À LA MÊME
CduteiL'5, 25 Juillet 1761.
le me baigne tous les matins; je ressemble à une
dlumette que l'on soufre; je m'en porte assez bien : cepen-
dant j'ai des ressentiments de mon asthme, dont je suis bien certain que je ne guérirai jamais.
A Fayart.
Cautères, 28 Juillet 1761.
Les bains continuent de me faire du bien et m'amusent beaucoup tous les matins ; j'y fais des gambades,
j'y joue avec les robinets et je me donne de la douche
sur la poitrine, afin de fondre les vilaines humeurs qui m'étoufïaient. J'ai pour voisin de bain, un capitaine de vaisseau, grand bavard, qui lie conversation avec moi. Son bain est posé de façon que sa tête est placée à mon derrière, que je charge souvent de ma réponse. Je serai bien heureux si, à mon retour, ma santé est aussi bonne qu'ici. Rien ne me manquera, puisque j'aurai le plaisir de vous embrasser tous deux.
Al MÊME.
I" Août 17I-.I.
Un second pâtissier, sur ma réputation, est venu
s'établir ici; tous les jours il y a une émulation et un combat entre ces deux artistes. Je mange et juge; c'est mon estomac qui en paie les dépens. Le lendemain mes eaux le nettoient. Je vais au bain et je reviens au four. Malgré toutes mes extravagances, je me flatte que je reviendrai dans le même état que cehii où j'étais quand je suis parti. Os eaux-ci sont merveilleuses, miraculeuses pour les per-
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sonnes qui se conduisent bien. Il n'y a pas Jusqu'à deui bossus qui s<»nt armés depuis quinze jours pour aplanir
leur bosse. Je les examine toutes les après-midi ; je crois réellement qu'ils acquerront légalité des épaules; celle qui était plate devient aussi grosse que l'autre, etc.
Ar MÊME.
4 Août 1761.
Je me suis baigné malgré mon indigestion dans
mon eau soufrée. Le mal de cœur m'y a pris, j'en suis sorti au bout d'une demi-heure, mais tout en nage, et tout près de tomber en faiblesse. Je ne fais que d'en arriver....
Jéliote est établi ici depuis avant-hier; il est changé, fort maigre, et n'a plus d'as au piquet; ce qui m'afflige par la raison que nous sommes ensemble contre un commissaire des guerres plus asthmatique que moi; mais qui joue beaucoup mieux, et qui est plus heureux. Il ne se nourrit que de vieille merluche au beurre ; il y ressemble singulièrement, et je crois toujours qu'il mange son portrait
Ar MÊME.
S àoûl 1761.
On rit ici a mes dépens. Il y a un conseiller au
parlement de Paris, homme de beaucoup d'esprit, qui est à Cautères avec Mme Berrier : il a fait une cantatille sur moi ii l'occasion d'un pâtissier nommé Antoine, que j'ai
abandonné pour un autre, et la pâtisserie de l'autre me fait mal. Le poërne est intitulé Antoine vengé, ou l'infidélité punie ; Jéliote l'a mis en musique charmante, pleine de grâces qui ne l'abandonnent jamais; il l'exécute au clavecin, et s'accompagne lui-même; on me met sur la sellette comme un justicier, et l'on place à mes côtés M. l'évèque de Soissons, qui a l'air de m'accuser
Au MÊME.
15 Août 176t.
Mon cher neveu,
Ali! pauvre moi, pauvre moi! Je suis contraint de reprendre pipette le matin, et je suis dans ce moment rempli de kermès jusqu'à la gorge : il n'est pas possible de tenir au temps qu'il fait en ce pays-ci. Nous périssions, nous pâmions de chaud avant-hier; dès que je fus couché, il vint un tonnerre qui fit retentir toutes les montagnes pendant toute la nuit ; une espèce de tremblement de terre s'y joignit avec un ouragan si violent, que je crus que la pauvre petite maison où je suis allait être tortillée comme un mouchoir; j'étais blotti dans mon lit comme un lièvre au gîte. Ce matin, en me levant, j'ai vu tous nos monts sourcilleux couverts de neige, et le gaillard Prevosl '. grelottant de froid, m'a déclaré que nous n'étions pas au 15 août, mais au 15 de janvier. Hélas! je Le voudrais, je serais avec vous, h ce que je émis au moins; car je ne sais plus si nous sommes ici pour toujours
I C'était le domestique de l'abbé de Voisenon. La simplicité du ralet faisait la mail causait aussi parfois l'impatience du maître.
