‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 17 sur 73 · VIIL — LA NUIT DE NOCE ET LES JOURS SUIVANTS · texte numérisé non relu

VIIL — LA NUIT DE NOCE ET LES JOURS SUIVANTS

Jadis, à Matignon, la première nuit était à la Vierge, la seconde cà saint Joseph, la troisième au mari; actuellement, les mariés cohabitent dès le soir de la noce ; il en est de même presque partout.

En Basse-Bretagne, la première nuit est à Dieu, la seconde à la Vierge. Quelquefois, il s'écoule quinze jours et même davantage avant la consommation du mariage. (Cf. Galerie bretonne, t. III, p. 145.)

A Scaër, la première est à Dieu, la seconde à la Vierge, la troisième au patron du mari, l'époux a seulement la quatrième. A Treméoc, les époux cohabitent seulement le troisième jour.

(Ogée, nouvelle édition, art. Scaèr et Tréntéoc.)

Celui qui se met au lit le premier mourra le premier.

Celui des époux qui couche dans le devant du lit sera le maître.

La première épingle de la couronne de la mariée est ôtée par le mari ; la mariée en donne une à chacune de celles de ses amies qui ne sont pas mariées. (E.)

A Ercé, la fille d'honneur découronne la mariée et distribue les épingles qui ont servi à attacher la couronne aux jeunes filles et aux jeunes garçons : il y en a un ou une qui se marie dans l'année.

La même croyance existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie hretonve, t. III, p. 150).

On termine la journée par Vanigem&nt. On couche les mariés dans le même lit, puis on leur présente la grillade. La grillade est composée de petits morceaux de pain, à travers lesquels on a passé un fil, dont on noue les deux extrémités, et il faut que les mariés mangent ce chapelet. On leur donne la grillade dans du cidre ou du vin, et quelquefois avec une cuiller percée. Pendant qu'ils mangent, les invités, assis sur les maies (huches) et

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sur la table, interpellent les mariés et plaisantent sur la nuit des noces ; comme les libations ont été copieuses dans la journée, les allusions sont toujours plus que transparentes. (Landehen.)

« Un usage local est celui de la pannée. Cette cérémonie, consiste à faire parmi les invités une collecte destinée à subvenir aux frais d'une libation en l'honneur des nouveaux mariés. Deux garçons chargés du produit de la quête achètent un plus ou moins grand nombre de bouteilles de vin rouge que l'on fait chauffer dans un bassin, en y mêlant force cannelle et sucre, et des tranches de pain grillé. Ce mélange est ensuite versé dans de grands vases, que les garçons de la noce portent processionnellement aux nouveaux mariés. Le chef du cortège frappe trois coups à la porte et entonne la chanson d'usage :

Ouvrez la porte, ouvrez, nouvelle mariée, etc.

« Un chœur de jeunes filles répond de l'intérieur :

Comment vous l'ouvrirais-je?

Je suis au lit couchée, etc.

« Quand les couplets, qui alternent, sont épuisés, la porte s'ouvre enfin ; les vases fumants sont déposés sur la table, la Hqueur aromatisée circule

LE MARIAGE Ij)

dans des verres qui se choquent à la ronde, et les nouveaux époux sont obligés de faire raison à chaque toast, en répondant aux vœux formés pour leur bonheur, ))

(Ogée, art. La Gacilly.}

A Calorguen, on pique des épingles dans la couronne de la mariée, et celle-ci les distribue à ses amies qui ne sont pas encore mariées,

A Ercé, on porte encore de la soupe au lait aux nouveaux mariés vers le milieu de la nuit. Une heure après le coucher de la mariée, les servants se rassemblent et vont tambouriner à la porte (D.); c'est pour apporter la soupe des mariés ou une rôtie. On . enfoncerait plutôt la porte que de ne pas porter la rôtie. (Plouâne, Calorguen.) Aux environs de Moncontour, la soupe qui est apportée aux mariés est composée de morceaux de pain enfilés les uns dans les autres.

En Basse-Bretagne, oa apporte aux mariés la soupe au luit, qu'ils doivent manger avec une cuillère percée ; le pain est enfilé dans un fil. (^Galerie bretonne, t. III, p. 146.) L'usage de la rôtie existe en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. $1).

En s'en allant de la noce, les violons disent :

En v'ia cor eune de nàchée (attachée)! (M.)

