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autres, et qu'on lui croyait un œil plus ouvert sur le monde menaçant qu'on voulait réprimer et prévenir à la fois. Pour le dire, en passant, ces sortes de personnages ne sont pas rares dans les temps d'agitation et de conflit; on conspirait partout en France de 1815 à 1827, et partout, il y avait de ces caprices d'égalité et de ces parvenus du dévouement. A Périgueux, M. Laborie était loin encore de cette fortune de haute confiance royale; mais il y préludait Emigré sous la Révolution, officier dans l'armée espagnole, fait prison nier et interné dans cette petite ville, il y passait pour espagnol de naissance et avait été bien accueilli parmi les royalistes du pays qui, vers 1812, commençaient, sinon à entrevoir, du moins à rêver la chute possible de Napoléon. Un procureur impérial, limier de flair, plus fin
que le reste des autorités, eut des soupçons sur la nationalité de cet étranger, et se mit sur ses traces. Mais les amis le dépistèrent en faisant transférer le soupçonné à Nancy avec un corps espagnol qui allait y prendre résidence. Là, les avances dans la même société royaliste lui furent ménagées. 11 se faufila heureusement auprès des magistrats qui l'appelaient comme interprèle dans les affaires où la double connaissance de l'espagnol et du français était nécessaire, et il parlait, disait-on, comme un Français. Enfin, quelqu'un du parti de l'Empire qui l'avait bien démêlé, lui dit : Pourquoi rester ainsi dans une situation fausse? Au fond, vous pouvez servir, et, sans renier votre passé, ne pouvezvous entrer dans l'Université ? ASaint-Mihiel un principalat va être vacant, et il y a, pour
un homme habile, chance de fortune. Vous aurez là paix entière et bon avenir. L'émigré accepte, réussit, et la Restauration ayant eu lieu, ses amis de Périgueux le rappelèrent, et il y courut. C'est là qu'il accueillit Damiron, choisi de la main même de M. Royer-Collard, probablement pour faire plaisir à Maine de Biran.
Au mois d'octobre 1818, justice fut faite enfin, M. Royer-Collard nommaDamiron professeur de philosophie à Angers. Il entrait à la fois dans les collèges royaux et dans l'enseignement qu'il avait si vivement désiré et auquel il s'était si laborieusement préparé. Néanmoins, les premiers mois furent tristes et inquiets. Il regrettait Périgueux, le principal qu'il y avait rencontré, les collègues auxquels il s'était attaché. Sa conscience, troublée des problèmes qu'il avait à résoudre pour ses élèves, se faisait mille soucis; il tourmentait Jouffroy de questions, et rédigeait d'avance, par écrit, une longue suite de
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leçons qu'il touchait et retouchait sans cesse.
Il rencontra là pourtant un ancien camarade, qui devait y continuer sa carrière. M. Gavinet, professeur de rhétorique, resté l'un de ses meilleurs amis.
Il y était arrivé seul, sans son cher Auguste, son petit et fidèle compagnon d'exil qu'il avait laissé malade à Paris. Cette solitude des premiers jours lui fut amère ; il la cachait, dans de longues et solitaires promenades où il s'échappait en pleurs et revenait soulagé et fatigué à ses sévères études, et à cette classe, ohjet de toutes ses sollicitudes.
