‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 35 sur 99 · RENTE · texte numérisé non relu

RENTE

rables couvertures qui suintaient la misère et la vermine. Williams Johnson vint l'y contempler une minute.

-— Comment vous trouvez-vous là, mon damné Français? Cela va refroidir un peu votre sang trop bouillant. Voyez-vous cette petite clef? c'est la seule qui puisse ouvrir votre cage, et Peter Mc Rae va la garder en lieu sûr, jusqu’au jour où l'on vous pendra, mon bel oiseau!

Andy ne répondit rien : à quoi bon? Il regarda le général si fixement, suivant son habitude, que ce dernier s’en alla boire un verre de gin, afin, dit-il, de se remcitre un peu de toutes ses émotions.

Peter Mc Rae voulut doubler la garde de la prison, avec Hodgson et Edwards. Ces derniers refusèrent : ils ne se sentaient pas très satisfeits de leur journée, ils préféraient ne plus se mêler de toutes ces corvées-là. Il fallut donc assermenter deux autres « procininents » citoyens, qui arrivèrent armés de pied en cap.

De fait, en ce petit village perdu au fond du Far West, chacun se disait :

— Que va-t-il se passer quand les cowboys du T. O.T. s’apercevront de l'arrestation d'Andy?

— Ce qu'il va se passer? Vous pouvez parier

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sère et ontem-

mon peu celle Duvrir er en ndra,

votre vie (you bet your life) que demain Mirne-

sela sera mis à feu et à sang par tous les boys de

Ja Prairie... Et ils n'auront pas tort!... Nous

sommes un petit groupe de mineurs dans les Black Hills, loin de tout centre considérable,

sans aucun moyen de communication avec le monde civilisé; nous avons eu toutes les peines du monde à nous débarrasser des desperadoes, qui jadis infestaient ce pays: qui donc a aidé nos « vigilants » à les pendre un peu partout, si ce n’est les cow-boys?... Voilà les Sioux de Pile Ridge prêts à se révolter au moindre signe du vieux Sitting Bull : qui est-ce qui essuiera leurs premiers coups de feu? Qui éstce qui arrêtera probablement leur premier élan, si ce n’est la ceinture de cattle-ranches qui entoure nos montagnes?... Oui, je sais,

ces gens-là ont leurs défauts : un verre de trop, et ils sont gênants, mais ils viennent si rare— men en ville!... Je vous le dis à tous, Williams Johnson est un grand fou, et nous sommes encore plus fous que lui de laisser en cage ce petit brun, dont les yeux brillent comme ceux d’un chat-tigre. Cela va être gentil d’avoir contre nous tous les cow-boys du pays!... Bonsoir, je vais me coucher et ne sortirai pas demain de toute la journée.

Après un si long discours, J.-C. Colby, le

chercheur d’or de l'Elk Creek avala coup sur coup trois grands verres de whisky et sortit en jurant du bar, où une vingtaine de mineurs l'avaient écouté dans un pr. {ond silence.

— C'est vrai, mais cela n'empêche que la loi, pourtant, dit enfin l'un d'eux, un ancien à barbe de prophète.

— Pas toujours, fit Calitornia Jack, le propriétaire du bar : moi, je trouve qu'ila raison, le vieux Colby. Si vous m'en croyez, mes enfants, venez tous ici demain, et restez-y paisiblement à faire votre partie de poker : la rue ne sera pas tranquille... Sur ce, bonne nuit, il est temps de se mettre au lit.

RANDOLPH MEDICINE c°

Les Black Hills forment une oasis au milieu de cet océan desséché du Dakota. Si les montagnes cachent dans leurs forêts un nombre assez considérable de mineurs, la prairie qui les encercle est restée aussi sauvage qu'au temps où les Sioux y faisaient leurs hécatombes de bisons.

