‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 45 sur 99 · Andy le Français · texte numérisé non relu

Andy le Français

— Demnation! hurla le Belge, vous m'avez tué.

— Pas toui à fait, répondit l’autre: un bras cassé, peut-être; et pourquoi diable aussi l’avez-vous baissé ?

— J'éternuais. Que la peste t’étoulle, fils de chienne!

— Je ne parle pas le belge, — répondit gravement Dick, un bon garçon, au fond, malgré son œil féroce, et qui lui-même comprenait la rage du pauvre émigrant: — vous êtes en colère, je ne ferai pas attention à vos paroles. A-t-on jamais vu un farceur comme vous? Et depuis quand faut-il baisser la main droite parce qu’on éternue? Allons, vite! laissezmoi prendre votre revolver.

— Harry, cria Reddy, arrêtez donc ce beau monsieur à votre droite... oui, le général Williams Johnson : il paraît que Twenty- Sixth a deux mots à lui dire.

Le général devint blanc comme la muraille ; Dick lui mit la main sur l'épaule.

— Donnez vos mains... bien... voilà un gentil garçon, au moins!

Et le général fut emmené les poings liés.

— Allez à la prison, et demandez Twenty- Sixth, — dit Reddy au cow-boy qui accompagnait Johnson. — Vous autres. achevez de

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me désarmer tout ce monde-là: voyez bicn aux poches de derrière, surtout. Après, nous vous rendrons votre liberté, messieurs. Gare au premier qui bouge les mains, en attendant! Taisez-vous donc, l'étranger, là-bas, avec vos jérémiades pour une petite balle dans le bras! Avez-vous une cigarette, Harry ?

Alors, ils se mirent tous les deux à fumer,

l'œil aussi vigilant que le revolver, dans la

salle où le désarmement était presque achevé. Minnesela semblait une ville prise d'assaut, avec cette différence que les deux cents cow-— boys qui venaient de l’envahir se contentaient de fusiller les maisons en prévenant les habitants de rester chez eux et de ne pas mettre le nez à la fenêtre, quoi qu'il arrivât. Twenty- Sixth s'était rendu immédiatement sur la place, devant la prison, et tous les boys du T.OQ.T. l’escortaient.

— Holà! Mc Rae, cria-t-1l, donne-nous les clefs de la cage!

Mc Rae était Écossais, c'est-à-dire très brave et encore plus entêté! Il ouvrit sa fenêtre :

— Je ne rendrai ren dir! toui ! ra: loi est. la loi! Allez-vous-en tous," ou bien 4 je «vais or

donner aux gardes. Ge fuye feyl, ,, ©, +17

Un éclat de rire accueillit ‘sa réponse. “Ses. garde: ! ah bien, oui! Pendant qu’il parlemen-

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tait de son premier étage, eux ouvraient la porte du bas, et levaient les mains haut en l'air! Seulement, la clef, la clef unique, c'était encore Mc Rae qui la portait à son cou.

— Mc Rae, cria Twenty-Sixth, ne faites pas l'idiot. Donnez la clef, ou bien.

Une balle jeta son sombrero à terre :

plus courageux que les autres, un habitant venait de le tirer par sa fenêtre, de l’autre côté de la place. Au même instant, Mc Rae fit feu, et Herbert tourna sur lui-même en poussant un cri : il venait de recevoir une balle dans l'épaule.

Twenty-Sixth riposta au jugé vers la fenêtre du citoyen qui avait fait feu sur lui. Spurlock tira sur Me Rae : l'Écossais ouvrit les bras dans le vide, respira en sifflant deux ou trois fois, avec une écume sanglante aux lèvres, puis tomba la tête en avant. La balle avait traversé les poumons : il était mort. Spurlock sauta sur lui comme un fauve, pour lui arracher la petite clef.

— Frank ! Frank! cria Twenty-Sixth ! ne l'achevez pas, s'il vit encore.: c'est un brave!

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. Dans sa. cellule. sombre, Andy bondissait &ux: détonätions: de la: rue: Enûn ! enfin! ses camarades arrivaient | pourvu qu'ils fussent

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COW-BOY IOI

assez nombreux! Tout à coup, il y eut un jet de lumière, la porte s’ouvrit, Loïs se précipita, la fameuse clef à la main. La seconde porte intérieure fut vite ouverte, la cage tournée sur son pivot, et Andy sortit de la prison.

