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point colossal. Toutefois, plus lieiireuTi qnc riiôtesse gourmande de la Fontaine, on ne lui dit pas :
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir;
Quatre énormes voitures de déménagement ne snffirent point à eidevor ses t)agagcs.
Son économie resta la même au sein des grandeurs. Tous les matins il se faisait cuire une simple côtelette par un garçon de bureau, nommé Rochat, Suisse d'origine.
Il payait ce cuisiaicr d'occasion sur les fonds destinés aux lettres.
Pour ses secrétaires, il ne leur donne jamais plus de soixante-dix francs par
mois, deux francs soixaiUc-ciiKi ceiilinies par jour.
En revanche, il se montre fort exigeant, et les force à travailler douze heures consécutives.
Parfois les veilles de ces tristes esclaves se prolongent très-avant dans la nuit.
Lorsqu'ils n'écrivent pas sous la dictée du philosophe, ils transcrivent ses bronillons et les mettent au net.
S'ils viennent , le matin , un quart d'heure trop tard, ce quart d'heure est religieusement déduit à la fin du mois.
M. Cousin leur accorde trenle-cinq minutes pour aller dîner.
Ils déjeunent en travaillant.
Ajoutons que, pour obtenir le litre do secrétaire du grand Victor, il faut être instruit, avoir passé par les grades universitaires et connaître à fond la langue allemande, que M. Cousin ne possède que médiocrement.
Si rame de notre philosophe est intéressée*, on doit lui rendre cette justice qu'elle n'est pas moins rancunière et malfaisante.
Un jeune homme, appelé Bac, ayant été secrétaire de M. Cousin, le quitta pour entrer dans l'Université. Probablement il avait senti le besoin de reconquérir son
* Constaninient il a eu soin do prendre la moitié des honoraires de ceux qui le suppléaient à In Faculté des lettres. On doit dire, à l'éloge de Villemain, •ÎTi'il ne suivit jamais cet exemple de lailrcrie.
inclcpendaiice, car il se moiUra presque aussitôt ennemi de réclectisme.
Cousin le fait prévenir que cette liberté lui déplaît fort.
Le jeune professeur ne tient pas compte de l'avertissement. On le harcèle, on le tracasse, il voit sa desliliilion imminente; le pauvre garçon perd la tète et se suicide.
Ferrari, dans ses Philosophes salariés, raconte cette mort funeste.
Un autre jeune homme, présenté comme secrétaire à M. Cousin, ne trouve pas les appointements convenables, et refuse l'emploi.
Pitjué d'une telle irrévérence, Victor
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ordonne à ses acolytes de surveiller l'audacieux .
A{tprenaiit qu'il vient d'être attaché, comme professeur de grec , aux enfants d'un prince russe, il se rend lui-même cîicz le prince, lui affirme cpie l'homme dont il a fait choix est d'une incapacité notoire, présente à sa place un de ses écuyers bannerets, et fait renvoyer le premier précepteur, malgré les effoi ts de l'historien de Cromweîl, alors ministre, et dont le malheureux jeune homme avait sollicité l'appui.
Yillemain et Cousin se détestent cordialement.
Âbel joua plus d'un tour pendable à Victor.
Il se trouva que le nom de celui-ci lut effacé un jour de la liste des membres du conseil d'Etat en service extraordinaire délibérant.
Cousin donne sa démission; il déclare qu'il ne veut pas d'un titre vain.
Le soir même on porte au Moniteur ce petit coup de griffe en quelques lignes :
« C'est précisément pour cela que M. Cousin n'a pas été conservé dans les rangs du service extraordinaire délibérant. Il ne se conçoit pas de titre plus vain que celui qu'on a porté six ans sans en user ja • mais. »
Fidèle à ses principes d'éclectisme, le grand Victor, au mois de février J8-48, s'empresse d'apporter à messieurs les ré-
publicains de l'Hôtel de Ville son humble adhésion.
— Ces farceurs-là, dit-il, me ficheraie)it ù lu porte de mon logement de la Sorbonne. Graltons-Ieiir un peu l'oreille!
