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Le lieu d'origine et la date de la version abrégée

La ville de Rouen est mentionnée à la fin du chapitre De justice (III, 4) du Grand Coutumier dans tous les manuscrits de la compilation dont fait partie la version abrégée'*. En outre les deux plus anciens manuscrits, les mss. latin 1426 b et français 5959, portent une marque d'origine qui ne laisse aucun doute sur la provenance de ce recueil; car toutes les formules de brefs, qui contiennent une indication de lieu dans ces deux volumes, citent exclusivement « Saint George du

1 « Le roy avrout la garde de luy ». XI*, 2. B. Les mss. fr. 5959 et Phillipps ont la forme française « avroit ».

2 « Les choses... ne puent estre vendues, données ne estrangies ». LVIl*, 8. B. V. P. Meyer, Notice sur le ms. II, 6, i4 de la Bibliothèque de l'Université de Cambridge {Notices et extraits, t. XXXII, 2« partie, p. 81).

3 « Sa garde (B. grâce) qui doit... aider a pourvoier(F, P. pourveoir) de mariage suffisant ». XI*, 3.

4 Le paragraphe du Grand Coutumier, qui renferme cette mention, étant conçu en termes identiques dans les trois manuscrits, on peut être assuré que ce nom de lieu était déjà inséré dans l'exemplaire du Grand Coutumier dont le compilateur s'est servi :

«Selon cen que l'en dit: Si comme l'en dit : La Si comme l'en dit : (La La justice de Rouen tient justise de Rouen tient ses justice] de Rouen tient ces assises en ceste ville. assises en ceste ville. les assizes en cest ville ». f. 46 r».ni, 4. f. 5 r».

Teil »^ Cette paroisse, dont le nom revient sept fois dans le Grand Coutumier et une fois dans le Très ancien Coutumier, est aujourd'hui Gros-Theil dans le département de l'Eure^. Comme on ne peut guère sup-

1 Voici les passages où ce nom de lieu est cité :

B. Grand Coutumier. F.

« XCni, 1. N... ressaisisse M. d'une N... ressaisisse M. d'une pièce de terre,

pièce de terre, qui est assise en la pa- qui est en la parroisse de Saint George

roisse de Saint George du Teil. f. 98 r». du Teil. f. 68 r».

XCVIII, 1. de la terre que R. luy defforce de la terre que R. lui deforce au Teil.

au Teyl. f. 103 v». f. 74 v».

CI, 12. se P. son mari estoit saisi d'une se Pierre son mary estoit saisi... d'une

pièce de terre... qui est au Teyl. pièce de terre, qui est au Teil. f. 79 v».

f. 107 vo.

ex, 1,2. qui présenta la derraine per- qui présenta la derraine personne a

sonne a l'eglyse du Teyl. f. 110 v°. l'église du Teil. f. 83 r».

CXni,2. R. li demande a tort une terre, R. lui demande a tort une terre, qui est

qui est assise au Teyl. f. 117 r". assise au Teil. f. 90 v».

CaXIV, 1. N. qui me defforce une terre N. qui me defforche une terre au Teil.

au Teyl. f. 129 v». f. 103 vo ».

Très ancien Coutumier.

« LXXXVI, 1. R. qui luy defforce a tort R. qui lui defforce a tort sa terre que il sa terre que il tient au Teyl. f. 119 r». . tient au Teil. f. 92 r» ».

L'accord de ces deux mss. est d'autant plus significatif que le copiste du ms. Phillipps a diversifié les dénominations géographiques : « XCIII, 1. a Vernon. CX. 1, 2. a l'église de Saint Quentin.

XCVIII, 1. C, 4. en lel lieu. CXIII, 2. a Vivonnoy.

CI, 12. a Visy. CXXIV, 1. a Orbecq ».

Trois de ces localités, Vernon (arr. d'Évreux), Saint-Quentin des Iles (arr. de Bernay, cant. de Broglie) et Vivonnoy {cor?\ Vironnay = Vironvay, arr. et cant. de Louviers), appartiennent au département de l'Eure, quoiqu'elles soient assez éloignées les unes des autres. 11 en est probablement de même de Visy, qu'il s'agisse de Bizy, faubourg de Vernon (de Blosseville, Dict. top. du dép, de l'Eure, p. 19, c. 2. Charpillon et Caresme, Dict. hist. du dép. de l'Etape, t. II, p. 979, c. 2), ou de Vesé, fief de la baronnie de Clères (L. Delisle et L. Passy, Mémoires et Notes de M. A. Le Prévost^ t. II, p. 129, c. 2). Quant à Orbec, il se trouve dans le Calvados (arr. de Lisieux), mais à peu de distance de Saint-Quentin des lies.