CAUTERBTS. 285
.Nous nous disposons à donner un spectacle à Mm* la
duchesse de Ghoiseul le jour de Saint* Louis; tout le monde le sait, excepté elle : c'est une comédie intitulée: la Tante supposée. M. du Chasel, père de M""" de Choiseul, en esl l'auteur; j'y ai fait quelque chose pour la rendre plus théâtrale; elle sera précédée d'un prologue relatif au local du théâtre, qui est l'endroit où sont les bains nommés les cabanes, et comme de raison, à la louange de Mme la duchesse. Vous ne croiriez pas que Prévost m'a prié de lui donner un rôle ; il le jouera avec ce petit ton folichon que vous lui mu naissez ; il est vrai que je l'ai fait sur sa taille. Jéliote représentera le plaisir dans le prologue ; il viendra chanter avec sa guitare, et fera le rôle de la tante supposée dans la comédie ; il le rendra parfaitement : Mme de Stainville aura la principale amoureuse qui est naïve, et tant soit peu pleureuse, ce qui convient fort au son de sa voix ; son jeu sera monotone, on n'en criera pas moins miracle -. Adieu....
Al' MÊME.
Barrètre, 19 Septembre 1761.
Mon cher neveu Brûle-Gueule,
Je suis revenu hier de Cautères, où je me suis porté à merveille, j'y ai passé le mercredi et le jeudi; j'allai avant-
t La représentation eut lieu, malgré l'état fâcheux de Mme de Choîseol. Jéiioté
s'était fait faire un habit du pays pour représenter le Plaisir. L'abbé de Voisenon écrit qu'il chanta réellement comme le dieu dont il portait le nom, et il ajoute arec une bosse modestie, vraisemblablement : ■ Mes paroles alor- prirent la forme de ces pilules que l'on dore ou que l'on argenté par-dessus ; cela avait l'air d'être bien, et cela ne l'était pas. »
hier en chaise à porteurs a un lac qui est sur le haut d'une montagne à trois grandes lieues de Cautères; c'est sur le territoire d'Espagne. Les chemins par lesquels on y arrive sont incroyables; c'est une chaîne de rochers, de torrents, de précipices plus effrayants les uns que les autres : on n'y voit que des sapins, des ifs, de la verveine, et tout ce qui caractérise la demeure d'un magicien malfaisant ; on n'y trouve pas un oiseau, le silence n'y est troublé que par la fonte des neiges qui tombent du haut des montagnes avec un bruit épouvantable. La nature parait gémir de l'horreur qu'elle se fait à elle-même : je croyais toujours l'entendre me dire en paroles : « Pourquoi viens-tu m'offrir l'image de ta gaîté ? tu es bien téméraire d'oser rire en ces lieux. » Nos porteurs étaient des chèvres plutôt que des hommes, qui sautaient de rochers en rochers, qui descendaient dans des endroits si escarpes, que, si je ne m'étais pas cramponné contre ma chaise, je serais tombé vingt fois dans des abîmes ; je n'ai pas été effrayé un instant. Nous arrivâmes au lac qui a une grande lieue de circonférence, l'eau en est bleue, vive et claire comme celle de la mer; nous fîmes pêcher des truites que nous mîmes griller sur le champ dans la cabane d'un Espagnol ; elles étaient bien saumonnées et d'un goût merveilleux. Nous avions porté beaucoup de daubes, de rôti froid, des fricassées de poulet dans des pains, des taries et des pièces de pâtisseries délicieuses, appelées des millasses; je mangeais à effrayer toute la compagnie, l'air de la montagne m'avait donné un appétit dévorant : on ne pouvait pas concevoir comment une aussi mince personne avait un aussi grand estomac. Je revins gagner Cautères par les mêmes chemins qui me parurent
beaucoup plus terribles, parce que c'était <'ii descendant du faîte des montagnes. Le Lendemain, qui était hier, je me portais for! bien, et j'arrivai ici <'ii chaise à porteurs pour dîner. Je ne suis pas mal ce matin ; nons partons demain, et nous serons ï Bordeaux le vendredi25, oie...