Le pays était doux, paisible, peu troublé de passions ardentes. D'ailleurs, c'était la bonne heure du parti doctrinaire et du royalisme constitutionnel. M. Royer-Collard et ses amis régnaient sur la pensée publique. L'op-
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position ultra-royaliste, même en Anjou, était vaincue, le libéralisme réveillé dans tout l'ouest avait repris la majorité dans les villes. Toute liberté était donc assurée à ce jeune esprit, d'ailleurs si sage et si prudent, vivant loin du commerce du monde dans l'intérieur du collège. C'était alors un avantage, et un heureux préservatif, pour les jeunes maîtres non mariés, de trouver dans l'intérieur des lycées un appartement modeste et une table commune. Ainsi séparés des agitations du monde, ils échappaient à ces mille périls d'interprétation que peut soulever la moindre parole à une table de convives mêlés de toute profession, prompts à colporter ce qu'ils entendent, au de gré leurs passions. Un tel avantage, dans les crises politiques, compensait bien les petites rivalités qui naissaient
quelquefois d'une familiarité et d'une commensalité intimes. Sous la tutelle d'un proviseur bienveillant, ou dans la crainte de sa sévérité, on se formait à la réserve, à la discrétion, on étudiait de près les caractères de ses chefs et de ses collègues; la conv ersation mettait aussi en commun les études diverses, les lectures ; les discussions nourrissaient l'esprit et l'éclairaient. Des raisons d'économie et d'autres ont fait supprimer cet usage. Pour nous, vétérans des premiers jours qui en avons profité, il nous reste le souvenir de ses heureux enseignements, plutôt que des inconvénients de police que nos successeurs y ont quelquefois accusés et redoutés dans des temps où une franchise et une loyauté moins assurée présidaient aux destinées de TUniversité.
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Le recteur était M. Poulet Delisle, ancien élève de l'école Polytechnique, mathématicien distingué, auteur de quelques livres utiles, et de quelques théorèmes ingénieux et élégants. Homme de justice, d'humeur bienveillante et douce, royaliste de bonne foi, très modéré par caractère, il aimait la causerie, lajeunesse studieuse; il était, d'ailleurs, plus habile que sa bonhomie conteuse et souriante ne l'eût faitsupposer.il avait un salon et y tenait bien sa place avec une jeune femme élégante et spirituelle.
La première année, Damiron eut pour inspecteurs l'abbé d'Andrezel et M. Raynal, deux hommes d'esprit et de caractère bien différents. L'un, abbé jadis à la mode avant 1789, joli homme, d'esprit élégant et assez libre alors, avant continué la même vie et le
même rôle clans les salons de l'Empire, avec un vernis de religion à la Fontanes ; depuis 1814, en sa qualité de suspect aux rigides, il était devenu lui-même rigide, par peur, reprenant toutes les vieilles traditions de l'enseignement de l'ancien régime, regrettant la philosophie etrargumentation en latin, inquiet sur la foi des jeunes professeurs, etc. En ce moment, pourtant, il revenait à sa modération naturelle, parce que M.Royer-Collard régnait. 11 trouva Damiron si grave, d'une vie si régulière et si cachée au fond de son collège, si bien établi, du reste, au dehors, dans l'estime de ses chefs et de son Recteur en particulier, qu'il le prit, pour ainsi dire, en respect. Dans ce doux pays d'Anjou, où malgré le voisinage de la Vendée et les anciens souvenirs, le royalisme avait plutôt une attitude
que du zèle et de l'ardeur, et où une bourgeoisie nombreuse, riche, assez unie, réveillée par le mouvement libéral, tenait tête à la noblesse, Damiron, par sa vie d'étude, la discrétion de ses opinions d'ailleurs royalistes, la sévérité morale d'un enseignement qui, sans affecter le catholicisme, prêtait appui à la religion, plut à tout le monde. Ce jeune homme de vingt-quatre ans commandait le respect. Ses élèves s'attachaient à lui, et plusieurs sont restés ses amis jusqu'à sa dernière heure.
Il était le confident cherché de tous. Il a profité des confessions des autres, du spectacle de leurs passions et de la mobilité de leur esprit. Il s'est fait calme, d'abord pour autrui, et, par suite, pour lui-même. Son expérience, quoique théorique, pour ainsi
dire, au début, devint vite profonde et personnelle. Il apprit à se gouverner, en confessant autrui. Ce que Jouffroy était pour les travaux de l'intelligence, il Tétait pour la conduite de la vie. Sage dès vingt ans, il Test demeuré toujours.
Les années 1820 et 1821 mutiplièrent pour Damiron les épreuves morales qui devaient accomplir ce caractère de fermeté élevée et calme, mêlée d'une tendresse profonde, mais toujours contenue parla perpétuelle pensée du devoir. A la fin de 1820. il perdit un frère bien-aimé, jeune homme d'une rare beauté et d'un noble cœur, dont le zèle aidait son père dans ses pénibles fonctions.
Au mois d'octobre 1821, ce fut le père luimême qui mourut. Il languissait depuis près d'une année sous le deuil que lui avait causé la mort de son fils.
