‹ CousinChapitre 2 sur 7 · G TOUS IN · texte numérisé non relu

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son teiuf. blême trahissait la fatigue do l'étude.

Il portait, comme un abbé, la chevelure très-longue et très-en désordre.

Jamais il ne se mêlait aux jeux des autres élèves.

On le voyait se promener de long en large dans la cour du pensionnat, gesticulant et dialoguant avec lui-mcme.

Ses camarades le prirent en grippe.

lis l'accusèrent d'être brutal, méchant, sournois, despote, et cela parce qu'il dominait par rintelligence tous ces gamins tapageurs, et qu'il ne daignait pas honorer de son intimité les héros du pensum et de la retenue.

Pour se venger tle ses mépris, ils lai (loiiiidient un sobriquet fort humiliant : ils le surnommaient Prix dlionneur.

Cela voulait dire, dans l'idiome de ces jeunes bourgeois :

— Tu n'es pas ici, comme nous, pour ton argent; tu y es en qualité de galérien, les pieds rivés au llième grec et traînant le bonlet de la version latine. Les haricots que tu manges,, tu dois les rembourser en prix, en couronnes, sous peine de faire faillite au chef d'inslilution : lu es condamné au prix d'honneur, et le Journal de V Empire dira ta gloire à la suite du feuillelon de l'abbé Geoffroy.

Travaille donc, malheiu^eux, travaille sans cesse, travaille louioiu's!

K rousiN

Victor Cousin, — nos lecteurs le devinent, — était le nom de cet élève.

11 avait pour père un obscur horloger «le la rue Saint-Antoine.

Depuis un an, l'instituteur lui octroynit 1, ourse complète en raison des facullcs admirables qu'il déployait.

Jusqu'à sa quatorzième année, Yiclor ne fréquenta que l'école gratuite et no sortit point du domaine de l'instruction primaire. Sur cette ligne modeste, le succès de ses études lut si éclatant, que l'ambition jeta racine dans son cœur. 11 se promit à lui-même de ne jnmais entrer en apprentissage.

Malheureusement il fallait pour cela

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soutenir nue lutte avrc l'aulorité paternelle.

Ouvrier Ibrt têtu, uourri dans les rêves les plus exaltés de la Révolution, et fanalique de Jean-Jacques Rousseau, M. Cousin père n'admetlait pas d'autre évangile que le Contrat social. Il avait pour article de foi que tout homme, le riche comme le pauvre, le poëte comme l'idiot, doit être pourvu d'une profession manuelle.

Soit dit entre nous, et sans faire à la philosophie de l'auteur genevois une concession trop large, l'application de ce principe devrait être surtout exigible en ce qui concerne les poètes.

Lorsque Victor parla d'apprendre le latin, M. son père lui répondit :

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— Jean-Jacques n'en a éprouvé le désir (^u'à l'âge de quaraiilc-cinqans. N'importe, ÎLi es ton maître, pom'vu que lu gagnes ta subsistance en travaillant dans une autre partie. Graveur , opticien ou horloger , voilà trois étals que je le propose. Tu as vingt-quatre heures pour fixer ton choix.

Quand M. Cousin père avait parlé, toute espèce de réplique était défendue.

Victor, chez lequel se trahissait drjà celte nature fine, hypocrite et louvoyante qui, plus tard, lui a fait éviter tous les ccueils pour aller bercer mollement sa chaloupe sur les vagues fallacieuses de l'éckclisme, — Victor, disons-nous, recourut à une combinaison que n'eût pas désavouée Tartufe.

Sa mère était une sainte et digne femme, un cœur liumble, animé d'une fui

vivo.

Au plus fort des orages de l'impiété révolutionnaire, elle fit baptiser son fils par un prêtre non assermenté *. Puis elle travailla courageusement à l'élever en (.lirélien.

Mais l'horloger, bonnet rouge endurci, trouva convenable d'étouffer cette pieuse sciLcnce.

Il la remplaça par des germes d'athéisme qui se développèrent d'une façon si iii!|iiiélante, que Victor, à treize ans, ne

* Vicmr Cousin est né à Paris le 28 novembre

saluait plus un prôlre ot jurait par Lamellric et par le baron d'flolbacli.

La pauvre mère pleurait îcules ses larmes.

Elle croyait son fils perdu en ce monde et en l'autre. Sa joie fut donc extrême quand celui-ci vint lui dire :

— Mère, j'ai fait sur le cliristianisme des réflexions sérieuses. Il se pourrait bien que la vérilé fût là.

Jugez comme Texcellente femme accueillit ce début.

— Cber enfant! serait-il vrai? Le ciel exauce mes prières et la grâce touciie Ion cœur! dit-elle en lui prodiguant les

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caresses. 11 laiit partir en Norniaiulie chez noire cousin Tabbé *.

— J'y songeais, répond Viclor.

— 11 achèvera de dissiper tes doutes, mon enfant ; il le ramènera dans le bon chemin.

— Oui... mais je tremble que mon père ne s'y oppose; il veut que j'entre à Palelier.

— Witéricorde! est-ce pour te perdre [)lus sûrement par les mauvais exemples? Sois tranquille, j'obtiendrai que tu partes.

Elle j'obtint en effet.

Le soir môme, Victor prenait la clih»

' (e prêtre clcsscrvail une paroisse aux onviroiis de lantes.

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