III. — LA SEMAINE
Dictons sur les jours de la semaine.
Lundi et mardi, fête ; Mercredi, je n'pourrai y être; Jeudi, l'jour Saint-Thomas; Vendredi, je n'y serai pas ; Samedi, la foire à Plénée :
Et v'ià toute ma pauv' semaine passée! (M.)
Faut sanctifier : Le lin, — le marc, — le mère, — le jeu, — le van, — le sam — et le jour du dan dan. (S.-C.)
Quand on demande quel jour on fera telle chose, on répond très vite :
Lin, — mar, — mer, — jeu, — ven — et samedi di dan dan. (D.)
Le lundi, je suis soûle, Le mardi aussi.
Le mercredi de même ; Le jeudi, je m'en reviens; Le vendredi, je bats mon homme ; Le samedi, je grogne Après ceux de la maison.
Voilà comment je passe tous les jours de la semaine.
Le lundi, je suis boite (ivre); Le mardi, je suis soûl ; Le mercredi de même, Et le jeudi itou.
Sur la légende des lutins et des jours de la semaine, cf. mes Traditions et superstitions, t. I"", p. 279, et les Sorciers de Knéa, n° Liv des Contes populaires de la Haute-Bretagne, 2^ série.
LuNDL — On appelle le lundi le jour des cordonniers.
Mardi. — On dit qu'il ne faut pas semer le trèfle rose ou tremène un jour commençant par un R; si on le semait ce jour-là, il n'en viendrait pas. (S. -G.)
C'est surtout le mardi que reviennent les âmes des ancêtres. (P.)
Quand il pleut le mardi, il y a de la pluie pour toute la journée.
Mercredi.
On ne se marie pas le mercredi,
De pou' (peur) d'avaï nom Jean-Jeudi. (E.)
C'est-à-dire d'être cornard.
Jeudi. — On ne doit pas se marier le jeudi, car c'est ce jour-là que le diable épousa sa mère. (P.)
Vendredi. — Le temps est le même le vendredi et le dimanche. (S.-C.)
Les enfants qui naissent le vendredi sont mal chanceux. (S.-C.)
Le vendredi est toujours le plus beau ou le plus vilain de la semaine. (P.)
l'année 221
Les mariages du vendredi sont mal chanceux. (P.)
Samedi. — Ce qu'on commence le samedi réussit mal.
Cf. Souche, p. 8. Superstition analogue en Poitou,
Les mariages du samedi ne sont pas heureux, parce qu'on commence la semaine parle eu. (P.)
Le samedi, il fait toujours un rayon de soleil; on l'appelle le rayon de la Vierge. (E., D.)
A Saint-Brieuc, il n'y a pas longtemps que les vieilles gens balayaient leur place le samedi soir, pour avoir la visite de la bonne Vierge.
Quand on file après minuit, le samedi, on « entend » quelque chose, et toute la semaine qui vient on a de la malechance. (E.) Souvent, on entend dans la cheminée le bruit d'un autre fuseau.
Quand on se mouille les genoux le samedi, on dit qu'on ne va pas à la messe. (D.)
Voici le résumé du conte de la Filandière de nuit que le D^ Fouquet rapporte dans ses Légendes du Morbihan, p. 60-62. « Une jeune fille avait continué à filer, le samedi, après le premier coup de minuit. Tout à coup, elle vit auprès d'elle, quoique sa porte fût fermée, une vieille qui, en peu de temps, lui fila tout son chanvre et le lui mit à blanchir. Comme elle était occupée à
cette besogne, le coq chanta, et la vieille lui dit qu'on ne la voyait jamais qu'une fois, et qu'elle était la Filandière de nuit. Le lendemain, on trouva la fille morte sur sa lessive. «
Il y avait une fois une femme qui filait le samedi, sans regarder si minuit avait sonné. Un soir, un peu après le coup de minuit, elle vit sur l'autre banc de son foyer, en face d'elle, une femme toute noire qui, elle aussi, filait. La fermière lui adressa la parole ; mais elle ne reçut pas de réponse, et, en regardant mieux la filandière, elle vit que c'était une de ses parentes, morte depuis quelque temps déjà. Elle appela son mari, et lui dit :
— Regarde donc; une telle qui est ici. Son mari se leva, et il dit à sa femme :
— Va te coucher bien vite.
Elle obéit ; mais, au moment où elle passait devant la filandière, celle-ci lui frappa sur l'oreille un coup de fuseau en lui disant :
— Si j'avais pu encore filer quelques doutes, j'allais t'emporter.
(Conté, en 1882, par Jeanne Bazul, de Trélivan, domestique, âgée de vingt-huit ans.)
Dimanche. — Commencer un engagement dans une ferme le dimanche est d'un mauvais présage. Les domestiques qui le font finissent rarement l'année dans la même maison. C'est aussi
mauvais pour les ouvriers à louage. Finir un engagement le dimanche porte aussi malheur. (E.)
Il ne faut pas faire de marché le dimanche. (D.)
Si on a lavé le dimanche pendant les offices, ou fait un ouvrage qu'on ne devait pas faire, on revient après sa mort laver tous les dimanches et pendant toute la durée de l'office où l'on a lavé pendant sa vie. (E.)
Les enfants qui naissent le dimanche sont chanceux. (S.-C.)
Quand on pêche le dimanche, on s'expose à avoir des enfants qui ont des têtes de poisson. On cite deux femmes, dont l'une a eu un enfant avec une tête de grondin, et l'autre, un enfant avec une tête de congre. (S.-C.)
Ce qu'on sème le dimanche ne réussit pas bien. (P.)
Il y a des légendes relatives à la non-célébration du repos dominical. Je me souviens d'avoir vu, il y a quinze ans environ, sur la route de Matignon à Montbran, une charrette qu'on avait, disait-on, chargée de glê (paille de blé) un dimanche, et que les chevaux n'avaient pu démarrer de la place où elle était, et où elle resta plusieurs jours.