Plus tard, il devient un des membres les plus actifs du comité de la rue de Poitiers.
Il s'efforce de moraliser le peuple en lui donnant sa philosophie populaire , et en y offrant, comme catéchisme des masses, la profession de foi du vicaire savoyard.
Déjà, sous Louis-Philippe, les évêques de France lui avaient lancé leurs mandements à la tête. Ce nouveau péché fut loin d'obtenir leur absolution
Pour apaiser le courroux de TEglise, Victor Cousin rompt aussitôt des lauces contre les socialistes et les démagogues.
L'éclectisme se prête à tout.
Notre pliiloFoplic, d'ailleurs, n'avait probablement plus en mémoire certaine visite rendue à la Fayette vers la fin de la Restauration. Le héros des deux mondes habitait alors son château de Lagrange, et Cousin lui dit, en montrant, d'un air affligé, les antiques- tourelles du manoir ; ^ ;
— Quel dommage, général, que tout cela vous appartienne !
— Pourquoi donc?
— Ah 1 c'est que le moment approche où nous serons forcés de démolir les châ-
teaiix, sans en excepter le vôtre, et de partager les terres entre les entants de la patrie, qui n'est qu'une seule et môme famille. On a beau dire, général, toute la Révolution est là !
Noble sauteur, où t'arrêteras-lu?
Le grand Victor se dédommage d'une jeunesse austère par une galanterie surannée.
Jamais il ne demande aux dames de propager sa doctrine, mais il désire qu'elles soient aimables.
Quand une jolie aspirante au brevet de capacité refuse de lui prodiguer ses doux sourires, elle éprouve le sort des rationa-^ listes et n'obtient pas de diplôme.
On sait que, depuis tantôt vingt ansj
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noire philosophe est attelé au chnr d'une muse charmante.
Tout récemment il s'est complu h la peindre sous les traits de madame do Longueville.
La sœur de Condé n'y a rien perdu.
Pour ressembler à madame Louise Go»
let, iliiiut être parfaite. Aussi que de puissance d'imaginative et quel talent de périphrase a déployés Cousin pour flatter la reine de la Fronde et l'absoudre de ce reproche si grave du cardinal de Retz :
« Elle avait trop d'embonpoint et le visage un peu gravé de la petite vérole. )♦
11 nous prouve que la duchesse de Longueville était la modestie, la piété, la
chaslelé, la fidélité mêmes, et que la Rochefoucauld n'a jamais eu que le lilre pur et saus lâche d'ami de la maison.
Les amitiés saintes ne peuvent-elles se reproduire à deux siècles de distance? •
Pauvres fenunes, comme on les calomnie!
Alphonse Karr annonça le premier h liuison de notre philosophe et de la belle muse avec un manque de retenue et un oubli de toute pudeur qui lui ont vain cuUe remontrance à coups de couteau dont chacun a gardé mémoire.
On prétend que l'entremise du philoso plio-académicien-ministre a pu seule obtenir à sa protégée tant de palmes glorieuses à l'Institut.
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Ceci nous paraît une assertion gratuite et perfide.
Les vers de madame Colet sont assez admirables pour emporter le prix sans le secours de personne.
Faut-il parler de M. Cousin comme orateur politique? 11 est presque nul sous ce rapport. Jamais il n'a pris en sérieuse considération les misérables détails du gouvernementconstitulionnel. La Chambre des pairs l'entendit prononcer tout au plus quatre ou cinq discours, ayant pour but de défendre sa philosophie ou d'attaquer les jésuites.
Ce que nous ne lui refuserons pas, c'est d'être un infatigable travailleur.
. De J840 i\ 1853, il a public do nombreux volumes.
Voici les principîiux :
Cours d'histoire de la philosophie moderne, professé pemlant les années 181 G et 1817, sténographié par ses élève^, et revu par lui; — Leçons de philosophie sur Kant; — Des pensées, de Pascal, œuvre où le mutilateur de Jouiïroy signale à TAcadémie une foule de mutilations; — Introduction aux œuvres philosophiques du père André; — Fragments littéraires; — Jacqueline Pascal; — Fragments de philosophie cartésienne; — Fragments philosophiques, etc.