2 Gros-Theil. Eure, arr. de Louviers, canton d'Amfreville la Campagne. — Cette paroisse a porté le nom de Saint-Georges du Theil jusqu'à la fin du siècle dernier (De Blosseville, Dict. top. du dép. de l'Eure, p. 105, c. 1), parce que son église principale était placée sous le vocable de saint Georges. Gros-Theil était une bourgade assez importante, qui comptait 1300 habitants à la fin du xvuie siècle. La baronnie du Gros-Theil faisait partie des domaines confisqués, en 1343, sur Robert d'Artois, comte de Beaumont-le-Roger ; elle a appartenu ensuite aux comtes d'Alençon, puis aux maisons d'Harcourt et de Lorraine. V. L. Delisle et L. Passy, Mémoires et Notes de M. A. Le Prévost, t. II, p. 211 et 212. Charpillon et Caresme, Dict. hist. du dép. de l'Eure, t. II, p. 315 et 316. Abbé C. Heullant, Monographie de la paroisse de Saint-Georges du Theil. Diocèse d'Évreux. Gros-Theil. (1899), p. 17-22, 84.

poser que deux copistes travaillant séparément^ aient songé à introduire le même nom de lieu dans les manuscrits qu'ils transcrivaient, il est à croire que ce nom figurait dans l'original de la compilation et que celle-ci par suite a vu le jour soit au Gros-Theil, soit dans quelque ville des environs où siégeait une justice royale ou seigneuriale^. Il serait même possible que ce fût l'œuvre d'un praticien habitant le Gros- Theil; cette localité était en effet un centre important au xiv° siècle^ et il y a eu de bonne heure un tabellion âge'*.

La formule du bref de nouvelle dessaisine du Grand Coutumier a conservé dans le ms. français 5959 un chiffre d'année, 1316. La date est incomplète dans le

1 Le ms. lat. 1426 b provient de Caen ou des environs tandis que le ms. fr. 5959 a été exécuté dans le diocèse de Rouen.

2 Les villes les plus rapprochées du Gros-Theil sont : Au nord. Elbeuf, où était établie une vicomté depuis 1339 (Bunel et Tougard, Géographie du dép. de la Seine-Inférieure, arr. de Rouen, p. 327), et Bourgtheroulde, oîi il y avait une prévôté. — A l'ouest. Pont-Autou, qui était, dans la première moitié du xiv» siècle, le siège d'une vicomté réunie plus tard à celle de Pont-Audemer (L. Delisle et L. Passy, op. cit., t. II, p. 567, c. 2). — Au sud. Brionne, dont les comtes d'Harcourt étaient seigneurs depuis 1287 (L. Delisle et L. Passy, op. cit., t. I, p. 441, c. 2. Charpillon et Caresme, 1. 1, p. 598, c. 1), et Le Neubourg.

Peut-être faudrait-il donner la préférence à Elbeuf, domaine héréditaire des comtes d'Harcourt, qui possédaient aussi des fiefs au Grros-Theil. (L. Delisle et L. Passy, op. cit., t. II, p. 211, c. 2).

3 L'un des recteurs de Saint-Georges du Theil était, en 1345, un médecin distingué, Jean de Boisset, ancien élève de l'Ecole du Bec, qui est ainsi mentionné dans la Chronique de cette abbaye :

« Annis Domini M. CGC, VII. et M.CCC.XLV venerabiles viri magister Nicolaus de Quercu... et magister Johannes de Boesseyo, rector ecclesie Sancti Georgii de Tilia, qui a juventute fuerat nutritus in domo nostra et beneficiatus, dédit nobis omnes libres suos post mortem habendos, et si contigerit eum infirmitate vel necessitate vendere, executores sui tenentur solvere nobis ducentas libras; et erat ipse doctor in medicina et ejusdem eximius professor ». Chronicon monasterii Beccensis [Rec. des Historiens de France, t. XXIII, p. 460 cd.)

