LEUR DR PP D TES NP D ED PA SR PE FOR ET
rouge apoplectique. Odet, le nez dans son assiette, considère attentivement son pâté.
Sa Grâce finit par reprendre haleine :
— À qui en a-t-elle, cette folle? Vraiment, c’est trop fort : je vais la faire fouetter en public! Mais qu'est-ce qu'il y a donc là dedans de si comique? demande-t-il à son voisin, d’un air soupçonneux.
Pas de réponse : s’il parle, Odet est perdu; déjà un rire inextinguible commence à le trahir.
— Smith! amenez-moi la folle qui nous sert! commande lord Rupert.
— Yes, m'lud!
Le valet de chambre disparaît; on entend bientôt des hurlements : Laura l’a ébouillanté de la tête aux pieds.
— C'est une tigresse, m'lud!
— Stupid idiot! s'écrie Sa Grâce. Alors, amenez-moi le patron.
Odet retrouve la parole : les jeunes paysannes de ce pays-ci, explique-t-il, sont aussi mal élevées que susceptibles.
— Ne l'auriez-vous pas regardée pendant le diner?
— Mais oui, de temps en temps : elle est assez agréable, pour une femme de cette classe- R.
— Voilà toute l’explication, marquis : elle vous aura trouvé impertinent. Vous vous en tirerez à bon compte si elle ne vous appel'e pas devant le tribunal, où vous seriez certainement condamné!
Sa Grâce a un haut-le-corps. Elle exaraine Odet, dont Elle trouve le discours fort déplacé : il a l’air sérieux, le Français!... Et pourtant, une gifle, c’est raide... Mais une affaire devant le tribunal! il ne manquerait plus que cela!
Quel chien de pays !... Heureusement le marquis d'Oakton secouera aujourd’hui le mépris de ses guêtres sur cet hôtel : une fois au T. O. T., 1l sera chez lui.
À onze heures, l’express arrive avec Twenty- Sixth. Odet lui fait fête. Sa Grâce l’accueille avec bienveillance. Le foreman, qui l'avait complètement oublié, se rembrunit légèrement à sa vue. Mais cela ne dure pas longtemps, et, après le déjeuner, la joyeuse bande se met en route pour le ranch, Smith à l'arrière avec une voiture et les nobles bagages : six malles, quatre caisses.
À mi-chemin, ils ‘ont une rencontre : c’est Billy le Calendrier à cheval sur Pinto. Billy pousse un joyeux hourra, une sorte de salut à la cow-boy, puis, soudain, il s'arrête pétrifié, les yeux sur la pyramide de malles; il regarde
oh COW-BOY
ensuite TwentySixth, reconnaît auprès de lui lord Rupert. Sa bouche, déjà si large, se fend jusqu'aux oreilles en un rire silencieux, pnis il tourne bride et disparaît au nord, vers le T. O. T. Twenty-Sixth et Odet se regardent sans mot dire, le premier très vexé, le second avec une forte envie de rire.
— Est-là un de mes cow-boys ? demande le marquis d'Oakton. Il n'a pas l'air très civilisé.…
Twenty-Sixth murmure on ne sait quoi.
Odet se charge de la réponse.
L'arrivée au ranch manque de prestige :
tous les boys viennent serrer la main à Twenty- Sixth; puis ils retournent s’accroupir autour de Billy, fument et crachent en silence, les yeux sur lord Rupert. Sa Grâce avise le plus rapproché.
— Hé! là-bas, crie-t-elle, venez donc aider à décharger les bagages!
— Oui, s’il vous plaît, corrige Twenty- Sixth. |
Jack s'approche de bonne grâce; il soulève d'un côté une malle énorme, puis dit à lord Rupert :
— Prenez donc l’autre côté, milord!
Sa Grâce le regarde, profondément surprise.
— Spencer, dit-elle enfin, voyez-y donc !
BB um Fr"
Spencer appelle le valet de chambre.
— Holà! Smith! prenez donc cette malle avec cet homme.
Smith s'empresse, mais « cet homme» n'est pas content : il pousse l'énorme colis sur le pauvre valet de chambre, qui tombe par terre à demi écrasé; puis il s’en va, les deux mains dans ses poches.
— Si vous ne pouvez pas décharger avec moi votre voiture, Milord, je ne crois pas que je puisse le faire avec votre... comment ditesvous?... votre valet de chambre!
