‹ Courses dans les Pyrénées; la montagne et les eauxChapitre 37 sur 40 · BAGNÈRES DE BIGORRE · texte numérisé non relu

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banques) font la parade. — Saint-Vincent, un peu ,:i droite, dresse sa Qèche gothique dans le ciel. Ailleurs, une tour, dernier reste d'un édifice religieux, prête à l'une des principales rues, une physionomie agréable; l'horloge qu'elle renferme sonne les heures les demies et les quarts, et force les passants à jeter les yeux sur son cadran. Les calèches et les cavalcades qui vont, qui viennent; les diligences qui fartent et qui arrivent, qui stationnent devant le> bureaux de messageries ; les voitures qu'on charge et qu'on décharge, qu'on attelle ou qu'on remise ; — le> charriots traînés par des bœufs, et les ânes qui se dirigent vers le marché; les chèvres qui sont conduites par la ville au domicile des consommateurs, — donnent à Bigorre un mouvement pittoresque et tout nouveau pour l'étranger.

Je ne dirai qu'un mot sur ses thermes. Bigorre possède un nombre infini d'établissements, vingt au moins. Quelques-uns sont alimentés par plusieurs sources dont les vertus médicinales s'appliquent à des cures différentes. Ainsi les thermes de Marie- Thérèse en comptent sept, et les bains de Pinacsix. — La plupart de ces établissements appartiennent à des particuliers. Us sont disséminés dans les rues de la ville, et n'appellent l'attention que par leurs enseignes.

On peut croire que les hôtels sont nombreux aussi a Bigorre: il yen a qui laissent à désirer, je ne les

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nomme pas, mais je le dis par expérience : il y m h d'autres qui sont mieux, mais le premier de tous est Frascaii. C'est un modèle en son genre; confort, agréments, plaisirs, tout s'y trouve réuni. C'est un athénée, c'est une salle de concert et de bal, c'est un salon où l'on cause, où l'on fait sa partie, dans la compagnie du meilleur monde qui se rend aux Pyrénées. La maison fut montée vers les premières années de la Restauration, je crois, par M. le chevalier Lugo, ancien consul d'Espagne à Paris.

C'est au sortir du restaurant de Frascati que j'allai visiter la marbrerie de M. Géruzet. La réputation de ses ateliers devient européenne : il n'est point de capitale ou de souverain qui ne lui lasse des commandes. On y terminait, l'an passé, les trois cents balustres destinées au grand escalier du palais du roi de Prusse, à Berlin.

L'établissement de M. Géruzet est posé sur le bord de l'Adour, qu'on est tout étonné, du haut du pont de la ville, de voir presqu'à sec en cet endroit. C'est que M. Géruzet n'y a pas fait tant de façons, et tout tranquillement a détourné, pour son usage, les eaux du fleuve. En vain ce pauvre Adour, que nous avons vu, du côté de Tramesaigues, tomber en cascades et se démener dans les rochers, pensait trouver son repos dans la plaine de Bigorre. avant de prendre les navires de Bayonne pour les porter à l'Océan : en vaiu il s'y préparai! en coulant pares-

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se use oie ut depuis une lieue déjà; M. Géruzet lui a •lit: (( M on cher gave, apprenez qu'il faut acheter son titre de fleuve; qui ne travaille pas ne mérite ni honneurs ni repos. Entrez chez moi, je vais vous dçnner de la besogne. » 11 faut voir alors avec quelle énergie cette eau montagnarde fait mouvoir les scies qui coupent les blocs de marbre, et les ubres où l'on adapte les tours et les instruments de polissage, — c'est à faire honte à la vapeur.

Dans les ateliers de M. Géruzet, les marbres des Pyrénées prennent les formes les plus variées : colonnes, pilastres, autels et portiques, cheminées, vases et coupes de toutes formes. Les procédés mécaniques par lesquels on travaille le marbre appartiennent à M. Géruzet. Nous ne sommes point compétent pour les apprécier convenablement, mai< il en est dont les résultats surprennent. Ainsi l'on nous montra un bénitier dont la cuvette avait été obtenue par le jeu d'une machine qui creuse le marbre et révide d'un seul morceau, comme pourrait faire une cuiller dans un pâté de foie gras ; le morceau enlevé «'-tait à terre, il présentait une calotte bombée qu'on aurait pu croire moulée dans le bénitier poli.