4 V. pour le tabellionage de cette localité, G. HeuUant, Monographie de la paroisse de Saint-Georges du Theil, p. 70.

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ms. latin 1426b; mais le reste de la formule étant identique dans les deux manuscrits ^ il n'est pas douteux que le millésime de 1316 ne remonte au texte primitif de la compilation. Or cette date ne peut être que celle du texte du Grand Coutumier incorporé par l'auteur du recueil ou celle de la compilation elle-même. Si on admet la première hypothèse, ce qui paraît le plus probable, le chiffre de 1316 fournit une limite extrême audelà de laquelle il n'est pas possible de reporter* le travail de remaniement d'où est sortie la version abrégée. D*autre part, l'âge des divers documents insérés dans les mss. latin 1426b et français 5959 permet de croire qu'ils dérivent d'exemplaires exécutés avant 1330^. Il faut donc assigner pour date à la compilation et par suite à la version abrégée, qui en est contemporaine, une des années comprises entre 1316 et 1330.

« Commande a N. que tost et sanz Commande a N. que tost et sans delay delay ressaisisse M. d'une pièce déterre, ressaisisse M. d'une pièce de terre, qui qui est en la parroisse de Saint George est assise en la paroisse de Saint George du Teil, dont il [l']a dessaisi a tort et sans du Teil, dont il (l'Ja dessaisi a tort et sans jugement, si comme il dit, depuis le jugement, si comme il dit, depuis le derderrain aoust devant cestui et, se il ne rain aoust devant cestuy et, se il ne le le fait, cemon le recongnoissant du visné fet, semon le recongnoissant du visné que il soit as premières assises de la qu'il soit aux premières assises de la baillie savoir mon se il a dessaisi a tort, baillie savoir mon se il a dessaisi a tort, si comme il dit, ou non, et fay dedens ce si comme il dit, ou non, et fay dedens la terre voier et prendre en la main le cen la terre veer et prendre en la main roy a la veue et estre en pais. Donné le roy a la veue et fay estre la chose en l'an mil ccc.xvj. le ven[d]redi après la pais. Donne' l'an mil, etc., le vendredi, etc. Magdaleine. f. 68 r». (f. 98 r») ».

Cette date correspond au 23 juillet 1316.

2 D'un côté, le ms. fr. 5959, dans sa partie primitive, et le ms. Phillipps 22403 ne renferment que le Grand Coutumier et la Charte aux Normands, De l'autre, tous les documents insérés dans le ms. lat. 1426b à la suite du Grand Coutumier et de la Charte aux Normands se rapportent à des dates comprises entre 1315 et 1330; quant à l'ordonnance de l'Echiquier de la Saint-Michel 1403, si elle n'a pas été ajoutée après coup dans ce manuscrit, elle ne figurait certainement pas dans l'original de la compilation.

§ 5. La version îiormande des Statuta et Consuetudines Normannie.

Après avoir étudié les diverses traductions des Statuta et Consuetudines Normannie^ il peut être utile de grouper les renseignements fournis par l'abrégé sur la version normande des Statuta et Consuetudines et de dégager les traits distinctifs de celle-ci. C'était une traduction complète comme celle du manuscrit de Sainte- Geneviève, mais peut-être moins précise dans l'ensemble. L'auteur de cette seconde rédaction en langue vulgaire avait pris de même pour base de son travail les manuscrits du texte latin ^ , bien qu'il se fût aussi inspiré de la

I Le second traducteur a consulté un ms. de même famille que le ms. Ottoboni 2964 pour la première partie des Statuta et Consuetudines :

Dans le ch. De partie de frères la leçon de la version abrégée est « il n'est tenable », expression qui correspond littéralement à la variante non tenetur du ms. Ottoboni, tandis que la version de Sainte-Geneviève porte « ce ne li vaut riens ». XXXII, 1.

Elle omet, de même que les mss. Ottoboni et lat. 11032, de mentionner dans le ch. De delaiemenz le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle, qui figure dans la version de Sainte-Geneviève entre ceux de Rome et de Saint-Gilles. XLIII, 3.

Toutefois l'abrégé donne deux fois la variante « jurront », qui s'écarte des leçons « noraeront » de la version de Sainte-Geneviève et nominabunt des mss. des Statuta et Consuetudines (XLII, 5).

II s'éloigne également de ces différents textes dans ce passage du ch. De partie de frères :

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