‹ Coxalgie tuberculeuse et son traitementChapitre 57 sur 69 · APPAREILS ORTHOPÉDIQUES · texte numérisé non relu

APPAREILS ORTHOPÉDIQUES

avec des béquilles, jusqu'à un retour des douleurs ou jusqu’à la production des abcès et des fistules.

Fig. 20. — Appareil en silicate de potasse revêtu de peau de chamois, appliqué à la période de guérison chez un sujet atteint de coxotuherculose bilatérale.

Nous ne voulons pas dire que les malades ne puissent guérir en marchant avec des béquilles ou avec un appa-

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reil orthopédique. Un grand nombre d’enfants, en traitement à l’Hôpital maritime, nous fournissent journellement la preuve du contraire, mais ces guérisons ne sont obtenues, sauf rare exception, qu’au prix d’une luxation grave ou d’abcès et de fistules qui trop souvent nécessitent la résection de la hanche.

Nous croyons avoir le droit d’affirmer que la luxation d’une part, les abcès tuberculeux et les fistules d’autre part seraient évités, dans la très grande majorité des cas, avec le traitement rationnel tel que nous l’avons exposé.

L’usage des appareils orthopédiques prend une place Importante à la période terminale du traitement, lorsqu’on a toute raison de penser que l’évolution de la tuberculose coxale est depuis longtemps arrêtée et que les lésions articulaires sont réparées. 11 est toujours délicat de fixer le début de cette période de la convalescence ; on ne le fait qu’avec réserve, et les essais de marche sont pratiqués lentement, progressivement, avec la timidité qu’inspire longtemps la crainte d’une rechute.

C’est à cette période de convalescence que la hanche doit être protégée par un appareil orthopédique. Les appareils de cuir, exactement moulés sur la région, tels qu’on les construit aujourd’hui, entourant le troric depuis le bassin jusqu’à la partie moyenne du thorax et enveloppant en bas la cuisse ou même le membre tout entier, nous paraissent supérieurs à l’attelle de Sayre. Ils remplissent du reste des indications différentes. Nous ne croyons pas qu’ils doivent réaliser l’extension continue, qui n’est plus nécessaire à cette période de guérison. Leur rôle consiste à maintenir la hanche immobile ou à limiter ses mouvements, et surtout à s’opposer aux déviations de la cuisse et spécialement à l’adduction, qu’il est si difficile d’empêcher.

A titre provisoire et dans la pratique de l’hôpital, nous faisons un usage très fréquent de l’appareil en silicate de potasse, enveloppant le tronc jusqu’au niveau des reins et la cuisse jusqu’au genou. Cet appareil, rendu résistant par des attelles de bois, de tôle ou de cuir, comprises dans son épaisseur, suffit pour immobiliser convenablement la hanche malade, et la maintenir en bonne position. Nous fendons cet appareil sur la ligne médiane du tronc et sur le côté interne de la cuisse ; les infirmières de l’hÔpital le recouvrent d’une peau de chamois et appliquent des agrafes. L’appareil, ainsi rendu amovo-inamovible, est d’un prix de revient très peu élevé et nous rend de grands services à l’hôpital. . „ , • .

Il n’est pas douteux que les appareils en cuir, fabriques d’après un moulage, s’appliquent plus exactement sur la région et remplissent avec plus de rigueur leur rôle immobilisateur. 1, „ Il

D’autres appareils, les uns très simples, comme 1 attelle de Thomas, les autres d’une construction complexe et ingénieuse, comme celui du professeur Le Fort, qui réalise à la fois l’extension continue et l’immobilisation, trouvent parfois leur indication.

Les résultats du traitement chirurgical de la coxotuberculose sont subordonnés à l’état de la santé générale. On est en droit de compter sur un succès thérapeutique lorsque le malade conserve ou reprend son appétit et son embonpoint. En pareil cas, on voit guérir des sujets

atteints à la fois de plusieurs foyers tuberculeux importants : j’ai déjà cité la coxotuberculose bilatérale et l’association de la coxotuberculose avec le mal de Pott. Au contraire, l’amaigrissement, la pâleur du visage, l’irrégularité et la diminution de l’appétit, la lenteur de toutes les fonctions sont en rapport constant avec une période d’aggravation du mal.

