COURS DE BRAIDISME
La troisième séance eut lieu dans une réunion particulière où se trouvaient plusieurs personnes de distinction, parmi lesquelles je puis citer M. le docteur Bixio, ancien ministre; M. le général Trochu; M. Regnault, professeur au collège de France , membre de l'Institut ; M. Bertrand, professeur agrégé de la Faculté des sciences, membre de l'Institut; M. Emile Augier, de -l'Académie française; M. Barral, professeur de chimie, rédacteur du Journal d'Agriculture pratique.
Six personnes — deux hommes faits, une demoiselle de dix-huit ans, deux jeunes filles de quatorze ans et un petit garçon d'une douzaine d'années — se soumirent à l'opération préparatoire d'une manière en apparence consciencieuse. Trois se trouvèrent hypotaxiés; c'étaient : 1° M. le comte de ***, neveu d'un illustre homme d'Elat de l'Italie : M. le comte de*** me parut âgé de trentecinq ans, et d'un tempérament lymphatico-bilieux ; 2° la fille d'une des personnes que j'ai nommées plus haut, enfant de quatorze ans, d'un tempérament nerveux; 3° le jeune fils d'un autre membre de la réunion, dont le nom figure parmi ceux que j'ai cités.
Je réussis à produire sur ces personnes, mais à des degrés divers, des phénomènes de l'ordre musculaire, tels que résolution des muscles, catalepsie locale, mouvemenls incoercibles des bras et des jambes; course forcée tout autour de la salle, à la suite de l'expérimentateur, etc. Je ne pus parvenir à affecter les sens spéciaux chez aucun des trois sujets, qui restèrent constamment dans un élat de veille complet.
APPENDICE A LA CINQUIÈME CONFÉRENCE- \ir,
La quatrième séance fui donnée à mon domicile, devant un groupe de médecins, auxquels s'étaient réunis les nombreux hôtes de la maison. Je reconnus, ou l'on me fil remarquer, parmi ces messieurs, les docteurs Legouest, professeur de médecine au Val-de-Grâce, rapporteur de la Commission de l'hypnotisme nommée par la Société de chirurgie; Cerise, membre influent de la Société médico-psychologique; V. Burq, inventeur de la métallolhérapie, et AI. Paul Fischer, interne des hôpitaux. J'eus en outre le plaisir de voir parmi les assistants, M. Louis Figuier, l'émincnt publicisle de la Presse, qui a mis son talent au service du grand œuvre scientifique de notre époque, la naturalisation du surnaturel.
Cinq dames et quatre hommes prirent part à l'expérience. Après dix minutes de préparation, les sujets furent explorés. Trois dames et trois messieurs se trouvèrent affectés. L'une des dames était profondément endormie; elle ne sortit de son paisible somme qu'à la fin de la séance, et non sans peine. Les effets que j'obtins sur les hommes sont rapportés dans les déclarations qui suivent. Je me contenterai d'analyser les expériences faites sur les deux autres dames.
Obs. I. Alademoisclle X. est dans la maturité de l'âge, d'une organisation très-forte, d'un tempérament biliosonerveux ; taille médiocre, large carrure, muscles puissamment développés; tète grande. C'est une personne intelligente et instruite, passant parmi ses amis pour une femme de tête et de caractère.
L'exploration révèle chez mademoiselle X. un étal hypotaxique fort intense. J'affirme qu'elle ne peut point
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ouvrir les yeux, et ses paupières sont frappées de paralysie. J'affirme ensuite qu'elle peut ouvrir les yeux, mais ils restent fermés; je réitère cette affirmation avec énergie, et je n'obtiens pas davantage. Ce cas assez rare me fournit l'occasion de prouver l'action anthypotaxique du charbon de bois. Un fragment de cette substance m'ayant été apporté sur ma demande, j'ai recours une dernière fois à l'affirmation, et cette fois encore inutilement. Je porte alors le charbon sous le nez du sujet : ses yeux s'ouvrent à l'instant.
