TRAITEMENT DE LA LUXATION PATHOLOGIQUE
La luxation pathologique, conséquence fréquente de la marche dans la coxalgie, est d’habitude prévenue par un traitement convenable ; immobilisation et extension continue.
Lorsqu’elle est effectuée, peut-on en opérer la réduction? On ne peut nier que par des manœuvres diverses, tractions, flexion forcée, etc., on n’arrive, dans une.certaine mesure, à abaisser la tête fémorale et à la ramener plus ou moins près de son niveau normal. Ce résultat est obtenu surtout en l’absence d’une ankylosé serrée. Mais il est de médiocre importance, comme le disait déjà Malgaigne, et de son côté Bonnet rejetait les tentatives de réduction, faites par Humbert et Jacquier (1835), en raison
de l’inefficacité des moyens employés pour maintenir la réduction. Les appareils plâtrés ne changent rien aux conclusions de Bonnet et la question reste aujourd’hui ce quelle était il y a cinquante ans, si ce n’est que, mieux renseigné sur l’anatomie pathologique, on peut mieux apprécier la nature des obstacles à vaincre.
D’abord il convient de distinguer, au point de vue de la réduction, des luxations radicalement différentes, ce qu’o'n a oublié de faire jusqu’ici.
En premier lieu on ne songera pas à réduire l’empiétement plus ou moins marqué du fémur sur le sourcil cotyloïdien, résultant de l’ulcération compressive. Si l’extension continue parvient à empêcher le contact des surfaces et à mettre un terme à leur ulcération, on n’attend pas de ce moyen de traitement un abaissement et une soudure de la tête fémorale à sa place normale. Les mêmes raisons conservent leur valeur lorsque le chevauchement a succédé à l’empiétement; de même lorsque la luxation complète a été le résultat d une destruction lente et progressive des surfaces articulaires. G est à une dislocation articulaire, beaucoup plus qu à une luxation, qu’on a affaire en pareil cas ; l’articulation est plutôt détruite que luxée. On aura beau ramener 1 extrémité du fémur vers son niveau normal, elle conservera une tendance invincible à remonter, puisqu’elle ne contracte aucune adhérence, même au bout d’un temps prolongé.
On est peut-être autorisé à tenter la réduction lorsque le déplacement s’est produit récemment sous l’influence d’un traumatisme à une, période peu avancée de la coxotuberculose, circonstance rare, ainsi que nous l’avons dit. Alors cependant la réduction peut être effectuée sous le chloroforme par des manœuvres semblables à celles que Bigelow conseille pour les luxations traumatiques^ flexion
de la cuisse, traction dans cette attitude, rotation de la cuisse en dehors ou en dedans, selon l’espèce de déplacement que l’on veut corriger. Quelques rares succès ont été obtenus de cette manière. Cette réduction est maintenue à l’aide d’un appareil plâtré et de l’extension continue. Elle n’a rien à faire pour ainsi dire avec la guérison du processus pathologique de la coxotuberculose : le traitement de cette affection reste à poursuivre par les méthodes habituelles.
On doit se garder de confondre la réduction du déplacement articulaire avec un changement d’attitude de la cuisse. Lorsque, par des manœuvres diverses, on a fait disparaître le raccourcissement apparent du membre malade, on peut se faire illusion et croire que l’on a fait une réduction, il n’en est rien. On sait qu’il suffit de changer l’adduction de la cuisse en abduction pour changer du même coup le raccourcissement apparent à la vue en allongement du même genre.
Interpréter cette modification comme si l’on avait remis les extrémités articulaires à leur place normale serait commettre une erreur grossière.
D’après ce qui précède, les vieilles luxations pathologiques remontant à plusieurs mois, à plusieurs ahnées ne se prêtent pas à la réduction, mais lorsque l’attitude très défectueuse du membre rend la marche impossible, on peut la corriger au moins en partie, soit par la méthode du redressement forcé, soit, en cas d’ankylose serrée, par l’ostéotomie. On améliore ainsi les fonctions du membre.