On doit se préoccuper de la santé générale au moins autant que de la lésion de la hanche ; le traitement local le mieux dirigé et le mieux appliqué ne peut rien, si le terrain, je veux dire l’organisme tout entier, est dans des conditions défavorables. Malgré l’immobilisation, l’extension continue, etc., les altérations de la hanche peuvent s’aggraver.

La thérapeutique médicale ne possède actuellement aucun agent qui mérite le nom de spécifique ; aucun médicament n’a sur les lésions tuberculeuses une action comparable à celle de l’iodure de potassium sur les lésions tertiaires de la syphilis. Nous reviendrons cependant sur la thérapeutique médicale.

On doit considérer l’évolution d’un foyer tuberculeux comme le résultat d’une lutte entre tes tissus et le bacille tuberculeux, résultat qui par suite dépend de la résistance des tissus. Toutes choses égales d’ailleurs, cette résistance est forte chez les sujets de belle apparence, faible chez ceux qui sont affaiblis, pâlis et amaigris. Le fait est vulgaire à force d’être connu. Il nous reste donc à indiquer dans quelles conditions le malade conserve ou reprend un bon état général.

Les moyens principaux sont empruntés à l’hygiène. Il est inutile peut-être d’insister sur les soins de propreté ; on peut du moins rappeler qu’ils doivent être appliqués avec la plus grande régularité. Les grands bains ne peu-

■vent être donnés durant la période active de la maladie qu’avec des précautions exceptionnelles, le plus souvent même difficiles à réaliser, si bien qu’on y renonce en général. Mais on doit y suppléer par des ablutions pratiquées à intervalles périodiques, tous les jours, ou tous les deux ou trois jours, sur les différentes parties du corps, exception faite pour celles que recouvrent les appareils. Ces précautions, qui augmentent le bien-être des malades, ont l’avantage d’entretenir et d’exciter les fonctions de la peau et aussi, dans une certaine mesure, les fonctions digestives.

S’il est vrai, comme nous l’avons dit, que les exigences du traitement local imposent le repos dans le décubitus horizontal durant toute la longue période active de la maladie, il ne faut pas en conclure que le coxalgique doive rester confiné dans une chambre de malade. Tout au contraire, il n’y doit pas séjourner beaucoup plus longtemps qu’un sujet bien portant. Durant les heures passées à la maison, on le change de pièce, il prend part aux repas de famille. La plupart des malades mangent plus volontiers à la table commune que dans l’isolement.

La plus importante des conditions hygiéniques, celle qu’invoquent certains chirurgiens américains surtout, pour justifier l’emploi des appareils permettant la marche, consiste à faire vivre les malades au grand air et au soleil. Un climat chaud n’est pas nécessaire. Nous voyons à Berck des enfants passer chaque jour plusieurs heures dehors pendant toute la durée de l’hiver. Le froid, surtout le froid sec n’est pas un empêchement. On cherche seulement un abri contre les vents violents. Les vents du nord soufflent très rarement avec persistance à Berck, même en pleine saison froide. Le vent d ouest ou de sud-ouest, le seul qu’on y sente souvent, n est jamais

TÜAITEMENT GÉNÉRAL.

froid. Son influence, jointe à l’action directe de l'océan, diminue les rigueurs de l’hiver.

La condition de la vie au grand air ne peut être remplie au milieu des grandes villes, avec les promenades toujours étroitement entourées d’habitations denses et très peuplées. Elle impose la résidence dans une campagne salubre. Ce n’est pas le lieu de rappeler ici les qualités différentes de l’air atmosphérique à la campagne et à la ville. Ce sujet est connu, au moins pratiquement, par les habitants des villes qui sans être malades ressentent presque toujours vivement à la campagne l’excitation bienfaisante de toutes les fonctions organiques. Cette excitation, particulièrement nécessaire aux malades couchés, est encore plus remarquable au bord de la mer sous un climat tempéré et dans une exposition convenable.