J'étends les bras de mademoiselle X. , et je lui affirme qu'ils ont acquis la rigidité du fer et qu'ils sont aussi insensibles que les bras d'un fauteuil : ce changement se produit en effet. MM. Cerise et Legouest, ainsi que plusieurs de leurs confrères présents, s'assurent de l'état d'insensibilité par des pincements impitoyables exercés pendant un quart d'heure sur les membres de la victime, qui a porté pendant longtemps les traces de ces épreuves violentes mais nécessaires. Mademoiselle X. s'entretient avec moi pendant tout ce temps, m'assurant qu'elle ne sent rien et ne donnant aucun signe de douleur. Cette fois encore , impossibilité de détruire par Fidéoplastie le produit idéoplastique. L'affirmation est impuissante à faire cesser la catalepsie : le charbon de bois détermine un relâchement instantané. M. Louis Figuier, frappé de ce fait, désire s'assurer que le charbon de bois possède essentiellement cette action remarquable. Il présente donc lui même un fragment de charbon sous les narines du sujet, remis à cet effet en catalepsie; malgré ma complète neutralité, le charbon se montre
ton l aussi puissant entre les mains de M. L. Figuier qoe dans les miennes. Il a fallu recourir invariablement au charbon pour détruire toutes les modifications qui ont
été successivement développées chez la même personne.
Sur mon invitation, mademoiselle \. imprime une rotation rapide à ses poignets, et je lui déclare qu'elle est dans l'impossibilité d'arrêter ce mouvement : elle essaye en vain d'y parvenir. Sa main étant posée sur la mienne , j'annonce à mademoiselle X. qu'il ne lui est pas possible de l'en détacher, et je m'éloigne : elle se lève et me suit.
La dernière expérience essayée sur mademoiselle X. avait pour objet l'illusion du goût. Je lui présente un verre d'eau pure accompagné d'une petite cuillère, en lui disant : Voilà une glace à la pistache! Elle prend le vase, l'examine, et déclare n'y voir que de l'eau claire. Je feins de renvoyer le verre et je le représente au sujet l'instant d'après en lui disant : Voici une glace à la vanille que que vous ne trouverez digne d'aucun reproche! Celte fois la vue et le sens musculaire sont illusionnés : le sujet prend la petite cuillère et puise dans le verre avec ce léger effort et ce mouvement semi-circulaire et moelleux de la main gastronome qui creuse un cône de crème figée. Mais l'influence n'a pu complètement séduire le goût : mademoiselle X. se plaint que cette glace est mauvaise.
Les deux premières expériences finies sur mademoiselle X. sont les seules dont elle ait gardé le souvenir après son retour à l'état normal. Tout le reste est demeuré complètement effacé de sa mémoire.
i28 COURS DE BRAIDISME.
Obs. II. Mademoiselle Y. paraît âgée de vingt ans. Elle est petite, d'un tempérament lymphatico-bilieux. Son corps a eu un développement pénible. Elle a de l'intelligence et une certaine vivacité.
Je l'avais braidisée deux fois, il y a cinq ans; je ne l'avais pas revue depuis.
Tous les effets obtenus sur le sujet de l'observation Pe ont été produits et détruits cbez mademoiselle Y. avec la plus grande facilité, par la simple affirmation. Je l'invite à me suivre autour de la salle, à deux pas de distance, et je lui déclare qu.'elle ne peut s'empêcber de venir à moi : quelques personnes s'interposant, elle repousse l'obstacle avec de violents efforts et s'élance sur mes traces. Elle marche avec une roideur cataleptique.
Je provoque successivement cbez elle la colère , la taciturnité et une hilarité loquace; chacun de ces divers états de l'âme se traduit par la mimique la plus caractérisée. Je lui communique des impressions alternatives de froid et de chaud : tantôt elle étouffe de chaleur, tantôt elle frissonne et cherche à remédier à l'insuffisance de ses vêtements en relevant le pan de sa robe sur ses épaules. Je lui déclare qu'elle est enrhumée du cerveau, et ce sont alors des éternuments à n'en plus finir.
Un fait m'a frappé dans cette expérience : le sujet, qui se montrait si docile aux affirmations les plus variées et les plus hardies, a complètement résisté à l'impression idéoplastique sur un point relativement insignifiant. C'est une de ces bizarreries curieuses dont il serait important de se rendre compte.
Mademoiselle Y. , une fois rentrée dans la vie nor-
maie, assure n'avoir aucun souvenir soit des actes qu'elle
a accomplis, soit des impressions qu'elle a reçues durant son état idéoplastique.