Un° r viendra, pourtant, où tout ce désert sera cuitivé : -— les défrichements d’abord, ceux des pionniers qui fuient la civilisation et suivent à l’ouest les cow-boys; puis, la culture des émigrants de l'Est, qui ont cédé la place aux travailleurs arrivés des vieux pays;

enfin surgiront les villes, avec les vagues

humaines du xx° siècle, en quête d'un nouveau Sauveur, pour une nouvelle civilisation. Comme aux temps de la corruption romaine, il reviendra peut-être, car nos joies et nos tristesses le réclameront d'un cri encore plus désespéré qu'il y a deux mille ans! Les églises lanceront vers le ciel les appels de leurs cloches sonores, la Bourse regorgera de spérulateurs, les établissements de plaisir n’ouvriront jamais assez grandes leurs portes au public, tandis que les pauvres grelotteront la faim et la misère... En attendant, exaltation intellectuelle, fièvre d'affaires, soif de jouissances, égalerez-vous jamais le ravissement des premiers occupants de ces terres nouvelles? Et qui redira jamais avec le saisissement inconscient des cow-boys : « Comme vous avez su faire belle et bonne la vie que vous nous avez donnée, Seigneur ! »

C'était par une glorieuse journée : un air si pur, un soleil si chaud, une telle immensité tranquille de pays tout neuf, une de ces fêtes de la nature où l'âme tressaille involontaire- ! ment devant la grandeur, devant la beauté de M l'œuvre du Créateur.

Au pied des rochers de la Vierge Rouge, Lois de Bère et Girlish Jessie, envoyés en

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reconnaissance sur le Squaw Creek, partageaient un peu de corned beef! et une tasse de café noir, lorsqu'ils se mirent à deviser sur le suicide d’un millionnaire de Chicago. Les journaux, vieux de trois mois, qu'ils lisaient aux veillées du T.O.T., en faisaient une longuc description, — deux colonnes, — et disaient pour finir: « M. Abbott était fou, sans doute, ou bien très malade, quand il s’est logé cette balle dans la tête. »

— Comment, très malade? fit Jessie; mais le même journal raconte plus haut qu'il avait une santé de fer |

— Il ya des maladies que nul ne soupçonne jusqu'au Jour du suicide, répondit Loïs de Bère. Tenez, je me souviens d’un camarade qui avait rapporté du Japon cette horrible éruption : « la lèpre chinoise »... Par parenthèse, il y en a pas mal à Deadwood, dans le quartier jaune.

Eh bien! ce pauvre Simpson, au lieu de se soigner, alla se jeter à l’eau, du pont de Brooklyn. Quand on eut repêché son cadavre, alors, mais seulement alors, on comprit son suicide.

Jessie devint pâle comme un mort; sa main, qui jouait avec son revolver, en serra instinctivement la crosse.

1, Bœuf en conserve,

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Loïs reprit :

— Pour moi, qui ai souffert moralement autant qu'il est possible en ce monde, je vous avou: qu'une telle maladie me ferait perdre la raison dans le dégoût de ma propre personne.

Et vous?

— Oh, moi! dit nerveusement Girlish Jessie, je ne sais trop. Pourquoi diable me faitesvous cette question ?

Loïs, étonné, releva la tête. Il le vit si troublé qu’il changea bien vite de conversation.

C'avait été un homme du monde, évidemment, que Loïs de Bère, et il en avait toutes les délicatesses ; très sombre, du reste, et d’un mutisme tel sur tout son passé que ses camarades l'avaient surnommé Loïs le Triste.

Trois jours après cette conversation, Girlish Jessie partait subitement pour Buffalo-Gap, où il prit le Fremont-Elkhorn et Missouri Valley, le nouveau chemin de fer s’avançant à pas de géant à travers la Prairie. Il se rendait à Omaha, capitale du Nebreska, à cinq cents milles au sud-est.

A peine arrivé, il alla droit au « bloc »

du Randolph Medicine C., sur la façade duquel se lisait en caractères gigantesques : The Omaha

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