Sous la direction du cheikh 'Agâg
3. Le mot batn (..Jaj) employé dans l'ancienne littérature n'est pas usité en Moab. Le
COCTLMES DES AKAIiES. g
Sous cette dernière appellation, on désigne un groupement plus ou moins considérable de familles ou de petits clans, qui reconnaît un même cheikh, a les mêmes intérêts et se glorifie surtout de ses liens de parenté avec un seul ancêtre dont il porte le nom et duquel il prétend descendre par voie du sang. C'est le degré le plus élevé de la hiérarchie sociale. A la base, nous avons trouvé la famille sous son double aspect 'loi et 'ahel; à un degré supérieur, nous avons rencontré la hamouleh, ensuite la 'a^lreh, et enfin la qablleh qui englobe toutes ces subdivisions. Il ne s'ensuivra pas nécessairement qu'elle soit nombreuse et puissante; maints exemples prouvent le contraire; il suffira de citer les Béni 'Aqabah jadis redoutables, réduits maintenant à un fort petit nombre, et malgré tout constituant encore une tribu. La richesse ne sera pas non plus une cause efficiente et nécessaire de la constitution de la tribu. Bien que nombre et richesse concourent à ce résultat, d'autres conditions sont requises. En premier lieu, la tribu doit former un tout homogène et indépendant avec ses intérêts déterminés. Ensuite elle doit reconnaître la direction d'un chef unique, au moins dans les questions majeures; mais sous ce rapport il est nécessaire d'introduire quelques distinctions; on les a vues plus haut. Une troisième condition parait indispensaJjle : l'unité de nom et par conséquent l'unité de race. Sur ce dernier point, la pensée du bédouin est mobile, difficile à saisir, très imprécise; elle acceptera les légendes les plus contradictoires et ne se retrouvera elle-même c[ue dans son affirmation catégorique : la tribu tout entière dérive de V ancêtre. Je faisais remarquer un jour que les Béni Salier forment au moins trois /^«wi^r?/ distinctes, ayant chacune un cheikh, et se faisant même parfois la guerre entre elles : « Tout cela est très vrai, répondit un chef; nous nous disputons entre nous et cependant, le jour où un ennemi du dehors vient nous attaquer, nous sommes tous réunis; car tous nous sommes Béni Salier, » La voix du sang étouffe toutes les rancunes.
Bien qu'admettant la descendance naturelle d'un seul homme qui représente la souche de toute la tribu, les Arabes n'excluent point
mot fahid (j.:sr^) désigne un groupe pins restreint que la hamouleh, mais un groupe qui s'isole de la tribu, et se rend quasi indépendant. Fendeh ('sj.,;^] est un terme employé pour désigner une grande tribu, et pourrait être considéré comme l'équivalent de qab'deh (plur.
qabâ'ïl). Les anciennes divisions sont, d'après l'auteur du Kassûf : I. aé-sa'b , -.x^:^ •
2. al-qablleh 2Ï.jJ^^ : 3. al-'amârah 2,U3J!; 4. al-bain .^kJI; 5. a l-fa Ijid j^^ \ : 6. al-fafdeh ïj.,.^.-ij'. Le sa'^b comprend les qabâ'''il et la qablleh réunit les "amâ^'ir (plur. de 'amûrah), etc.: voy. Sartouny, Diction. , s. v° ^,,olù.. Le vieux terme Ijaijij
( c=^j ne figure pas dans cette énumération. On sait l'importance qu'a prétendu lui attribuer M. W. R. Smith, Kinsliij) and Marriage, pp. 26, il, etc.
l'accroissement de la tribu par adhésion, ni même une origine par simple ag'giomération d'entités indépendantes se réunissant autour d'un cheikh, qui donne son nom à tout ce groupe. C'est le rôle qu'a essayé de jouer Qoftân eben Hâmed. Cavalier intrépide, il s'est fait une réputation de bravoure justement méritée. Il a attiré auprès de lui les Arabes mécontents, tant des Béni Saher que des Sarârât et des Hamâ'îdeli; il a vu croître peu à peu le nombre de ses adhérents, et son clan s'est augmenté. Tous ceux qui le suivaient se glorifiaient de son nom, et il serait devenu sans doute un chef puissant si une mort tragique n'était venue l'arrêter. Le projet qui n'a pas réussi à Qoftân, avait été réalisé par Abou Tâleh chez les Haweïtât. Mécontent du cheikh qui l'opprimait, Abou Ta ieh se sépara un jour d'Eben Gâzy. Il entraîna à sa suite un certain nombre de familles, se déclara cheikh et prit l'administration de ce nouveau groupement. Eben Gâzy irrité de cette scission somma les dissidents de revenir à l'unité, et par suite de reconnaître son autorité. Mais Abou Tâ'ïeh lui opposa un refus catégorique, et prit ses mesures pour résister par la force à toute attaque à main armée. Aujourd'hui, Abou Tâ'ïeh est connu au désert et respecté comme une tribu redoutable qui ne craint pas de faire la razzia depuis Kérak jusqu'aux bords de l'Euphrate.