Mademoiselle X. est très-Iiée avec la famille de M. Paul Fisher, médecin interne de L'hôpital Saint-Louis; mademoiselle Y. fut conduite à ma séance par mademoiselle Marguerite, marchande de modes, rue de Grammonl, 23.
Nous empruntons le passage suivant a une lettre de M. Fortuné Henry, homme de lettres, ancien rédacteur du journal V Education Nouvelle:
« Je pris le disque de la main gauche, et à peine l'eus-je regardé fixement cinq à si\ minutes, que la forme de la main qui le supportait ne lut plus sensible pour ma vue et se transforma en une masse blanche, au milieu de laquelle je distinguais encore le point lumineux du disque; mais quelques secondes après la masse blanche disparut, et l'obscurité se fit graduellement Je dis graduellement, pour expliquer un fait étrange , c'est-à-dire (pie pendant que mon attention se concentrait absolument sur le point lumineux, en éteignant tout à fait ma pensée, l'obscurité devenait plus profonde; mais, dès que la perception d'un mouvement lait à mes côtés ou d'un bruit extérieur arrivait à ma pensée, les ténèbres s'éclaircissaient faiblement; cependant le vertige me gagnait, la pensée m'abandonnait, et je ne percevais plus que confusément. Alors, et je dois le dire en toute humilité, j'eus peur de tomber en catalepsie, et ressaisissant un faible reste de volonté, je lis mes efforts pour me soustraire à cet envahissement. Cependant je restai encore longtemps sans avoir assez de force de volilion pour revenir i\ mon état normal, car lorsqu'après m'avoir fermé les yeux, vous me dîtes d'essayer de les rouvrir, cela me fut tout à fait impossible. »
M. Corréare demeure rue Vendôme, n° 8. C'est un jeune homme de vingt-quatre ans, bien constitué, d'un tempérament bilioso -nerveux. Les quelques rapports que
130 COURS DE BRAIDISME.
j'ai eus avec lui à l'occasion de mes conférences m'ont appris qu'il possède beaucoup d'instruction et une intelligence remarquable. Quant à M. Forest, son ami, je n'ai pas eu l'avantage de le rencontrer en dehors des séances. Il possède une bonne conformation; son tempérament m'a paru bilioso-nerveux. M. Corréare s'exprime ainsi :
« La première fois que je me suis soumis à ces expériences, l'effet a été peu sensible : une légère difficulté à séparer les paupières, c'est tout ce que j'éprouvai. Mais dès la seconde épreuve les résultats furent plus marqués, et à la troisième expérience il me fut impossible d'ouvrir les yeux. Je me souviens surtout d'un soir où j'ai été vraiment aveugle tout le temps qu'il vous a plu de faire durer cet état; où, les mains jointes par vous, je n'ai pu les séparer que lentement et après d'énergiques efforts.
» Cbez M. Forest, les effets ont été encore plus accentués. Dès le premier jour vous lui fermiez les yeux, et à toutes les expériences suivantes d'un seul mot vous lui avez, pour ainsi dire, lié les mains sans qu'il put les séparer; vous lui avez fait ouvrir la boucbe et l'avez fait rester dans cette position désagréable assez longtemps sans qu'il lui fût possible, malgré sa violente réaction, d' échapper au pouvoir invisible qui le dominait ainsi.
n En ce qui nous concerne M. Forest et moi, nous affirmons la vérité de ces faits. Aussi bien cent personnes en ont été témoins, et cent personnes ont vu avec nous ces transformations merveilleuses que vous avez fait subir à plusieurs de vos sujets. Il semblait que votre parole seule changeât les caractères et les physionomies , que vous faisiez passer tour à tour de la gaieté la plus vive à la terreur, de la mimique de l'opiniâtreté à celle de l'exaltation et de l'enthousiasme. >*
Erratum et addendum. P. 120, 6e alinéa, au lieu de : restriction, lisez : distinction. 1». 124, à la fin du 1er alinéa, ajoutez : répétiteur à l'École polytechnique; M. Halévy, secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arls, membre de l'Institut.