Libre ! oui, libre ! et c'était un éblouissement que de penser maintenant aux grands bois mystérieux des Black Hills, à la plus mystérieuse Prairie encore, si brûlée, si triste, si aimée, dont aucune grille ne le séparerait plus vivant... Libre, oui, libre!

Il donna aux camarades la plus chaude accolade de sa vie; quelqu'un lui passa un revolver à la ceinture, un autre lui mit une carabine sur l'épaule, puis il y eut un hourra, une poussée, et tous se retrouvèrent au dehors, sur la place.

— Faites former le cercle, demanda Andy:

qu'on amène Williams Johnson avec Hodgson et James Edwards.

Ces deux derniers seraient restés introuvables si Gordon ne les avait flairés dans le bar de California Jack, d’où les boys du 7 K ranch les amenèrent en triomphe.

— Camarades, dit Andy aux cow-boys, je vous remercierai plus tard : entre nous, n’estce pas, c'est à la vie, à la mort P... Il s’agit à présent de régler le compte de ces gens-là, et 6,

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c'est moi seul que cela regarde. Voici ce que je propose : deux d’entre vous et moi, nous allons nous battre avec eux, à armes égales, jusqu'à ce que nous les tuions ou qu'ils nous tuent. Ils verront avant de mourir que nous ne nous cachons pas quand nous en voulons à quelqu'un!

— Prenez-moi ! prenez-moi! crièrent une foule de voix diverses.

Mais Andy choisit Spurlock et Sheffield.

Twenty-Sixth s’avança alors :

— Andy, faites-vous donc jeter un seau d'eau froide sur la tête, et puis arrosez vos mains: vous tremblez comme un vieillard, vous allez vous faire tuer !... Cet Hodgson est un bon tireur, paraît-il.

Williams Johnson n'était pas ce qu'on appelle un lâche : sans la foudroyante rapidité des cow-boys, restés à cheval toute la nuit, il aurait certainement organisé une troupe de citoyens, qui, les jours suivants, eussent résisté à Twenty-Sixth et à ses amis, peutgêtre avec succès. Mais le général s'était laissé sttrprendre, et c'était en vain maintenant qu'il cherchait du regard ses fidèles électeurs de la veille. Le courage ne lui manquait pas, mais une sorte de courage si réfléchi qu'il abandonnait vite la lutte quand :il la croyait impossible, au rebours de Twenty-Sixth ou de

Spurlock qui se battaient toujours avec la pensée fixe de la bête aux abois : « Je serai tué, mais jen tuecrai auparavant une demi douzaine. »

James Edwards et Hodgson se mirent à causer à voix basse avec le général; au bout de quelques minutes, ce dernier dit:

— Nous n'acceptons pas, non! nous ne nous battrons pas comme cela !

Jack, de l’o ranch, fit un de ces bonds prodigieux dans lesquels ‘{ excellait, en riant aux éclats :

— Lerdu ! vous avez perdu le baril de whisky, ami Cairnes! Je vous l'avais bien dit, qu'ils ne se battraient pas!

Cairnes, foreman du 7 K, se mordit leslèvres, et s’approcha, avec Twenty-Sixth, de Johnson :

—— Je vous pendrai de mes mains, chiens de l'Est, si vous ne nous donnez une bonne raison |... Que je sois damné si je vous comprends ! Vous n'êtes pourtant pas des lâches, puisque vous avez osé venir arrêter Andy au T'O.T., après vous êtes assis à leur table!

Il est vrai qu'il dormait !

. — Nous ne nous battrons pas, parce que, si nous tuons Andy, Spurlock ou Sheffeld, vous nous tuerez tous!

— Doutez-vous de ma parole? demanda Twenty-Sixth, furieux.

— Pas de vous, mais de vos hommes : les tiendrez-vous jusqu’à la fin ?

Le foreman regarda le cercle : on avait goûté au sang, il en fallait encore; cela enivre si fort, là-bas, au désert!... Oui, c'était bien la mort qui se lisait dans tous ces regards fixes, quoi qu'il arrivât.

Andy se rapprocha : il avait compris l’hésitation du général.

— C’est bon, fit-il. Qu'on leur remette les menottes. Ah! vous ne voulez pas vous battre en hommes de cœur, vous avez encore le sang-froid de penser à ce qui pourrait suivre! Eh bien! moi, Andy, du T. O. T., je vais te marquer sur l'épaule, général Williams . Johnson!... Faites du feu, apportez la marque du T.O.T., boys!

