‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 35 sur 159 · On sait que le megïdy vaut environ 4 fr · texte numérisé non relu

On sait que le megïdy vaut environ 4 fr

2. Pour le régime de l'impôt, Kérak est divisé en trois sections, comme du temps d'Ibrahim PacLia. Un cheikli est responsable de chaque groupement. Les vignes et les jardins ne sont point taxés.

122 COUÏl'MES l)i:s AKAHES.

il est dirficilc cVcvaluei', sinon très appi'oxiniativenicnt, la somme annuelle, car les impôts augmentent toujours; par exemple, au moment où j'écris, un bédouin m'aimoncc que la taxe de chaque chameau > vient d'ôlre augmentée d'un fratic par tête, et celle du petit bétail, de quatre-vingts centimes par tête. On a trouvé un motif pour cette surtaxe : du temps d'Ibrahim Pacha, les habitants de Kérak et des environs n'ont pas p.iyé l'impùl au Sultan; l'administration réclame aujourd'hui tout cet arricié aux populations subjuguées!

Au Négcb, on m'a alTirmé que le Trésor avait ramassé 37.000 livres turques, rien que pour les terrains cultivés dépendants du qaïmâqamat de Bïr es-Seba'.

Il peut se faire ({ue le cheikh, pour dégager sa responsabilité, vienne se déclarer impuissant à prélever les impôts chez les siens, et remette ce soin entre les mains des agents du fisc.

Le fait s'est présenté plusieurs fois pour les Zebcn. Le moutesarref a d'abord toléré cette altitude. L'année dernière, sur un ordre venu de Damas, il a envoyé cinquante cavaliers qui ont vendu de force les chameaux des Zeben et ramassé ainsi l'argent demandé. L'opération ne s'est pas effectuée sans quelque résistance. Les Arabes, surpris, ont tiré simplement une dizaine de coups de feu. Cette manœuvre ne parait pas très politique.

Un mois plus tard, une entreprise analogue avait une issue plus fâcheuse. Abou Tâ'ïeh, dans une expédition vers l'Euphrate, avait ramené deux à trois cents chameaux, qui paissaient en toute liberté aux environs de Leggoun. Les intrépides guerriers croyaient leur proie en sécurité; mais le télégraphe avertit le moutesarref de l'incident, et lui transmit l'ordre de renvoyer le bétail volé. L'entreprise parut d'autant plus aisée, qu'Abou Tcâ'ïeh vouait de partir pour une nouvelle expédition, abandonnant son campement à la garde des femmes et de quelques domestiques. Soleïmân aga, officier de Kérak, fut chargé d'exécuter cet ordre. Il prend avec lui dix cavaliers, et se dirige vers le troupeau qu'il devait cerner et amener à Kérak. Les bergers donnent l'alarme. Un Arabe d'Abou Tâ'ïeh, un jeune homme de vingt ans, saute sur sa jument, se fait suivre de deux domestiques nègres, et se précipite tète baissée au milieu des gendarmes du Gouvernement. Il décharge sa carabine à bout portant sur l'un d'entre eux qui tombe mort; d'un coup de crosse il renverse à terre Soleïmân aga; puis arrivent ses deux esclaves qui achèvent de mettre le désordre parmi les cavaliers; ceux-ci prennent la fuite vers la ville, sans amener aucune tête de bétail, laissant un des leurs baigné dans son sang, et leur chef entre les mains des ennemis. L'incident a eu un grand reten-

tissement au désert. Il indique toute une situation : les nomades subissent le Gouvernement à condition de n'être pas fracassés outre mesure; mais ils ne reculent pas devant la résistance i.

A Bersabée, pour avoir sous la main les nomades, le Gouvernement a établi une municipalité composée des quatre cbeikbs arabes ou de c[uatre principaux membres pris dans les tribus, et renouvelables chaque année. Ils reçoivent un traitement convenable, assistent chaque jour aux séances du sérail, et forment en quelque sorte le conseil du qaïmaqâm. Pour les flatter, on leur donne le titre (ïefemUj durant le temps de leur charge. Ils veillent aussi au maintien de leurs vieilles traditions- et servent comme de trait d'union entre les tribus et l'autorité constituée.