On a sous les yeux l'exemple d'une tribu récemment formée de tous les mécontents chez les Haweïfât; un cheikh intrigant et vaillant lui donne son nom. Elle retient, il est vrai, son appellation de Haweïtât et se considérera toujours comme provenant de l'ancêtre commun, quoique désignée maintenant sous une appellation nouvelle'.
.le l'ai déjà expliqué, on peut entrer dans une famille bédouine, par l'adoption; cet acte suffit aussi pour introduire dans la tribu et donner droit à tous ses avantages. Mais il n'est pas nécessaire d'être adopté par quelqu'un pour devenir membre d'une tribu. L'incorporation requiert les conditions suivantes. L'étranger demande au cheikh l'honneur d'être admis dans son clan ; sur l'avis des principaux membres, on accède à sa demande. Il s'engage alors à participer au sang et au nom, en d'autres termes à devenir un fidèle de la nouvelle
tribu dcunawij et saniaimj [^j^^ 'Sy'-^) ■> ^' ^^ sang et de nom », comme pour la famille. « De nom », en ce qu'il renoncera à son ancienne appellation, et par suite à toute la tradition de ses ancêtres; s'il sort
1. A noter la fondation de Ma'ân d'après la tradition. Deux frères montèrent d'el-*Ala : Mohaimned et Ahmed. Le premier se fixa au village de Sâmleh; des gons venant du sud se groupèrent autour de lui et le village prit ainsi naissance. Ahmed s'établit à Ma 'an Ma^rîeh et donna origine à cette localité.
par exemple des IIa^veït^lt pour entrer clans la tribu des Béni Saher, il ne se désignera plus comme Haweïty, mais sera désormais un Saharv. « De sang- », car il participera au sang de la nouvelle tribu [>ar le mariage. S'il est déjà marié, et qu'il soit musulman, il prendra une seconde femme; s'il s'agit d'un chrétien, il mariera ses enfants dans la tribu qui vient de l'admettre dans son sein. En même temps, il s'engage à prendre part à la vie commune de la tribu tout entière : « // boira de sa boisso7i et fuira ce quelle fuira ». C'est la formule usitée pour manifester son entière assimilation. « Il boira de sa boisson »; peut-on rendre d'une manière plus sensible son obligation de vivre avec la tribu? On change de campement suivant les facilités qu'on a de s'approvisionner d'eau, et une façon très commune de se renseigner sur la situation actuelle d'un clan ou d'un groupe consiste à s'informer sur la source et le puits où sont abreuvés ses troupeaux '. Il promet ensuite de fuir ce que la tribu fuira. L'acte de solidarité est complet. Ses relations à l'extérieur seront celles de la tribu, les amis seront par lui bien traités, mais les ennemis seront poursuivis en ennemis; cet engagement solennel est sanctionné par un sacrifice.
Chez les Ganamât, un certain Harrawy se présenta au cheikh et lui dit : « Donne-moi une femme et je serai de ta tribu, par le nom et par le sang. » Il compte aujourd'hui parmi les membres influents de la tribu. On cite d'autres exemples chez les Izâîdeh, les 'Azeïzât et les Béni Saher.
Ces cas isolés d'incorporation ne présentent pas de difficultés; on ne trouverait pas non plus étrange qu'une famille entière fit une pareille démarche; ses vœux seraient exaucés. Mais si un clan tout entier demandait à faire partie d'une autre tribu, la solution rencontrerait assurément des obstacles à cause de la difficulté à remplir les deux conditions du nom et du sang. Ce groupe, en effet, se présente avec toute son organisation propre, avec un chef, des traditions, toute une individualité. La fusion se fera plus lentement, à mesure que les mariages subséquents mêleront les intérêts et les affections. Parfois, il se créera iine situation intermédiaire; la fusion du sang ne se produira pas, mais le nouveau clan sera dévoué tout entier aux intérêts de la tribu qui le recevra sur son territoire, et lui assurera sa protection : c'est le cas des Gahâwàseh déjà mentionné.