Quelle idée géniale !... Il n’y eut qu'un applaudissement dans la foule ; le général fut dépouillé jusqu’à la ceinture, couché sur le ventre, et quand les lettres furent rouges, Andy, un pied sur son épaule, lui imprima dans la chair : T. O. T.

— Vous avez trop appuyé la dernière lettre :

c'est brûlé, et le morceau partira, — fit observer Cairnes. Vous, Johnson, buvez ce coup de gin.

Le général ne se fit pas prier. Après qu'on l'eut frotté d'huile pour prévenir trop l’inflam-

mation, 1l remit son habit en silence. La douleur avait été atroce, mais de courte durée.

Cependant la sueur dégouttait de son visage, et cette simple remarque dissipa un peu la colère d'Andy.

— Quant à vous, mes amis, dit-il à Hodgson et Edwards, vous qui avez eu l'audace de m'arrêter pendant mon sommeil, vous en mériteriez autant. Mais Spurlock se chargera de vous punir... Spurlock, voulez-vous être assez aimable pour les dessiner à coup de revolver

— J'ai peur de me tromper, dit en riant le cow—boy.

— Non, non, c'est assez de sang comme cela, reprit Andy. Regardez-les, au reste, ils meurent déjà de peur!

— Ma foi, tant pis pour eux, si une de mes balles leur entre par hasard dans l'œil! reprit Spurlock. Ce sera votre faute, mes bons tenderfeet : pourquoi diable ne pas vous battre comme des hommes ?

On les attacha sur deux larges planches, fixées contre un mur, et, à trente pas, Spuriock commença d'exécuter ce tour d'adresse extraordinaire qui se raconte encore aux veillées de là-bas, et qui plus tard a fait commettre le péché d'envie à Buffalo Bill. Ses deux colts aux mains, droite et gauche, il déchargea en

même temps une série de balles sur les planches, en suivant des deux côtés à la fois le contour des cibles humaines, qui semblaient ne plus avoir une goutte de sang au visage, sauf quand une balle « trop juste » les écorchait, probablement à dessein. Leurs cris mirent en belle humeur les cow-boys, et Spurlock fut ensuite porté en triomphe à travers la grand'rue.

Cependant, Twenty-Sixth rouvrait la prison, où l’on fit entrer, dans les cellules 8, 9 et 10, Williams Johnson, Edwards et Hodgson.

Andy, alors, s’approcha du général :

— (Comment vous trouvez-vous là, mon damné général? fit-il en parodiant sa raillerie de la veille. Voilà qui va vous réchauffer. Vous ne serez pas pendu cette fois-ci: vous ne devez rien perdre pour attendre... Seulement, je vous le dis pour la dernière fois, ne vous trouvez plus sur mon chemin!... Quant à la clef, regardez tous! “ès IL:prit un marteau, la mit en pièces. | — Et maintenant, portez-vous bien |... Le diable lui-même ne pourrait vous faire sortir de la cage avant huit ou dix jours : le temps d'en faire venir une autre de Chicago. Cela vous apprendra à toucher à un cow-boy. Bonjour !... Tarara boom de ay !.…

Sur la place, Twenty-Sixth harangua la foule, une foule sans armes, selon l’ordre exprès des

cow—boys. Il fut presque éloquent ; il reprocha aux Minneselienis leur ingratitude ; il remplit tous les cœurs de componction en terminant :

— Vous vous êtes montrés indignes de garder le chef-lieu du comté, en laissant ainsi emprisonner au milieu de vous un cavalier du T. O.T. Et qui donc vous a protégé au temps de la dernière révolte des Sioux ? Qui donc vous a débarrassé de Montana Bill, de Yankee Sam, et de tant d'autres desperadoes !... Pour vous punir, nous emporterons aujourd'hui les registres du comté à Spearfish, où je sais que trois cents hommes armés veilleront jour et nuit à leur garde!

Ce qui fut fait le soir même; et c’est ainsi que Spearfish, aux beaux jours des Black Hills, reconquit sans coup férir la qualité de chef-lieu et surtout le trésor du comté. Il s’en suivit toute une guerre de partisans qui fit

bien vite oublier les exploits des cow-boys et

les poursuites judiciaires auxquelles ils auraient pu être exposés en pays plus ou moins civilisé. De plus, la dernière révolte indienne de Pile Ridge, qui éclata quelques mois plus tard, fit disparaître toute préoccupation devant celle des Peaux Rouges.

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