle l'idéoplastie nous permet d'agir séparément sur les différents systèmes fonctionnels de l'économie en

SIXIÈME CONFÉRENCE. i' '

l'ail pour la physiologie expérimentale on instrument d'analyse d'une valeur inespérée. Enfin, en nous donnant le moyen de faire fonctionner séparément !<•> divers rouages de la pensée, d'en ramener l'exercice à ses opérations élémentaires, et <!<■ déterminer ces éléments à se prêter à toutes les combinaisons désirables; en nous apprenant en outre à lirer de leur latence une classe entière de manières d'être des facultés de l'âme, le braidisme fournit une hase expérimentale à la psychologie, qui dès lors devient science positive et prend rang dans le cadre élargi de la physiologie animale.

Après avoir résumé en peu de mots la doctrine dont ces conférences n'étaient destinées elles-mêmes qu'à vous présenter une esquisse à grands traits, je ne crois pas hors de propos de donner ici une courte réponse aux critiques dont cette doctrine a été l'objet. Mais d'abord la gratitude m'oblige à reconnaître que, si le livre où j'ai exposé, il y a cinq ans, les vues théoriques dont j'ai du *ne borner ici à donner quelques aperçus partiels, m'a attiré certains reproches, en revanche cette production de ma jeunesse m'a valu de la part d'illustres savants et des plus profonds penseurs de notre époque, des encouragements infiniment précieux.

« Votre enseignement n'est point médical » , me disait dernièrement un honqrable membre de l'Académie de médecine, qui, je le crains bien, est un peu plus dévoué aux traditions de son école que ne le voudrait le libre

170 COURS DE BRAIDISME.

examen scientifique. Veut-on ru'accuser par là d'avoir méconnu quelqu'une des vérités certaines rigoureusement établies par la science? ou bien veut-on dire que j'ai manqué de soumission aux hypothèses dogmatiques de nos maîtres? Si ma doctrine s'appuie sur des faits controuvés ou sur des raisonnements forcés, je suis en droit d'attendre qu'on me signale ces erreurs; que si, au contraire, mon seul tort est d'avoir foulé aux pieds les préjugés classiques pour arriver à des vérités nouvelles sous la conduite d'une observation exacte, d'une logique scrupuleuse et inéluctable, j'accepte le reproche sans en être humilié. Personne n'ignore que les grandes innovations, que les plus importantes acquisitions de l'esprit humain, dont l'accumulation progressive constitue le précieux trésor de nos connaissances présentes, furent autant d'hérésies qui prévalurent après une lutte contre la science orthodoxe. Pour nous renfermer dans l'histoire de la médecine, rappelons que les glorieuses découvertes de Harvey, de Jeûner et de vingt autres, furent déclarées coupables au premier chef contre la science. On rencontre quelques pathologistes de la vieille roche qui refusent encose de regarder au microscope pour ne pas éprouver la douleur d'y voir la réfutation humiliante de conceptions erronées qui n'en resteront pas moins à jamais pour eux la saine doctrine médicale.

On m'a reproché d'être tout à la fois idéaliste et matérialiste , vitaliste et organiciste. . Un tel blâme est un éloge. La recherche philosophique, dans sa période empirique et rudimentaire, enfante des conceptions étroi-

SIXIÈME COMF1 BEN jti

!' - . simplistes . exclusive! et ennemies. I

>'al!.ic|i;m( à un seul coté de la \ roil DOUI

mootrer lotit entier* lileetiou , et

nie l'existence de set autn le. Cet! It a

d'une philosophie plus complète et plus i ire an tome i la querelle en coordonnant les prin< vraie des systèmes rivaux «l en taisant de leurs antithèses l< - termes symétriques d'une synthèse supérieure. C'est (lune pour té plue grand honneur de cet eus ment que le spiritualisme el le matérialisme, t'animii et l'orgaaieisme, s'y donnent fraternellement la main dans une réconciliation franche et défioitive.

