‹ Cours théorique et pratique de style [microforme]Chapitre 130 sur 461 · NES MOYENS D'ÉVITER LES SOPAISMES · texte numérisé non relu

NES MOYENS D'ÉVITER LES SOPAISMES

234 Un homme judicieux Suspend son jugement sur les choses qui ne fui Sont pas parfaitement connues : ilne confond ni les idées avec les mots, ni les diverses acceptions d'un même mot entre elles, ni un individu avec toute Son espèce, ni un fait accidentel avec une loi constante: il examine dans chacune de ses parties le tout qu'ii veut juger, sous toutes ses faces la question qu'il traite, et il ne donne pas Sa Propre conviction comme une preuve de ce qu'il avance, Ainci, s'il ne peut se préserver de l'erreur, à laqucile tous les hommes sont malheureusement exposés, il évite du moins les sophisines dans lesquels l'irréfiexion, la présomption ou la passion pourraient le faire tornber {l),

Des Passions.

235, Par passions, en logique, on entend les inciinations, les affections, les désirs, les préventions pour ou contre certains objets: ce sont autant de verres de couleur qui donnéntaux objets les nuances que nous leur désirons.

Rien de plus important que de se mettre en garde contre les passions : celui qui est enclin à la colère, opinera toujours pour l’a‘doption des mesures violentes; celui qui est lent dans ses affaires, ajournera sans cesse ses déterminations, L'homme vif précipite outre mesure ses actions ; l’'romme timide, pusillamine, rejette toutes les mesures qui ne respirent

Pas la douceur, voire même la faiblesse.

Nous sommes disposés à croire tout le mal qu’on nous dit de nos ennemis, comme le bien qu'on nous dit de nos amis, Si faible que soit 1e fondement sur lequel on s'appuie ; par Contre, si forts que soient les arguments sur lesquels on fonde un jugement favorable à nos ennemis ou défavorable à n0$ amis, nous ne voulons Pas nous rendre à l’uvidence. Pour ne pas nous trompcr sur l'influence de la passion dans

(1) Au lieu de ratsonner, raisonnement, preuve, on dit aussi argumene

ces circonstances, agissons, en cu qui concerne nos amis, comme s’il était question de nos ennemis, et vice-versa,

Les passions séduisent la volonté, tout comme les s0phismes.

Ce qui nous rend heureux est préférable à tout, dira le voluptuous : or les plaisirs nous rendent heureux ; donc ils sont préférables à tout. Dans ce raisonnoment, aussi hontoux qu’insensé, l’esprit se fait le comrlice du cœur.

Des Préjugés.

236. On donne le nom de préjugé à un jugement précipité, et porté sans un examen suffisant de son objet,

Le préjugé est opposé non à la vérité, mais à la certitude ; de sorte que l'argument suivant est sans valeur :

C’est un préjugé, donc c'est faux,

Notre tendance à croire beaucoup est ia source de nos préjugés.

On distingue les préjugés négalifs, posilifs, spéculatifs, moraux.

(a) Le préjugé est négatif lorsqu'il est fondé sur l'igno. rance, On juge d’après une simple apparence, ou sans motif. ‘

Un païen qui n’a pas ontendu une exposition claire de la vie et des miracles de Jésus-Christ ne croit point à sa divinité, bien qu’il puisso lo reconnaître pour un grand homme.

(b) Le préjugé positif consiste en ce qu'on donne son assentiment à une opinion incertaine, croyant avoir un motif suffisant de juger, Tels sont, généralement, ceux qui basent ieurs convictions relatives à la religion, sur les raisonnements des journaux et des livres impies.

(c) Le préjugé spéculalif a pour objet des choses spéculalives, ou de pure connaissance.

Cette histoire n’est pas authentique, Cette guerro est injusto. Cotte loi cest inique.

id) Le préjugé morai se rapporte à des règles de conduite.

Un amateur de duel dira: si mon honneur cst attaqué je dois le lavor dans Le sang de mon ennemi.

Les principales causes de nos préjugés sont: Jes scns, l'imagination, l'association des idées, l'abstraciion, le carac-

ière, | la pré (a) objets Une t Isr leur ri Ainsi, monieu:

exerce s dit, nou figurons contrair solides, !

choque 1 n'écouta ments du envintn (b) L' l'imagin chacun sionnen tiques (e actions.

(ce) Le Un hom tera pas d bien qu'il homme de défauts, ot

(d) L’a souvent suMsamn rales sans n'est pas personnes de straté, divers art qu'ils sav üalare, et

nos amis, versa, me les sa-

voluptuous ; bles à tout.

fait le com-

précipité,

certitude :

ce de nos éculatifs,

ir l’igno.

ou sans

vie et des il puisse lo

nne son un motif ai basent inements

spécula-

to. Cotto

onduite.

is le laver

es sens, 0 carac-

ière, l'éducation, la coulume, l'aulorilé, la Paresse, l'orgueit, la précipilalion.

(a) Les sens. Les sens nous trompent sur la figure des objets matériels et sur leur grandeur,

Une tour carréo, vue de loin, paraît ronde.

Ils nous trompent encore sur des objets qui ne sont pas de leur ressort.