APPENDICE A LA CINQUIÈME CONFÉRENCE. I I Le braidisme peut appuyer déjà ses prétentions sur un grand nombre d'observations ;iiiili('iiii<]iii s. Nou venons <lc rapporter les expériences que nous avons faites dernièrement à Paris , H nous avons pris soin de joindre à noire récit toutes les indications <'i attestations justificatives qu'il nous était possible de fournir. Nous empruntons maintenant à différents ailleurs quelques citations propres à faire connaître la part considérable que d'anires expérimentateurs oui prise à l'importante démonstration qui fail l'objet de cet écrit.
Observations médicales.
I. Le Bulletin (/nierai de thérapeutique a publié la eommunicalion suivante dans sa livraison du 15 janvier dccelle année. Par une erreursingulière, L'auteur attribue à un prétendu disciple et représentant de M. Philips ee qui est proprement le fait de AI. Philips lui-même, car c'est bien nous qui avons eu l'honneur d'avoir pour élève en électro-biologie le regrettable docteur Foley, ainsi que plusieurs de ses confrères de la métropole africaine :
Cas de tétanos. — Hypnotisme suivant la méthode du docteur Philips. — Mort brusque après une seçonbe séance de magnétisme. — I-es expériences d'hypnotisme qui occupent en ce moment, el avec si juste raison, le monde médical, m'ont fail penser à un l.iit fort curieux inscrit avec détail dans mes notes cliniques, et que j'ai observé en l ST>;> à l'hôpital civil d'Alger. A cette époque, il vint dans celte ville un élève de M. Philips, professeur d'électro-biologie, qui publia en 1855 un ouvrage sur son système magnétique. Cet élève y donna des séances qui furent très-suivies el dont tout le publie s'entretint ; il y lit aussi, à son tour, des disciples ; des
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raisons majeures m'empêchèrent d'assister aux unes et d'être des autres, quoique j'en eusse le désir ardent. Mon vénéré maître, M. Foley, médecin en chef de l'hôpital civil, qui s'attachait, pour les connaître et les juger, à toutes les découvertes scientifiques ayant quelque rapport avec notre art, suivit avec ponctualité les leçons particulières du représentant de M. Pbilips; il voulut ensuite faire lui-même des expériences et essayer l'application à la pathologie du système électro-biologique. Le fait que j'ai à rapporter montrera qu'il ne fut pas heureux dès son début. Comme s'il eût été inspiré sur les suites de sa première expérience, il choisit pour sujet de celle-ci un malade de sa salle, atteint d'un tétanos dont l'issue malheureuse avec la thérapeutique ordinaire nous semblait inévitable. Rapportons tout d'abord celte observation :
Obs. Cassât (Pietro), âgé de trente-trois ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament bilioso - sanguin , né dans le Piémont, à Alger depuis quatre ans, travaillait depuis plusieurs mois au port à jeter des pierres pour la formation des blocs. 11 entra à l'hôpital civil le 22 juin au soir.
Le lendemain 23, nous le vîmes pour la première fois ; il nous dit ne pas se rappeler d'avoir jamais été malade depuis son enfance; il n'a jamais eu d'accès de fièvre. Depuis huit jours, il s'apercevait que ses forces étaient diminuées ; il éprouvait de la céphalalgie frontale ; cinq ou six jours de siroco et un soleil ardent avaient augmenté ces symptômes; il couchait la nuit dans une baraque mal fermée, et il avait très-souvent, pendant son pénible travail, les jambes dans l'eau.
Le 27, cinquième jour. Rigidité générale, excepté aux membres supérieurs ; trismus plus grand. La peau est humide , un peu chaude ; elle a une sensibilité exagérée en certains points ; ainsi on ne peut toucher le malade aux aines sans le faire crier. De temps en temps, le malade a des secousses, des contractions subites générales et passagères. Le pouls est à 75. Constipation. (Bouillon ; lavement émollient ; huit ventouses scarifiées le long de l'épine ; bain; potion avec 15 centigrammes d'extrait de belladone).
Le 30, huitième jour. Le trismus est revenu intense. Le malade parle toujours avec difficulté. 11 y a encore de temps en temps des
secousses qui se remarquent surtout dans les membres inférieurs. II. Foley, voyant l'affection s1 accroître de nouveau, soumet le malade à son influence électro-biologique. Il lui place dans la main un disque brunâtre ei brillant , qu'il lui prescrit, j'1 crois, de n der fixement. Après v i n;; t minutes, l'action magnétique fut complète; l'état tétanique sembla totalement effacé. Sur l'injonction du médecin en chef, Cassât ouvrit grandement la bouche, agita les bras, les jambes, avec une extrême facilité.