On m'accuse encore d'avoir parlé - ! et sans

mépris de la phrénologie , du mesmérisme et de quelques autres hérésies physiologiques et médicales. I délit est patent, et je suis réduit à plaider les circonstances atténuantes. L'avis que je me suis permis de porter sur ces irritantes questions n'est point un écho servile de l'opinion dominante, c'est le fruit d'un examen loyal, patient, lahorieux, approfondi. Ceux qui me blâmenl sont-ils bien sûrs de pouvoir se rendre à euxmêmes un pareil témoignage?

Je fais cas autant que personne des saines et fécondes lumières dont nos académies sont le brillant foyer; mais quant à l'esprit de secte, quant aux préjugés aveugles et passionnés qui. trompant la vigilance de ses gardiens, out pénétré dans le sanctuaire de la science, se sont installés à ses côtes et partagent avec elle l'encens de - s adorateurs, ce sont là de fausses divinités auxquelles on ne me verra jamais sacrifier. J'ai exprimé mon senti-

172 COURS DE BRAIDISME.

ment sur toules choses, et je veux l'exprimer toujours,

avec toute l'indépendance d'un humble chercheur de

vérités qui ne s'est inféodé à aucune coterie, qui n'a juré

fidélité à aucun credo, et qui n'a ni patrons ni clients à

ménager.

Le fait expérimental que je vous ai annoncé et que j'ai réussi à produire devant vous dans ma troisième conférence , n'a pas moins de peine à se faire accepter de certains esprits que la théorie à l'aide de laquelle nous avons cherché à nous l'expliquer. Le scepticisme a ses égarements comme la superstition, et l'évidence la plus éclatante ne suffit pas toujours pour dessiller les yeux qu'il a fermés. Ainsi, il est des savants, d'ailleurs très-dignes de ce nom, qui se montrent, à l'égard des phénomènes du hraidisme, bien autrement incrédules que le saint incrédule de l'Evangile. Il ne leur suffit pas de voir et de toucher pour être convaincus d'une réalité qui leur répugne, ils exigent en outre qu'il leur soit démontré que leur répugnance est dénuée de tout fondement et qu'ils sont dupes d'une prévention gratuite. Nous allons essayer de les satisfaire.

Préjugeant le fait en question, on l'a classé tout d'abord dans l'ordre du merveilleux et du surnaturel , c'est-à-dire dans l'ordre des illusions, des supercheries et des impossibilités. Ce fait a eu beau depuis s'attester aux cinq sens par les manifestations les plus matérielles, on l'a repoussé comme une décevante fantasmagorie. Et pourtant, Messieurs, avec plus de calme et de réflexion, il était aisé de s'apercevoir que rien n'est moins prodigieux que cette merveille, que rien n'est moins

merveilleux que ce prodige, que rien n'est plus raisonnable que celle absurdité, <'t qu'enfin il n'est rien <[iii soil plus vulgaire, qui nous soit plus familier, et que

nous observions à tous les instants du jour avec plus d'indifférence. J'ai avancé qu'une impression faite sur le moral d'une personne, qu'une idée évoquée dans Bon

esprit, peut exercer sur chacune des fondions de son économie une influence spécifique dont une deuxième personne peut prendre la direction cl lui faire produire une série d'effets physiologiques au gré de sa volonté... et l'on s'est récrié. Mais les agents matériels de la pharmacie ne donnent-ils donc pas le même pouvoir à la main qui les administre? Cette puissance de modifier les opérations et les énergies de la vie, on l'accorde sans marchander à ce qu'on nomme la matière inerte, et on ne trouve rien que de naturel à ce qu'il en soil ainsi; mais vouloir attribuer le même pouvoir sur la vie à la vie elle-même, vouloir attribuer le même pouvoir sur le mouvement vital à la force inimitable qui met ce mouvement en branle, qui l'anime, qui le soutient et le

pondère, c'est de la folie, assure-t-on

Messieurs, qu'il me soit permis de vous demander, à mon tour, pour quel secret usage vous entende/ réserver la logique et le bon sens. Serait-il vrai que l'on aurait attendu nos expériences pour se douter que L'état moral peut avoir une réaction sur l'étal physique? Ignore-t-on que telle émotion suffit pour changer, instantanément et de la façon la mieux accusée, l'activité sécrétoire de certaines glandes et les dispositions mécaniques de certains tissus et de certains organes? A-t-on besoin d'apprendre