Tous CCS fragments prouvent que
M. Cousin n'a pas l'ampleur nécessaire pour produire un traité complet de philosophie.
C'est tout simplement un critique et un
lia, de plus, édité les OEiivres philosophiques de Maine de Biran, et traduit le Manuel de philosophie de Tennemann; ou plutôt il n'a fait que le revoir; M. Auguste Viguier en est le véritable traducteur.
A défaut d'œuvres originales, Cousin édite celles d'aulrui.
C'est toujours du travail, mais ce n'est plus de la puissance.
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Néanmoins il a publié de son cru un livre qui a pour titre du Beau, du Vrai et du Bien, et une Défense des Principes de la Révolution française et du gouvernement représentatif, deux ouvrages fort médiocres.
On peut dire toutefois du dernier que c'est une dette et un souvenir, car le gouvernement de Louis-Philippe était doux à léclectisme.
Il faut rendre cette justice à M. Cousin que SCS Portraits des femmes illustres du dix-septième siècle sont écrits dans une grande manière et dans un grand style.
Avant de paraître en volumes chez Di-
dier, ces curieuses études biographiques trouvèrent place dans la Revue des Deux- Mondes.
Pour contenter à la fois Buloz et Didier, car l'un et l'autre de ces messieurs n'acceptent que de la prose inédite, voici le moyen don! s'ingénie le grand Victor.
On ne gagne jamais trop d'argent.
Du même sac on doit, quand on le ])eut, tirer deux moutures.
Il fait d'abord une esquisse de trois ou quatre feuilles, qu'il vend à la Ueviie. Puis, à sept ou buit mois de là (Buloz exige impérieusement ce délai), l'auteur reprend son esquisse, raniplifie et la porte au libraire.
Tout le monde est satisfait.
Ce bon monsieur public seul n'y voit que du feu.
Sur le point de terminer l'histoire de Cousin, n'oublions pas qu'un de ses plus grands travers est de s'être cru dans tous les temps et de se croire encore aujourd'hui le plus bel homme de son siècle.
Jadis Victor se rendait à l'École normale en tilbury, ganté comme un fashionable et le lorgnon dans Tceil.
On eût cru voir Alcibiade, et non Platon.
Les disciples se moquaient du maître.
Presque tous les jours ils faisaient en sorte
d'amener ce philosophe, aussi fat que pédant, sur le chapitre des ilhislralions contemporaines.
M. Eugène Despois, dans le feuilleton de VIndépendance belge du 20 mai dernier, raconte ranecdotc suivante.
— Il est nécessaire, disaient les élèves. d'étudier l'œuvre de nos écrivains modernes, afin de l'apprécier convenablement. Nous devons lire Victor Hugo aussi bien que Racine.
Et Cousin de répondre sur un ton d'oracle :
— Mes amis, laissons cela au profane vulgaire \Mixis mus. .. at nos viri incjemd, kaloi kai agatJioi , est-il besoin, quand
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nous avons devant les yeux l'Apollon tin Belvédère (ici le professeur levait ses grands bras à gauche vers la statue absente), est-il besoin de nous détourner (ici le piiilosophe portait brusquement les mains et les yeux à droite vers son talon) pour regarder un chiffonnier qui passe?
Ah ! monsieur Cousin, cotte appréciation du plus grand de nos poêles vous condamne sans retour.
Votre gloire est loin d'atteindre à celle que vous traînez dans le ruisseau. Le diamant n'est pas souillé, la Unige vous reste.
Quand la postérité vous apercevra sous votre costume philosophique, aussi bigan-é que celui d'Arlequin, elle portera de vous
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un jugement capable de réhabiliter ceux que vous avez voulu flétrir, et, modifiant pour votre usage l'épitaplie célèbre de l'auteur de la Métromanie, elle écrira sur votre tùinbe :
Ci-gît Victor, qui ne fut rioii, Ki philosophe ni du'élicn.
Firx'.
POU PARAITBE DANS LA DETXIÈME SRRE