Cf. f
mise à son oncle, )> dit Tihy. Sâlem fut fâché en son cœur de ce refus; il pria Toueïm do le venger. A peine de retour sous la tente, la fille fut soudainement frappée d'un coup invisible, et tomba malade. Tihy comprit aussitôt : « Fais sur elle un sacriflce, dit-il à Sâlem, et prends-la. » Celui-ci répondit : « Si tu ne me l'avais donnée, Toueïm l'aurait tuée. »
Une fois que Sâlem passait au milieu duu troupeau, il aperçut une chèvre très grasse : « 0 Dieu, quelle chèvre! » murmura-t-il aussitôt. D'elle-même la bête vint sous sa tente s'offrir à son couteau. Le berger la réclama : « Prends-la si tu veux, dit Sâlem; mais sache d'abord qu'elle est consacrée comme dab'iheh à Toueïm. » Le berger n'osa l'emmener.
Chaque année, Sâlem fait le tour des troupeaux de sa tribu, désigne à sa guise les brebis qui devront lui fournir le lait, et celles qui lui donneront les petits agneaux dont il a besoin pour recevoir les hôtes, cinquante ou soixante. Personne n'a laudace de lui refuser quoi que ce soit : « car il est le favori de Toueïm ».
Il y a peu de temps, il entra sous la tente de Mohammed ed-piâb; il regarda avec complaisance un sac plein de farine : « Emporte-le, » dit Mohammed, craignant d'avoir maille à partir avec Toueïm.
En sa qualité de cheikh, il accompagnait Abd er-Rahmân, moutesarref de Kérak. Le cortège s'arrêta au campement de Talâl. On s'empresse autour du Pacha; on lui sert des rafraîchissements; on l'écoute parler. Sâlem quitte le cercle officiel et va s'étendre au soleil devant l'entrée de la tente voisine qui appartenait à la sœur de Talâl. On rit beaucoup de sa mauvaise tenue et de sa désinvolture. Le moutesarref dit : « Sâlem ! c'est un âne ! mais c'est un faqîr. » Tous le craignaient.
Sâlem est mort depuis deux ans. Son fils, Meti, lui succède dans son autorité et sa puissance : « car il est de la famille )> et il est faqir redouté autant que Toueïm.