BY LES ÉDITIONS RIEDBR
La question du célibat ecclésiastique a particulièrement retenu l'attention d'Albert Houtin. L'intérêt qu'il y a porté est très significatif; il met en évidence un des traits les plus importants de son esprit.
Ce ne sont pas des préoccupations sentimentales ou sensuelles qui l'ont provoqué. Elles n'ont joué à peu près aucun rôle dans sa vie. Sévèrement élevé dans un milieu austère, de nature docile, Houtin avait pris' très au sérieux l'enseignement qu'on lui donnait. Il transféra bientôt ses besoins sentimentaux sur des objets mystiques, acquit une discipline, des habitudes profondes. Quand il s'aperçut, peu à peu, beaucoup plus tard, que le système qui l'avait façonné ne reposait sur aucun fondement, son intelligence s'en libéra. Mais ses mœurs étaient indestructiblement formées. Il ne fut pas tenté de/ s'en affranchir, il ne semble pas avpir eu à lutter pour les conserver.
Ce ne sont pas non plus les tourments, les
luttes intimes de ses congénères, moins bien disciplinés, qui l'ont préoccupé. Il y était sans doute sensible; mais l'argument sentimental avait peu de prise sur sa pensée.
Les superstitions, dont l'ascétisme et le célibat sont sortis, n'étaient pas davantage décisives à ses yeux. Nombre d'institutions bienfaisantes reposent sur des croyances fausses ou absurdes.
Ce qui a toujours dominé chez Houtin, c'est la droiture de l'esprit et du caractère. Il ne pouvait souffrir de dualité entre les actes et la pensée, entre les attitudes et les croyances. Morale et logique étaient en lui très près de se confondre. Le désaccord fondamental qu'il avait constaté entre les affirmations de l' Église et la vérité historique, entre ses enseignements et ses mœurs, dvait suffi pour l'en détacher. La chasteté et le célibat ecclésiastiques lui parurent une des formes les plus manifestes de ce désaccord.
Quand il se fut aperçu que les manquements des clercs à leurs engagements étaient moins exceptionnels qu'on avait voulu le lui faire croire, il en fut déçu, froissé. Mais, n'ayant le goût ni . du scandale, ni de l'indiscrétion, il garda pour lui sa désillusion. Des circonstances le firent sortir de sa réserve.
Il lui vint entre les mains, en 1906, des preuves, irréfutables que des prêtres, qui avaient vécu dans la communauté de l'Oratoire, que l'Église proposait en modèles de la vie sacerdotale : un Gratry (1805-1872), un Perreyve (1831-1865), un Charles Perraud (1831-1892), avaient eu à l'égard du célibat une conduite très différente de celle qu'ils avaient laissé paraître et que l'apologétique leur prêtait.
Gratry et Perreyve avaient éprouvé une vive et profonde passion, qui modifiait complètement l'image qu'on présentait d'eux; Perraud avait non seulement condamné avec véhémence dans le privé la discipline qu'il approuvait en public, mais avait vécu quinze ans (1872-1887) avec une de ses pénitentes dont il s'était épris plusieurs années auparavant; il avait procédé lui-même à la bénédiction de cette union.
Ce ne furent pas ces défaillances qui déterminèrent Houtin à rompre son silence. Il s'agissait pour lui d'autre chose. Il connaissait bien des prêtres défaillants; il n'en avait jamais parlé « parce qu'on ne s'était pas servi d'eux pour écrire des histoires mensongères et qu'on n'avait pas abusé de leur mémoire pour tromper les simples ^ ». L'ÉgUse avait travesti, dans un