AI. Foley ayant ensuite passé ses doigts sur le front, la tempe ou la région sourcilière du malade à diverses reprises. Cassât redevint tétanique comme avant et ne se souvint plus de rien.
Dans la journée on continua la potion avec la belladone. Dans l'après-midi le frisson nous sembla un peu plus fort; mais les jambes se fléchissaient sur les cuisses et étaient presque sans rigidité.
Le lendemain , nouvelle séance. L'action magnétique ou électrobiologique lut plus longue à se faire sentir; enfin, nous pûmes observer chez Cassât les mêmes phénomènes que la veille.
Quelques [tasses on frictions remirent de nouveau le malade dans son état pathologique; il n'avait non plus aucun souvenir de ce qui s'était produit pendant la séance. Son air était pins hébété que la veille.
M. Foley se relira aussitôt. Après l'avoir accompagné, je rentrai dans la salle, et je trouvai la sœur de service auprès de Cassât, qui ne présentait plus aucun signe de vie.
Le médecin en chef fut rappelé ; divers moyens furent essayés eu vain pour ramener la vie ; tout était bien fini pour Cassât.
.le ne connais le système électro-biologique de M. Philips que par celte observation et quelques comptes rendus de son ouvrage publié en 1855. ,1e n'ai jamais eu l'occasion d'acheter celui-ci, ce que je me suis pourtant assez souvent promis de faire ; car je tenais à ne publier le fait que je viens de raconter qu'après avoir lu cet ouvrage. Si je donne aujourd'hui celte histoire pathologique, c'est parce que le nom de M. Philips vient délie invoqué par M. le docteur Burq, de Paris; ce médecin dit, et je le pensais, que les phénomènes de L'hypnotisme sont exposés avec détail dans l'ouvrage intitulé : l tro-dt/namisme vital. Enfin on a parlé des dangers de l'hypnotisme, et j'ai cru qu'il était de mon devoir de donner dans tous ses détails
134 COURS DE BRAIDISME.
l'observation que j'avais recueillie â l'hôpital d'Alger, en 1853. Je ne doute point que, si M. Foley eût vécu , il n'eût lui-même publié ce fait dans ce moment.
Dans ma pensée , l'affection de Cassât l'eût inévitablement conduit à la mort; l'amélioration obtenue par l'extrait de belladone et les bains prolongés n'avait pu se maintenir longtemps. Nous croyons néanmoins utile de le faire remarquer : si une terminaison funeste nous paraissait devoir ici se produire, il a été toujours dans notre idée que la mort brusque, survenue le 1" juillet, était le résultat .d'un épuisement vital excessif produit par la dernière séance magnétique. L'autopsie ne fut pas faite, mais rien ne peut nous faire songer à une apoplexie. Quoi qu'il en soit, nous pensons que l'histoire de Cassât mérite de fixer l'attention des médecins qui se livrent aux expériences d'bypnotisme.
A. Roxzier-Joly , D.-M.
L'observation de M. le docteur Ronzier-JoJy atteste que le braidisme peut, tout le temps qu'on laisse durer son action , « effacer complètement F état tétanique » . L'épuisement nerveux dont on nous parle résultait de l'énorme dépense de force nerveuse causée par la contraction continue des muscles tétanisés. Ce qui a précipité la mort du malade, c'est la commotion que devait produire, à la suite de chaque séance, le passage brusque de l'état de relâchement musculaire et de bien-être créé par l'influence braidique, à l'état violent du tétanos. Il convenait donc de maintenir le malade dans un état braidique permanent , et de ne le ramener à la veille que par gradation. Cette observation est tout en faveur du braidisme, mais elle prouve une grande inexpérience en cette matière chez un praticien d'ailleurs fort habile.
II. On lit dans Braid (Magic, witchcrqft, hypnotisai, p. 42) :
APPENDICE A LA CINQUIÈME CONFERENCE i !