1. C'est pour ce motif qu'en nie citant le nom des tribus du Négeb, on m'indiquait en même temps les sources ou les puits où elles s'alimentaient.
Relations de pâturages ^
Le droit de pâturag'e est fort simple en apparence, mais en fait il est soumis à une réglementation traditionnelle qui varie suivant les régions. Les conditions, en effet, ne sont les mêmes ni pour le sol ni pour les habitants. Parmi les tribus que nous étudions, les unes se livrent, au moins en partie, à la culture de la terre, tandis que les autres sont purement nomades. Mais toutes ont de commun l'élevage du bétail; car toutes, même les demi-sédentaires, possèdent des troupeaux; par conséquent, elles ont toutes besoin de pâturages. On comprendra aisément la question suivante : chaque tribu doit-elle rester confinée dans ses limites, conduire ses troupeaux toujours au même endroit, dans la steppe qui lui appartient, ou existe-t-il une tolérance plus grande, une liberté absolue de vaine pâture? Les principes du droit sont difficiles à déterminer; on en trouvera quelques-uns au chapitre de la propriété : voici seulement un certain nombre de faits.
Sur les hauts plateaux de Kérak on voyait, pendant l'été, les Hamâideh à côté des Abou Tâ'îeh, les Ka'âbneh mêlés aux Hagâîâ, les Salâïtah avec les 'Amer et quelques clans des Béni Saher; au sud de Kérak, à Môteh, les Atâwneh et les Fuqârcâ laissaient leurs nombreux chameaux errer en toute tranquillité au milieu des champs moissonnés et dans les steppes encore bien fournies. Une réelle liberté règne donc pour les pâturages, chez des tribus qui ont une grande mobilité, puisque chaque année elles se transportent de Kérak à l'ouâdy Sirhân, de Môteh à Tebouk et à Teimâ. Je nai pas entendu dire qu'une difficulté sérieuse ait jamais surgi parmi ces clans divers à propos de ces coutumes qui répondent à des besoins impérieux. A l'approche de l'hiver, les tentes sont pliées, le bétail est dirigé vers l'est, où la pluie tombe de bonne heure. Les vallées s'y couvrent de gazon, le froid y est moins intense; l'hivernage aura lieu en ces régions relativement chaudes, pendant que la neige couvrira les hauts plateaux de Moab. J'ai traversé plusieurs fois le pays au commencement d'avril ; on ne voit aucun campement, aucun groupement d'Arabes, aucun troupeau , si ce n'est dans quelques-unes de ces dépressions profondes, comme le Môgib ou l'ouâ^ly el-IIesâ, qui conservent une température plus douce et renferment dans leurs multiples recoins
1. 11 sera question en son lieu des relalioas du tan'ib, du qaftr, et des rapports commerciaux. A propos de la possession du sol, on trouvera quelques autres détails secondai res sur les pâturages. Le sujet est exposé ici surtout au point de vue des droits de pâture.
118 COUTUMES l)i:S ARARES.
d'excellents pâturages. Lorsque reviennent les chaleurs du printemps, les tribus (juittont peu à peu les régions brûlantes et arides de Test, se rapprochent de Moab, où T herbe est abondante, et où les riches moissons commencent à jaunir et promettent une abondante récolle. Le blé et l'orge ne seront pas chers, et les tribus pourront abondamment se pourvoir pour une année entière. Ce mouvement des nomades pourrait être comparé à la marée de l'Océan, qui se retire et revient à époque fixe; les forces cosmiques président k cette régularité, tandis que le va-et-vient des nomades est commandé par les nécessités de l'existence et les conditions climatériques. Les divers clans ne sauraient se soustraire à ces lois générales; c'est ce qui explique l'uniformité de leurs mouvements et la bonne entente relative qui leur permet de vivre côte à côte, cette compénétralion apparente, et ce laisseraller un peu indolent qui sied si bien à des natures impliables à la contrainte. Au sud de la Palestine, j'ai constaté la môme liberté pour les pâturages. Les conditions du climat y sont plus défavorables qu'en Moab, à cause de l'irrégularité des pluies. La région qui s'étend de rÉgypte jusqu'aux montagnes d' 'Aïn Qedeis et aux collines d' 'Av^-geh est parfois désolée par une sécheresse de plusieurs années consécutives; le peu de végétation de cette terre ne peut résister aux brûlantes ardeurs du soleil implacable qui projette ses rayons sur ces vastes plaines. Les buissons eux-mêmes, et les touffes de tamaris dans les ouâdys finissent par se dessécher; le bétail ne saurait trouver une nourriture suffisante; les nomades, pour soutenir une existence incertaine, sont contraints de remonter vers les parties plus privilégiées du Négeb, et viennent, avec tous leurs troupeaux, demander aux plaines d^Asloug , de Bersabée et de Gaza, une nourriture indispensable, à moins que les relations politiques de guerre ou de razzia n'entravent cette liberté , ou qu'ils n'y soient tout à fait étrangers. Dans le premier cas, les armes décident de la possession des pâturages; on verra plus loin que dans le second, si la tribu étrangère est admise, elle devra payer un impôt. Mais si la nécessité ne pousse pas ces populations à émigrer vers d'autres pâturages, elles ne sortiront pas de leur centre ordinaire. Je n'ai pas entendu dire que les 'Alawïn soient jamais montés vers le Belqâ, ni que les Rualah soient descendus dans F'Arabah. On en trouve cependant quelquefois dans le Gôr, comme ta?îlb des 'Adwân, mais c'est assez rare et ils sont en petit nombre. Il est vrai que j'ai rencontré un clan des Bély^ à hir. Meleh, à Test de Bersabée; mais ils étaient dans
