‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 24 sur 73 · II. — LE CALENDRIER · texte numérisé non relu

II. — LE CALENDRIER

Sous ce titre, j'ai rangé les fêtes des saints qui ont lieu à jour fixe; parmi eux figurent ceux qui, étant nés en Bretagne ou y ayant séjourné, sont considérés par le clergé et par le peuple comme des saints nationaux ; plusieurs ont donné leur nom à des communes, possèdent des chapelles

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sous leur invocation, ou ^ont l'objet d'un culte pour la guérison des infirmités. A côté de ces bienheureux indigènes sont d'autres saints également connus, auxquels se rattachent des particularités analogues. Ce n'est point un calendrier extrait des propres des diocèses de la Bretagne française; si certains bienheureux ou certaines fêtes figurent ici, c'est uniquement à cause de leur popularité, des détails de mœurs, de culte ou de superstition que le peuple y rattache. A près de la moitié des jours de l'année, je n'ai point mis le saint que lui attribuent les calendriers ecclésiastiques, parce que, à ma connaissance du moins, les saints ne présentaient aucune particularité.

Au commencement de chaque mois, et à sa date s'il y a lieu, j'ai mentionné les proverbes, dictons et superstitions qui s'y rattachent.

Janvier le frileux.

Le bonhomme Janvier disait : « V'ià la pitié, v'ià Janvier qu'arrive, qui vous fra chier dans vot' fouyer, sapré bonne femme. » Feuvrier disait : « Et ma (moi) dans le râtelier, et j'emplcnis mes feussés, et Mar' qui les essarde (essuie). » (E.)

Qiiand on met du fumier dehors en janvier.

on met une pièce de bête hors de son étable, c'est-à-dire qu'il en crève une. (P.) Voir, pour le dicton contraire, le mois d'août.

Neige de Janvier Vaut du fumier. (E.)

i^r. Étrennes. — Il est d'usage d'aller souhaiter la bonne année. La personne qui entre embrasse chacun de ceux qui se trouvent à la maison et dit : « Une bonne année je vous souhaite et le Paradis à la fin de nos jours. » (E., M.) On ajoute parfois à cette formule : « Quand j'arons véqui (vécu) assez. »

— Je vous souhaite une bonne année, accompagnée de plusieurs autres, et le Paradis à la fui de vos jours, (E.) Ou : — Je vous souhaite une bonne année, une bonne santé, accompagnée de plusieurs autres. (E.)

On dit en plaisanterie :

Je vous souhaite bonne année,

Et la foire toute l'année,

Et la santé des bouyaux

Jusqu'au dimanche des Ramiaux. (E.)

La personne embrassée répond : « Et à vous pareillement. »

A la campagne, la procession des souhaiteurs dure toute la journée ; jadis, les enfants, — sauf

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ceux des personnes riches, — allaient dans presque toutes les maisons, et ils disaient :

J'vous souhaite une bonne année couleur de rose, Fouillez dans vot' poche et me donnez qué'qu' chose.

3. Sainte Geneviève (Genevieuve). — Beaucoup de paysans croient que cette sainte est non la patronne de Paris, mais Geneviève de Brabant, dont l'imagerie et le colportage ont popularisé la légende.

6. Epiphanie ou Jour des Rois. — A Dinan, le jour des Rois, des jeunes gens vont réciter la Vie d'Hérode (en vers) ; il y a un imwcent qui représente les enfants juifs, et on fait mine de lui couper le cou avec un sabre de bois. Cet usage tombe en désuétude. Je n'ai pu m'en procurer le texte. Au siècle dernier, J.-B. Huart imprimait à Dinan : « La Vie et l'adoration des trois rois, qui se joue par personnages, et le Massacre des Innocents, qui se joue par personnages, » pet. in-12 de 28 pages, 1751.

Cf., sur ce livret et quelques autres analogues, Paul Sébillot, De quelques Inres populaires imprimés à Dinan {Revue de Bretagne et de Vendée, sept. 1884).

C'est le jour de l'Epiphanie, ou, quand la fête tombe un jour non férié, le dimanche qui le suit, que les jeunes gens vont se faire pren're ou pen're, c'est-à-dire qu'ils vont voir les filles pour savoir

lyS LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

s'ils doivent sérieusement leur faire la cour. Ce jour-là, la maison est remplie de galants; mais ils ne viennent pas de bonne heure, parce que chacun espère arriver le douzième; c'est, en effet, celui qui entre le douzième à la maison qui est sûr d'épouser la fille.

Cf., sur cet usage, la page 90 du présent volume.

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