‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 26 sur 73 · Sainte É:.iÉp AN TIENNE · texte numérisé non relu

Sainte É:.iÉp AN TIENNE

Sainte Émérance, Qui guérit du mal de ventre.

A la chapelle de Saint-René-en-Évran est une statue de sainte Emérance devant laquelle on allait dire des prières pour guérir les enfants du mal de ventre. Il y en a une autre au Quicu qui a la même vertu.

25. Conversion de saint Paul. — CeuK qui naissent ce jour-là « pansent du v'iin », c'est-àdire guérissent les personnes mordues par les reptiles, et peuvent les toucher sans en être mordus. (E.)

29. Saint Gildas donne son nom à deux communes. A Saint-Gildas-des-Bois, pèlerinage pour la guérison de la folie.

Février (Feuvérier, Fuvrier).

Février le plus court, Le pire de tous. (D.)

Le mois de février Fait chier la veille (vieille) au fouyer. (E.)

— Feuvrier emplit les foussés (fossés) et Mar' les essarde (essuie). (E.)

Plée en feuvrier Vaut du fumier.

On appelle février le mois des amoureux : au temps jadis, Février alla faire la cour aux filles, et il perdit deux jours. (P.)

Cf., sur la personnification des mois, les pages 173 et 174 du présent livre.

2. La Chandeleur. — On bénit des cierges, qu'on allume quand il fait de l'orage, quand il y a un malade, etc.

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Même croyance en Franche-Comté (cf. Mél., col. 346) et en beaucoup d'autres pays.

Si on mène les vaches dans les prés après la Chandeleur, il n'est point de fain (foin). (E.) Il est d'ailleurs spécifié dans les baux à ferme que les bestiaux ne pourront aller dans les prairies après le 2 février.

Quand la Chandeleur est claire, L'hiver est en arrière ; Quand elle est trouble. L'hiver est dans la douve. (D.)

Les mariages de la Chandeleur n'ont pas de chance. (E., P.)

5. Sainte Agathe. — C'est le jour où l'on sème les fèves, ou du jour Saint-Claude au jour Sainte-Agathe. (E.)

En Picardie, ce sont les pois qu'on sème à cette époque (cf. Mél., col. 72).

La chapelle de Sainte-Agathe en Langon est un but de pèlerinage où se rendent surtout les nourrices atteintes de maladies au sein, pour lesquelles elles invoquent la sainte, qui, suivant la légende, eut les mamelles coupées et fut miraculeusement guérie.

(Joanne, Bretagne, p. 462.)

9. Sainte Apolline, invoquée contre le mal de dents. Il y a une chapelle de ce nom à Triga-

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vou; la graine Je jusquiame, connue sous le nom d'herbe de sainte Apolline, fait passer les maux do dents.

II. Saint Didier. — Une commune de l'Illeet- Vilaine porte le nom de cet évêque de Rennes au VII^ siècle, « L'emplacement de son oratoire se voit encore au milieu des bois, et l'on s'y rend chaque année à la chapelle de Notre-Damede-la-Pénière , pour obtenir la guérison de la licvre. )>

(Orain, p. 287.)

Mi-feuvrier, Jour entier.

22. Saint Pierre d'Antioche. C'est le jour de la montée du dard, qui va au rebours de l'eau pour frayer. (E.)

Mar' le hâleux.

Le mois de mars, consacré à saint Joseph, est appelé le mois des cocus. (P., E., M.)

Ceux qui sont du mois de mars sont entêtés et rabâtous, c'est-à-dire radoteurs et grognons. (P.)

Mar* o (avec) ses martiaux, Avri' do ses coutiaux. (M., E.)

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Mar' tue,

Avri' qu'écorclie

Et Ma' qu'emporte. (D.)

Queu mar'

Queul aô (août). (P.)

Quel mar'

Quelle batte (temps pour la moisson). (P.)

Blé en mar'.

Gelée en mai.

Amènent le blé au balai. (P.)

Mar' se (sec), Avri' cru (mouillé), Mai chaoud Amènent le blé au mas d'aoû. (P.)

Il ne faut pas aller regarder son grain dans les champs avant le premier dimanche de mars, car il serait exposé à ne pas pousser.

Autant de hcrouées (bruines) en mars, Autant de gelées en mai. (E.)

Les mêmes jours.

5 . Saint Jacut. — Trois communes portent le nom de ce saint : Saint-Jacut (Morbihan) Saint- Jacut-du-Mené, Saint-Jacut-de-k-Mer (Côtes-du- Nôrd); les habitants de cette commune, connus sous le nom de Jaguens, sont les héros d'histoires cocasses.

l'ai publié sur les Jagueus une trentaine de contes (Conics po-

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piilaires, i'« série, n°' xxxvii, xxxviii, xxxix; Llitcralure orale ih la HatiU-Brelarne,'Tp. 253 ; Contes des marins, no' xxxi-xxxix ; Gargantua, dans les Traditions populaires, p. 31, 71, 89; les Joyeuses histoires des Jaguens, collection de 1 1 contes, dans Méhisiue, t. II, col. 464-475).