Ce système fort sage, emprunté à l'administration anglaise, n"a pas été appliqué en Moab. Cependant, aussitôt après la conquête, on avait attiré tous les cheikhs par des promesses d'honneurs et d'argent. Les premières années, chacun toucha à la caisse gouvernementale un modeste traitement. Cette libéralité ne dura pas. Aujourd'hui les principaux chefs seulement reçoivent des honoraires, comme Eben Gâzy, Kben Gâd et ïalâl. Ce dernier vient d'être gratifié du titre de pacha. II reçoit deux livres turques par mois, quatre livres, d'après une autre version^.

1. L'incident survenu en été 1905, à plusieurs voyageurs que je ne nommerai pas, est de nature à jeter un peu de lumière sur ces rapports du Gouvernement et des tribus. J'en tiens le récit de plusieurs .\rabes et de deux soldats qui ont été mêlés à cette affaire.

Ces voyageurs montaient de T^^rabah par le chemin de I)Snah pour gagner Pélra. Ils étaient campés à Dahel. Deux, maraudeurs, un Haweity et un 'Alawy, les avaient aperçus et avaient constaté qu'ils n'avaient point d'escorte. Ils résolurent do les voler. Ils s'associèrent un Rasïdy qui était venu à IJànah pour glaner. La nuit, deux des compères pénétrèrent dans la tente des voyageurs, prirent les sacoches et ce ([ui leur tomba sous la main. Le troisième voleur surveillait les moukros. Tous les trois prirent la fuite. Les voyageurs informèrent le Gouvernement. Il envoya ses soldats contre les diifércnts clans auxquels appartenaient les voleurs; deux campements furent saccagés; les Aral)es s'enfuirent dans les précipices qui bordent l".\rabah; on s'empara de leurs biens qui furent portés à Talîieh. Mais les Zawâldeh, clan des Haweitât auquel appartenait le troisième voleur, habitaient au Naqb es-Stâr. Sur leur refus de livrer Je coupable, les soldats se mirent en marche. Les ZawûïJeh, ceux-là mêmes qui en 1902 essa\èrent de barrer le chemin à la ciravane bibliquî (R15., 1903, p. lOS. s.\ opposèrent une vraie résistance, firent le coup de feu et tuèrent plusieurs hommes.

2. Malsré le soin jaloux des nomades à maintenir leurs usages, il est facile de concevoir que soas la pression du Gouvernement ils siM'ont contraints de les modifier sous beaucoup de rapports. Il est donc urgent de les consigner par écrit.

3. Jadis, il prenait du hag, pour lui permettre de passer sur son territoire : I, cinq cents megidys environ 2.100 fr.j; 2} deux douzaines de sacs de riz, de sucre, de café, etc. Mais il garantissait la sécurité des pèlerins jusqu'à Ma'ûn. En cette dernière localité, Eben Gazy recevait également son bakchich, et accompagnait le hag vers Tebouk. La construction de la voie ferrée du Hedjaz modifiera probablement ces anciennes coutumes.

Disparition des tribus.

Une lril)u prut disparaître d\\n pays de plusieurs façons. Par émigration d'abord, à la suite de querelles violentes ou bien à cause de la disette persistante dans une région : Texemplc conté plus haut des Bély et celui des Fuqûrfi pourront expliquer les deux cas allégués.

Une autre cause plus fréquente de destruction pour ces peuplades doit être cherchée dans les guerres et les razzias perpétuelles. Il suffit d'une journée malheureuse pour anéantir une tribu entière; les hommes restent sur le champ de bataille, et les femmes se dispersent dans les tribus voisines ou végètent et périssent de misère. Les Amer, dont les migrations et les vicissitudes nous sont connues i, ont résisté plus longtemps. Us étaient puissants, jadis, et dominaient le pays. Lorsque dans une assemblée entrait un 'Amer, tous se levaient; jamais aucun des assistants n'aurait osé goûter au café avant de lui en avoir présenté la première tasse. Aujourd'hui, ils sont complètement tombés. Il en reste deux petits clans : l'un campé dans l'ouâdy Béni Hammcâd, et l'autre aux environs du géb. Slhân; ils n'ont aucune influence et sont réduits à la pauvreté.

