Coutumiers de Normandie
Les traductions d'ouvrages latins, qui tiennent une large place dans la littérature française du xii® siècle, se multiplièrent encore au siècle suivant. L'activité des traducteurs, qui s'était restreinte jusque là aux Livres saints et aux traités de morale ou de sciences naturelles, se porta alors dans le domaine du droit^. Non seulement les recueils législatifs, les Institutes, le Code de Justinien, le Digeste et même les Décrétales de Grégoire IX, mais encore les écrits des commentateurs les plus renommés, comme la Somme d'Azon sur le Code et l'Ordre judiciaire de Tancrède, furent traduits en français^. La Normandie, qui avait vu naître les premières versions françaises de plusieurs livres de la Bible ne devait pas rester étrangère à ce nouveau courant de vulgarisation et, dès le milieu du xiii« siècle, elle possédait une traduction en langue vulgaire des plus anciens textes de sa Coutume contenus
1 G. Paris, La littérature française au moyen-âge {Manuel d'ancien français). Fa.r\s, 1890, p. 144-148, 197, 199-2Ô0, 221-223.
2 La Bibliothèque nationale possède ainsi un certain nombre de manuscrits de ces traductions du xiiie siècle :
Institutes de Justinien. 3 exemplaires. Mss. français 1063-1065.
Code de Justinien. 4 ex. Mss. fr. 496-497, 20119-20120.
Abrégé des neuf premiers livres du Code. 2 ex. Mss. fr. 1069, 1933.
« Digeste vielle en francois ». 2 ex. Mss. fr. 495, 20118.
Décrétales. 4 ex. Mss. fr. 491-493. Nouv. acq. franc. 5120.
« La Somme Ace seur Code et seur Institutes ». Ms. fr. 22969.
« Li ordinaires mestre Tancrez ». 2 ex. Mss. fr. 1073-1074.
L. Delisle, Inventaire général et méthodique des manuscrits français de la Bibliothèque nationale. Paris, 1878, t. II, p. 2-4. Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXXI, l^e partie, p. 231.
3 S. Berger, La Bible française au moyen âge. Paris, 1884, p. iij-iv, 10,81,
dans les Statuta et Consneiudines Normannie. Ce travail ne nous est connu que par un seul manuscrit, le manuscrit 1743 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, d'après lequel il a été publié, en 1839, par A. J. Marnier, bibliothécaire de l'Ordre des avocats à la Cour de Paris ^ A côté de cette version de forme toute française, il en a existé d'autres, dont une au moins en dialecte normand et offrant par suite plus d'intérêt tant au point de vue linguistique que pour l'histoire du droit de la Normandie. Aucune de ces traductions n'est parvenue jusqu'à nous; mais il reste de l'une d'elles un abrégé dont les fragments sont disséminés dans quelques manuscrits du Grand Goutumier.
Les textes de droit normand n'ont pas gardé le souvenir d'une dénomination spéciale à cette œuvre de vulgarisation, où se trouvent fondues dans un tout homogène les deux parties originaires des Statuta et Consuetiidines Normannie^. En l'absence de désignation traditionnelle, l'expression qui paraît le mieux convenir est celle de Très ancien Goutumier de Normandie ; elle a en effet une grande analogie avec le titre d' « Ancien Livre Goustumier », qui a été donné parfois au Grand Goutumier de Normandie dans les manuscrits comme dans les actes officiels
1 A. J. Marnier, Établis sements et Coutumes, Assises et Arrêts de l'Echiquier de Normandie au treizième siècle (i207 à i245). Paris, 1839, Techener, in-S», xxviij-222 p. — Cette édition renferme en outre les traductions françaises du recueil des Assises et de la quatrième compilation des jugements de l'Echiquier, qui sont également contenues dans le manuscrit de Sainte-Geneviève.
2 La version française des Statuta et Consuetudines Normannie a fait l'objet d'une étude sommaire dans le t. I des Coutumiers de Normandie, Ire partie. Rouen, 1881, p. Ixxxvj-xciv.
3 Voy. notamment le procès-verbal de réformation des Coutumes de Normandie en 1583, Bourdot de Richebourg, Nouveau Goutumier général, t. IV, p. 119.