19. Saint] Joseph. — C'est le jour de la fête de ce saint que les oiseaux des champs se marient. (E.)

S'il fait beau temps,

Quand mar' a vingt iuucs nés (nuits),

Prenez garde es vênés,

Notre-Dame arrive,

Qui les rejette o' 1' pied. (P.)

Il ne faut pas aller chercher de l'eau après la nuit close, car elle serait vcnimouse. Les vênés sont les jours depuis le 21 jusqu'au jour Notre-Dame. (P.)

25. Annonciation. — Si les grenouilles chantent avant le 25 mars, elles retardent leur chant d'autant de jours qu'elles l'ont avancé.

Avril.

Mar' o SCS martiaux, Avri' do ses coutiaux. (M., E.) Avri' do ses coutiaoux, Écorche vache et viaoux. (H.)

lS4 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

Fret avri', Chaud maï Amènent le blé au balaï. (P.)

Avril frais, mai chaud, Emplit le grenier jusqu'au haut.

En avri'.

Tout oisé fait son nid.

Excepté la caille et la perdri'. (P.)

Avri' Ne s'en va pas sans épi. (P.)

Mar' tue, Avri' qu'écorche Et ma' (mai) qui l'emporte. (P.)

N'y a si genti' avri'

Qui n'ait son chape d'grési'. (P.)

i^"". — Le ler avril, il est d'usage d'attraper les gens, et, quand la farce a réussi, on crie à la dupe : « Poisson d'avril! Poisson d'avril! » On envoie les enfants et les naïfs demander chez les voisins un objet impossible, comme par exemple la corde à tourner le vent, ou la pierre à faire couler la courée (chorée) des cochons. Si celui qu'on a essayé de tromper a été pris, lorsqu'il revient, on court au-devant de lui avec une poêle à frire, on dit qu'on va fricasser le poisson et l'on fait mine de le mettre dans la poêle. (P.)

Il faut planter les pommes de terre le premier jour du croissant d'avril ou de mai.

A la mi-avri',

Le blé est en épi. (E.)

Si, après la mi-avril, on mange des pommes Je terre, elles germent dans le ventre. (P.)

2?. Saint Georges. — Plusieurs communes portent le nom de ce saint. Il guérit le mal qui porte son nom et qui consiste en des pourritures sur la figure. On se lave à l'eau de sa fontaine. (P.)

S'il pleut le jour Saint-Georges, il n'y a pas de fruits à coques, c'est-à-dire à noyaux. (E.) Quand il pleut le jour Saint-Georges, il n'est point de fricot. (E.) Le jour Saint-Georges, si on foit des citrouilles, i' viennent greusses (grosses) comme des ragoles ou chênes d'émonde. (E.)

Le jour Saint-George,

Il faut faire de l'orge. (E.)

25. Saint Marc. — On fait, en lUe-et-Vilaine, une procession pour faire crever les langonsses ou langoutes, sortes de mouches noires qui, jadis, étaient grosses comme des têtes de cheval et qui, maintenant, depuis qu'on fait la procession, sont devenues toutes petites. (E.)

La même procession a lieu en Nivernais pour le même motif.

A la Saint-George, Bonhomme sème l'orge;

l86 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

A la Saint-Mar*, Il est trop tard. (E.)

C'est le 2) avril que les journaliers commencent à prendre leur déjeûner de dix heures. (E.)

A la Saint-Mar', Le cocu (coucou) est à l'épinard (à l'épine);

A la mi-avri', S'i' n'est point v'nu, i' n' peut v'ni'. (P.)

28. Saint Vital. — La commune de Saint- Viaud est dédiée à ce saint ; son nom en est vraisemblalement une corruption. « Le rocher sur lequel s'était retiré saint Viaud, selon la tradition, est connu dans le pays sous le nom de la Pierre Cantin. On prétend que ce saint y a laissé l'empreinte de SQS pieds, de sa tête et de son bâton. On y fait de nombreux pèlerinages. » (Ogée.)

Mai (Ma, Maï, Moue).

Les gelées de moue Emportent le robinet. (P.)

Les mariages de mai ne sont point chanceux. (M., E.)

Les filles qui tettent pendant deux mois de mai seront d'une complexion amoureuse. (P.) Les chats de mai sont mangés par leurs parents. Les

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geais de mai ne réussissent point : on dit qu'ils chèyent du ma' cadti' (M.), c'est-à-dire de l'cpilepsic.

ler. Saint Philippe.

Quand il pleut le jour Saint-Philippe, Il n'est ni tonneau ni pipe. (E.)

C'est le ler mai que les sorciers peuvent soutirer le beurre et gâter le grain. (E.)

Il en est de même dans le Morbihan (cf. Mél., t. I*"", col. 73).

En mai, il y a des jours qu'on appelle les Trécoles (E.), les Tricoles ou les Étricotes (P.); ce sont ou les trois premiers jours du mois, ou les trois plus près du milieu, on les trois derniers du mois. Il y a des gens qui n'ensemencent pas ces jours-là : le grain semé serait trècoU, c'est-à-dire rabougri et bossu; le père de ma conteuse ayant semé du blé noir un de ces jours-là, son blé fut trécolé. On se garde aussi de mener ces jours-là une vache au taureau ; le veau qui naîtrait serait tortu ou bossu. (E.) Dans les environs de Moncontour, les étricotes sont seulement les trois premiers jours de mai.

