IX. M. Tavermer (de la Nièvre), médecin, et rédacteur
de Y Opinion Nationale, nous a dit avoir reçu communication d'une amputation d'un doigt de la main pratiquée sans douleur par un chirurgien de province, à la faveur du sommeil braidique.
Nous croyons qu'il n'est pas hors de propos de citer ici quelques observations d'anesthésie opératoire obtenue par les procédés particuliers du mesmérime :
X. On lit la déclaration suivante dans une communication faite par M. le docteur Esdaile, chirurgien des hôpitaux de Calcutta, à M. Uraid, chirurgien à Manchester :
Durant les dernières six années, j'ai exécuté plus de trois cents opérations capitales de toute espèce, et dont beaucoup étaient de la nature la plus terrible, sans occasionner aucune douleur aux patients ; dans tous les cas l'insensibilité était produite de la même manière [par le niesmérisme.] {Wilchcraft, p. 78.)
Un article de AI. le docteur Charpignon, publié dans la Gazelle des hôpitaux, donne le relevé suivant :
C'est sons l'influence de celte tbéoric et de ces procédés qu'on voit, à dater de 1820, se produire des opérations chirurgicales d'une importance réelle. Ainsi, en 1829, M. J. Cloquet ampute t un sein sur une dame magnétisée par le docteur Chapelain.
En 1845, le docteur Loysel ampute à Cherbourg une jambe sur une demoiselle endormie par M. Durand, professeur de philosophie.
En 1846, il enlève, avec le même concours, un paquet de glandes cervicales dégénérées au nommé Bjgysset, âgé de dix-huit ans; enfin à. Anne Lemarchand ; une troisième fois cette opération est encore pratiquée sous la même influence.
Ces observations ont été publiées dans une brochure intitulée Recueil d'opérations chirurgicales sur des sujets magnétisés, par Loysel, docteur en médecine à Cherbourg.
En 1817, le docteur Ribaud et M. Kiaro, dentiste, enlèvent, à
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Poitiers, une tumeur volumineuse de la mâchoire à une fille endormie par M. Valette.
En mars 1845, amputation de la cuisse d'un jeune homme par le docteur Fanton; en septembre 1845, amputation du bras •de madame Northway par le docteur Joly. Vers la même époque, amputation de la cuisse sur miss Lakin par le docteur Toswel.
Observations expérimentales.
XL M. le docteur Azam, médecin des hôpitaux de Bordeaux et professeur à l'Ecole de médecine de cette ville, a écrit dans les Archives de médecine et de chirurgie, numéro de janvier 1860, un article fort curieux dont je donne les extraits suivants :
Mademoiselle Marie X..., âgée de vingt-deux ans, rue Arnaud- Miqueu, à Bordeaux, ouvrière en orfèvrerie, est grande, bien constituée, d'un tempérament nerveux, mais n'a jamais eu d'attaques de nerfs; sa santé a toujours été bonne; elle porte sur le visage des traces peu apparentes d'une ancienne paralysie faciale. Assise sur une chaise ordinaire , je la prie de regarder une clef
Quelquefois la parole est impossible ; une simple friction la rappelle immédiatement, et mademoiselle X... parle, mais seulement quand elle est interrogée, et d'une voix plus faible qu'à l'état naturel, et comme voilée. Une main nue est-elle placée à 40 centimètres derrière son dos, mademoiselle X... se penche en avant et se plaint de la chaleur qu'elle éprouve; de même pour un objet froid et à même distance, et tout cela sans que je lui eusse jamais parlé de ces phénomènes décrits par M. Braid.
Si pendant la résolution (des muscles), je l'invite à me
serrer la main, et si, en même temps, je malaxe les -muscles de l'avant-bras, ceux-ci se contractent, durcissent, et la force développée est au moins d'un tiers plus considérable qu'à l'état ordinaire.
Mademoiselle X... enfile rapidement une aiguille très -fine, et
écrit très-correctement, un gros livre étant placé entre a ueua fermés et l'objet. Elle marche dans sa chambre sans se heurter; c'est ce que L'on ;i raconté déjà du fameux séminariste de Bordeaux .
