VIL — LE REPAS ET LES DAXSES
A Saint-Gouéiio, dans la belle saison, l'installation du repas se fait d'une façon économique. On creuse, à i^ 50 l'une de l'autre, deux banquettes assez profondes pour qu'un homme assis puisse poser les pieds à terre; c'est la terre rejetée entre les deux banquettes qui forme la table sur laquelle on sert le repas de noce.
Il y a une marmite gigantesque où l'on fait la soupe; de plus, chaque invité apporte quelque chose: du pain, une joue de cochon, du cidre ou du lard. On dit en proverbe, en ce pays :
Aux noces de Talbot, Chacun porte son pot.
On appelle noces de papillon celles où chacun des invités porte quelque chose; cela a surtout lieu au mariage des pauvres gens. C'est probablement à cette coutume que fait allusion la chanson qui suit.
Un papillon, voulant se marier, invita différents animaux à assister à la noce, et voici ce qu'ils lui répondirent :
126 l'homme de la naissance a la mort
Eh bien I dit la pie, Je suis petite et bien jolie, Je coifferai la mariée à ma façon Pour aller à la noce du papillon.
Quant à moi, dit le lapin, Je suis petit, je viens de loin.
Je porterai des pois verts, c'est la saison. Pour aller à la noce du papillon.
Ah! bonnet d'oie, dit le loup.
Je suis gourmand, je mangerai tout; J'ai bien dans ma bergerie cinq cents moutons Pour aller à la noce du papillon.
Ma foi 1 dit le renard, Je suis joyeux, je suis gaillard; Je porterai une poule et un dindon.
Pour aller à la noce du papillon.
Le Chat, qui n'avait ni rien porté ni rien donné, vint après la noce soiùaiter le bonjour aux autres animaux, et dit :
Bonnet droit, dit le chat, Je suis petit, bien délicat ; J'ai brûlé ma robe grise sur les tisons En léchant la marmite du papillon.
Cf. dans Rolland, t. III, p. 317, une chanson du Loiret, portant le même titre que celle-ci, mais plus longue.
Aux environs de Bécherel, chaque convié apporte des gâteaux plats, et il les dépose à la fin du repas devant la mariée.
LE iMARIAGE 12'J
Le marié ne se met pas à table. (P.) Il sert les convives (E.), et dîne ensuite à part.
Eu Basse-Bretagne, le marié est aussi le premier des servants (Galerie bretonne, t. III, p. io6.)
La mariée est à table à côté du garçon d'honneur, qui s'occupe d'elle toute la journée; le marié est à côté de la fille d'honneur. (D.)
La mariée est à une place d'honneur, et il y a derrière elle un drap où l'on attache des fleurs.
Son parrain est à côté d'elle ; à la fin du repas, avant de se lever, il laisse sous son verre une pièce de cinq fi-ancs. (P.)
La soupe est servie dans de grands plats creux qui sont garnis de cuillers, et sept ou huit mangent à cette sorte de gamelle. Il en est de même pour le bouilli et les autres mets. Ordinairement, la mariée est au premier plat, le marié au second. Mais, depuis quelques années, avec les platées on sert des assiettes où chacun met ce qui lui convient. (D.)
Au moment où on apporte le repas, les violons disent, assurent ceux qui comprennent leur langage :
Mettez du foin dans les râtiaux (crèches), Voici les dnes, voici les ânes, Mettez du foin dans les râtiaux, Voici les ânes à qui qu'en faut.
128 l'homme de la naissance a la mort
Les invités font un cadeau à la mariée; jadis, il y avait devant elle une assiette où chacun déposait son offrande ; maintenant, le cadeau se fait de la main à la main. (E.)
A la fin du dîner, on fait circuler un panier de petits gâteaux, une tabatière dans laquelle tout le monde doit priser sous peine de passer pour un impoli, et enfin une tasse dans laquelle on met de l'argent pour le sonous. (Landehen, D.) Ailleurs, c'est le garçon d'honneur qui fait cette quête. (D.)
« Jadis, dans les noces de campagne, la mariée faisait le tour de la table, tenant à la main une bourse dans laquelle chaque convive déposait son ofî"rande, en retour de laquelle il recevait un baiser. Cet usage a été remplacé par celui de faire cadeau d'objets de ménage qu'on présente aux époux après l'off'rande des gâteaux. »
(Ogée, art. Vallel.)
