TRIBUS DE MOAB
Quelques jours passés avec les Arabes suffisent à montrer combien il est difficile d'arriver à la précision dans les renseignements. L'œil du bédouin, habitué à l'immensité de la plaine, distingue à douze ou quinze kilomètres la razzia qui s'approche ; mais l'évaluation variera entre vingt et quarante cavaliers. De même telle tribu sera cotée, par un cheikh, comme s'élevant au chiffre de trois cents tentes, tandis qu'un autre lui en donnera cinq cents. De ce manque de précision surgit un réel embarras pour l'Européen qui voudrait tout mesurer au millimètre. D'autre part, s'arrêter devant cette fluctuation, c'est renoncer à toute étude. J'ai cru préférable de livrer tels quels les renseignements qui m'ont été fournis.
Dans la ZDPV., XXIV, p. 26 ss., M. E. Littmann a publié une liste officielle des tribus à l'est du Jourdain. Ce document a été écrit à une époque où le Gouvernement turc atteignait à peine le Sait ; aussi l'auteur parait-il avoir été guidé par des à peu près multiples. On donne par ex. les Zerqamàn ,.\^\\ comme une division des Béni Salier : ce nom est inconnu dans la région, et il rappelle le Zerqâ-Mâ'm, qui prend sa source à huit kil. au sud de Mâdabâ. Naturellement, i\I. Littmann n'est pas responsable de ces inexactitudes; il a transcrit son document; on désirerait pourtant quelques notes. De même, on rencontre de nombreuses fautes d'écriture, sinon de lecture; il faut le'ida au lieu de libda, al-Bahciràt au lieu de al- Djârât (cf. la liste corrigée ci-dessous).
L'évaluation des hommes en état de porter les armes ne paraît pas fondée sur une connaissance objective des tribus. Les Ad'ageh (au lieu de Ar'ageh) comptent à peine cent tentes; ils ne peuvent guère posséder 1.000 guerriers. Les al-Môr sont donnés comme une des divisions importantes des Béni Saher ; en réalité, c'est le nom d'une subdivision des Ahqeïs; autrefois ils étaient puissants, mais ils sont déchus de leur ancienne splen-
1. Non seulement les tribus de Moab, mais plusieurs autres qui sont en rapport avec Moab, sont ici mentionnées.
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deur. Autre remarque sur cette liste : non seulement aucun ordre n'est observé dans l'énuméralion des tribus, mais encore aucune indication n'est fournie concernant \onv habitat ordinaire ou leur territoire. Avouons tout de suite que la question n'est pas facile à éclaircir, car, en dehors de la terre qu'il possède comme propriétaire, qu'il a le droit de faire cultiver ou de vendre, l'Arabe bédouin jouit d'un certain droit de pâturage, mal dcûni, reconnu cependant ot respecté de tous. C'est ainsi que les immenses troupeaux de chameaux des Beui Saljcr paissent en toute sécurité dans la vaste plaine de Mâdabâ, propriété des 'Azeïzât et des Kerâdseh. Encore un exemple. Les 'Azeïzât sont descendus parfois dans le (aôr pour faire paître leurs troupeaux, tandis qu'aujourd'hui ils vont hiverner à cinq ou six heures à l'est de Mâdabâ. Avec le territoire de chaque tribu, nous indiquerons ordinairement le nom de son cheikh, car bien souvent le cheikh, par sa capacité, donne la vie et l'imporLance à la tribu. La disparition de ce personnage est parfois l'occasion d'une dislocation de la tribu, par conséquent de son affaiblissement. Une autre cause de destruction, c'est la guerre ou la razzia : telle tribu, très Iforissante il y a cinquante ans, ne compte plus aujourd'hui que quelques familles.
L'ordre suivi dans la liste que nous donnons n'est pas en raison de l'importance des tribus; pour plus de clarté, on a préféré dans cette nomenclature la division du terrain, en remontant du sud au nord.
Dans la transcription, il a paru bon de ne pas ramener les formes nominales à un thème grammatical littéraire, pour ne pas les déformer; ou s'est contenté de transcrire aussi fidèlement que possible la prononciation objective du mot. Cf. Introduction.
Dans les pages qui suivent on indique successivement le nom des tribus et de leurs subdivisions, les noms des cheikhs, le nombre des tentes, ou, si cela est spécifié, des combattants et enfin le territoire.