Les modèles sont également exécutés d'après les dessins du maître de l'établissement, ou par son fils qui comprend, en artiste, la beauté des lignes, et sait ajouter une valeur de plus au précieux de la matière

Cotte industrie des marbres, un jour, sera la plus grande source de la prospérité de Bigorre. Elle doit son développement, jusqu'à cette heure, à M. Géruzet que le Gouvernement, aux dernières expositions, a récompensé par la croix de la Légiond'Honneur. Mais un citoyen seul ne peut tout faire, et il est èrregretter, nous a-t-on dit, que la ville n'y puisse consacrer quelques ressources. Une école de dessin et de modelage serait nécessaire pour former des praticiens qu'on est obligé de faire venir de Toulouse. On les paye fort cher et encore n'a-ton pas les meilleurs. Pour eux, aller à Bigorre, c'est s'expatrier; ils ne s'y décident que lorsqu'ils manquent d'ouvrage autre part.

J'avais quitté, non sans regret, le matin même, et mis en diligence, mon compagnon du Pic du Midi. M. l'abbé Levoyer. Dans la visite curieuse que je fis à la marbrerie de M. Géruzet, je devais retrouver un autre ecclésiastique, non morns distingué . M. l'abbé Dupuy, qui me permettra d'écrire ici son nom, en marque de bon souvenir.

Le nombre des ecclésiastiques qu'on rencontre dans les Pyrénées est considérable. Ils viennent, pour la plupart, redemander aux Eaux une voix perdue au service de la chaire sacrée, ou la guérison des affections de poitrine contractées dans l'exercice de leur ministère, et principalement dans la pratique du confessional.

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M. hupuv appartient au diocèse d'Aucb, el professe les sciences naturelles au séminaire. J'avais entendu parler de lui à propos des études singulières auxquelles il se livrait. Nous sortîmes ensemble de la marbrerie, et nous décidâmes une promenade au-dessus de la ville.

Nous passons devant l'établissement de Marie- Thérèse, c'est une superbe façade de caserne; — puis flous nous engageons sur le chemin de Salut, une belle promenade d'à peu près un quart de lieue. qui aboutit à une pelouse couverte de grands ombragea et devant laquelle se présentent les bains de Salut.

Nous remontons un sentier, sur la gauche, el nous nous retrouvons sous les arbres du coteau de Bellevue, que nous avons vu. tout à l'heure, au-dessus «les toits du grand établissement. Les allées de Bellevue sont disposées en parc anglais.

Au détour d'un chemin couvert, on aperçoit une grille verte, un jardin orné de statues peintes, et dans le fond une maison rustique. Ou peut se croire transporté devant ces ermitages ou bals champêtres qu'on trouve au versant de Montmartre, du côté de la plaine des Vertus; mais l'enseigne en demi-cercle, au-dessus de la grille, vous ramène aux Eaux. L'Ermitage est un petit établissement thermal, où. sans contredit, il doit être agréable d'aller prendre son bain le matin, quand il fait tiède sous les grands

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arbres de la colline, et que l'air est plein de parfums de verdure et de chants d'oiseaux.

Nous marchions ainsi, admirant et causant, lorsqu'enfîn l'occasion se présenta au bout de ma canne, pour aborder l'entretien que je méditais.

— M. l'abbé, voilà un de vos sujets, lui dis-je en lui montrant une limace qui s'allongeait sur le chemin.

— Ah! vous savez? fit-il en souriant.

— Oui, M. l'abbé, je sais que depuis de longues années vous vous occupez de ces laides bètes, et que vous avez publié sur elles des travaux remarquables et fort appréciés. Quand on m'en a parlé, je suis resté tout surpris, et j'ai trouvé votre goût bizarre. Or, permettez-moi une question, M. l'abbé. Comment vous est venue l'idée de cette étude, et quel but utile entendez-vous poursuivre en y consacrant votre vie de savant? Je dis quel but, parce que le hasard m'a mis un jour, sous les yeux, un gros livre, que vous connaissez, sur le Hanneton, — Meloloniha mlgaris. Par parenthèse, son auteur, le docteur Straus s'appelle Hercule ; c'est porter un bien gros nom pour un chasseur de hannetons. Quoiqu'il en soit, ce docteur Hercule Straus, par ses études d'anatomie comparée sur le hanneton, a rendu de grands services à la science pathologique. C'était son but. Attendez-vous quelque résultat analogue ?

