‹ Cours théorique et pratique de langue françaiseChapitre 2 sur 479 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Donner aux faits peu de développement , et exposer avec un luxe de détails fastidieux des théories souvent inintelligibles et presque toujours obscures, tel a été pendant longtemps le défaut commun à tous les livres didactiques qui avaient pour objet l'étude des langues. Tout grammairien semblait autrefois pénétré de cette idée fausse, que, pour remplir sa mission avec conscience, il devait entrer dans un examen approfondi des moindres accidents du langage, disserter longuement et parler quand même , au lieu de laisser parler les faits qui , le plus souvent, eussent parlé plus haut et beaucoup mieux que lui.

Il est résulté de cette manière de procéder qu'on a généralement donné plus d'importance à la forme qu'au fond, et qu'une grammaire, au lieu de se composer d'une série d'exemples bien choisis , et groupés de tell^ sorte que les principes auxquels ils servent de base s'en déduisissent comme un corollaire rigoureux, n'a présenté longtemps qu'un enchaînement de dissertations abstraites, qu'une succession de règles longues et diffuses auxquelles les faits semblaient s'adjoindre non pour appuyer les principes, mais pour témoigner de ja pénétration et de la sagacité du grammairien.

Yl PBEFàCB.

Des ouvrages conçus et exécutés sur un pareil plan devaient nécessairement fatiguer l'esprit des lecteurs et les rebuter d'une étude qui ne s'offrait à eux qu'à travers un épais nuage d'abstractions : aussi une sorte d'ennui anticipé, de dégoût préventif s'emparait - il dès le début, et sans exception, de tous ceux qui abordaient l'étude des langues.

Un tel résultat , conséquence forcée d'un système vicieux , eût dû éclairer les grammairiens et les engager à s'ouvrir une voie nouvelle , à suivre une marche plus philosophique ; mais comme ils s'étaient tout d'abord posés en arbitres du langage, ils ne voulurent point descendre du rang de législateurs aux humbles fonctions d'annotateurs et de critiques.

Cependant , comme il arrive presque toujours , la raison finit par triompher de l'erreur et de la routine, et notre siècle eut la gloire de frayer enfin à l'enseignement grammatical sa véritable route : Domergue , Laveaux , Lemare , Boniface , Bescher , et plusieurs autres philologues distingués, secouant enfin le joug des vieilles théories, proclamèrent hautement la puissance des faits, et au lieu d'établir, à l'exemple de leurs devanciers, un ensemble de principes fixes et absolus , et de prononcer comme eux ex cathedra ^ ils firent de la grammaire une sorte de chronique pittoresque dans laquelle ils exposèrent fidèlement les divers accidents de construction et les formes variées que la langue a subies sous la plume de nos grands écrivains.

Grâce à eux , on cessa peu à peu de procéder par exclusion et de tout ramener à un principe commun ; on restitua à la langue une partie de ses richesses , et ce qu'on avait jusqu'alors rejeté dans les exceptions et

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frappé d'interdit, fut ratta^^hé à la règle et remis en crédit au moyen d'une intelligeLte analyse. La grammaire se trouva élevée ainsi à la hauteur d'une science ; elle ne consista plus dans la connaissanc '> stérile de quelques formules abstraites , mais dans l'étude approfondie du génie de la langue , dans la recherche de ses tours savants ou naïfs et de toutes les ressources qu'on avait dédaigné de signaler comme des incorrections ou des licences que s'étaient permises nos écrivains les plus originaux.

Dès lors, au lieu d'être un code de lois vagues et indécises auxquelles chacun apportait des changements et des modifications, la grammaire devint le tableau exact et fidèle , le véritable compendium de la langue. La théorie n'occupa plus qu'un rang secondaire, et les principes ne furent présentés que comme la déduction forcée des faits qu'ils accompagnaient , sans les dominer jamais.

Cette marche , la seule logique , est celle que nous avons suivie. Nous n'avons pas cependant perdu de vue un seul instant que nous faisions un livre classique dans lequel nous devions nous garder avant tout d'ouvrir le champ à l'arbitraire. Aussi nous sommes-nous toujours appuyé sur les écrivains les plus purs, et n'avons-nous, en aucune circonstance , poussé le fanatisme de l'admiration jusqu'à voir, comme l'ont fait quelques graminairiens modernes, des hardiesses et des beautés neuves dans telles et telles fautes échappées ou à l'inadvertance \ u un auteur ou à la négligence d'un typographe. ^ Gomme il entrait dans notre plan de faire une gram- ^' maire essentiellement pratiqvs , nous avons voulu que ceux qui étudient pussent arriver , au moyen d'une ap-

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plication raisonnée, à se rendre compte de toutes les difficultés et à se convaincre par eux-mêmes de la raison des principes : pour cela, nous avons établi une série d'exercices en parfaite correspondance avec les règles et en continuel rapport d'analogie avec les divers modèles que nous ont fournis les auteurs. Cette seconde partie j qui forme toute une grammaire en exemples, est placée en regard de la première, qu'elle suit pas à pas, et sur laquelle elle répand la lumière la plus vive.

Exciter constamment l'attention de ceux qui étudient; les obliger à examiner sans cesse et à comparer toujours; les prémunir enfin contre la funeste habitude de travailler sans réflexion, et par conséquent sans fruit, tel est le but que nous nous sommes proposé. Nous n'avons pas voulu grossir le nombre de ces cacologies informes dont les fautes grossières choquent les élèves, qui les corrigent sans rien apprendre. Nous avons senti la nécessité de faire autrement que la plupart de nos devanciers ; avonsnous mieux fait? voilà toute la question, et ce n'est pas à nous qu'il appartient de la résoudre.

SECONDE PRÉFA.GE

Le rapide succès que notre Cours a obtenu est dû , nous n'en doutons pas, à l'heureuse idée que nous avons eue de mettre toujours en regard les principes et les faits, et de ne jamais exposer les règles sans les appuyer d'applications nombreuses qui leur servissent de preuves. On a compris tout d'abord que notre plan ne nous permettait pas d'établir, comme l'ont fait tant de grammairiens, des règles de fantaisie, ni de formuler des lois grammaticales en désaccord et en opposition avec la langue écrite. Les grands écrivains des deux derniers siècles, ceux dont le nôtre s'honore à si juste titre, et l'Académie, le seul corps dont les opinions puissent faire autorité en pareille matière, ont été constamment consultés par nous; et c'est en nous appuyant sur les œuvres des uns et sur le sentiment de l'autre que nous avons commencé , poursuivi et accompli notre tâche.

On trouvera , dans cette nouvelle édition, de notables modifications; elle diffère beaucoup plus que la pre- I mière des autres travaux de ce genre. Ce qui nous a

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