174 COURS DE BRAIDISME.

que certaines formes de la peur déterminent une sécrétion extraordinaire de l'urine et altèrent la composition normale de ce produit? qu'une autre variété de ce sentiment agit sur l'intestin de la même manière et avec la même efficacité que le drastique le plus matériel et le plus violent? Ne sait-on pas que les neuf dixièmes au moins des affections du cœur sont causées par les peines morales? Quelques heures d'angoisses n'ont-elles pas suffi souvent pour faire passer au blanc de neige les cheveux du noir le plus pur? Poisons plus subtils que l'acide prussique, trois mots, trois syllabes soufflées inopinément à l'oreille d'un homme, maintes fois ne l'ontelles pas foudroyé, ne l'ont-elles pas frappé sur-le-champ de mort ou de démence?

Quel est le médecin, quel est l'homme du monde, quel est l'ignorant qui ne soit instruit de toutes ces choses?

La conscience de quelques personnes se révolte à penser que leur âme, par la suggestion d'une idée qui vient la surprendre, qui s'impose à elle, qui s'empare de ses sens, de son intelligence et de ses affections, et les surexcite ou les étouffe, puisse tomber à la merci de l'àme d'une autre personne, de telle sorte que, pour employer le langage expressif de M. le docteur Azain, l'une de ces âmes puisse jouer avec les facultés de l'autre comme on joue avec les touches d'un clavecin. On nie la possibilité d'un pareil outrage à la majesté de la nature humaine, d'un tel attentat à l'inviolabilité morale, d'une semblable violation du sanctuaire de la personnalité et du libre arbitre, parce qu'elle exclurait, dit-on,

la responsabilité individuelle, la morale, et jusqu'à P existence de Dieu. J'invite des personnes à porter d'abord leur attention sur un f.iii donl elles se sont trop peo embarrassées, sur un fail que nul du reste ne songe h mettre en doute, el qne chacun accepte sans murmure :

l-c suc do deux plantes, le pavot blanc et le chanvre indien , a la propriété de fermer nos sens à la réalité et de traîner notre imagination à travers les aberrations les plus lamentables de la folie; un verre d'alcool renverse la raison de son trône sublime, el quelques minutes lui suffisent pour faire tomber le plus noble génie au-dessous de la brute. Certaines drogues bien connues, donl l'abus a été prévu par le Code pénal, ont le pouvoir sacrilège de souiller la pureté de Lucrèce, de triompher de sa vertu , et de jeter son cœur en pâture à toutes les ardeurs de Messaline. Si la majesté humaine, la libellé morale, la justice et Dieu peuvent rester intacts devant cet asservissement profond, devant celle profanation manifeste de l'esprit par la matière, comment ces grands principes seraient-ils donc renversés parce que l'esprit subirait l'influence de l'idée, c'est-à-dire de la plus noble de toutes les puissances, d'une puissance qui lui est congénère, qui est une émanation de lui-même?

La réduction en un système méthodique d'applications utiles de l'influence, en tout temps reconnue, de nos idées sur notre état moral et sur notre état physique, est sans doute un résultat immense; mais ce résultat n'a rien qui doive surprendre; ce qui est digne d'étonnément, c'est qu'il n'ait pas été prévu et réalisé plus tôt.