Quelquefois la guerre chasse une tribu d'une localité. Il y a quatrevingts ans, les Haweïtât fondirent sur les Arabes de Beseïreh, et les taillèrent en pièces. Ceux qui échappèrent au carnage s'enfuirent « avec leur barbe et leurs cheveux », me disait le chef, sans pouvoir emmener avec eux ni tentes ni troupeaux. Au nombre d'une quarantaine de familles, ils vinrent chercher un refuge auprès des iMogally et d'Eben Tarif. Ils ont prospéré et comptent maintenant près de quatre-vingts tentes; ils jouissent de l'autonomie parmi les autres tribus et s'installent au hir. Faqou\ dont ils relèvent les ruines, tandis que les Sa'oudîïn les ont remplacés à Beseïreh.

Les épidémies contagieuses s'abattent aussi au désert sur ces peuplades, qui sont alors rapidement décimées. Il y a deux ou trois ans, le clan d'Abou Tâ'îeh eut beaucoup à souffrir du choléra. Deux pèlerins de La Mecque, atteints de cette épidémie, avaient contaminé l'eau à Temed; arrivèrent les Arabes qui étanchèrent leur soif à la source empoisonnée. Le lendemain, de nombreux cadavres étaient étendus sur le sol.

1. Voir la monographie très soignée de M. l'abbé Dissvrd, RB., 1905, p. 410 ss.

LA TRIBU. 12b

Esclaves ou serviteurs.

Dans la composition, ou plutôt le fonctionnement de beaucoup de tribus, entre un élément qui mérite une mention particulière : ce sont les esclaves. On donne maintenant le nom de 'abld (^-^ pi. de 'abed) aux nègres qui vivent parmi les Arabes. Ce terme signifie « serviteur », et s'applique à tout homme voué au service d'un autre i. Mais lorsqu'on parle des '«èJf/ par antonomase, on a généralement en vue les nègres au service des bédouins. Leur présence sur ces hauts plateaux m'a été ainsi expliquée. Chaque année, le hag, à son retour de La Mecque, amenait un nombre considérable de nègres achetés sur les marchés de la ville Sainte ou de Djedah. Ce pauvre bétail humain, était revendu le long de la route aux Arabes qui en avaient désir. Ma'ân, une des grandes stations du hag, possédait un marché célèbre. C'est là que venaient s'approvisionner Moab et le Gébâl, même les chrétiens de Kérak succombaient à cette tentation et se procuraient ainsi des ser^^.teurs à bon compte-. Dispersés dans les campements, ces nègres se multiplièrent peu à peu. Dans certaines tribus, ils atteignirent un nombre assez élevé pour avoir une organisation quasi indépendante. Ils avaient un cheikh et un juge. Ils se mariaient entre eux. Malgré tout, ils étaient esclaves, et le propriétaire les considérait comme sa chose dont il disposait à volonté, la vendant, la donnant, l'aliénant à sa guise. L'esclavage proprement dit a été aboli par le Gouvernement, Le commerce des nègres ne se pratique plus, du moins ouvertement. (( Il y a trois ans seulement, me dit Abou Belâl, on les vendait et les achetait encore au Négeb; le Gouvernement l'a interdit maintenant et ce trafic n'a lieu qu'en secret. » En fait, les nègres parmi les tribus sont émancipés, quoique restant dans un degré inférieur. Us forment des clans organisés; j'en ai rencontré chez les 'Adwân et chez les Haweïtât. Ils ont un chef, un campement spécial, possèdent des terrains, des biens, des troupeaux et jouissent d'une réelle indépendance. Pourtant, on dit toujours « les abld d'un tel, ou d'un teP ». Ils ne sont point sur le pied d'égalité avec les blancs, qui se croiraient déshonorés en épou-

1. Le nom de 'Abd Allah, serviteur d'Allah, est fort répandu.

2. Le prix variait de vingt à trente megïdys, la somme de cent megïdys était tout à fait extraordinaire.

3. Chez les 'Adwân cependant, ils font la razzia à leur compte et s'émancipent de plus en plus. Les Fâîz ont des '■ab'id comme domestiques, mais ne les maltraitent pas. J'en ai rencontré aussi, sous d'autres tentes, dans les mêmes conditions.

sant une négresse. On les considère volontiers comme des vassaux, et le cheikh de la tribu à laquelle ils appartiennent car ils font tous) partie^ d'uue tribu et ne constituent pas entre eux une fédération) a sur eux un pouvoir réel. Si un 'abcd commet un crime, ou vole un objet, les réclamations sont adressées au cheikh de la tribu, qui oblige les 'ab'id à donner compensation ou ù restituer le bien volé '.