Heureusement, la Commission de l'Instruc-
tion publique venait de rappeler Damiron à Paris, et de lui confier la suppléance de la chaire de philosophie au collège Bourbon que la santé de M. Jouffroy ne lui permettait plus de remplir. Mais le traitement était faible, les ressources accessoires difficiles, et les besoins s'étaient accrus. Il était réellement devenu père de famille. L'héritage n'avait rien rapporté, et son frère, sa sœur même, étaient tombés tout à fait à sa charge.
Ni Jouffroy, ni moi n'étions alors à Paris; il restait seul, sans ses amitiés les plus intimes. Paris le sauva, comme il le dit luimême. Paris n'est pas un lieu de douleur; il \ atropd'impressionsdiverses, tropd'hommes, trop de choses; et puis, un incident inattendu vint à son secours.
On lui proposa de terminer l'éducation du
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jeune comte de Lieven, fils de l'ambassadeur de Russie en Angleterre, que sa famille voulait fixer à Paris pour sa rhétorique et sa philosophie dans l'institution de Sainte-Barbe, mais avec un précepteur ou tutor, comme dans les grands collèges des Universités anglaises, ou comme autrefois chez les Jésuites. Damiron accepta cette chaîne que les rares et charmantes qualités de l'élève devaient lui rendre douce. Il s'enferma donc à Sainte-Barbe. Auguste fut renvoyé à Angers pour y poursuivre ses études, et sa sœur placée chez une personne de la famille.
Cette situation heureuse avait été ouverte à Damiron par l'abbé Nicolle, que son séjour en Russie, à la suite du duc de Richelieu, et sa direction du collège d'Odessa, avaient fait le conseiller d'éducation de toutes les grandes
familles Russes. Alexandre, alors chargé du neveu de M. Pozzo di Borgo, avait prononcé son nom. et, dans une heure d'entretien, l'affaire avait été conclue.
Damiron porta avec résignation cette servitude si incompatible avec la paisible mais indomptable liberté d'esprit et d'étude à laquelle nous le verrons plus tard sacrifier l'honneur d'une confiance plus haute encore que celle de la famille de Lieven.
Mais, là encore, la Providence vint à son aide et le récompensa de sa résignation. Le jeune homme ne put se plier à cette captivité de nos collèges à stricte clôture, si différents des grandes hôtelleries d'Oxford et de Cambridge. Le monde l'attirait et il était fait pour y briller. 11 obtint de sa mère sa liberté sous la tutelle à la fois vigilante, éclairée et aimée
de son précepteur. Tous deux, avec le domestique nécessaire, vinrent habiter près du Lycée Bourbon, et le jeune homme, franchissant la rhétorique, suivit les leçons de philosophie de son cher maître. Si une grave responsabilité pesait ainsi sur celui-ci, elle fut allégée parla discrète liberté dont sut user le disciple, par sa confiance affectueuse, la déférence qu'il avait pour ses avis, le respect profond qu'il ressentait.
Cette éducation fut pour Damiron, comme tout dans sa vie, une discipline et un exercice moral. La vie de précepteur, même adoucie par l'heureux naturel du jeune homme était pour lui comme une épreuve. 11 se troublait, s'agaçait même parfois de sentir la. sans cesse, à ses côtés, cette jeune tète légère, pleine d'idées mondaines, qui, souvent, le
lirait de ses méditations par une frivolité, de son travail par un refrain de vaudeville, de ses douleurs par une question à faire rire.
Auguste était à Angers; en sécurité, sans doute, près d'un bon ami, Gavinet. Mais ce compagnon de toutes ses heures avait été, pendant son exil de cinq années, le charme de ses durs travaux. Une visite à sa sœur le jeudi, une longue promenade avec elle le dimanche, rétablissaient pour lui la famille. Toujours levé dès trois ou quatre heures du matin, il préparait son cours et consignait sur quelques pages ses réflexions et les idées qui lui semblaient susceptibles de développements.