Mais un pouvoir aussi absolu de l'homme sur son sem-

176 COURS DE BRAIDISME.

blable n'est-il pas un formidable danger, et peut-il être envisagé sans les plus graves appréhensions? Certes, le braidisme ne saurait échapper à cette double destinée de toutes les forces de la nature qui les a rendues susceptibles de causer d'autant plus de mal qu'elle les a faites plus puissantes à produire le bien. Les effets pernicieux par lesquels elles se révèlent le plus souvent à notre connaissance ne sont donc que le signe et la mesure des avantages qu'il dépend de nous d'en tirer. Les premiers sont imputables à notre ignorance ou à la perversion de nos désirs; la science et la société nous assurent la jouissance des seconds.

La flamme qui nous éclaire et nous réchauffe peut devenir sans doute une torche incendiaire, et le soc nourricier de la charrue peut se changer, lui aussi, en poignard d'assassin. Et pourtant! qui de nous songerait à proscrire le feu et le fer, et voudrait se priver de ces indispensables auxiliaires pour quelques trahisons dont notre dépravation ou notre ineptie est seule coupable ?

Que le braidisme soit donc le bienvenu, car il se présente aux hommes les mains pleines de vérités, de consolations et de secours réparateurs. Mais , aux médecins, d'une part, et, de l'autre, à ceux qui ont la haute mission de veiller au bien public , incombe le devoir de diriger et de maintenir celte puissance nouvelle dans la voie de ses applications légitimes. Quels maux ne faudrait-il pas en attendre si, méconnue des savants, ignorée de la société, elle devenait le jouet d'une curiosité frivole, et si le crime, plus éclairé que la vigilance

sociale, allait découvrir en cll<: une sûre garantie d'impunité 1

J'adjure la science, cl en particulier la médecine, que celte question concerne de la manière la plus directe, je L'adjure de reconnaître solennellement des faits qu'elle ne saurait plus longtemps /lier sans léser de la façon la plus grave et la moins pardonnable les intérêts majeurs de la soeiélé , et sans consommer son propre discrédit.

Mais à côté des faits que je suis venu vous signaler, il s'en produit une multitude d'autres également importants, plus importants peut-être, dont le bruit remplit déjà le monde sans que les savants impassibles aient daigné jusqu'ici prêter l'oreille. Tous ces faits, que notre ignorance qualifie de merveilleux, sont autant de manifestations encore confuses d'un ordre de propriétés de la vitalité humaine qui, de même que la circulation du sang, l'électricité, l'élcclro-magnétisme, la puissance de la vapeur, la sphéricité et le mouvement de la terre, ont existé de tout temps, mais longtemps à notre insu. Ces phénomènes, si prodigieux que notre imagination se les représente, ne sont néanmoins que des problèmes de biologie, et c'est du médecin qu'ils relèvent. Qui sait? la vie humaine est peut-être un livre en deux tomes, dont le premier jusqu'ici a seul attiré l'attention du biologiste; et peut-être le second, celui qui renferme la conclusion de l'ouvrage et le dénoùment du drame mystérieux, s'entr'ouvre-l-il maintenant à nos regards dans les manifestations étranges dont je vous entretiens !

Que la science brise hardiment tous les sceaux de ce

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livre : à elle seule il appartient de l'interpréter. Au milieu des ruines des croyances naïves du passé dont elle travaille sans cesse à démolir, pierre à pierre, le provisoire édifice, c'est à la science d'élever, sur les fondements éternels de l'expérience et de la raison , ces templa serena de la Vérité, où la déesse doit se montrer a nous sans voiles, d'où les terreurs puériles et les doutes rongeurs seront également bannis, et sur les portes desquels nous pourrons tracer ces paroles du poète, que je me plais à redire en attendant, pour exprimer mon plus ardent désir et mon plus ferme espoir :

Félix quipotuit rerum coqnoscere causas, Atque metas omnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus strepitumque Acherontis avari.

eureux qui des effets a pénétré les causes ! "lave de la crainte , il voit tomber ses fers ; Et dans l'affreuse mort, qui frappe toutes choses, Il s'explique et bénit la Loi de l'Univers.

dery.

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