‹ Courte histoire du célibat ecclésiastique [microform]Chapitre 19 sur 94 · Octavius, XXXI · texte numérisé non relu

Octavius, XXXI

toujours ces parties chez ceux qui étaient alors prêtres. Il y avait bien quelque interruption par intervalles pour pourvoir au besoin de postérité; mais je n'étendrai point cette explication aux prêtres de l'Eglise.

Ces textes sont en faveur de la continence absolue des prêtres chrétiens. Mais ils n'expriment que l'opinion personnelle de l'auteur. Si une loi formelle avait existé, il l'aurait absurément rappelée. En sorte que, avec sa haute estime de la chasteté et son ardent désir de la voir pratiquer à tous les prêtres, cet eunuque nous fournirait la preuve indirecte qu'elle ne leur était pas encore prescrite. D'autre part, les homélies d'où ces deux textes sont extraits, ne nous sont parvenues que par la traduction de Rufin, faite un siècle et demi environ après la mort d'Origène. Et ce soi-disant traducteur a tellement retouché, ajouté et retranché, selon ses idées personnelles et celles de son temps, qu'au lieu de la parole du célèbre Alexandrin et d'un écho de la première moitié du iii^ siècle, c'est seulement le prêtre d'Aquilée et la fin du iv^ que nous entendons probablement 1. Le Traité d'Origène Sur le martyre offre un peu plus de garantie. Il l'adressa de Césarée en Cappadoce, où il se cachait pendant la persécution de Maximin (235-238), à son ami Ambroise, et au prêtre Protoctète, qui avaient été arrêtés pour leur foi. Nous y voyons qu' Ambroise était un diacre très riche, marié et père de famille. Origène relève le mérite qu'aura son supplice, par le sacrifice qu'il fera en renonçant pour

1, Quand le lecteur aura lu plus loin ce que disent les Canons et les Constitutions Apostoliques, il verra si, au lieu de probablement, nous ne devrions pas dire sûrement.

Jésus-Christ à ses richesses, à sa femme et à ses enfants ^.

A la même époque que ce diacre, nous connaissons par leur nom des prêtres également mariés et pères de famille. Cécilien, prêtre de Carthage, qui convertit saint Cyprien vers 245, était dans une condition pareille. En mourant, il lui recommanda sa femme et ses enfants ^. En 250, le même Cyprien, devenu évêque, incorpora Numidique à l'Église de Carthage. C'était, comme Cyprien le raconte dans son épître XL, un prêtre de la plus haute vertu et du plus grand zèle. Il avait fortifié par ses exhortations un grand nombre de martyrs. Sa femme, qu'il chérissait, avait été brûlée sous ses yeux, avec les autres. Lui-même à moitié brûlé, accablé de pierres, avait été laissé pour mort; mais sa fille l'avait sauvé ^, Un autre prêtre de Carthage, Novat, était aussi marié puisque, dans son épître LII *, Cyprien lui reproche d'avoir fait avorter sa femme d'un coup de pied. Il n'y a pas apparence que le saint évêque l'eût ordonné après ce bel exploit. La grossesse de l'épouse était donc postérieure au sacerdoce de l'époux. Il est question, dans une lettre de l'évêque Caldonius à saint Cyprien ^, du prêtre Félix et de son épouse Victoria. Un demi-siècle plus tard, en 304, les Actes de saint Saturnin et de ses compagnons, martyrs

1. Ambroise avait femme et enfants, comme le prouve le texte d'Origène 37; mais saint Jérôme est sevil à nous apprendre qu'il était diacre, De vinsillusiribus,5b. {Noledel'édit.)

2. V. Pontius, Vita Cypriani, IV, Hartel, Corpus scripiorum ecclesiasticorum laiinorum, III, 95.

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