Par l'influence de la suggestion, il est possible de faire ■ les idées qui prédominent chez uo nomme el <!<■ lem inbt iluer toute autre espèce d'idée qu'il plaira à l'opérateur d'indiquer -"il par un mot, soil par un regard, s<>ii par un geste. Ce lait a une application importante; il nous montre que la manière la plus ratio Ile, la plus simple el la plus eflicace de traiter la monomanie,
consiste à saisir L'espril du malade par une nouvelle idée propre à le distraire autant que possible de l'illusion morbide qui l'absorbe. J'ai réussi par ce moyen à guérif plusieurs cas de monomanie i delirium tvemens. Il est sans doute des cas qui résisteront à ce traitement; toutefois, je suis persuadé que presque toujours on obtiendra de l'emploi de celle méthode une guérison beaucoup plus prompte (pie par toute autre, pourvu que le malade passe dans la seconde période hypnotique.
III. On trouve dans le même écrit, à la page 94, l'observation suivante :
Madame ' " ", âgée de trente ans, mariée et mère de trois entants, a été guérie par moi, au moyen de l'hypnotisme, d'une épilepsic de la nature la plus formidable et qui datait de quatre ans.
Les moyens habituels avaient été employés sans résultat.
Je lui affirmai que dans l'espace de quatre jours, à dater de ma première hypnotisalion , nue des plus importantes fonctions physiologiques de la femme, fonction alors suspendue depuis plusieurs mois, se rétablirait : elle reprit en effet son cours régulier pendant siv mois. Une nouvelle suppression ayant alors eu lieu, ce fut une occasion pour l'hypnotisme de prouver sa puissance médiealrice d'une manière bien éclatante. Je fus dans le cas d'employer l'hypnotisme dans le même but à six époques successives, et chaque l'ois avec un entier succès et au moyen d'une seule opération de dix à onze minutes. Dans deux ou trois autres circonstances j'hypnotisai celte malade pour une douleur névralgique ou rhumatismale dans un bras et nue jambe ; je n'eus qu'à diriger son attention et ses désirs vers le résultat à produire, et les douleurs disparurent immédiatement sans qu'il fût nécessaire de déterminer de modification visible dans aucun organe ou fonction spéciale. Dans siv autres occasions je dus recourir à ce procédé pour ce
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même cas, et foutes les fois ce fat avec un égal succès. Je m'avisai un jour de me dire qne si l'explication de ces effets était réellement, comme je le supposais, dans une attention fixe de l'esprit de la malade, il était intéressant de s'assurer si le même résultat ne pourrait pas être obtenu dans l'état de veille, par la seule concentration de la pensée.
Le i avril 1851, je résolus de faire cette épreuve.
Je m'assurai d'avance , par tous les moyens nécessaires et avec :n le plus scrupuleux, de l'état actuel de la malade avant de commencer l'expérience. Etaient présents quatre dames et un monsieur. Ce dernier ayant été prié de compter le temps qui allait s ;uler, je fis asseoir la malade sur un siège commode, et je lui adressai la parole dans ces termes, de façon à être entendu de tontes les personnes présentes : . Maintenant , tenez votre esprit bien fixé sur ce que vous savez qu'il serait bon de voir arriver. - [Tl s"ar:it ici évidemment du flux menstruel.] Tout le monde garda le silence; je pris un volume de Soutkey's lift, et je me mis à lire. Au bout de onze minutes je demandai à la malade si l'effet désiré était produit ; ce à quoi elle répondit qu'elle n'en savait rien ; mais après exploration , j'eus la preuve incontestable du succès de mon expérience. Le mois suivant l'emploi de ce moyen ne fut point nécessaire; mais le 2 juin il fallut y revenir, ce qui fut fait en née de deux médecins , et toujours avec une égale réussite.