C'est aussi le cheikh qui détermine les obligations militaires. Si la guerre éclate, le cheikh a droit de se faire accompagner parles 'abid. D'autre part, les 'abld \\oni pas le droit de déclarer la guerre, et en cas de discussion entre eux et une tribu voisine, le cheikh intervient et impose la concorde. En somme, ils occupent une position intermédiaire entre les purs esclaves et les Arabes libres.

En parlant de la famille et de l'héritage, on a dit que les esclaves peuvent recevoir de leur maître la liberté et une participation aux biens.

Si un maître n"a point d'enfants mâles, il lui sera permis de tout donner à son esclave, au détriment de ses parents. Le fait s'est présenté à Ma'ân. Un llaweïty nommé Staw n'avait point de fils; il acheta un esclave, appelé 'Abd el-lleir. Enfant d'un bon naturel, serviable. dévoué, il gagna l'afiection de son maître qui lui donna sa maison et tout son avoir. Il s'affilia à la tribu des Haweïtât. 'Abd el- IJeir est aujourd'hui fort riche, et exerce une grande influence dans sa tribu.

A Ma'ân également, Ileseïn Haws avait un esclave nommé Sâlem eben Rezeq. Se voyant près de la mort, il divisa ses biens en deux parts , en donna une à son esclave et partagea la deuxième entre ses cinq enfants.

Mais tous les esclaves ne sont pas si bien traités. Un nommé Tahan avait acheté une négresse, il n'en fut pas content. Il vient de la revendre à Damas. En agissant ainsi, le maître use dun droit qui lui est reconnu par tout le monde ; il ne recevra aucune observation ni de la part du cheikh de la tribu, ni de la part du chef des Nègres.

Il est difficile de traiter complètement de la tribu, de sa vie et de son organisation, sans faire intervenir le cheikh dans tous ses actes, dans son développement intime comme dans ses relations extérieures. Le cheikh est vraiment l'âme d'une tribu; il est le principe de sa prospérité ou la cause de sa ruine suivant sa capacité ou sa fai-

1. Dans les questions de sang, V'abed attaché à une famille peut venger, par l'effusion du sang de l'ennenii, la famille à laquelle il appartient ; d'autre part, cependant, si c'est la famiUe à laquelle il ajipartient qui est coupable, lui personnellement n'est pas exposé à la vengeance et n'est pas forcé de s'exiler; ce serait tout le contraire pour un lils adoptif.

blesse. Il me semble donc utile de réunir autour de sa personne des traits qui, à vrai dire, se rapportent à la tribu, au risque de tomber dans quelques redites.

§ 11. Le cheikh.

Je posai un jour la question au fougueux 'Abd el-Gany : <( Comment devient-on cheikh parmi les Arabes? » — « Par l'intelligence et le poignet, » me dit-il en brandissant son sabre. Sa réponse était vraie sans être complète. La valeur personnelle joue un grand rôle dans l'acquisition du pouvoir, mais le droit d'héritage n'est pas une vaine ombre; on pourra s'en convaincre par la suite.