Smith hurle de douleur; Twenty-Sixth le dégage, puis l’aide à entrer la malle dans la chambre réservée à lord Rupert. Celui-ci commence à être un peu énervé : quil est donc loin d'Elmwick et du Derbyshire!…
Une bouteille de champagne, que le foreman débouche en son honneur, lui rend sa bonne humeur ou presque ; et le soir, quand l'heure du souper arrive (on l'a servi seul dans sa chambre, car il faut bien garder son rang, même en pays de sauvages), il appelle Spencer :
— Faites donc porter ce poulet, qui est presque entier, à mes cow-boys, là-bas, dans la cuisine... Malgré leur grossièreté, je veux être bon pour eux...
Spencer envoie Smith.
Pauvre Smith ! Lorsqu'il pose le poulet sur la table à peine équarrie de la cuisine, en disant respectueusement : « De la part de Sa Grâce lé marquis d'Oakton », ii y à d'abord un silence profond, puis Spurlock se lève, tout pâle : ii nrend le poulet, l'envoie par la fenêtre, la vitre vole en éclats, et, de l’autre côté, Gordon happe au passage ce morceau de lord! Le cow-boy saisit ensuite le plat rempli de jus, et le brise sur la tête du valet de chambre.
— Dites... (il tremble de rage en parlant) dites à votre maître que nous ne sommes pas des chiens, pour manger ses restes! Qu'il mange seul si ça lui fait plaisir, ça le regarde, mais qu'il nous laisse au moins tranquilles…
Smith s'enfuit, ruisselant C: sueur et de sauce. Les boys sont tous debout, et lord Rupert surpris s'entend damner de loin en cinq ou six langues. Il n’y comprend plus rien du tott.
Twenty-Sixth, qui est resté muet, à côté de Spurlock, se dirige vers sa chambre où il ouvre sa malle pour relire la lettre de Simmons.
( Traitez avec les plus grands égards lord
Rupert, marquis d'Oakton... c’est le fils de notre plus fort actionnaire d'Angleterre... »
Le foreman siffle un moment, puis hausse les épaules.
— Je commence à en avoir assez de Sa Grâce et de toutes les Grâces d'Angleterre. Il faudra bien en finir une fois ou l’autre.
Il revient lentement; les boys sont maintenant aux écuries, sauf Spurlock, qui l'attend sur la porte.
— J'ai décidé de m'en aller, dit-il brusquement : voulez-vous régler mon compte?
Twenty-Sixth le regarde avec tristesse. Il s’y attendait. Pourtant ils ont «déjà passé tant de jours ensemble, jours de péril qui comptent double, qui, mieux que le sang, vous font frères, depuis la fondation du T. O. T.!...
« Comme c'était sauvage alors, en comparaison d'aujourd'hui!... »
— C’est précisément pour cela que je veux partir, répliqua le cow-boy. Il y a trop de monde ici, pour moi. J'ai voulu essayer, Je ne puis pas ; et du reste, votre lord, vous savez, je finirais par tirer sur lui...
— Mon lord! répond amèrement Twenty- Sixth, mon lord! Écoutez, Spurlock, vous êtes furieux, mais il ne faut pas s'en aller comme cela : attendez trois jours, et vous partirez
pour le Nouveau-Mexique avec les six cents chevaux que nous devons livrer à la Robinson Valley Co. Vous choisirez vos cavaliers ; et qui sait si je n'irai pas vous rejoindre là-bas ? car moi aussi, Je me trouve maintenant à l'étroit par ici !
— Cela me va... Dans trois jours, alors |
Trois jours après. Un Loy en tête, au grand galop, pour indiquer la route aux chevaux, qui se précipitent affolés sur ses traces; quatre cavaliers sur les ailes, à gauche et à droite, et huit autres par derrière, pour les pousser hors des pâturages où ils sont nés, où ils cherchent à revenir chaque fois que l’allure se ralentit, voilà le tourbillon qui part du T O.T. sous la conduite de Spurlock. Lord Rupert galope derrière : il oublie sa naissance et son rang. Émerveillé par son équitation anglaise, Spurlock ne peut s'empêcher de dire à Twenty-Sixth :
— Quel dommage qu’il soit lord ! C’est un rude gaillard !
A la nuit, sept cavaliers retournent au T. ©. T.; Spurlock campe avec cinq hommes et un cuisinier, — qui porte en croupe sa tente et sa marmite. — Twenty-Sixth ne peut se résoudre à les quitter le soir même, il
an
prend la résolution de les accompagner quatre ou cinq jours.
Le troupeau vaut cent mille francs, la route est longue à travers des pays inconnus, souvent infestés par les voleurs de chevaux.
Mais Spurlock a donné sa parole, et Twenty- Sixth dort tranquille.