L :. S juillet j'eus encore occasion d'essayer des mêmes procés -ur la même personne : je tenais particulièrement ce jour-là à ce que l'expérience réussît, parce qu'une dame dont l'état réclamait de semblables secours se trouvait présente, et je savais qu'un bon exemple viendrait à propos pour m'aider à l'influencer. Mon esprit était par conséquent plus attentif que d'habitude. Au bout de onze minutes je demandai si le résultat avait eu lieu; la malade -j d î t quelle ne saurait le dire. Après examen, il fut établi que l'expérience avait cette fois totalement manqué. La malade fit alors la remarque qu'avant de s'asseoir elle avait pensé que rien n'aurait lieu ce soir-la. Je lui demandai pourquoi ? Elle répondit : - Parce que je n'ai pas pu fixer mon esprit là-dessus ce soir, ayant éprouvé une contrariété au moment de me vendre ici. - Alors je répliquai :
Eh bien , puisque vous ne pouvez fixer votre attention sur cette idée tant que vous êtes éveillée, je sais qu'une fois endormie je
puis vous obliger à celte attention: je rais donc v-.us hypnotisée que je fis, en excitant en même temps la circulation des frictions ou passes, je suppose'. Bientôt, à l'expression de soo e et aux mouvements de son corps, il fat évident que le charme était en train d'opérer. L'ayant éveillée an bout de dix minâtes. j'eus la preuve matérielle que l'essai nlavait pas en lien, celte en vaiu. Tout continua à se passer d'une manière satisfaisante dans la suite.
II résulte de cette intéressante observation que l'action idéoplastique peut s'exercer sur les fonctions végétatives dès la première période de l'état braidique. mais que la deuxième période est celle qui convient le m. à ce genre d'applications.
II". Un de mes élèves. II. A. J. Breton, chef d'institution à Bruxelles, me faisait part des résultats suiv par une lettre en date du 8 septembre 1N~
uéri à Bruxelles plus de cent personnes de différentes ladies ( il est bon de faire remarquer qu'à la date de cette lettre , la pratique de mon élève ne datait que de quelques mois . telles que myopies, surdité-, maux d'estomac, de poitrine, mal an côté, migraine , paralysie . et enfin toutes espèces d'affections, et toutes les " quand les malades arrivent à subir l'influence. Je
me suis gnéri moi-même d'une douleur que je ressentais au depuis dix ans, et d'une névralgie qui, la première fois, m'avait fait souffrir plus de six jours : au bout d; .mit minâtes,
le mal arait disparu....
J'ai fait, il est vrai, quelques d<. - . mais pour en faire
ruades il faudv. - nrer tout son temps à l'étude de cette
ace inépuisable. J'ai fait entre autres la remarque su.ir.i-. après avoir guéri une maladie chronique, je dois continuer e«eore le traitement . afin de détruire uou plus le mal , mais Ykam) tude du mal. quand surtout il était ancien Hais Dm,
toutes les personnes que j'a - .vntiuuent à être b .
Il y a environ un mois, un malheureux, abandonne des ehi-
138 COURS DE BRAIDISME.
rurgiens est veuu me prier de le soigner pour une affection à une jambe [mon correspondant n'indique point la nature de cette affection]. Après la première séance, il est sorti de chez moi portant sa béquille à la mSin, et s'aidant seulement d'une canne pour
marcher
Un chef de bureau du ministère des finances, M. L...s, avait deux doigts de la main gauche et l'avant-bras paralysés depuis deux ans. Il avait consulté tous les médecins , mais sans résultat. M. H., notaire, qui a assisté à vos leçons, me pria de passer chez lui pour expérimenter sur sa personne et sur celle de ce M. L. Le premier ne put être influencé , mais le second le fut complètement; aussi suis-je parvenu à le guérir d'une manière radicale, séance tenante. Je l'ai fait revenir chez moi les deux jours suivants , et depuis il continue à se servir de la main gauche aussi bien que de la droite.
