BAGNÈRES DE LUC BON
cette époque, un grand seigneur, qui était allé demander la guérison de ses rhumatismes aux Faux deLuchon, parla, dit-on, de sa cure merveilleuse à \l. d'Etigny, dont le zèle administratif était facile à éveiller, el qui partit aussitôt, de sa résidence d'Àùch, pour Luchon. Il vit le parti qu'on pouvait tirer des sources chaudes et du site de Bagnères pour la prospérité de la contrée, et ne quitta point ce lieu sans avoir fait analyser les eaux: il mit, en même temps, à l'étude le plan de l'établissement et le tracé d'une route à travers la montagne.
L'affluence des malades bientôt fut grande. Elle augmenta tellement dans ces vingt dernières années, que l'ancien établissement, qui cependant était fort beau, devint insuffisant. En 1846 ou 1847. la ville de Luchon et le département votèrent la reconstruction de l'édifice sur un plan monumental . dont la réalisation ne coûtera pas moins de huit cent mille francs.
Ces thermes sont fort avancés, et déjà l'on en peut admirer la belle ordonnance. La façade se développe sur une longueur de près de cent mètres: elle comportera un grand portique et une colonnade en marbre blanc de Saint-Béat. Deux pavillons la terminent et complètent l'ensemble du monument.
L'intérieur renfermera quatre-vingt-dix robinets de bains, deux piscines pour les hommes et deux piscines pour les femmes, où quarante personnes
pourront se baigner à la fois. Cela seul indique sur quelle échelle l'établissement est conçu.
Les cabinets de bains sont distribués dans huit grandes salles voûtées, largement aérées et parfaitement éclairées. Le revêtement de ces salles est en marbre ; tout autour, dans celles qui sont terminées, règne une frise élégante, peinte dans un goût sobre. qui rappelle les fresques de Pompei. En somme, rien dans l'architecture et la décoration n'a été négligé pour en faire un établissement digne des sources merveilleuses qu'il renferme. Lorsqu'il sera fini, ce palais thermal, dit-on, sera unique en Europe.
Yne large place s'ouvre devant lui; on y a ménage de belles pelouses, entourées d'arbres dont les allées descendent à La Pique. Ce gave, large en cet endroit, coule le long d'une promenade qui fait le tour de la ville.
L'établissement, d'ailleurs, est situé au bout du cours d'Etigny, au pied de la montagne de Super- Iktfjnères, qui lui fait un magnifique fond de verdure. Il complète ainsi la physionomie séduisante de Luchon.
Le jour, les malades vont prendre leur bain, les cavalcades sont au loin; le soir tout le monde est rentré, tout le monde est à la joie, ('/est alors qu'il faut arriver à Luchon. C'est un spectacle ravissant. une féerie, une surprise, presque une folie.
Les fenêtres sont éclairées, les cafés sont illmni-
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nés <'i remplis; quelques-uns, enfoncés dans les arbres d'un jardin, fonl courir une guirlande de
lanternes de couleur autour de leur kiosque rustique. Il y a de la lumière, «le la musique, des danses <■( des promenades partout.
Le premier soir de mon arrivée, mhi> <•<•?> grands
arbres, au milieu de cette foule où tout le monde. danseur, musicien ou promeneur agissait, il me
semblait être sur la scène d'un immense opéra, alors que la toile est baissée, et que derrière le rideau chacun repasse son rôle, essaie son pas, on bien exécute le trait difficile de son solo.
En effet, il y avait concert dans un hôtel, et tes gens étaient pressés contre la porte pour en prendre leur part; ils applaudissaient comme s'ils avaient payé pour cela.
Ailleurs on dansait au premier, et sous les fenêtres, des jeunes filles rieuses valsaient en suivant la mesure et les notes du piano qui s'échappaient par la croisée.
Plus loin des Espagnols, au jarret infatigable, d'un bout à l'autre du cours, sous chaque balcon, promenaient leur caehucha et leur jaleo, aux applaudissements des baigneurs, qui laissaient tomber, d'en haut, les petites pièces, dans la bourse de la quêteuse en jupon court.
Ailleurs encore, c'était l'orgue et la vielle, et, même en un coin obscur, un malheureux talma de
province, sans engagement à Carpentras, — qui déclamait les vers de Racine, devant trois gamins charmés par les éclats d'une grosse voix.
Et partout, excepté du côté de cette pauvre tragédie qui tendait, en vain, son casque de carton vert, pour recevoir une obole, c'était une fête, un entrain, une gaîté, à croire qu'il y avait des grelots dans l'air et des marottes dans toutes les mains.
Et je pensais cela, sans savoir encore que cette même fête se renouvelle chaque soir, avec le même entrain et la même gai té.
Après cela, qu'on s'étonne si P>agnères de Ludion est le rendez-vous des malades des quatre coins de l'Europe, et des touristes bien portants des deux mondes. Comment pourrait-il en être autrement— ? El le a des fleurs et des chansons, elle a la santé pour ses malades, el des fêtes pour les gens de loisir, elle a la montagne, la plus belle qui se puisse voit, elle a tout enfin, cette jolie ville de Bagnères de Ludion.
Aussi est-elle 1m reine des Pyrénées!