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CHAPITRE VII

LE CÉLIBAT AU Ille SIÈCLE

ERS le temps où mourait à Alexandrie Iç savant Clément, l'Église de Rome élisait pour son évêque un prêtre nommé Calliste. On en a fait un saint, comme de tous ses prédécesseurs ou successeurs, vrais ou putatifs, des cinq premiers siècles. Cependant les Philosophumeha, livre écrit par son con- tem.porain, le prêtre Hippolyte, un saint lui aussi, nous le représentent comme un très vilain personnage. Quoi qu'il en ait été, parmi les accusations que les Philosophumena portent contre Calliste, figure celle-ci :

Sous lui (217-222), des évêques, des prêtres et des diacres bigames et trigames •'■ commencèrent à être reçus dans le clergé (ch. II).

Comme à cette époque l'Église n'était pas encore centralisée, que la papauté, en son sens actuel, n'existait pas et que l'évêque de Rome n'avait guère part au

1. L'atbé Frèppel dans son Origène, I, 177, ajoute ici : « avant leur ordination », II en a fait bien d'autres. Aussi est-il devenu évêque, ce qui n'est possible aux savants qu'à la condition d'user de leur science de la même façon que lui.

choix de ses collègues en dehors de sa province particulière, c'est donc la capitale de l'Empire seulement, tout au plus une zone resserrée autour d'elle que concerne l'abus signalé.

Que nous apprend la réclamation d'Hippolyte contre l'admission des bigames et des trigames, sinon que les monogames étaient admis sans difficulté, de son temps, à Ropae même, parmi les évêques, les prêtres, les diacres et qu'ils passaient pour l'avoir toujours été? Hippolyte fait donc écho à Tertullien célébrant le sacerdoce monogame, et tous deux représentent fidèlement l'enseignement de Paul sur l'évêque mari d'une seule femme.

Les bigames et les trigames, dont parle Hippolyte, disent certains apologistes, étaient tenus à la continence, dès qu'ils devenaient évêques, prêtres ou diacres. Cette affirmation ne repose sur rien, si ce n'est le désir de dissimuler les variations de l'Église. Il est peu vraisemblable que des hommes qui, après leur première femme, avaient senti le besoin d'une seconde, après ^celle-ci encore d'une troisième, fussent disposés à s'abstenir tout d'un coup. Si leur incontinence dans la cléricature avait choqué l'auteur des Philosophumena, il nous l'aurait certainement signalée. Il reproche (IX, 12) amèrement à Calliste d'avoir permis le concubinage aux vieilles chrétiennes trop ardentes, ainsi qu'aux jeunes trop riches et trop nobles pour épouser soit un esclave, soit un homme de condition infime. II rend Calliste responsable des manœuvres criminelles auxquelles ces femmes se livraient pour empêcher la maternité dans de pareilles unions. Il n'aurait certainement pas manqué de mettre aussi à sa charge l'incon-

tinence des maris, évêques, prêtres ou diacres, s'il l'avait considérée comme une nouveauté contraire aux canons.

Minucius Félix exerçait à Rome la profession d'avocat, au temps même de Calliste, puisque Jérôme, dans son Catalogue, LVIII, le met au rang des écrivains du règne de Sévère (222-235). Il dit que, parmi les chrétiens, les uns ne se marient qu'une fois, les autres restent vierges ^. Comme il fait le plus grand cas de la continence, si les clercs avaient présenté sur ce point une exception à la condition commune, il n'aurait pas manqué de la signaler. Chaque fois qu'un pareil silence s'ajoute à celui de tous les auteurs précédents, leur somme devient de plus en plus significative.

Origène (185-254) découvrit l'idée d'une incompatibilité entre les relations sexuelles et l'offrande du sacrifice. On sait qu'il s'était lui-même fait eunuque dans sa jeunesse, ce qui le mettait à même de disserter librement sur la question. Dans son Homélie XXIII, 3 fin sur les Nombres, nous lisons aujourd'hui :

// me semble qu'à celui-là seul appartient d'offrir le sacrifice incessant, qui s'est voué à une chasteté incessante et perpétuelle.

De même, dans son Homélie VI,6 sur le Lévitique, au sujet du vêtement destiné à recouvrir les cuisses et les reins des prêtres hébreux :

Comme nous avons vu dans cette espèce de vêtement le signe de la chasteté, ne dites pas qu'il ne recouvrait pas

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