‹ Création & redemption: Le docteur mystérieuxChapitre 15 sur 16 · LA CROIX-AUX-BOIS · texte numérisé non relu

LA CROIX-AUX-BOIS

Deux heures après, toute l'armée était en marche et campait à quatre heures de Sedan.

Le lendemain, Dillon avait connaissance des avant-postes de Clerfayt, occupant les deux rives de la Meuse.

Une heure après, sous la conduite de Jacques Mérey, le général Miakinsky attaquait avec quinze cents hommes les vingt-quatre mille Autrichiens de Qerfayt, qui, ainsi que l'avait prévu Dumouriez» se retirait et se renfermait dans son camp de Brouennes.

Dillon passa devant le Chène-Populeux qui, nous l'avons dit, devait être occupé et défendu par le général Dubouquet, et continua sa marche entre la Meuse et TÂrgonne, suivi par Dumouriez et ses quinze mille hommes.

Le surlendemain, Dumouriez était à Baffu ; là, il s'arrêtait pour occuper les défilés de la Croix-aux- Bois et de Grand-Pré.

Dillon continua audacieusement son chemin ; il fit garder la Chalade, en passant, par deux mille hommes, et arriva aux Islettes, où il trouva Galbaud avec quatre mille hommes.

Le général était venu là de lui-même, et n'avait pas encore vu Fabre-d'Eglantine, qui courait après lui sur la route de Châlons.

C'est aux Islettes que Jacques Mérey fut d'une véritable utilité à Dillon; il connaissait le pays, ravins et collines. Il indiqua au général, sur le haut de la montagne qui domine les Islettes, un emplacement admirable pour établir une batterie qui rendait ce passage inabordable et dont, après

soixante-seize ans, on voit encore remplacement aujourd'hui.

Outre cette batterie, Dillon éleva d'excellents retranchements, fit des abatis d'arbres qui formèrent sur la route autant de barricades, et se rendit complètement mattre des deux routes qui conduisent à Sainte -Menehould et de Sainte-Menehould à Chàlons.

Les travaux de Dumouriez à Grand-Pré étaient non moins formidables ; Tannée était rangée sur des hauteurs s'élevant en amphithéâtre; au pied de ses hauteurs étaient de vastes prairies que l'ennemi était forcé d'aborder à découvert.

Deux ponts étaient jetés sur l'Aire, deux avantgardes défendaient ces deux ponts ; en cas d'attaque, elles se retiraient en les brûlant; et en supposant Dumouriez chassé de hauteur en hauteup, il descendait sur le versant opposé, trouvait l'Aisne qu'il mettait entre lui et les Prussiens en faisant sauter ces deux ponts.

Or, il était à peu près certain que l'ennemi échouerait dans ses attaques et que de ce poste élevé Dumouriez dominerait tranquillement la situation.

Le 8, on apprit que, la veille, Dubouquet, avec six mille hommes, avait occupé le passage du Chénc- Populeux ; le seul qui restât libre était donc celui de laCroix-aux-Bois, situé entre le Chêne-Populeux et le Grand-Pré. Dumouriez y alla de sa personne, fit rompre la route, abattre les arbres et y mit pour

le défendre un colonel avec deux escadron&^et deux bataillons.

t)ès lors sa promesse était remplie; FArgonne, comme leà Thérmopyles, était gardée, Paris avait d'evânt fui un retranchement que celui qui ï'avait élevé Regardait lui-même comme inexpugnable.

Lé dùC'd^Ôrléans avait tenu parole. Jour par jour^ Dumouriez avait été instruit des massacres des f^m& ; sous ùrtfé^âppafëhte itiéôùcfôndé; ces hrdteux asâaèisîïiafe^de ma'dame de LamMfe' à' l^'Abbaye, dès^ efiifaiife à^ Bieêtre, des^ femmes â fe SûpMhfé, M îfô\ilte^ï[îent le coéûi*; il notait leV â^^arôëiô^ suMé' calepin des représailles, éi se jîrômëtteHt, tbuï étf' soupiasil^à' ces hoi^ribleB nouvelieSy une stfÊPeuse vehgeaiiee si' jamais^ii arrivait au pouvoir.

