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II. Adjectifs possessifs

§ 121. Toutes les fois que le rapport de possession est suffisamment marqué par le sens de la phrase, les adjectifs possessifs peuvent se remplacer par l'article ; ainsi , au iieu de dire : J'ai mes yeux fatigués; vous avez vos ;ambes enflées, on dira: J'ai les yeux fatigués ; vous avez les ja m bes enflées.

§ 122. Mais si l'on veut donner plus de force à l'expression , on emploie l'adjectif possessif au lieu de l'article :

Le commandant phénicien , arrêtantes yeux sur Télémaque, croyait se souvenir de l'avoir vu. ( Fénelon.)

Remplacez l'adjectif par l'article, l'expression n'aura plus la même énergie.

§ 123. Pour désigner quelque chose d'habituel et de périodique, c'est l'adjectif possessif et non l'article qu'on emploie; ainsi l'on dira :

J9ai ma migraine, si l'on est sujet à cette maladie; et j'ai la migraine, si l'on en souffre accidentellement.

§ 124. Pour appeler l'attention sur un objet et le désigner d'une manière spéciale, on se sert encore de l'adjectif possessif :

Je souffre à mon bras, à ma jambe, à mon genou, signifie,/^ souffre au bras, à la jambe , au genou qui est depuis longtemps affecté de telle ou telle maladie*

§ 125. Le choix entre l'adjectif possessif et l'article n'est point arbitraire; il résulte toujours de l'emploi de l'un ou de l'autre une notable différence dans le sens :

// se fait LA barbe j II fait sa barbe.

Il se coupe les ongles, Il coupe ses ongles.

Il se forme le goût, Il forme son goût.

Dans les exemples de la première colonne on exprime simplement une action; dans ceux de la seconde, le terme de l'action étant déterminé est celui sur lequel on appelle l'attention , parce qu'on énonce quelque chose d'accidentel.

§ 126. Quelquefois une différence totale de sens résuite de remploi de l'article ou de l'adjectif possessif :

Il n'est point de Romain Qui ne fût glorieux de vous donner sa main. (Corneille.)

Si Corneille eût dit devons donner la main, il eût rendu l'idée qu'il voulait exprimer d'une manière moins nette.

DB L'ADJECTIF. — APPLICATION. 221 II. Adjectifs possessifs.

§ 121, 122, 123, 124 , 125, 126. — 1. Notre pauvre ami est toujours incommodé d — bras.

2. Lorsque Charles XII reçut le coup qui termina dans un instant

— exploits et — vie, ihporfra — main sur — épée.

3. Le Cyclope, assis sur un rocher au bord des mers de Sicile, chante— déplaisirs, en promenant — yeux sur les Ilots.

4. Je me suis inutilement présenté hier pour la seconde fois chez mon avocat ; il n'a pu me recevoir, il avait encore — migraine.

5. Le malheureux rougit, baissa — yeux sans repondre, et se retira tout confus.

6. Je résolus de me rendre à Madrid, comme au centre des beauxesprits, pour — y former— goût.

7. Aie sans cesse devant — yeux quelqu'un des anciens qui ait été parfaitement vertueux , et prends-le pour témoin de toutes — actions.

8. L'homme généreux met sous— pieds les faveurs qu'il accorde, et sur — cœur celles qu'il reçoit

9. Ceux qui ont dans — mains les lois pour gouverner les peuples, doivent toujours se laisser gouverner eux-mêmes par les lois.

10. Baissez — yeux vers la terre , chétifs vers que vous êtes.

1 1 . Comment— tête ne tournerait-elle pas aux grands ! ils .se gâtent eux-mêmes et sont gâtés par tout le monde.

,12. Au Cid persécuté Cinna doit — naissance. (Boileau.)

13. C'est surtout lorsque l'homme est privé de — liberté, que l'industrie se présente à — imagination pour le distraire dans — loisirs ou pour le consoler dans —peines.

M. L'homme droit met dans — démarches cette inébranlable fermeté qu'on n'a pas sans le vrai courage. Dans la sécurité de — conscience, il marche — tête levée; il ne fuit ni ne cherche — ennemi.

15. Le moyen le plus sûr d'être vrai dans ses images, c'est de voir ce qu'on veut peindre; on peint toujours plus fidèlement ce qu'on a sous— yeux.

16. Les grandes joies durent peu et (nous) laissent — âme épuisée.

17. Cette petite fille {s'est ou a) coupé —cheveux ; elle a la mauvaise habitude de (se) manger — ongles.

18. Le jour où il a paru pour la première fois à la cour il (n'avait, ne s'était) pas fait — barbe.

19. C'est en qualité de tuteur que mon oncle a donné aujourd'hui

— main et a conduit à l'autel la jeune fille qui, il y a six mois, refusa de lui accorder— main.

DE l'ADJECTTF. -~ THÉORIE.

§ 127. L'adjectif possessif leur se met au singulier lorsqu'on énonce un sens général, et au pluriel si Ton exprime d'une manière collective plusieurs unités distinctes :

La plupart des hommes emploient la première partie de leur vie à rendre Vautre misérable. (La Bruyère.)

