S I. — DU PREMIER JANVIER AU CARÊME
Je ne connais en Haute-Bretagne aucun endroit où l'on fasse une cérémonie analogue à celle du .dimanche des Brandons; je n'ai pas retrouvé la moindre trace de cet usage si connu dans les provinces voisines ; le souvenir en a même tout à fait disparu.
Jours gras. Le dimanche gras et le premier dimanche de Carême, les cultivateurs ont l'habitude d'aller faire une tournée dans les champs pour voir si la récolte pousse. (E.)
Le dimanche gras, qu'on appelle le dimanche crèpier, il est d'usage en beaucoup de maisons de faire des crêpes ; autrefois, dans les fermes, lorsque le propriétaire résidait à peu de distance, on préparait des crêpes pour lui et pour sa famille. (M.)
On ne doit pas filer les jours gras, car les rats et les souris viendraient manger le fil (E., D.); ailleurs, ce sont les chats. (P.) On assure aussi que le fil qu'on filerait à cette époque serait gras, c'est-à-dire graisseux.
En Franclie-Comté (cf. Perron, p. i6), quand on travaille le mardi gras, les rats mangent l'ouvrage parce qu'il est gras.
On adresse à Mardi-Gras ou à Carnava' d'assez nombreuses formulettes :
Jeudi-Gras, Ne t'en va pas ; Nous ferons des crêpes Et tu en mangeras, Si ton soû (si ton content) Que tu en kerveras (crèveras). (E.)
Les enfants chantent aussi :
Carnava', ne t'en va pas; Je f rons des crêpes Et t'en mangeras.
Carnava' s'en est allé O ses deux sabots percés.
Carnava est ervenu (revenu) O ses deux solées (souliers) cousus. (P.)
Mardi-Gras, Ne t'en va pas ;
Nous ferons des crêpes Et tu en mangeras.
Mardi-Gras s'en est allé Par un petit sabot percé, Il s'en est revenu Par un petit soulier cousu. (S.-C.)
Carnaval, ne t'en va pas demain ; C'est aujourd'hui la Saint-Crépin. (D.)
C'est-à-dire le jour où l'on fait des crêpes.
Carnaval, ne t'en va pas ; Nous ferons des crêpes, tu en mangeras. Carnaval s'en est allé ; Nous avons fait des crêpes, il en a pas mangé.
Carnaval s'en est allé Avec ses sabots percés ; Carnaval s'en est revenu Avec ses deux sabots fendus. (P.)
Mardi-Gras, ne t'en va pas; Nous ferons des crêpes, et tu en auras. Mardi-Gras s'en est allé Avec son chapeau percé. (D.)
Variante des deux derniers vers :
J'ons fait des crêpes, Et tu n'en as pas mangé, (E.)
On conduit les enfonts dehors pour voir passer Mardi-Gras. Carnaval ou Mardi-Gras est un grand cheval sans cavalier, qui a le dos couvert de crêpes, et qui en distribue. Aussi, les enfants, quand ils vont l'attendre au passage, lui portent ce qu'ils ont de meilleur. (D.)
Mais, ailleurs. Carnaval n'est pas, à ce qu'il paraît, aussi bienfaisant; car les petits enfants vont l'attendre aux carrefours où se trouvent des croix, et ils portent des triques pour le frapper s'il venait à passer. (P.)
Parfois, on ne se dérange pas pour voir passer Carnaval ; on met dans la place un os auquel adhère encore un peu de chair; les enfants disent que c'est Carnaval, et ils dansent dessus; après cette petite cérémonie, ils le jettent dans un coin, et ils s'écrient qu'ils l'ont enterré. (P.)
L'enterrement de Mardi-Gras a lieu parfois avec plus de cérémonie : Quatre jeunes gens portent un bonhomme de paille, parfois un jeune garçon; ils sont suivis d'une sorte de procession, comme à un enterrement véritable; la parodie est d'ailleurs assez complète, et l'on fait mine de le déposer dans une fosse ; alors tous les assistants
feignent d'être affligés et de- pleurer, et ils s'écrient d'une voix lamentable : « Ah! mon pauv' petit Mardi-Gras ! » Le garçon qui a été Mardi- Gras en garde le surnom toute l'année. (D.)
Dans les Ardennes (cf. Kozot, p. 125), on enterre aussi le Carnaval.
C'est le soir du mardi gras que les chats vont faire le sabbat à tel ou tel endroit bien connu de la commune.
(Cf. Souche, p. 17.)