Ma question était peut-être un peu indiscrète.

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M. Dupuy, aéanmoins, voulut bien me répondre, >'i sa réponse m'apprit qu'ij n'y ayail pas. dans la science, de sentier, quelque perdu qu'il puisse paraître, gui n'aboutît ,:i une découverte. On n'a qu'à s'y engager, poursuivre el s'en remettre à la grâce de Dieu, on est toujours sûr d'arriver.

Il y a déjà longtemps de cela, un académicien venait, tontes les semaines, à l'Institut, avec un rapport sur les corps gras. Ses confrères le voyaient arriver son papier roulé à la main ; ils bâillaient d'avance : < lion, disaient-ils, voilà encore M. Chevreul avec ses observations sur les corps gras î » Cela dura dix ans. On ne devinait pas où il pouvait en venir. Il en vint, après ces dix ans de persévérance, à découvrir la stéarine, c'est-à-dire à inventer pour la France un commerce de bougies de je ne sais combien de millions. Alors on ne bâilla plus, on admira bouche béante.

Or, l'abbé Dupuy désirait, tout d'abord, étudier, pour l'amour de la science naturelle, une classe d'animaux jusqu'alors inobservée. Il regarda en l'air, et, comme on lui avait pris les hannetons au vol, il reporta les yeux humblement à terre: il vit une limace. Les limaces n'avaient encore point en leur Hercule, il se dit : je serai le leur. Sa vocation pour ces mollusques ne vint pas autrement.

A l'heure qu'il est, il n'a pas encore trouve- le moyen d'en faire des millions pour son pays, mais

les limaces l'ont conduit loin ; il les a suivies dans tous les potagers de France, sur les arbres de nos jardins. En étudiant la bête, il a étudié les branche^ et les fruits dont elle se nourrit, et l'an passé. comme ses observations l'avaient amené dans les vignobles, il put, dans son département du Gers, donner un remède pour les vignes malades qui s'en trouvèrent bien. — Ne serait-il pas curieux qu'une limace déterminât la découverte d'un agent de destruction ou d'un préservatif contre l'oïdium? Une pomme, qui ne s'en doutait guère, en tombant de son arbre, a bien révélé autre chose à Newton !

Ce discours nous conduisit assez haut, jusqu'à l'endroit qu'on nomme VElysée Cottin, en mémoire de l'auteur de Claire dWlbe, — et nous ramena sur la terrasse d'où l'on découvre Bigorre. Un garçon qui s'y trouvait eut la complaisance de nous désigner les principales maisons qui s'élèvent par-dessus les autres. Je lui demandai :

— Quelle est celle qu'on voit à droite, et dont les bâtiments forment un carré?

— C'est la prison.

— La prison ! elle me semble bien grande pour une ville comme Bigorre.

— Grande! ah ! bien, monsieur, elle est encore trop petite. Non pas que le pays produise beaucoup de malfaiteurs ; mais l'hiver est rude, le bois est «•lier, et le nombre est considérable des pauvres gens

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qui n'en ayanl point ,i eux, lù'ii peuvent acheter aux

autres. Ils vont a la maraude, les gardes-champêtres 1rs attrapent, et les juges les condamnent à la prison. Ils y entrent et s'entassent tant qu'il y a de la

place; mais il n'y en a bientôt plus; — et cependant il tant que la justice soit satisfaite. Alors save/.vous ce qu'on lait, à Bigorrc, pour accorder tout cela? — Non. — Eh bien î on prend le premier prisonnier en date et on lui dit : « La justice veut qu'il y en ait pour tout le monde. Tu n'as pas fini ton temps, mais tu as déjà eu ta pari de prison ; cède la place au nouveau condamné qui n'en a point encore .coûté, et va-t-en chez toi. Lorsque le cachot sera libre, on te rappellera pour que tu ne perdes rien. » El voilà pourquoi la prison de Bijrorre est trop petite.

Ce détail administratif me parut curieux, et je me promis d'en garder bonne note. Peut-être qu'en poussant mon Bigorrais. j'en aurais su plus long sur sa ville, mais je n'avais qu'une journée à donner à Bagnères de Bigorre. elle touchait à sa fin : je dus aller faire mon paquet.

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