Je vous ai dît un moi sur Aristide et sur Épaminondas ; mais je vous ferai connaître leurs vies.

On trouve pourtant dans les mêmes circonstances :

Une ardeur nouvelle s'était emparée de leur cœur.

Les passions se partageaient leurs cœurs. (Montesq.)

§ 128. Mais le pluriel est de rigueur toutes les fois qu'il pourrait résulter un faux sens de l'emploi du singulier :

Ma fille, votre modestie, les tendres soins que vous rendez à vos parents , font souhaiter à toutes les inères de vous donner pour épouse à leurs fils. (Marmontel.)

Le singulier donnerait à entendre que toutes les mères n'ont qu'un seul et même fils, ce qui serait absurde.

Paul et Virginie ne connaissaient dy autres époques que celles de la vie de leurs mères. (Bernardin de St-Pierre.)

Comme il ne s'agit pas d'un frère et d'une sœur, le pluriel est ici de rigueur.

§ 129. L'adjectif possessif leur, en relation avec les noms abstraits, est toujours employé au singulier :

Les louanges qu'on donne aux gens en place doivent peu flatter leur amour-propre. ( Vauvenargues.)

§ 130. Son, sa, ses, leur, leurs, s'emploient ordinairement pour exprimer un rapport de possession avec des personnes ou des objets personnifiés :

On connaît vite ses défauts quand l'intérêt s'en mêle.

Ceux qui ont cru anéantir le christianisme ont méconnu son esprit.

§131. Mais si le rapport de possession est établi avec des noms de choses, au lieu de son, sa, ses, leur, leurs, ou emploie le, la, les, précédé ou suivi du pronom en :

V auteur d'un bienfait est celui qui en recueille lb fruit le plus doux. (Duclos.)

Si la mollesse est douce, la suite en est cruelle,

REMARQUE. — Les nombreuses exceptions qu'on trouve, non-seulement dans les poètes , mais encore dans les prosateurs , prouvent qu'on peut enfreindre cette règle, toutes les fois que la construction peut y gagner en rapidité , en précision et en élégance.

Le commerce est comme certaines SOURCES ; si vous voulez détourner LEUR cours, vous les faîtes tarir. (Fénelon.)

La PATIENCE est arrière - xais son fruit est doux. (J. J. Rousseau.)

L)& L AiiJfci/iiJ/. — APPLICATION. 223

§ 127, 128. — 1. L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font qu'augmenter leur mal et l'opiniâtreté de leur mari.

2. Magistrats élevés an-dessus des peuples qui environnent votre tribunal, vous n'en êtes que plus exposes à leur regardions jugez leur différend et ils jugent votre justice.

3. Quel est i'égarement de certains particuliers qui, riches du négoce de leur père, se moulent sur le-s princes pour leur garde- robe et leur équipage?

4. La gloire des bons est dans le fond de leur cœur et non dan? la bouche des hommes.

5. L'estime mutuelle entre deux amis est le premier lien qui doit serrer leur nœud.

6. Des Phocéennes, voyant fuir leur époux et leur fils, courent au-devant d'eux, et les forcent de retourner à la victoire on à la mort.

7. L'affabilité des grands n'est souvent qu'une vertu artificieuse qui sert à leur dessein et à leur projet d'ambition.

8. L'Italieest le seul pays où le bouvier et lelaboureur remplissent avec leur femme et leur enfant les salles de spectacle , et comprennent des tragédies qui leu ^représentent les héros des temps passés.

9. Les magistrats en deuil eussent volontiers prêté leur épaule pour le porter de ville en ville; les prêtres et— religieux à l'envi l'accompagnaient de leur larme et de leur prière.

10. Il y a des méchants qui ne nuisent qu'à leur ennemi ; l'indiscret nuit à tout le monde.

§ 1 29. — 1 . Quelle serait la sûreté des citoyens si les magistrats de qui# dépendent leur fortune , Uùr honneur et leur vie avaient à craindre les dépositions de l'autorité? 2. Il y a des hommes si orgueilleux qu'ils ne veulent pas qu'on bîamé — orgueil. 3. Pour juger les hommes, il faut leur passer les préjugés de — temps. 4. Rien ne facilite tant la réconciliation entre deux nersonnes offensées que l'inégalité de— mérite.

§130,131. — 1. Son, sa, leur, en. L'étude de l'histoire est plus nécessaire aux hommes, quel que — soit— âge*

2. La bibliothèque la plus considérable d'Athènes appartenait à Faiclide : il l'avait reçue de ses pères et méritait de ia posséder, parce qu'il — connaissait — prix.

3. Pourquoi craindre la mort, si l'on a assez bien vécu pour ne pas — craindre — suites ?

4. La gaieté est la santé de l'Ame; la tristesse — est— poison.

5. Quand on est dans le pays des fictions, il est difficile de ne pas emprunter — langage.

6 La raison est le flambeau de l'amitié; le jugement — est — guide; la tendresse — est— aliment.

7. La probité et la justice font la sûreté de la société; la bonté j» la bienfaisance— font— utilité; la douceur et la politesse font — agrément.

8. La résignation allège l'infortune ; la plainte — aggrave — pofd*

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