1. Les Bély habitent au sud du grand plateau de Hismeh et jusque vers Teimâ.
une condition spéciale fort intéressante du reste. Je tiens le récit du cheiklî Soleïmân, un Bély : « Un de nos cheiks sirrita contre les autres, à lorient de Ma an, se sépara d'eux et, se dirigeant vers roccident, traversa le Gôr avec ses adhérents et arriva aux confins de Bïr es-Seba'. » Ces nouveaux venus n'étaient pas assez nombreux pour déposséder les autres bédouins et s'emparer du pays par la force. Ils durent traiter, et demandèrent aux Tmhâ l'autorisation de s'installer dans le pays. Jadis les Israélites avaient insisté, dans ces mêmes parages, pour obtenir la permission de passer sur la grandroute; la permission leur fat refusée! .Mais nos bédouins modernes, après une délibération commune, accueillirent la pétition des Bély, aux conditions suivantes toutefois :
a; Par le fait de leur installation dans le pays, les autres clans de la tribu des Bély n'acquerront aucun droit d'habitation ou de pâturage ;
b) Les nouveaux arrivés paieront trois cents napoléons, comme droit d'entrée ;
Ci Ils ne posséderont point de terre pour ensemencer, excepté à Test du hir, Meleh, c'est-à-dire dans la partie la moins fertile;
dj Ils devront se suffire à eux-mêmes, et trouver les moyens de vivre sans rien demander.
Ces conditions acceptées, les Bély purent librement dresser leurs tentes dans la steppe et jouir des droits communs aux autres Arabes.
En traitant de la haicah et du ben'ameh, on indiquera, au moins dans leurs grandes lignes, les usages existant entre les tribus pour la restitution du bétail égaré, et pour le maintien de l'amitié.
Rapports des tribus avec le Gouvernement.
Il n'y a pas encore quinze ans que le Gouvernement ottoman a occupé Kérak et Maân et a complètement soumis le Xégeb. La conquête s'effectua sans trop grande difiicuité; les troupes entrèrent dans la capitale de Moab sans coup férir. Les Arabes essayèrent il est vrai une résistance à Sôbak; mais deux petites pièces de canon de campagne suffirent à les épouvanter. Quant au Négeb, sa soumission ne coûta que le voyage d'un petit corps expéditionnaire. Le pays étant pacifié, il fallut l'organiser. Au point de vue administratif, on plaça un moutesarref à Kérak, un qaïmaqâm à Maân, et on institua trois raoudïr : un au Wâleh, le second à Taflieh, et le troisième à Sôbak et Pétra. Pour le Xégeb, on établit un qaïmaqâm à Bersabée.
Ea Moal), une des premières décisions du Gouvernement fut qu'on laissAt de coté toutes les anciennes querelles pour vol, razzia, assassinat. La démarclie était hardie; elle était réclamée par les circonstances, et des peines sévères étaient édictées contre les délinquants. Les Arabes, malgré la ténacité des coutumes, surtout pour ce qui regarde la vengeance du sang, se soumirent, les uns de bon cœur, fatigués qu'ils étaient de leurs discussions perpétuelles; les autres, par crainte de la sanction légale. Mais les preuves indubitables de la persistance de leur rancune ne sont pas rares.
Le Gouvernement s'etlbrce d'atteindre un triple but : exercer la justice, propager les pratiques de l'Islam et percevoir les impôts.