En janvier 1826, le jeune duc d'Aumale allait, comme on dit chez les princes, quitter les mains des femmes, et passer entre celles d'un précepteur. Déjà M. le duc d'Orléans avait confié son fils aîné à M. Boismilon, et M. de Joinville h M. Trognon, tous deux élèves de l'École Normale. Satisfait de leurs soins, il songea à leur donner, pour M. d'Aumale, un confrère qui lui offrit les mêmes garanties d'instruction et de moralité, et animé du même esprit. Damiron traversait alors une phase critique de sa vie ; malgré sa réserve et son éloignement de toute passion politique, la disgrâce l'avait atteint comme
nous tous; il n'avait pour suffire à ses propres besoins et à de grands devoirs de famille que la modique indemnité universitaire qu'on n'avait pu lui refuser, et le fruit plus que modique aussi de ses travaux au Globe. Nous vivions ensemble. On lui fit des ouvertures au sujet de l'éducation de M. d'Aumale ; je ne sais si ce fut ou M. Trognon ou M. Guizot *. Le témoignage d'une si haute confiance, la sécurité qu'il allait trouver et pour son propre avenir, et pour l'avenir de ses deux chers pupilles (sa sœur et son frère) prévalurent dans son esprit comme dans le mien; après de longues et mures délibérations, il accepta: mais à peine eut-il passé quarante-huit heures dans
1 « Votre renommée a tout fait », lui écrivait Trognon, le 28 janvier 1826. « M. -Sébastiani a rapporté de M. Royer-Collard de si belles paroles que le prince n'a rien de plus pressé que de vous connaître. »
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la maison du prince. et dans le premier accomplissement sur place de tous les devoirs qu'il avait assumés sur lui, que le sacrifice de sa liberté, de ses études si chères et suivies depuis tant d'années sans distraction aucune, lui serrèrent le cœur d'un regret invincible: il n'hésita pas un moment, et sans vouloir d'une seule heure prolonger l'expérience, sans être retenu par la fausse honte de rompre si vite un engagement qu'il avait paru désirer, et de répandre si mal à l'attente du prince qui l'avait préféré à d'autres candidats, il écrivit à l'instant même à S. A. R. une lettre brève, franche et digne, où il lui exprimait ses regrets et sa résolution. Le prince comprit à merveille et voulut le voir avant de se séparer de lui. — '( Ah î je vous comprends bien, dit-il, avec sa bonté cons-
tante et familière : j'ai vécu en donnant des leçons ; eussé-je pu, dans ma situation de prince exilé, accepter un emploi de précepteur, il m'eût été impossible. Retournez donc à vos chères études, et croyez que je n'oublierai jamais cet acte de loyale et si digne résiliation. Cette maison vous sera toujours gracieusement ouverte, venez-y voir quelquefois vos amis, et cet enfant que j'étais si heureux de vous confier, et qui déjà s'attachait à vous, comme il vous charmait par sa vive intelligence— vous êtes un sage et un bien honnête homme. »
Damiron, rendu libre, accourut en toute hâte au Globe où je dînais; j'étais sorti; il donna l'ordre de mettre son couvert comme à l'ordinaire, et alla ensuite porter à sa jeune sœur la nouvelle de sa décision. En rentrant,
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et voyant les deux couverts ; je m'écriai : ah ! M.Damiromdîneavec nous. — Oui, Monsieur, et il a même dit que, demain et toujours, il faudrait continuer. Une heure après, nous étions là tous les deux, heureux de notre douce fraternité recouvrée et des chances laborieuses que nous allions continuer de courir ensemble.
Damiron me raconta ce qu'avaient été pour lui ces quarante-huit heures: la ponctualité minutieuse, la distribution presque minute par minute de tous les soins de la journée, l'obsession continuelle de la responsabilité qu'il sentait sur lui et l'effroi de conscience de ne pouvoir y suffire, le deuil de ses chères études ajournées, de ses deux enfants qu'il n'aurait pu voir qu'à jour et heure fixes, et comme à la dérobée.