Si pendant la période de catalepsie, je place les bras de mademoiselle X... dans la position de la prière et les y laisse pendant un certain temps, elle répond qu'elle ne Êense qu'à prier, qu'elle se croit dans une cérémonie religieuse; la tête penchée en avant, les liras fléchis, elle sent son esprit envahi par toute une série d'idées d'humilité, de contrition; la tète liante, ce sont des idées d'orgueil ; en nn mot, je suis témoin des principaux phénomènes de suggestion racontés par Braid, et attestés dans Y Encyclopédie de Todd par l'éminent physiologiste M. Larpenler. (les expériences, répétées un grand nombre de fois différentes et sur d'autres personnes , arrivent ordinairement au même résultat.
L'ouïe atteint une telle acuité qu'une conversation peut
être entendue à un étage inférieur. Le bruit d'une montre est entendu à vingt-cinq pieds de dislance L'odorat se développe et
acquiert la puissance de celui des animaux l'ai vu -écrire très-
corrcctemcnt en interposant un gros livre entre le visage et le papier; j'ai vu enfiler une aiguille très-fine dans la même position; marcher dans un appartement les yeux absolument fermés et bandés; tout cela sans autre guide que la résistance de l'air et la précision parfaite des mouvements, guidés parle sens musculaire byperesthésié. ( ! !)
Chez les somnambules spontanés ou provoqués , L'intelligence peut être bypereslhésiéc pour ainsi dire, et certaines de ses fonctions, la mémoire par exemple, acquérir une puissance considérable ou avoir des dépressions subites. Ce fait, je le dirai en passant, a aussi une reproduction pathologique. Je rappellerai l'histoire bien connue d'une jeune tille de vingt ans, hystérique et somnambule spontanée, qui parlait latin dans ses attaques. Or c'était une paysanne absolument ignorante.
M. Azam fait remarquer ici que cette jeuue fille avait demeuré eu qualité de servante chez un curé, et il suppose que ses conversations latines pouvaient bien n'être qu'une réminiscence du bréviaire dont cet ecclésiastique
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lui aurait fait entendre la lecture en ce temps-là. II poursuit :
M. Broca nous a cité une jeune somnambule qui, chez un pasteur protestant , parlait , disait-on , hébreu , probablement de la même manière.
Nous prenons acte des faits importants et incontestables racontés par l'honorable M. Azam, mais nous entendons lui laisser toute la responsabilité de sa théorie Aliyperesthésie musculaire.
XII. Un ouvrage monumental, Cyclopœdia of anatomy and physiology ', publié à Londres par M. R. Todd, docteur-médecin et membre de l'Institut royal d'Angleterre, contient les passages suivants, empruntés à l'article Sleej). Cet article porte la signature de l'une des premières autorités physiologiques de notre époque, M. le docteur Carpeivter, professeur de physiologie et de jurisprudence médicale à l'Ecole de médecine de Londres, membre de l'Institut royal d'Angleterre, etc.
Nous avons été témoin de ce fait nous-même dans des
expériences hypnotiques faites sur deux individus, et nous nous sommes parfaitement assuré que la vision ne pouvait être d'aucun secours, en tenant un grand livre entre les yeux et la main de la personne écrivant. Non-seulement les lignes ont été bien écrites et leurs intervalles bien observés, mais encore les i étaient pointés et les t étaient barrés. Dans une occasion, le sujet écrivant revint d'une demi-ligne en arrière pour faire une correction : un mot fut biffé, un autre fut écrit au-dessus, et tout cela avec autant de précision que si la vision eût servi de guide.
Dans une autre expérience à laquelle nous assistions, un coup violent porté par un somnambule frappa par hasard un autre somnambule ; la combativité de celui-ci en fut enflammée, et ils en vinrent aux mains; une lutte énergique s'ensuivit, et les deux adversaires
furent difficilement séparés. Cependant, bien que leur colère lut encore en ce moment si violente qu'ils continnaienl fi l'invectiver avec fureur, une manœuvre babilemenl exécutée sur leurs musclei suffit pour les calmer el les mettre en parfaite bonne humeur.
[Cyclopœdia, vol. iv, p. dît'*.;