A la tête de chaque 'asïreli (d'autres diront : hamouleh) se trouve ordinairement un cheikh; la qabîleh ou la tribu tout entière, si elle comprend plusieurs clans considérables, n'en reconnaît un seul que dans les aÛaires de plus grave importance. Le cheikh doit être intelligent, courageux, plein d'équité, célèbre par sa générosité. A sa mort, le pouvoir demeure dans sa famille, et en règle générale, on peut dire que c'est le lîls aîné qui recueille la succession'. Si le fils aîné n'a point fait preuve de capacité suffisante, et ne possède pas les vertus requises pour cet emploi, c'est le fils cadet ou un autre qui prendra le pouvoir. Si les fils du défunt sont trop jeunes pour prendre la direction de la tribu, ou que, parmi tous ses enfants, aucun ne soit capable d'assumer une pareille responsabilité, c'est leur oncle qui saisira le pouvoir. Si du reste il est intelligent et actif, il sera heureux de profiter de cette occasion pour établir son influence, au détriment de ses neveux. A sa mort, les mêmes compétitions s'élèveront, et le plus habile aura gain de cause. En résumé, l'autorité est héréditaire dans la famille du cheikh, mais elle ne passe pas nécessairement du père au fils; l'hérédité est reconnue, mais elle n'est pas limitée à la lignée directe. Les Arabes aiment à obéir à un chef capable de les commander; c'est sous sa bannière qu'ils se rangeront. Citons quelques exemples.

Chez les Mogally, à Kérak, le cheikh iMohammed est mort depuis quinze ans. Ce fut son fils, Sâleh, qui fut reconnu cheikh de toute la tribu, parce que, disent les Arabes, « il était capable de gouverner w.

1. Ainsi en est-il en principe chez les 'Alâwneh, les Ilaweïlât, les tribus de Kérak, celles du Belqâ et les Sehour. A 'irarj le fils recueille l'héritage du cheikh et son frère prend ses femmes. Dans le cas où le frùre succède au fière, il s'empare de la plus grande partie des biens du défunt, sans pouvoir cependant déshériter le (ils légitime- Chez les Béni Sa'alân c'est le plus ancien, en principe, qui prend chez lui la 'otfah.

Ses deux oncles, 'Isa et Srdcm, lui «Maicnt cependant supérieurs sous beaucoup de rapports; mais il était le lils et l'héritier; il fut reconnu, de tous.

Les événements suivants se sont passés chez les Fâïz. Fendy, le cheikh, épousa cinq femmes, eut douze enfants mâles et vingt-cinq ou trente filles. Le fils ahié s appela Esfouq ; mes interlocuteurs ne s'entendent pas sur le rang à assigner aux autres fils : les uns prétendent que Barges est le second et Sattâm^, le troisième; d'autres prétendent que Talâl était plus ancien que Barges. Le fait, du reste, importe peu pour les conclusions qu'on pourra tirer. Du vivant môme de Fendy son père, le jeune Sattâm par son courage et sa prudence réussit à prendre le pouvoir, et se fit reconnaître cheikh. Par ce fait, il dépossédait son père, et supplantait son frère aîné, Esfouq, dont les qualités étaient insuffisantes. Saftâm aurait voulu transmettre le pouvoir à son fils, appelé Fâïz; mais ce dernier n'avait que dix-sept ans; il était trop jeune. Talrd, fils de Fendy et frère de Sattâm, se fit reconnaître cheikh par toute la tribu; il la gouverne d'ailleurs avec une rare habileté. La faveur générale se porte, maintenant, sur Fawwâz fils de Sattâm au détriment de 'Otmân fils de Talâl qui est cependant un brave guerrier.

Les descendants de Fendy sont aujourd'hui à la quatrième génération, et comptent près de soixante-dix enfants mâles.

L'année dernière, un Arabe du Gébâl, nommé Hâwy, est devenu cheikh des Sarârât. Il est prudent, habile, perspicace, possède une intelligence déliée. Depuis longtemps sa parenté habitait le Gébâl. Voyant le désordre régner dans les affaires des Sarârât, il s'est mêlé peu à peu à leurs discussions, les a apaisées, a pris en main leurs intérêts, et finalement a été reconnu cheikh. Il s'est adressé au Gouvernement pour faire cesser la hawah prélevée par les Béni Saher. Le moutesarref de Kérak a obtenu du wâly un ordre en faveur de la pétition de Hâ'^'^T; mais les Béni Salier refusent de le reconnaître et continuent à demander l'impôt traditionnel, qui sera probablement payé longtemps encore, à moins que Hâwy ne parvienne par son habileté à y mettre un terme.

Il est nécessaire d'examiner en détail les qualités du cheikh. Sous la tente, on les range sous cinq titres dijQPérents. On requiert en effet du cheikh qu'il soit célèbre :

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