V. Dans une autre lettre , portant la date de Bruxelles , 24 octobre 1853, la même personne me donnait les détails que voici :
Pendant mon séjour à Tournay, j'ai agi avec succès sur plusieurs personnes de ma connaissance ; mais c'est surtout dans mon xùllage, situé à deux lieues de cette ville, que j'ai réalisé des cures vraiment extraordinaires. J'ai enlevé un rhumatisme à la servante du curé, et, à la prière de celui-ci, j'ai entrepris le traitement d'une vieille demoiselle abandonnée de tous les médecins, ainsi que celui d'un de mes voisins qui se trouvait dans le même cas : je les ai guéris tous les deux. Obligé de retourner à Bruxelles, j'avais prié le curé de me donner des nouvelles de mes anciens malades; voici ce qu'il vient de m' écrire : « Ma servante n'a plus senti son rbumatisme ; votre voisin atteint de phlhisie depuis deux ans n'est pas radicalement guéri; il a toujours la respiration un peu gênée, mais il est beaucoup mieux. Votre plus beau succès, c'est sans contredit la guérison merveilleuse de la demoiselle qui était enflée par tout le corps. Non-seulement elle est guérie, mais elle se trouve entièrement la même qu'avant sa maladie : ses membres sont tout à fait désenfles , elle vient à la messe, et va au
marché de Leuze (petite ville à nue lieue de là), où elle n'avait
point paru depuis plus de deti\ ;uis. »
VI. La relation que l'on vient de lire est corroborée dans les lignes suivantes par le témoignage d'un homme qui porte un des noms les plus honorés de la Belgique, et qui est revêtu du titre de docteur es sciences. Voici donc ce que m'écrivait d'un autre côté AI. le comte de Pittedhs :
J'ai donné, il y a quelques jours, avec le concours de M. Breton, une petite séance particulière : sur douze personnes qui se sont présentées pour se soumettre aux expériences, pas une seule ne
nous a échappé; le succès fut complet M. Breton a déjà obtenu
un succès prodigieux sur quelques-uns des élèves de son pensionnat affectés de myopie : au bout de quelques séances, ils pouvaient lire à une distance de plusieurs mètres, ce qu'ils pouvaient à peine faire à quelques centimètres auparavant. Le bégayeur parle déjà in- Pmiment mieux, et avant peu de temps, nous l'espérons, son infirmité aura totalement disparu...
La cure la plus remarquable qu'il (M. Breton) ait faite, c'est celle d'une surdité chez un paysan qui depuis longues années était totalement privé de l'usage d'une oreille, et n'entendait que trèsimparfaitemeni de l'autre. Il soumit cet homme, qui était trèsrobuste, à l'action du disque, pendant dix minutes seulement (il
était pressé) Peu de temps après, de sourd qu'il était, cet
homme se trouva en possession d'une ouïe aussi délicate que la vôtre et la mienne : ne pouvant contenir sa joie, il se lève en sursaut, et, pour exprimer sa reconnaissance à son bienfaiteur, il ne trouve que celte phrase : Qu'est-ce que je vous dois? Il va sans dire que pour un tel service M. Breton n'a voulu accepter d'autre rémunération que la jouissance de l'avoir rendu.
Ce matin AI. Breton m'a fait part d'une nouvelle cure , encore d'une surdité, semblable ù celle dont je viens de vous entretenir. Une seule séance a suffi ! II a réussi encore à dissiper un engorgement des glandes du cou; la tumeur s'est affaissée comme par enchantement, et le malade reste parfaitement guéri. Autre fait non moins extraordinaire : dimanche, pendant que je donnais une
140 COURS DE BRAIDISME.
séance, il en donnait lui-même une autre dans une maison difféférente : il y guérit un jeune homme de vingt et un ans d'une gastrite à laquelle s'est substitué depuis un appétit superbe. Nous avons bien réussi tous les deux ce jour-là, et nous avons le bonheur d'élargir de jour en jour le cercle des partisans de l'Électro- Biologie.
Observations chirurgicales.
VII. Le 4 décembre 1859, MM. les docteurs Broca et Follin, professeurs agrégés et chirurgiens de l'hôpital Necker, à Paris, ont pratiqué l'incision d'un abcès à l'anus sur une femme de quarante ans. Elle avait été endormie par l'hypnotisme, et l'opération s'est accomplie sans qu'elle ait ressenti aucune douleur. Ce fait a été communiqué le 5 décembre à l'Académie des sciences, par MM. Velpeau et Broca.
VIII. Quelques jours après , une communication du même genre était faite à l'Académie de médecine par M. le docteur Guérixeau , chirurgien des hôpitaux de Poitiers. Il avait amputé la cuisse d'un homme durant l'anesthésie hypnotique. « Après l'opération, qui dura une minute et demie, dit M. Guérineau, j'adresse la parole au malade pour lui demander comment il se trouve ; il me répond qu'z7 se croit en paradis, saisit vivement ma main et la porte à ses lèvres pour la baiser. Il dit encore à un élève : « J'ai senti [sans douleur] ce qu'on m'a fait, et la preuve, c'est que la cuisse a été coupée au moment où vous me demandiez si j'éprouvais quelque douleur. •>•> Gazette des hôpitaux, numéro du 29 décembre 1859.