‹ Cow-boy [microforme]Chapitre 64 sur 99 · COW-BOY IS I · texte numérisé non relu

COW-BOY IS I

C'est fait : le masque est sur sa figure: pour la dernière fois, à tout jamais, il a vu cette lumière de l'aurore qui lui apporte aujourd’hui la mort.

— Serrez un peu plus le masque, dit-il de sa voix élouflée mais toujours calme; J'ai fait de mon mieux...

— Dieu vous pardonne, Miller, lui répond nerveusement le docteur Pearson : vous vous êles bien conduit.

Il va être sept heures. Le docteur lance un jet d'eau salée sur les éponges des électrodes. Ses confrères se penchent en avant.

— Combien de temps maintiendrai-je le courant? demande Kelly.

— Douze secondes!

— Non, dix suffiront ampiement!

Miller entend tout: ah! la longue agonie dans l'attente du choc suprêmel.…

— Tout est prêt, dit Kelly.

Pearson lui fait un signe; le geôlier se relire dans l’antichambre, et, comme le dernier coup de sept heures sonne, appuie sur un bouton secret.

Une convulsion terrible du misérable, les courroies qui crient un peu sous l'effort, les épaules qui par deux fois remontent au niveau des oreilles, puis rien autre, pas de bruit, sauf

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celui des respirations haletantes. Un souflle d'air entre dans la chambre et passe froidement sur tous les hypnotisés qui fixent le fauteuil de mort, l'appareil mystérieux où il semble que la vie entière de la création pourrait être foudroyée…

Après la première convulsion, tout est demeuré tranquille. Le supplicié n’a plus bougé: une vague, instantanément figée au moment où elle frappe le rivage, donne à peine l'idée de cette mort, tant l'expression du visage est restée calme ; aux contractions du nez et des lèvres, on dirait seulement qu'ils font face à un ouragan de sable.

—- Cinq! dix! quinze! dix-sept secondes!

IL est mort, — déclarent Pearson et Smith :

arrêtez le courant!

Leurs livres leur avaient dit, à ces savants, que sous la pression de dix-sept cents volts le courant électrique martelait les centres nerveux deux cent trente fois par seconde, détruisait leurs cellules, opérait violemment la séparation de l'oxygène et des corpuscules sanguins... Il était bien mort, William Miller, mais, pour s’en convaincre, pour approcher l'oreille de ce cœur qui ne battait plus, il fallait interrompre le courant.

C'est fait : les savants se pressent tous

autour du cadavre, observent la lividité du visage. Durant la terrible étreinte suprême, les ongles de la main droite ont pénétré dans la chair; deux lanières ont éclaté sous l'effort.

— Voici le triomphe de l’idée émise depuis dix ans, s'écrie Pearson, le grand promoteur des exécutions capitales par l'électricité : de ce jour, nous entrons dans une ère plus haute de civil.

Qu'y a-t-1l donc? que regarde-t-il ainsi, subitement muet? Ah! Dieu! la main droite, si atrocement crispée, saigne sous les ongles, et, goutte à goutte, le sang tombe, tombe...

— Cet homme n'est pas mort! rétablissez le courant! s’écrie Abraham Fairbank.

Mais la dynamo a été arrêtée, il faut la remettre en mouvement. Hâtez-vous donc, courez! cet homme, à demi tué de par la loi, va revivre...

Trop tard: voici la 1espiration qui reprend; une légère écume perle aux lèvres, la poitrine se soulève en un effort herculéen qui vous oppresse à ne plus pouvoir respirer. Smith s’'évanouit, tandis que les autres se soutiennent à peine.

— Ce n’est qu'une action réflexe, murmure Pearson.

— Je vous dis qu'avec du brandy je ramène

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cet homme à la vie, réplique durement Fairbank.

Sept heures six minutes : le courant est appliqué de nouveau. Trois chocs formidables sous la détente brusque de dix-sept cents volts; les épaules remontent haut encore une fois, puis retombent pour toujours; il y a comme une sorte de bouillonnement intérieur dans ce corps inerte à présent, puis une fumée âcre s’en élève : Miller commence à brûler.

IL est bien mort, cette fois, à sept heures sept minules.

Les savants docteurs quittent en silence la chambre de torture : l’autopsie ne doit se faire qu'après le déjeuner. Pensifs, ils s’en vont sous l'impression de l’horrible scène. Fairbank rentre chez lui, où déjà l’attendent plusieurs malades dans le salon qui précède le cabinet de consultation.

Nos trois cow-boys sont du nombre: Girlish Jessie, sombre et taciturne, Twenty-Sixth et Andy, qui cherchent en vain à le distraire.

Au bout de dix minutes, ils sont introduits en présence du célèbre spécialiste. Sans les faire asseoir, 1l les interroge d’un regard rapide et, brusquement :

— Que voulez-vous

— Une consultation, répond J'essie.

— Eh bien! oui! quoi? qu'est-ce que c'est?

crie Fairbank, déjà impatienté (la mort de Miller l’a énervé sans qu'il veuille se l'avouer à lui-même). Ne me faites pas perdre mon lemps.

IL lève la main comme il parle, et montre l'énorme écriteau accroché en face de la porte : « This is my busy day: make it short. C'est mon jour de travail : faites vite. »

— Docteur, j'ai la lèpre!

La lèpre! Fairbank bondit hors de son fauteuil, pour examiner attentivement le cowboy :

— La lèpre?... et depuis quand? où est l'éruption? où, les taches?... Déshabillezvous!

— L'éruption est rentrée, docteur, depuis un mois, mais il y a encore des taches blan— ches sur ma langue, des ulcères... et puis, des démangeaisons par tout le corps. je n’en puis plus.

IL raconte alors, de son accent désespéré, le traitement au mercure, administré sous toutes les formes, à l'Omaha medical and surgical Institute. Fairbank l'écoute et l’examine longuement, attentivement de la tête aux pieds, sans dire un mot.

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