Cf. Romaiiia, t. III, p. 294.

L'usage des mais subsiste encore en plusieurs pays de l'IUe-ct-Vilaine ; si on n'en met pas devant la maison d'une jeune fille, c'est signe qu'elle n'est pas aimée ou que sa vertu est soup-

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çonnée. On les appelait jadis indifféremment des mais ou des verts. (E.)

En Berry, on ne plante de jolis mais que pour les honnêtes filles. (Cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. n ; cf. aussi sur les mais, Monnier, p. 283, 295, 306.)

Quand on plante les mais, il faut que la personne devant qui on les place ne le sache pas. Le mai doit être en épine blanche, sans fleur ni bouton; s'il y avait dedans des fleurs, cela voudrait dire que la fille n'est plus vierge.

Il y a, au sujet des mais, une sorte de langage des fleurs : le thym veut dire putain; les choux, vilaine vache; le cherfcu (chèvrefeuille), ma chère fille, etc. (E.)

Vers Iffiniac et Laugueux, si on veut faire affront à une jeune fille, on plante devant sa porte, au lieu d'un mai, un bonhomme de terre difforme et pétri grossièrement.

Jadis, il y avait des jeunes gens qui passaient la nuit du 31 avril au i^r mai à aller chanter des mais; on leur donnait des œufs; voici une de leurs chansons :

Voici le mois de Moua,

Le mois que l'vert boutonne,

Et que chaque amant

Y va voir sa mignonne.

En lui disant :

Ma mie, voilà de quoi

A l'arrivée du mois de Moua.

l'axxée 1 89

Entre vous, bonnes gens.

Qu'avez des boeufs, des vaches, Lev'ous de grand matin, M'nez-lcs au pâturage, r vous donneront Du beurre aussi du lait A Tarrivée du mois Mai.

Madame de ciant,

Qui êtes maîtresse des filles,

Faites-les se lever promptement,

Qu'ils s'habillent.

Nous leur passerons

Des anneaux d'or au doigt

A l'arrivée du mois de Moua.

Entre vous, bonnes gens,

Qu'avez de la poulaille,

Mettez la main au nid ;

N'apportez pas la paille,

Apportez d's œufs dix-sept o bien dix-huit,

Mais n'apportez pas de pourris.

Apportez-en seize o bien dix-sept,

Mais n'apportez pas de poulettes.

Si vous donnez des œufs.

Je prierons pour la poule.

Je prierons l'bienheureux saint Nicolas,

Que la poule mangerait le renâ (renard).

Si vous donnez d' l'argent,

Je prierons pour la bourse.

Je prierons le bonhomme saint Miche,

Que la bourse se remplirait.

igO LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

Si vous n'ez ren à nous donner,

Donnez-nous la sen'ante ;

Le portons de panier

Est tout prêt de la prente.

r n'en a pas, il la voudrait teni'

A la sortie du mois d'avri'.

r n'en a pas, il en voudrait pourtant

A l'arrivée du doux printemps.

(Environs de Moncontour.)

19. Saint Yves, patron des avocats, est encore très vénéré en Haute-Bretagne.

Lorsque deux individus ont une contestation pour une chose grave et qu'ils ne peuvent se mettre d'accord, l'un d'eux jette un sou par terre devant l'autre, pour l'ajourner devant saint Yves de Vérité. Celui qui a menti ou qui a tort meurt dans l'année. Cet ajournement est encore usité assez fréquemment. (P.)

« Dans quelques cantons des Côtes-du-Nord, les personnes qui ont à se plaindre d'un débiteur font dire une messe à saint Yves. Par ce moyen, leur argent leur est, disent-ils, rendu dans l'année ou le débiteur meurt. »

(Habasque, t. 1", p. 88.)

u En l'adjurant avec certaines formxiles, dans sa mystérieuse chapelle de Saint-Yves-de-Vérité, contre un ennemi dont on est victime, en lui disant : u Tu étais juste de ton vivant; montrc- « que tu l'es encore, » on est sûr que l'ennemi mourra dans l'année. » (Renan, Souvenirs d'evfance, dans la Revue des Deux- Mondes, 15 mars 1876, p. 244.)

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Juin.

Juin Ne va pas sans son grain.

8. Saint Médard. Plusieurs communes portent e nom de ce saint pluvieux.

Quand il pleut le jour Saint-Médard,

Il y a des russes (navettes sauvages) dans le blé noir.

Le premier vendredi de juin se nomme le « ven- Iredi blanc », et le samedi qui le suit le « samedi '■iicrnè (grené) », d'où le dicton suivant qui s'ap- )lique au blé noir :

Faut semer, C'est vendredi blanc et samedi guerné.

La première semaine de juin se nomme « la .emaine blanche ». (P.)

II. Saint Barnabe. — On plante les navets le quarante jours; (E.) mais il faut bien se garler de semer du blé noir ce jour-là. (P.)

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