CHAPITRE PREMIER
l'année
§ I. — l'année et les mois
,E vent qui règne les douze premiers jours de l'année est celui qui souffle pendant chacun des douze mois, janvier correspondant au ler, février au 2, etc. Il en est de même pour le brouillard. (E., P.) Ailleurs, le temps qu'il fait les douze premiers jours est celui qui sera toute l'année.
En Normandie, ce sont les douze jours après Koël (cf. Mél., t. I, col. 14, la note où est cité VAlmanach des laboureurs, j68j')\ mais, dans la Suisse allemande Qiiél., col. 128), ce sont les douze premiers jours de l'année.
On met du grain à chauffer sur la toumelte (l'instrument qui sert à retourner les galettes); si le grain saute, le blé sera cher l'année qui vient. (E.)
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), la veille de l'Epiphanie, on fait aussi sauter le blé ; mais c'est pour savoir quel sera son prix pendant les douze mois de l'année.
Quand le coucou vient de bonne heure, l'année est prime (précoce); quand il est en retard, les récoltes ne mûrissent pas de si bonne heure. (P.)
Le grain vaut dans l'année autant de francs le demeau que la caille répète son chant de fois. Quand elle chante pendant la fenaison, c'est ce que le foin vaudra. (E.)
Plus il y a de cailles, moins le grain est cher. (E.)
Cf., pour les détails, mes Traditions et superstitions, t. II, p. 156.
S'il tonne au commencement de l'hiver, c'est signe de froid. (P.) Quand les pies font leurs nids dans le haut des arbres, c'est un présage d'année fience (mouillée). Lorsqu'elles nichent dans le miHeu, l'année sera sèche. (P.)
Voici les dictons sur les douze mois :
l'année 173
Janvier pour la neige ;
Février pour les glaçons ;
Mar' pour la grêle ;
Avri' pour les bourgeons;
Mai pour l'herbe verte;
Juin pour les fenaisons ;
Juillet pour les œufs éclos;
Août pour les moissons;
Septemb'e pour les aquilons;
Octob'e pour les brouillards;
Novemb'e pour les grands russiaux (ruisseaux);
Décemb'e pour les frissons. (E.)
L'ancien mythe des mois considérés comme entités et personnifiés par leurs attributs est, je crois, oublié en Haute-Bretagne; mais, dans plusieurs contes, il en reste une trace effacée.
Un conte inédit de ma collection met en scène une fille simple d'esprit qui, ayant entendu dire à son maître : Tel morceau sera pour Janvier, tel autre pour Février, etc., les donne à un adroit voleur qui se déguise chaque jour et prend un nom de mois diftérent.
Dans Janvier et Février, 2^ série, no xlvi, le premier est laboureur et Février tailleur; ils courtisent la même fille, qui, indécise entre les deux, va chez eux sous un déguisement. C'est Janvier qui a la préférence, parce que, chez lui, il y a bon feu et que tout y est en ordre.
Dans un autre conte inédit, trois mois : Janvier, Février et Mars, vont voir une jeune fille ; les deux derniers sont l'un tailleur et l'autre perruquier, et vantent leur richesse ; Janvier, qui est laboureur, ne se vante pas tant et se chauffe dans le coin du foyer. La mère de la jeune fille prend des vêtements rapiécés, et va chez Mars ; il était pauvre comme Job ; Février n'avait ni pain dans sa huche ni feu dans son foyer; mais, quand elle arriva chez Janvier, elle vit une maison bien en ordre, avec un gros chien à la porte. Janvier était dans le coin de son foyer, assis sur un banc, et, du plus loin qu'il aperçoit la vieille, il lui crie : « Venez vous chauffer, bonne femme, il fait bien froid dehors. » C'est lui qui a la fille.