Souvestre {Derniers Bretons, t. i'^'", p. 58) rapporte qu'en certains cantons, la nuit de noces,

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deux veilleurs sont dans la chambre nuptiale à tenir une chandelle entre les mains et ne doivent se retirer que lorsqu'elle est descendue jusqu'à leurs mains. Cette coutume, dont je n'ai jamais eu connaissance en Haute-Bretagne, y a peut-être existé, et c'est de là que viendrait l'expression : « Je n'étais pas là à tenir la chandelle, » pour exprimer qu'on n'est pas bien sûr que tel ou tel soit fils de son père.

Pour que le mariage soit chanceux, il faut qu'il y ait pendant la noce quelque objet cassé. (E.) S'il n'y a rien eu de cassé par accident, on en casse un exprès. (E.)

L'usage de casser le pot existe en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 55) ; mais on le casse toujours après, comme dans les mariages juifs; dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 128), on doit briser un verre pour que les époux n'aient pas de dispute.

Jadis on faisait pour le jour de la noce une grande poupée qu'on habillait et qu'on donnait aux jeunes gens. Une bru qui n'était pas du pays, était à se chauffer, le soir, avant de se coucher : on lui apporta une poupée qui était grande comme un enfant; mais elle la jeta au feu croyant qu'on voulait lui faire affront. (S.-C.)

Installation des nouveaux époux.

A Ercé, il est d'usage que la femme fournisse le lit : de cette façon, le mari ne peut pas dire à sa femme : « Tu es dans mon lit. « La mariée n'arrange pas son armoire; elle ne la voit que le soir en arrivant ; ce n'est pas elle qui y met ses bardes. Ce n'est pas elle, non plus, qui fait le lit. (E.)

Il y a des pays où le marié ne cohabite avec sa femme que le second jour. Le soir, le marié s'en va, et la fille d'honneur couche avec la mariée.

Dans les pays où cet usage existe, le lendemain on va à une seconde messe où, d'habitude, les mariés communient; puis a lieu le renoçon, repas plus intime que celui de la veille, et composé surtout de jeunes gens. C'est ce jour-là que le garçon d'honneur fait remise au jeune homme de sa femme; au retour de l'église, il lui dit : « Maintenant, je te la donne. » Avant ce moment, le marié ne danse même pas avec elle. (D.)

Le soir du second jour, dans les pays où la cohabitation n'a lieu qu'après une deuxième cérémonie, les jeunes gens disent : « On va les coucher. »

Mais les mariés tâchent de se sauver aupa-

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ravant, et ils s'enferment; toutefois, ils ne sont pas pour cela en sécurité; car l'un des garçons trouve toujours moyen de se cacher dans la maison, derrière une armoire ou dans le grenier. Quand les époux sont couchés, ceux qui se sont cachés ouvrent la porte à ceux du dehors, qui arrivent au lit, tirent sur les jambes des jeunes mariés pour les faire s'allonger, leur coupent les ongles des doigts de pied et leur font mille farces, en accompagnant le tout de plaisanteries. Quelquefois, avant le coucher, le lit nuptial a été parsemé de gros sel ou de crins grillés. On présente ensuite aux époux une rôtie au vin, et ils doivent la boire. (D.)

Le lendemain des noces, il y a un repas qu'on appelle le renoço:i. (D.) Ailleurs, ce repas a lieu le dimanche suivant ; il s'appelle les regardailles.

Le lendemain, on court la soupe au lait; on va tirer les vaches; les garçons se déguisent parfois en filles et les filles en garçons. (E.)

Le troisième jour, il y a une messe basse dite à l'heure ordinaire des messes pour les défunts des deux familles, et à laquelle assistent les mariés et leurs proches. (D.)

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretomie, t. III, p. 130), c'est la quatrième journée qui est consacrée aux trépassés; on va à un service solennel où les mariés assistent en deuil.

Le surlendemain, dans quelques pays, et sur-

tout chez les paysans riches, il y a un repas pour les prêtres.

A Montauban, quand une nouvelle mariée entre pour la première fois à l'église après son mariage, on lui porte une quenouille chargée de filasse, et un morceau de pain bénit ; elle prend le morceau et donne une pièce d'argent. La prise de quenouillée est suivie d'un repas auquel assistent les parents, qui s'appelle prise de quenouillée. Cet usage existait aussi à Ercé, mais il est tombé en désuétude.

En Berrj- (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 43), c'est le jour du mariage qu'on présente la quenouille i la mariée, qui doit filer quelques instants.

A Trélivan, le garçon d'honneur, la fille d'honneur et les mariés se mettent ce jour-là dans le même banc, bien en vue.

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