Mansi, Concilia, XV
2. Voici le texte (Réponse aux questions des Bulgares, 70) : « Vous m'avez demandé si vous deviez soutenir et honorer un prêtre marié ou si vous deviez le rejeter. A quoi nous répondons ceci ; Ces prêtres sont certainement répréhensibles; mais il vous convient d'imiter le Seigneur qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants et qui donne la pluie aux justes et aux injustes. Vous ne 'devez donc pas les rejeter,' attendu que. Judas luimême, malgré sa perfidie, ne fut pas exclu par le Seigneur du collège des apôtres. D'ailleurs il ne vous appartient pas, à vous laïques, de juger les prêtres et d'enquêter sur leur vie. Ceci est l'affaire de l'évêque ». Nicolas sauve la face, mais il est en somme très libéral; (Noie de l'édii.)
3. Eleuthère la mit à mort plus tard, ainsi que Stéphanie sa mère. Il eut lui-même la tète tranchée en punition de ses crimes.
copat OU de la papauté, les maris ne s'abstenaient sans doute pas rigoureusement de leurs femmes à partir du sous-diaconat. S'il y avait une loi, elle n'était guère observée et personne ne s'en indignait beaucoup.
Depuis Formose (891) jusqu'à la mort de Sylvestre II (999), trente-deux papes se succédèrent. Presque tous furent de ceux que le cardinal, Baronius (à l'an 900) qualifie d' « horribles monstres » et que Joseph de Maistre lui-même [Du Pape, I, 281) appelle « monstres de licence et de scélératesse ». Ils ne se distinguèrent de nombre d'archevêques et évêques d'Occident qu'en ce qu'ils ne se marièrent pas, mais ils n'en furent que plus scandaleux. Les plus fameux sont : Sergius III, amant de Marozia, devenu pape par ses intrigues et celles de Théodora sa mère (905-912); Jean X, amant de Théodora la fdlei et fait pape grâce à elle (914-928) ; Jean XI, fils de Marozia et de Sergius III, fait pape à vingt et un ans par sa mère (931-936); Jean XII, homicide, parjure, sacrilège et incestueux, qui mourut assassiné chez sa maîtresse (956-964), »,
Si l'histoire de l'évêché de Rome est si scandaleuse, c'est qu'il était le plus riche et le plus désirable de tous. Le système féodal, en donnant tout à l'aîné, ne laissait | ,^ guère aux cadets de grande maison que l'Église pour |/"" refuge. Les évêchés et les abbayes devinrent presque^ partout leur partage. Les pères prévoyants les leur firent donner dès l'enfance. Atton, évêque de Verceil (945-960), dans son Lwre des Souffrances de V Église,
1. Ces trois femmes, Théodora la mère et ses deux filles, Marozia et Théodora, furent, pendant plus de trente ans, maîtresses de Kome et de la papauté. Marozia, qui vendait ses faveurs au prix de fortunes entières, était devenue propriétaire d'une grande partie de la ville et de son territoire.
s'élève contre cet abus. Il cite un archevêque de six ans. L'élection pourtant garde toujours sa forme. Pour présenter au peuple le petit candidat, on le fait monter sur une table. Pour preuve de capacité, on lui fait réciter quelques phrases- dévotes. Pour preuve de vertu, on invoque sa chasteté, que personne ne conteste. Le peuple rit et acclame l'enfant. On imagine aisément ce que pouvaient être les mœurs d'un épiscopat recruté de la sorte. Les prêtres, tellement grossiers, que beaucoup ne savaient même pas lire ^, n'étaient pas plus édifiants.
La corruption régnait surtout en Italie. « De toutes les nations baptisées, écrit Rathier, ce sont les Italiens qui méprisent le plus les canons, parce qu'ils sont les plus impudiques... Les clercs n'y sont distingués des laïques qu'en ce qu'ils se rasent la barbe et le haut de la tête. » Dans le clergé de Vérone, il n'avait aucun prêtre qui ne fût concubinaire public ou pis encore ^.
En France, on connaît les canons. Ratramne (f 868), moine de Corbie, et Ënée (f 870), évêque de Paris, dans leurs traités contrôles Grecs, opposent tous deux la discipline occidentale du célibat à l'approbation orientale du mariage pour les clercs. Mais il y a des accrocs à la discipline. En 893, par exemple, le curé Angelric, du diocèse de Châlons, épouse Grimma, du consentement de ses parents et en présence de tous ses paroissiens (voir ci-dessous).
1. Atton de Verceil nous l'assure, Rathier, évêque de Vérone, se plaint, sur la fin du même siècle, du grand nombre de ceux qui ne savaient pas même le symbole des Apôtres. En 994, au concile de Mouzon, l'évêque de Verdun, Aimon, ne put parler que la langue vulgaire, parce qu'il ne savait pas le latin (Héfélé-Leclercq, IV, 876).
2, Jean Vrai (Meissas), Ephêmérides de la Papauté, p. 199. Voir ici p. 109,
DOCUMENTS I. Le mariage d'Angelric
Nous sommes renseignés sur Angelric par la lettre suivante de l'évêque de Châlons-sur-Marne, Mancion, à Foulque, archevêque de Reims {Patr. lat, 131, 23) :
Sachez qu'un prêtre nommé Angelric, du village de Wasnau, s'est présenté à notre synode de Châlons, le 7 mai, et a été convaincu par sa propre confession de s'être fiancé, en présence de ses paroissiens, à une femme nommée Grimma, du consentement des parents de cette femme. Mais, comme il voulait l'épouser, des gens de bien se sont opposés à son pernicieux dessein. Après avoir longtemps gémi sur une si grande faute, nous avons décidé de ne rien faire avant de vous consulter. En attendant votre réponse, nous avons séparé ce prêtre de notre communion.