A la fiii du repas, on passe le chante. Le chanté est un plat recouvert d'un autre qu'on fait circuler parmi les convives ; comme il ne contient que des os ou des croûtes de pain, ceux qui connaissent cette coutume se gardent bien de le découvrir. (E.) Il faut que celui qui a été ainsi .attrapé tâche d'en attraper à son tour un autre avant la fin de l'année. Ailleurs, celui qui a eu le chanté ne s'en débarrasse que lorsqu'il se marie. C'est pour lui la source d'une foule de plaisante-
ries qui lui sont adressées, et la plus commune est celle-ci : « As-tu bentôt tout roûché (rongé, sous-entendu les os)? » (D.)
Aux repas de noces, on chante des chansons, et, à la fin, le chanteur ajoute :
Toute chanson qui perd sa fin
Mérite avoir (lis), Toute chanson qui perd sa fin Mérite avoir un verre de vin. (S.-C.)
Ou :
V'ià ma chanson dite, Ma langue en est quitte ; Mes sabots sont d'bois, Ma langue n'en est pas. (D.)
Les chansons de noces ne sont pas toujours gaies : la plupart, surtout celles qui sont en quelque sorte sacramentelles, font allusion aux devoirs des époux et aux fatigues qui attendent la femme; elles ont un caractère grave. En voici une qui est pour ainsi dire obligée aux environs de Moncontour ; elle pourra donner une idée de ces chansons de moralité.
Là-haut, là-bas, dans la prairie,
l'y a un rossignol Qui dit souvent
Dans son joli langage :
Ahl que les fill's sont malheureuses
De s'y mettre en ménage.
Il faut travailler jour et nuit Pour entretenir l'ouvrage.
L'embarras du ménage Est un grand embarras :
Toutes les fîll's qui s'y marient Ne le connaissent pas.
Pour s'y mettre au ménage Faut avoir du sourci (souci).
La journée de vos noces Quel habit prendrez- vous?
Prenez-y, va, votre habit noir, Habit de pénitence,
Et par-dessus prenez-y, va, Le cordon de souffrance.
La journée de vos noces.
Si vous avez-t-un homme Qui soit un débauché.
Il vous dira d'un ton sévère Et d'un air si robusque (sic) :
« Va-t'en m'y chercher du taba' Ensuite un coup i-à boire. »
Si vous avez-t-un homme Qui soit bon ménager.
Il vous dira d'un air si doux :
« Ma beir, prenons courage, Et pardi ! dans notre ménage.
Nous aurons du contentement. »
Ce soir, nous le disons-t-adieu, La jeune mariée,
Nous vous laissons entre les bras D'une bonne famille,
Tâchez de bien les imiter.
Et surtout de les suivre.
Aux environs d'Uzel, les bonnes gens portent ainsi la santé de la mariée : « A vot' santé, ma commère du haout (haut) bout. J'ièv' mon drère pour bère à vous. »
A la fin du repas, la mariée boit, puis elle passe à son mari le verre dans lequel elle a bu ; le verre circule ensuite autour de la table, en commençant par les personnes les plus considérables, et chacun y trempe ses lèvres. Si le premier verre ne suffit pas, la marraine en entame un second. Refuser de goûter à ce verre d'honneur serait faire aux mariés une grave insulte. (Calorguen.)
Le repas des pauvres a lieu après celui des invités, et le marié et la mariée doivent aller les servir. (D.)
Après dîner, on danse dans l'aire ou dans une grange. La danse est une sorte de quadrille, et le sonous annonce à haute voix chaque figure : la chaîne des dames, la pastourelle, en avant deux, balancez vos dames, etc., puis, à la fin du quadrille, il dit : « Abattez d'à haut ! » Alors chaque danseur embrasse sa danseuse et l'emmène A une marchande de gâteaux qui est venue exprès pour
la noce (il y en a parfois cinq ou six). Il lui offre de petites galettes. Les plus galants en mettent même dans les poches des tabliers et dans les tabliers, de sorte qu'à la fin de la journée les plus belles filles et les plus recherchées ont une charge de galettes, sans parler de celles qu'elles ont mangées; de plus, les jeunes gens qui veulent passer pour bien élevés offrent continuellement aux jeunes filles du tabac à priser. Durant le bal, la jeune femme change deux ou trois fois de toilette pour faire voir qu'elle est riche et bien mise. La nuit venue, on se met de nouveau à table. (Landehen.)