En 1826, Walter Scott était venu à Paris. Il se rencontra avec Damiron dans le salon de Mme de Souza chez laquelle, je crois, le savant et aimable M. Gallois l'avait introduit. Je ne sais comment, soit le jour même, soit à jour pris entre eux Damiron l'accompagna ainsi que sa fille au Jardin des Plantes. 11 peignait avec charme la bonhomie raide et gaie, la curiosité d'observation du célèbre romancier, les remarques pleines d'humour qui lui échappaient à chaque instant. C'était, disait-il, comme un bon pasteur de campagne et la jeune miss qui s'appelait, je crois, Anna, répondait aussi parfaitement à la même idée.
ÏX
En 1827, M. de Courcelle, directeur de rinstruction Publique, fit appeller Damiron, et, après quelques regrets d'avoir à lui faire une communication qui pouvait ne pas lui être agréable, lui déclara qu'il ne pouvait continuer à être professeur, surtout de philosophie, dans un collège aussi important, en prenant part à la rédaction d'un journal contraire au gouvernement1. — « Mais je ne suis que collaborateur littéraire », déclara Damiron — « Je ne connais ni le journal ni vos articles, reprit M. de Courcelle, mais cette feuille est contraire au gouvernement, le
\ . Lr Globe.
Ministre ne peut tolérer cela; d'ailleurs la remarque et l'ordre viennent de plus haut ; ils viennent du gouvernement tout entier, » et il insinua à Damiron de donner sa démission. Damiron repoussa vivement cette invitation, mais déclara qu'il consentait à demander un congé a\ec traitement, que sans cela il exigerait qu'on suivît les formes. — « 11 n'y a à vous reprocher aucun délit universitaire, ajouta M. de Courcelle ; je ferai mon possible pour que le Ministre prenne en considération la résignation que vous montrez. Demandez un congé, tout en continuant votre classe pendant quelque temps pour éviter le bruit. » — Damiron accepta.
11 écrivit une lettre simple et digne dans laquelle il rappelait ses services, et affirmait qu'il n'avait jamais pris part à la direction ni
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à l'administration du Globe et n'avait fourni au journal que des articles de philosophie tirés d'un ouvrage qu'il préparait. Le congé fut accordé, sur son désir exprimé, disait le décret ; en considération de ses services et de sa situation, on lui allouait 75 francs parmois qui, joints aux 400 francs de l'agrégation, lui constituaient un traitement de disponibilité de 1.300 francs.
Quand, en 1828, M. de Vatimesnil arriva au ministère, tous les proscrits de l'Université qui avaient maintenu avec persévérance leurs droits firent des réclamations directes.
M. Royer-Collard, qui portait à Damiron un intérêt d'affection presque tendre, insista vivement pour une réparation. Un professeur de philosophie à Charlemagne demandait un congé. Le Ministre s'empressa de saisir Toc-
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casion,et d'appeler Damiron à le suppléer : « Lorsqu'une chaire viendra à vaquer, dans quelque collège que ce soit, je n'oublierai pas les services que vous avez rendus à l'enseignement et les travaux dont vous avez enrichi la Science. Vous acquerrez encore de nouveaux droits par la manière dont je suis certain que vous ferez votre cours. Vous savez que vos principes ont été attaqués. Sans doute, ils Font été injustement, mais il me semble que vous devez vous faire un point d'honneur de rendre cette injustice palpable par la bonne et sage direction que vous donnerez à vos leçons. 11 ne vous faudra pas employer d'efforts pour y parvenir. Suivez l'impulsion de vos nobles sentiments, soyez vous-même. C'est là tout ce que je désire. Les parents, quelles que soient leurs opinions
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et leurs croyances personnelles, veulent que leurs fils sortent du collège avec une religion sincère et éclairée, avec un attachement inébranlable à la monarchie constitutionnelle. Un cours de philosophie fait avec habileté et loyauté est un des principaux moyens de répondre à ce vœu des familles. Je ne pouvais le placer en des mains meilleures que les vôtres1. »
Damiron accepta et remercia : « Je ne finirai pas. Monseigneur, disait-il, sans vous dire que ce qui a été attaqué en moi et ce qu'on a frappé avec beaucoup de sévérité a été ou bien mal compris, ou traité bien injustement. Vous avez daigné, plus d'une fois, m'exprimer votre approbation sur l'ouvrage que j'ai
1. Lettre autographe de M. de Vatimesnil du 1er octobre 1828.