LA REINE DES PYRENEES
Nous arrivons à la tin de notre tableau des Pyrénées. Nous avons donné les premiers plans aux montagnes des Basses et des Hautes-Pyrénées. Les détails du paysage ont été accusés, et les scènes de la vie des Eaux, les excursions et les chasses, les physionomies de montagnards et de baigneurs, ont été posées lorsque nous avons parlé des Eaux-Chaudes, des Eaux- Bonnes, de Cauterets, de Saint-Sauveur et de Barèges : — Nécessairement Lurhon et les cimes de la Haute- Garonne vont occuper 1rs tonds de notre cadre.
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A cette place, tout s'estompe, et le peintre h'esl plus tenu qu'à marquer les silhouettes, et donner les indications. Ainsi nous ferons pour éviter les redîtes cl la confusion. D'ailleurs l'espace nous manque. Bagnères de Luchon, cependant, mériterait, à lui seul, un volume; nous y reviendrons quelquejour.
I.n attendant, disons-le, Luchon, qu'on appelle la Heine des Pyrénées, esl la bien nommée.
lT ne a venue de platanes se présente à l'entrée de la ville. Les arbres de l'allée et des eontre allées sont si hauts et d'un feuillage si épais, que sous leurs rameaux croisés, on se croirait sous une nef de verdure : de place en place, le soleil y lait une trouée, et sur le sol, comme à travers les vitraux d'une cathédrale, dessine des arabesques d'ombre et de lumière, ('.'est une entrée royale. — Les premières rues où l'on s'engage n'y répondent point, mais la voiture fait un détour, et nous voilà sur le cours d'Etigny.
Le cours d'Etigny, c'est tout Luchon. Les hôtels le bordent des deux côtés : la plupart sont de construction moderne, et leur aspect, à l'extérieur, promet un confort que l'intérieur ne dément point : quelques-uns se présentent comme de vrais palais, avec cour d'honneur, perron, péristyle en marbre et large façade ornée de balcons.
La vie est excellente à Luchon et meilleur manie' que partout ailleurs dans les Pyrénées. On y trouve • les chevaux en grand nombre: il m'a été dit qu'au
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fort de la saison , on on pouvait parfois compter jusqu'à deux cents qui partaient le matin, pour emporter les étrangers dans toutes les directions autour de Luchon. C'est que nulle part, non plus, le touriste ne trouve un plus grand nombre d'excursions à taire.
Cinq vallées aboutissent à Luchon, pour ainsi dire comme à un carrefour :
C'est la vallée du Lys, verdoyante et fraîche, et semée de fleurs de lys sauvages, qui conduit à la cascade d'Enfer et à la magnifique cascade du Coeur. Sa pente aisée semble faite exprès pour les convalescents.
C'est la vallée de Luchon, qu'on parcourt en voiture, pour faire son pèlerinage à Saint-Bertrand-de- Comminge, ancienne abbaye, merveille d'architecture.
C'est la vallée de l'Arbowt qu'on quitte bientôt pour entrer dans la vallée d'Astos, si l'on veut aller jusqu'au lac de Séculéjo, qui reçoit ses eaux de deux autres lacs supérieurs dont le trop plein se déverse, dans son immense cuve, par plusieurs cascades d'une grande beauté. Après le lac de Gaube, le lac de Séculéjo produit encore une vive impression : il esl non moins sévère el non moins grand; comme lui, il a des truites excellentes. Mais cette excursion n'est pas une promenade de malade. Il tant des jambes bien portantes pour l'entreprendre, car on y ren-
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contre certains passades où la prudence exige qu'on descende de cheval.
L'excursion au col de Venasque n'est pas davantage le t'ait de tout le monde. Jusqu'à l'Hospice, dans la vallée «le ce nom, la course est facile; on a pu, sans trop s'écarter, visiter la cascade des Demoiselles et celle des Parisiens; — mais à partir de Là, les rampes sont pénibles, et côtoient les précipices. Toute végétation cesse, les rochers prennent des aspects sinistres. Le guide vous parle d'avalanches. de malheurs et d'accidents qui marquent, chaque année, ce passage. Quand on arrive, soit au Port de ta Picade ou au Port de Venasque, on est bien préparé au magnifique spectacle de la Maladetta.
De ce point, rien n'empêche de descendre en Espagne. On y est déjà, c'est la frontière, et l'on a tracé le sentier jusqu'à Venasque, première ville de l' Aragon, de ce côté.
En prenant la vallée de la Burbe, on peut se rendre également en Espagne. C'est à Bossost, petit village aux toits d'ardoises, dont l'église seule est curieuse, qu'on arrive. Les entreprenants rentrent en Erance par le val d'Aran, ils passent à Lez (Espagne), qui renferme un bel établissement thermal, construit sur des ruines romaines, et traversent la frontière au Pont du roi, jeté sur la Garonne, qui descend de la Haladetta. Ils arrivent à Saint-Béat, ville ancienne,
bâtie tout en marbre de ses carrières, et gagnent alors Luchon par la vallée de Luehon.
Mais revenons nous-même à Bagnères.
Luchon, comme Bigorre, était connu des Romains. Dans ces deux villes on a retrouvé des médailles, des autels votifs, et des fragments de piscines qui prouvent qu'ils y avaient établi des thermes. Bigorre était alors viens aquensis; Bagnères de Luchon, Bakgnières, dans les vieilles chartes, s'appelait en latin Balnearia. L'étymologie de ce nom va de soi, la ville le devait à ses bains. Quant à celui de Luchon qui lui fut adjoint, et qu'elle porte encore, les antiquaires ne mettent point en doute qu'il ne lui vienne de Lixon, Dieu protecteur de la contrée. Us fondent leur opinion sur cette inscription de l'un des nombreux autels votifs découverts dans les fouilles faites sur remplacement même des bains :
Lixoni
Deo
I aria Festa
qu'on traduit ainsi : Au Dieu Lixon, Kabia Festa, délivrée de son mal a acquitté son vœu (mtum sntni libérât a morbn.)
L'allée d'Etigny a près d'un quart de lieue. Sa plantation date de cent ans environ ; elle fut ordonnée par M. d'Etigny, alors intendant delà province. Vers