lorli'iii- .MatliiiMi outre
LE PKKSIDEiNT.
Vos nom, |>iviioins, àgo et profession.
LE DOCTEUR MATHIEU
Mathieu, l*ierie-Pliilippe-l>avi(J. soixante-deux ans, médecin en chef de l'hôpilal And)i'oise-l*ar('', odicier de la Légion (rhonneur.
LE PltÉSlbENT.
Jurez de dire toute la vérité, rien que la vérité. Levez la main et dites : je le jure.
LE DOCTELU MATHIEU.
Je le jure.
LE PRÉSIDENT, ù Lemerle.
Maître Lemerle, quelle question désin-z-vous faire poser au témoin?
LEMERLE.
Monsieur le docteur Mathieu était présent lors de l'arrestation deCrainquebille. Jevous prie, monsieur le présidenl. de lui demander ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu.
LE PRÉSIDENT, au témoin.
Vous avez entendu la question?
LE DOCTEUR MATHIEL'.
Je me trouvais dans la foule, assemblée autour de l'agent, qui nommait le marchand de circuler. L'encombrement était tel qu'il était impossible de Ijouger. Aussi fus-je témoin de la scène qui eut lieu alors. Et je puis affirmer que je n'en perdis pas un mot. Jai parfaitement remarqué que l'agent s'était mépris : il n'avait pas été insulté! Le marchand n'avait pas poussé le cri que l'agent avait cru entendre. Mon observation fut corroborée par celle des personnes qui m'entouraient et qui furent unanimes à constater l'erreur. .le m'approcliai de l'agent et l'avertis de sa méprise, je lui fis observer que cet homme ne l'avait nullement injurié, qu'il avait tenu, au contraire, un langage très réservé. L'agent maintint le marchand en él;il ir;ini'.>[;ili(in et m'invita un peu rudeniL'iit à le ^.uivre au commissariat. Ce que je fis. .le réitérai ma déclaration devant le commissaire.
LE PRÉSIDENT, glacial.
C'est bien. "N'ous pouvez vous asseoir... Matra!...
(.Matra, après avoir dOposé son ceinturon, objet de sa sollicitude, vient
à la barre.) Matra, quand vous avez procédé à l'arrestation de l'inculpé, monsieur le docteur Mathieu ne vous a-t-il pas fait observer que vous vous inépre-
niez? (silence de Muiia.) Vous vGiiez d'eiileiidre la déposition de monsieur Malliieu. Je vous demande si, quand vous avez procédé à l'arrestation deCrainquebille, monsieur Mathieu ne vous a pas fait entendre qu'il croyait que vous vous étiez mépris. -
MATUA.
Mépris? mépris?... C'est-à-dire, monsieur le président, qu'il m'a insulté.
LE PHl':SlDENT.
Que vous a-t-il dit?
MATRA
Il m'a dit comme ça : « Mort aux vaches! »
LE PRÉSIDENT, prét-ipiluiiiinuiit.
Vous pouvez vous retirer.
PcnJuiil que Malra remet son ceiiiUiron, rumeur, luinullo, surprise douloureuse sur le visage blême du docteur Mathieu.
LEMERLE, agitant ses maiiclies au milieu du tumulte.
Je livre avec confiance les paroles du témoin à l'appréciation du tribunal.
Le tumulte continue.
voix DANS LA S A LLE , au milieu du bruit.
Il en a un culot, le sergol. Te voilà acipiitlé, mon vieux Crainquebillc.
38 CRAIXQUEBILLE
l'huissier.
Silence !
Le calme se réiablil peu h peu.
LE PRÉSIDENT
Ces manifestations sont souverainemenl indécentes. Si elles se reproduisent, je ferai immédiatement évacuer la salle... Maître Lemerle, vous avez la parole.
(Lemeilc déploie son dossier.) IMaîlre, sereZ-VOUS long? LEMERLE.
Non. J'estime que la déposition de l'agent Matra a singulièrement abrégé ma plaidoirie, et si ce sentiment est partagé par le tribunal, je...
LE PRÉSIDENT, très sec.
Je VOUS demande si vous serez long.
LEMERLE.
Vingt minutes, au plus.
LE PRÉSIDENT, icsigiié.
Vous avez la parole.
LEMERLE.
Messieurs, j';ij»]trécie, j'estime, je respecte les agents de la préfecture. In incident d'audience, si caractéristique qu'il soit, ne saurait m'écarter des sentiments
CRAINQUERILLR 39
Itivoraljles que je professe à l'égard de ces modestes serviteurs de la société qui. moyennant un salaire dérisoire, endurent les laliiiuesctafTrontent des périls incessants, et qui pratiquent l'héroïsme quotidien, le plus diflicile des hérdïsmes, peut-être. Ce sont d'anciens soldats, et qui restent soldats...
voix, rumeurs dans l'auditoire.
Voilà qu'il plaide pour les sergots !... Défends donc Crainquebille 1 Feignant !
In parde expulse un auditeur.
l'exPL I.SK.
J'ai lien dit... mais " |ti>inie » j'ai rien dit...