Sous le rapport de la justice, il doit tenir compte des usages parfois en contradiction avec le code écrit musulman, et il lui arrive de laisser pendants des problèmes insolubles d'après ses principes. Il ne cache point sa tendance à tout réduire à la règle écrite. Dans ce but, il a envoyé des qâdys chargés de veiller au respect du droit et à son observation. Naturellement tout ce qui heurte de près ou de loin la religion de l'Islam est condamné. Dire que le désert ne connaît pas le crime, serait une affirmation gratuite, démentie par les faits. Cependant les désordres y sont moins nombreux que dans les villes. Quelques-uns y sont plus criants, tels que les razzias; mais précisément ceux-là ne sont pas empêchés, au moins en Moab. Au Négeb la razzia est devenue très rare, excepté à la frontière, et vers 'Aqabah. Mais aux confins du grand désert, elle est continuelle, et le Gouvernement actuel ne peut l'empêcher. Quant aux assassinats, ils sont relativement rares, et du reste le nomade ne considère point comme suffisante la peine infligée par l'autorité; il lui faut sa vengeance à lui. Les désordres contre les mœurs sont trop sévèrement châtiés par l'usage pour se produire fréquemment. Les condamnés qui peuplent les prisons y sont détenus en grande partie pour des raisons pécuniaires, ou bien pour avoir pris part à quelques-unes de ces discussions qui s'élèvent si fréquemment dans les campements.
Si on excepte le chemin de fer qui se construit maintenant, aux frontières du désert, pour relier Damas à La 3Iecque^, on ne voit aucun travail d'utilité publique entrepris par le Gouvernement au pays do Moab. On parle d'une route devant relier Kérak à la mer Morte; on disait aussi qu'un certain ingénieur avait mission de tracer une route de Kérak à Qaîrâneh, la station la plus proche de Kérak
1. Cette entreprise excite l'enthousiasme des musulmans qui ne peuvent assez louer le Sultan de sa générosité et de son ingéniosité à trouver de l'argent. Un nègre à Kérak expliquait comment on avait exigé un franc par tête de bitail pour établir la voie.
(à 6 heures de marche) : ce sont des projets qui se réahseront peut-être un jour, si Allah le veut. A Kérak, on a commencé à reconstruire la mosquée sur l'emplacement d'une ancienne église chrétienne. On a aussi bâti une grande école fréquentée par quelques enfants de Kérak. Le commandant militaire a fait construire un petit hôpital, et a pris à cet etfct des matériaux à la fameuse tour de Bibars. Quelques nouvelles maisons, pour les employés du Gouvernement, sont élevées autour du sérail avec des pierres arrachées aux glacis de la citadelle médiévale. On a aussi commencé le tracé d'une route carrossable pour sortir de Kérak; on peut y -passer à cheval! Tels sont les travaux exécutés aux frais des deniers publics. C'est beaucoup, car le Gouvernement s'est installé; c'est peu, car les habitants n'en retirent aucune utilité. Cependant, ils payent de lourdes contributions : un demi-megïdy ^ par chameau, un quart de megîdy par tête de petit bétail, la dinie des biens-. Ce sont les cavaliers envoyés par l'autorité locale qui ramassent l'argent dans les campements, du moins pour les tribus à moitié sédentaires ; car pour les grandes tribus nomades, telles que les Béni Salier et les Haweïtât, c'est le cheikh qui est responsable auprès du Gouvernement de la rentrée des impôts. En séance plénière, le Gouvernement taxe, par exemple les Arabes de Talâl, d'une somme déterminée : c'est Takïl qui prélève la somme et la transmet au trésor public. Evidemment quelques cavaliers et un employé supérieur ne pourraient se hasarder au milieu des tentes. Us ne recueilleraient aucun argent et seraient même fort exposés à de mauvais traitements. En rendant le cheikh responsable, l'autorité ottomane agit prudemment. Le cheikh doit déterminer, par le détail, ce que chaque tente est obligée de payer; il répartit l'impôt dans la tribu. Voici, comme exemple, la situation des Béni Saher par rapport à l'impôt; les renseignements ont été recueillis au campement de Talâl, en 1903. L'impôt est prélevé sur les troupeaux (chameaux et petit bétail) et sur les terres cultivées. Ces champs labourés, pour les Sehour, sont répartis autour de plusieurs localités énumérées ailleurs; ils sont taxés pour cent mille piastres. Pour chaque chameau , le bédouin doit payer un demi-megïdy, et un quart de megïdy pour chaque brebis, mouton ou chèvre; la somme totale atteint trois cent raille piastres. C'est donc un total théorique de quatre cent mille piastres, que TaM doit verser chaque année à la caisse publique; mais