Le due d'ek'léans kii^-même rfétàit ptfd^ rôsfté îïïH' passible aux mlassacre?. Où a^aie potté'Ia tète ê^' ifiadame dé LambaHe sous se^ Méft*ês, dmiis pré^ texte* qU^iHiô^ smé de te leine^ devait? ètrd ijiiie enne-^ mie du duc d'Orléans; mais on l'avait foix* de &e^ luer cette tète,, mais on avait forcé madame de Buffon de la saluer. Elle s'était levée de table,, et, pâle jusqu'à la lividité, à mcnitié morte, elle avait para au balcon.

Le duc d'Orléans, qui payait un douaire à madame de Lamballe, écrivait à Dumouriez :

» Ma fortune, à cette mort,, s'est augmentée de 300,000 francs de rente, mais ma tête ne tient qu'à un fil.

i> Je vous envoie mes deux fils ainés^ sauvez-les.^

Dès lors il n'y avait plus à balancer^ il fallait les prendre.' Le 10,^ le duc de Chartres arriva de la Flandre française avec son régiment, dans lequel son frère, le duc de Montpensier^ servait comme lieutenant.

C'était à cette époque un beau et brave jeune homme de vingt ans à peine, ayaat été élevé à la Jean-Jacques par madamo de GenUs^ extrêmement instruit, quoique son instruction fût plus étendue que profonde. Dans les quelques combats où il s'étaâl trouvé, il avait fait preuve d'un rare courage.

Son frère n'était encore qu'un enfent, mais un eofant charmant^ comme celui que j'ai connu et qui partait le même nom que Im. f"

Dumouriez les reçut à merveille, et dès ce jour une idée pointa dans^ son esprit.

Louis XVIétaitdevenu impossible ;. trop de fautes, et' même de parjures, l'avaient rendu odieux à la nation. La république ét^t imminente; mais serait-elle durable? Dumouriez ne le croyait pas^ Le comte de Provence et le comte d'Artois^en s'exilant, avaient renoncé au tfône de France.- 11 ne fallait que populariser, par deux ou trois victoires auxquelles il prendrait part, le nom du duc de Chartres, et, à un moment donné, le présentera la France comme un moyen terme entre la république et \^ royauté.

Ce fut le rêve que ât et que caressa Dumouriez à partir de ce moment.

Avec le duc de Chartres /et son frère, le corps que Dumouriez avait commandé dans les Flandres

vint le rejoindre ; il était composé d'hommes trèsbraves, très-aguerris , très-dévoués. S'il restait quelque doute sur Dumouriez, ce que les nouveaux venus racontèrent de leur général les effacèrent.

Puis Dumouriez avec sa haute intelligence comprenait que c'est surtout le moral du soldat qu'il faut soutenir. Il ordonna à la musique de jouer trois fois par jour. Il donna des bals sur l'herbe avec des illuminations sur les arbres, bals auxquels il attira toutes les jolies filles de Gémey, de Melzicourt, de Vienne-le-Chàteau, de la Chalade^ de Saint- Thomas, de Vienne-la-Villeetdes Islettes. Les deux princes commencèrent leur étude de la popularité en faisant danser des paysannes. Les deux jeunes hussards les aidaient de leur mieux. Deux ou trois fois Dumouriez invita les officiers prussiens et autrichiens de Stenay, de Dun-sur-Meuse, deCharny et de Verdun à y venir ; s'ils fussent venus, il leur eût fait visiter ses retranchements. Ils ne vinrent pas et il ne put se donner le plaisir de cette gas- V coanade.

Les souffrances cependant étalent à peu près les mômes pour nos soldats que pour l'ennemi : la pluie cinq jours sur six ; on était obligé de sabler avec le gravier de la rivière l'endroit sur lequel on dansait; mauvais vin, mauvaise bière; mais il y avait dans Tair et dans la parole du chef la flamme du Midi; en voyant le général gai, le soldat chantait ; en voyant le général manger son pain bis en riant, le

soldat mangeait son pain noir en criant Vive la nation I

Un jour il se passa une chose grave, et qui montra d'outre en outre l'esprit de toute cette armée sur laquelle reposait le salut de la France.