Ainsi, un orateur qui arrondit bien ses phrases, qui a un monieuse, qui fournit des périodes pleines et flatteuses pour l’ exorce Sur nos jugements une influence telle, que, sans examiner eo qu’il dit, nous lui donnons raison ; parco qu’il parle avec grâce, nous rous figurons qu’il ne saurait manquer d'êtro dans le vrai, Un autre, au contraire, qui apportera les raisons les plus Convaincantes, les plus solides, ne produira sur nous aucun effet parce qu’il s'exprime mal, qu’il choque l'oreille, L'Arécpage, pour se mettre à l’abri do co danger, r’écoutait les avocats que dans l’ombre, De peur que le geste et les agréments du style ne persuadassent les juges au détriment de la vérité, on en vint même au point d’y traiter toutes les affaires par écrit.

(b) L'imaginalion. Les ouvrages romanesques, fruit de l'imagination, offrent un modèle de perfection idéale dans chacun de leurs héros pour lesquels les jeunas gens se pas-

(c) L'association des idées.

Un homme a fait une chute douloureuse dans une voiture ; il ne montera pas dans une voiture semblable sans un sentiment d’appréhension, il monte tous les jours dans des voitures plus bérilleuses. Un homme de beaucoup de talent peut se concilier l'estime malgré ses défauts, ou tout au moins obtenir indulgence pour ses imperfections.

(d) L’abstraclion. L'abstraction fait que nous employons souvent des mots auxquels nous n'attachons Pas une idée suffisamment nette, Avoir dans son esprit des idées générales sans connaître les séries qui leur sont subordonnées, ce n'est pas être instruit, c'est ne rien Savoir. Combien de Pérsonnes parlent d'architecture, de musique, de peinture, de stratégie, et qui n’ont que des notions vagues de ces divers arts! Combien se croient profonds philosophes, parce

qu'ils savent “employer les mots philosophie, métaphysique, aire, etc,

ET

Re UT

106 PRÉCEPTES LITIÉRAIRES,

Souvent donc nous sommes trompfs parce que nous faisons abstraction des détails; mais souvent aussi dans la vie prati-

que, nous nous laissons égarer parce que nous ne savons pas abstraire,

Exemple: Voici un médecin qui est d'une opinion politique opposée à la mienne, ve qui ne l'empêche pas d’être un excellent docteur ; cependant, je ne voudrais pas recourir à son talent, prévenu que je suis

nions. Je no sais point abetraire à propos,

par lu divergence des opi séparer l’homme politique du médecin.

(e; Le caractère. L'homme crédule ne sait point juger par lui-même ; il a un journal, un livre, un 2e ‘ui exposent avec assurance des ils que jusqu'alors il a combattues ; n'importe, son journal, son livre, son ami ont

raison.

L'homme contradicteur, au contraire, vous fe

ra Opposition, lors même que vous lui 2xposcrez des idées conformes uux siennes, parce qu'il faut qu'il contredise,

Pour tel homme tout sera vérité mathématique ; pour tel autre, il n'y aura rien d'avéré, de prouvé, Certaines personnes jugent aujourd'hui d’ane façon ; demain, elles porteront sur le même objet un jugement différont, sans que les motifs aient changé : mais leur humeur, leur fantaisie déterminent leurs jugements. D'autres jugent avec exagération ; elles ne font usage que du superlatif.

Leur journal est le meilleur, leur ami est le plus riche de cœur, c’est

une perfection, Une chose leur déplaît ; clle est uffreuse, c'est une horreur, on n’a rien vu de scmbluble,

(f) L'éducation. Les fables, les contes de fées spectres, dont on remplit l'imagination de nure d'esprit de ceux qui les entourent, le ils vivent, exereent la plus grande influence qu’ils porteront plus tard.

(g) La coutume. Nous nous laissons souvent guider par la coutume. Pour peu que nous réfléchissions, nous découvrirons que nos erreurs, pour: la plupart, viennent de ee que nous avons jugé. non d'après là raison, mais d’après le jugement de la masse, qui n’est pas toujours raisonnable,

(A) L'autorité. On juge parfois de la vérité des choses d’après une autcrité insuffisante,

, les idées de S enfants, la tourmilieu dans lequel e Sur les jugements

Qn voit des jeunes gens

juger :

choses l'expér doivent juger d el sans point à Ü) Li qui exi rester « molif qu loisir d' (4) Li avant d’ marque l'orguei]

parée, qu sieurs auc

Pour p vaincre | accueillir

L'auteu

La facul

les cœurs ] que l’orate

{1} Alloaut

même à uno

ous faisons a vie pratine savons

que opposée nt docteur ; 1 que je suis re à propos,

juger par

exposent nbattues :

it raison.

pposition, rmes ulixX

pour tel lines perles porte- IS que les sie détersération ;

cœur, c’est c'est une

idées de la tour- 1s lequel gements

r par la écouvri- | ee que le juge-

choses es gens

juger à l'instar de Personnes respectables ou âgées, sur des choses qui ne concernent Pas la vertu et ne dépendent pas de l'expérience. Ce n'est ni la valeur morale, ni l'âge qui doivent guider dans ces Cas, mais la force des raisons,

(2) L'orgueil, Nous présumons que nous pouvons aisément juger des choses difficiles Sans examiner; nous jugeons vite ci Sans vouloir revenir sur notre jugement, ne conscntant point à convenir que nous nous sommes trompés,

J) La paresse. Elle ne prend pas la peine d'examiner ce qui exige du soin; il vaut bien mieux ne pas juger et rester dans l'ignorance, que de juger d'après le premier molif qui se Présente, parce qu’on ne veut pas prendre le loisir d'étudier les autres.

4) La précipilaiion. Las de considérer, nous décidons &vant d’avoir tout vu, La précipitation, qui semble être une

marque d'activité, est Cependant fillu de la paresse ct de l'orgueil,

Page 1