Nous ne connaissons aucun climat qui soit parfait en toute saison. Dans notre pays, on se rapprocherait de l’idéal en choisissant l’hiver une station dans le midi de la France et en la quittant l’été pour une contrée du nord; on éviterait ainsi les chaleurs excessives et les froids rigoureux. Mais, nous le répétons, presque tous les malades que l’on prend soin de sortir chaque jour plusieurs heures acquièrent une telle habitude de vivre dehors qu’ils n’en éprouvent lii incommodité, ni inconvénient même l’hiver sous le climat de Paris.

Le régime des malades doit être riche en aliments azotés, viandes fraîches rôties, œufs, etc.; en graisse, beurre, huiles, etc. On s’étudiera à le varier, à lui ajouter certains excitants comme les viandes salées ou fumées, le poisson frais ou salé. 11 convient de restreindre ou de supprimer l’usage des sucreries, des friandises, qui diminuent l’appétit et causent souvent des troubles digestifs.

TRAITEMEfiT GÉNÉRAL. 18T

Le traitement médical proprement dit consiste surtout dans l’usage des préparatibns toniques et reconstituantes, ayant pour base le quinquina, le fer, l’arsenic, le phosphate de chaux, l’iode. L’huile de foie de morue convient l’hiver; durant les chaleurs de l’été, elle est mal supportée et occasionne très souvent des troubles digestifs, de la diarrhée. L’usage modéré des agents médicamenteux, surtout de l’huile de foie de morue, a une grande importance, mais il ne peut en aucun cas remplacer les précautions hygiéniques, qui occupent le premier rang dans la partie médicale du traitement.

Nous avons dit que le médicament spécifique de la tuberculose restait à trouver. En ce qui concerne la tuberculose articulaire, il ne nous paraît pas démontré que la créosote et l’iodoforme, les deux agents le plus conseillés, surtout dans la tuberculose ganglionnaire ou viscérale, aient une action évidente. On peut cependant employer l’iodoforme, comme le conseille M. Verneuil, surtout chez les sujets dont l'état général semble compromis par la présence de foyers tuberculeux multiples.

On doit rattacher au traitement médical l’action du climat marin et celle des eaux minérales.

Il est reconnu aujourd’hui universellement que le séjour au bord de la mer, dans une bonne exposition, à l’abri des vents froids et des chaleurs excessives, exerce une action très active sur les sujets dont les fonctions organiques sont languissantes. L’appétit renait dune manière frappante, la constipation cesse presque toujours spontanément, les forces se relèvent, le sommeil se régularise, le moral même s’améliore ; en quelques mois la transformation des sujets est surprenante. Sans entrer dans aucun détail sur l’interprétation de ces résultats, il suffit de dire qu’ils sont dus à la fois à l’extrême pureté et au

mouvement continuel de l’air atmosphérique, et aux agents excitants et antiseptiques dont il est chargé, tels que le chlorure de sodium et l’iode.

En ce qui concerne les eaux minérales, les eaux chlorurées sodiques sont spécialement indiquées. En France, on conseille Bourbonne, üriage, Bourbon-l’Archambault, Salins (Jura) et surtout Salies-de-Béarn.

Que les malades séjournent au bord de la mer ou dans une localité thermale, on ne doit pas compter exclusivement sur l’influence thérapeutique de l’air ou des eaux. On ne doit en rien se relâcher des autres précautions du traitement, et spécialement de celles, qui font partie du traitement local.

TABLE DES MATIÈRES

Définition, espèces...

Importance pratique de la distinction des espèces. . . .

Siège primitif des lésions.;.

Lésions primitives des os.. ■

Lésions des os à une période avancée ..

Lésions tuberculeuses proprement dites.. .

Lésions mécaniques.

Lésions osseuses à distance.

Troubles trophiques des os.

Lésions des parties molles.• ■

Abcès tuberculeux.

Luxations pathologiques.

Altérations des parties moUes au voisinage de la hanche.

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