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mes de l'Institut; les plus servilcs deviennent académiciens, et le bataillon, comme dit le colonel Victor, grossit, grossit toujours !
Mais quels tristes soldats !
Auprès d'eux les dragons du pape ^onl des prodiges d'héroïsme. La valeur qui se fourvoie dans cette piteuse phalange n'y reste pas longtemps. Alors le chef redouble d'habilelé. Pour combler le vide opéré par les désertions, il se fait racoleur; il grise les uns avec des caresses, verse aux autres le vin frelaté de la louange, et, quand les pauvres diables se réveillent, ils s'aperçoivent qu'ils ont signé leur enrôlement dans la Iiorde éclectique.
Ils sont fusiliers, fifres ou tambours, et
ne peuvent plus se soustraire au pacte maudit.
Grâce à ce joli système, Victor, à diflerentes époques, a pu s'entourer d'esprits véritablement philosophiques, et capables de servir de contre-forts à rédifice chancelant qui aurait croulé sans leur secours.
On a beaucoup parlé du zèle de M. Cousin pour ses amis.
Un mot là-dessus.
Les amis de M. Cousin sont en môme temps ses humbles serviteurs, ses agents fidèles, ses âmes damnées. Par eux et par leurs services, il domine, il gagne de l'argent ; donc, il est tout simple qu'il entretienne leur affection.
Sou zèle s'explique le mieux du moutlc : c'est de l'égoïsme bien entendu.
M. Cousin se councdt lui-mè.iie aussi parfaitemeul qu'il connaît les autres. I! ne se dissimule pas la vanité de son système, et se liie d'affaire avec de l'adresse.
Par les mêmes raisons d'égoïsme et d'inqiuissance, il a grand soin de persécuter les esprits libres et chercheurs. 11 a Adlu que des ministres eux-mêmes inter- \ insseiît pour défendre contre les odieuses maiiœuvres de ce philosophe eunuque iMiclielet, Quinet, Arnault et Gratien.
S".lvanily est un de ces ministres.
L'intolérance de notre hoiimie pour les
iMccs contraires aux siennes va jusqu'à l'aversion pour les individus.
Un jour qu'il se promenait en compagnie de M. Vaclierot* sous une avenue du Jardin des Plantes, Pierre Leroux vient à passer près d'eux.
M. Yaclierot quitte le bras de Victor et va presser la main du philosophe socialiste. Cela fait, il rejoint le pair de France et continue le dialogue entamé.
— Quoi! s'écrie Cousin, vous êtes l'ami de ce gaillard-là !
— M. Leroux?... mais c'est un des hommes que j'estime et que j'admire le pkis.
* Le même qui fut avec Dubois directeur de l'École normale.
— Allons donc ! un écrivain obscur, le pbilosoplie des ténèbres !
— il n'a pas la clarté de Voltaire, j'en conviens; mais c'est un novateur, un cbercheur d'idées. Votre éclectisme peut emprunter quelque cliose à son génie.
— Jamais 1. . . par exemple l
— En ce cas, dit Yacherot, vous êtes en contradiction avec votre principe même.
— llélas! murmura Victor au milieu d'un profond soupir, j'avais compté sur Joufiroy et sur vous : comme Jouffroy, je vois bien que vous m'êtes hostile !
Puisque nous venons de prononcer le Tiom de Joufiroy, il est essentiel de riippc-
1er ici que h famille de ce philosoplic, morleii 1842, chargea M. Cousin d'éditer SCS œuvres poslliumes * .
Un grand scandale se produisit alors.
Jouffroy n'était plus éclectique; il avait même cessé d'être <?-hrctien. Dans ses écrits il diiigeait dcà atlaques violentes contre l'éclectisme et contre la foi.
Pour tout ce qui avait trait à la docti'ine religieuse, Victor ne s'en inquiéta guère ; mais il biffa sans pitié tout ce qui
* Elles s'imprimcrciit ci 18U. Précctlcnimrnt le père de rérlcctisnie avait fait parnître les Ouvrages vmlils d'Ahélard (1836); un traité sur la Métaphysique d'Aristote il85"), et de nouveaux Fragmenls philusoi)hiqut'S{T^h\[o<{)i>\\\(i scolastiquc). Co dernier livre se publia en ISôy.
pouvait être blessant pour lui-même et pour son école.
Un exemple entre mille.
Jouffroy avait écrit ; « Le manque de
PRÉCAUTIONS et l'iNEXPÉRIENCE de M. CoU
siii... »
Quelle phrase irrévérencieuse !
— Arrangeons un peu cela, se dit lo fidèle éditeur.
Et, san5 trouble, sans hésitation, sans remords, il fait subir au texte le léger changement ci-dessous :
« Les EXCESSIVES PliÉCAUTIONS Ct TeXPÉ-
RiENCE de M. Cousin... »
Voilà de l'habileté, sans contredit... ct
d-j la conscience !
Pierre Leroux, dans un opuscule qui a pour titre : De la mutilation cVun écrit posthume de Théodore Jouffroy, signale une infinité d'altérations aussi incroyables, mais d'une portée beaucoup plus grande pour lui, car elles intéressent la doctrine.
Une fois sur le chapitre des défauts du grand Victor, nous n'allons plus cii finir.
Harpagon, de retour en ce monde, ne se montrerait pas plus économe que notre philosophe et ne jouerait pas à ses amis des tours plus indignes, quand l'heure est venue de fouiller à l'escarcelle.
Barui, le traducteur de Kant, en snit quelque chose.
Un malin, Victor le rencontre au Palais- Royal, lui frappe sur l'épaule, et lui demande s'il a déjeuné. Barni l'avait eu pour maître de conférences. Il répond né^ gativement, après avoir ôlé son feulie avec beaucoup de respect.
— Ni moi non plus, fit Cousin. Déjeunons ensemble î
On entre chez Douix.
Barni, qui se croit invité, laisse Victor commander un déjeuner confortable. On y fait honneur, et les plats se succèdent.
Mais tout à coup notre philosophe se frappe le front.
Une affaire on ne peut plus urgente rappelle à la Sorbonne. Il se lève, prend
COUSIN ".'i
sa canne et son chapeau, quitte le salon de Douix et court encore.
Barni paya la carte.
Depuis ce jour, il se promet bien de ne plus accepter les invitations du père de récleclisme.
Quand M. Cousin reçut, avec la confiance de Sa Majesté citoyenne, le portefeuille de rinstruction publique, il arriva rue de Grenelle en fiacre.
— Tiens ! mais alors nous le verrons parlir en coucou ! murmurèrent les gobemouches des antichambres.
Ils oubliaient Thisloire de la belette et grenier.
M. Cousin prit au ministère un embon-