Chaque jour des détachements de volontaires arrivaient et étaient incorporés dans des régiments. Châlons, comme. les autres villes, envoya son contingent ; mais Châlons s'était, au profit de la Révolution, débarrassé de ce qu'il avait de pis : c'était une tourbe de drôles, parmi lesquels se trouvaient une cinquantaine d'hommes qui, sur la circulaire de Marat ! avaient septembrisé de leur mieux. Us aboyèrent en criant Vive Marat! la tête de Dumouriezl la tête de l'aristocrate I la tête du traître. Ils croyaient rallier à eux les trois quarts de l'armée, ils se trouvèrent seuls. Puis, tandis qu'ils faisaient de leur mieux pour mettre la discorde parmi les patriotes, Dumouriez monta à cheval avec ses hussards. Les mutins virent d'un côté mettre quatre canons en batterie, de l'autre côté un escadron prêt à charger. Dumouriez ordonna à ses canonniers d'allumer les mèches, à ses hussards de tirer le sabre du fourreau; il en fit autant qu'eux, et s'approchant d'eux à la distance d'une trentaine de pas :

— L'armée de Dumouriez, dit-il à haute voix, ne reçoit dans ses rangs que de bons patriotes et des gens honnêtes. Elle ia en mépris les maratistes et en horreur les assassins. Il y a au milieu de vous des misérables qui vous poussent au crime. Chassez- I. i8

les vous-mêmes de vos rangs ou j'ordonne à mes artilleurs de faire feu, et Je saore avec mes hussards ceux qui seront encore debout.

Donc, vous entendez, pas de maratistes, pas d'assassins, pas de bourreaux dans nos rangs. Chassez-les. Devenez bons, braves et grands comme ceux parmi lesquels vous avez l'honneur d^être admis 1

Cinquante ou soixante hommes furent chassés.

Ils disparurent comme slls s'étaient ahtmés sous terre. Le reste rentra dans les rangs, et prit l'esprit de l'armée, complètement pur des excès, de Tintérieur.

Jusqu'au 10 septembre, le roi de Prusse resta à Verdun, répétant ^ qui youlaU l'entep^re qu'il venait pour irendre au foi la royauté^ les éatises

ser roreiUe au paysan. S'il ne s'était ^gi crue de rendre l'église aux prêtres, le sentiment de la France, qui est profondément religieux, leur en eût dé lui-même rouvert les portes, mais en ^"60dant les églises aux prêtres, on rendait les biens au clergé.

Or, on avait confisse pour quatre milliar^?^ dç biens aux couvents et aux ordres religieux, et par les ventes qui depuis janvier en avaient été là suite, ces propriétés avaient passé de ^a main morte k l?l vivante, des paresseux aux travailleurs, des abbés libertins, des chanoines ventrus, des évêques fas-

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tueux aux honnêtes laboureurs ^ ; en huit mois une France nouvelle, s'étajt faite. ^

Le 10, cependant, les Prussiens se décidèrent à se mettre en mouvement ; ils sondèrent tous nos avant-postes, escarmouchèrentsur le front de tous nos détachements.

Sur plusieurs points noQ soldats étaient, si désireux d'en arriver à une actien décisive, qu'ils escaladèrent leurs retranchements et ohar^gèrent à la baïonnette.

^ Le soir^ipèmej it y .eut rapport chez le général, Jacques, Mérpy,. qui n'avait aucune fonction fixe, ^'était chargé d'inspecter tous; les postes. Il revint de soq inspection qn disant qçie le passage f}e la j^roix-aux-Bois n'était pas suffisamment .gardé.

Mais, jaur ce point, . il ne se trpuva malheureusèment. pojnt d'accord, avec Je colonel qui y çqinmandait. ]L.e passage de la Craixraox-Pois était je seul que Içs Prussien^ n'eussent pas éf>rouvé. Le exdonel préteijdU qu'il leur était,, Inconnu, et q^e npn-seulen^ent U, y avait assez d'hommes pour Iç garder, mais qu'il pouvait ene^pe .eBV<^]^^»âeux ou trois cents hommes fiu camp dç Grand-Pré, . Jacques Mérey insîstsi près de Dupiouriez ; mais le colonel, qui tenait à prouver qu'il avait jaison, enypy» à la Chalade un bataillon et un escadron.

Ci restait avec qudiques cei^ines d'hommes. ,

La nuit smvante^ tourmenté paî ses pressenti-

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