VUE DU VILLAGE
On rapporte qu'un évêquede Tarbes, exile à Lu/. lit ('lever dans le voisinage de la source de Saint- Sauveur, une petite chapelle avec cette inscription : Vos haurietis aquas de fontibus Salmtoris. — Ce serait là l'origine du nom de Saint-Sauveur qui fut donne'' au village.
Versl750, un certain abbé de Bezégua, professeur ii l'Université de Pau, vint demander à cette sonne la guérison d'une dysurie chronique qui avait résisté à tous les remèdes connus. Il obtint une cure
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merveilleuse dont il fit grand bruit. Cela commença, dit-on, la vogue de ces bains de Saint-Sauveur dont la renommée depuis n'a t'ait que grandir.
— Voici pour l'histoire.
Disons maintenant que les Eaux de Saint-Sauveur ont un caractère onctueux qui leur est propre; elles sont toniques et fortifiantes; ajoutons que leur vertu s'exerce principalement au profit des femmes dont le système nerveux est irrité. — et cela fait, laissant toute médecine de côté, donnons un coup-d'ceil au village qui a plutôt l'air d'un lieu de plaisance que d'un hôpital.
Au-dessus du gave, large et profondément encaissé, s'élève, jusqu'à mi-côte, un feuillage épais.
— des hêtres et des frênes en dôme, et. de place en place, des peupliers élancés comme les aiguilles de ces minarets de verdure. Les maisons de Saint-Sauveur sont enfouies là-dedans; on les devine plutôt qu'on ne les voit, elles se trahissent çà et là par quelque roin de muraille blanche. S'il fallait trouver une comparaison poétique pour traduire leur grai irux aspect, on pourrait dire qu'elles éveillent !"idée d'un billet d'amoureux caché dans un bouquet.
Une colonne de marbre, jadis élevée par l'administration en l'honneur du séjour de Mme la duchesse de Berry dans les Pyrénées, marque l'entrée du village. En juillet 1830. les têtes étaient mon-
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tees, et les plus ardentes ne parlaient de rien moins que de renverser la colonne; ils y travaillaient déjà, quand survint le maire de Luz, subitement inspiré, et qui leur promit de la changer en candélabre en y faisant poser une lanterne. — L'abbé Maury dans cette circonstance eût certainement dit : « Mes amis, laissez-la, vous en verrez plus clair! » Mais l'effet lut le même, l'effervescence montagnarde tomba et la colonne fut sauvée. C'était un homme d'esprit aussi, que M. le maire de Lu/.
Une autre colonne de marbre blanc se dresse au milieu du jardin anglais et porte la date de 1823. Celle-là fut érigée par le préfet du département en l'honneur de Mme la duchesse d'Angouleme, à peu près au même temps où l'on construisit l'établissement actuel, qui se trouve au milieu de l'unique rue de Saint-Sauveur.
Cet établissement, dans le goût antique, avec des rolonnes d'ordre dorique, a de modestes proportions ; mais il est tout en marbre du pays, et ne manque pas d'une sorte de grâce, surtout à l'intérieur.
Le jardin anglais est la promenade des petites santés et des gens forcément tranquilles. C'est un peu le Luxembourg de Paris, moins les étudiants, pour les habitudes de famille. On y mène jouer les entants; les mères les surveillent, tout en occupant leurs doigts à quelques travaux d'aiguille; on y a placé des bancs au soleil pour les jours froids et dis bancs
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,i l'ombre des charmilles pour les chaudes matinées. I 'eel la qu'on apprécie le progrès de ses forces reaaissantes, el que la causerie l'ait ses projeta d'excursioa à Gavarnie ou an pic de Bergons, le véritable belvéder des Pyrénées, d'un accès facile et praticable aux cheraux jusqu'à la pointe.
Une allée sinueuse e* couverte de ce jardin conduit aux bas-fonds de Cythère que le gare termine. On y trouve un pont qu'on traverse pour rejoindre, en face de Saint-Sauveur, la route de Luz à Gavarnie. Ce pont s'appelle (iontaut, du nom de Mme de Gontaut. gouvernante des Enfants de France, qui, chaque année, visitait les bains de Saint-Sauveur dont elle semblait avoir fait son lieu de prédilection. Il y a non loin du village, on passant devant l'église, un petit banc de gazon que cette dame, sensible aux paysages romantiques, avait fait installer pour jouir d'une cascade bouillonnante dans les arbres. On dit qu'elle aimait à s'y asseoir aux heures où les rayons bleus de la pleine lune se jouent à travers les feuilles sur les eaux agitées. Ce spectacle en eflel a son attrait, et If banc de doutant, c'est ainsi qu'on me l'a nommé, est toujours très-fréquenté.
Il n'y a rien à dire de l'église; elle figure un pâté rond, coiffé d'une calotte bombée. On devrait laisser cette architecture nux pâtissiers.
Les hauteurs qui dominent le village offrent encore aux baigneurs d'agréables buts de promenade :
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mais on les abandonne aux malades. Quand on est bien portant, ce n'est pas pour ces petites excursions qu'on vient à Saint-Sauveur. Héas et Gavarnie, voilà les mots magiques qui donnent de l'ardeur aux jambes des touristes.
Saint-Sauveur, comme les Eaux-Bonnes, a sa dynastie de médecins. Aux Eaux-Bonnes, ce sont les Darralde, à Saint-Sauveur, ce sont les Fabas. C'est un Fabas II qui règne maintenant à l'établissement : il est entouré de l'estime générale, de l'affection et de la reconnaissance de tous ses malades: — je répète ce que j'ai entendu dire : Jamais docteur-souverain n'a mieux mérité sa popularité. Il s'adjoint dans les fonctions délicates de son gouvernement, l'héritier présomptif de son nom, M. Fabas fils qui résume en lui toutes les bonnes traditions de famille.
C'est à ce dernier docteur que j'étais recommandé. Nul ne pouvait me donner de meilleurs renseignements pour courir la montagne. Son devoir à chaque instant l'appelle à en gravir les sentiers. — Je ne connais guère, après celle du prêtre, de plus belle mission que celle du médecin; c'est lui qui console, qui soulage et qui donne l'espérance jusqu'au dernier moment à celui-là même dont il désespère. Sa présence seule est déjà an bienfait, et Ton peut le dire à l'honneur des plus célèbres comme des plus humbles praticiens, bien rarement elle fait défaut à l'homme qui souffre. Mais dans les montagnes le
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dévouement du docteur s'accroît encore; on vient l'avertir à chaque instant pour un patient éloigné. ' 'est un pâtre sur les hauteurs, c'est une femme dans un hameau perdu, un enfant qu'il faut sauver.
Quel que soit l(> temps, quelle que soit l'heure, que la tourmente soil déchaînée, que les brouillards dérobent les précipices, que les neiges aient effacé les chemins ou tourbillonnent dans l'air, le docteur montagnard n'hésite pas, il prend sa trousse, drape -«»n manteau, et serre les flancs de sa monture : — « Allons, vite, mon bon cheval, nous portons la vie : il s'agit de ne pas arriver trop tard! » — et le voilà dans la chaumière désolée, avec de bons soins pour le moribond, de bonnes paroles pour la famille en larmes.
Telle est la vie de tous les jours de M. Fabas fils. Il me permit de me recommander de son nom sur ma routo; on juge si c'était un bon talisman. Il eut en outre la bonté de me tracer un itinéraire. — Je le remerciai vivement de ses précieuses faveurs. — et je partis pour les solitudes élevées de la vallée d'Héas et du Coumélie.