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316 CRÉATION ET RÉDEMPTIOJ^
ments, Jacques Mérey monta à cheval et s'açheiuiaa vers Je passage de la Croix-aux-Bois.
Mais peu à peu d'autres pensées que celles qui avaient déterminé son départ leur succédèrent dans son esprit, et il se mit à rêver comme il rêvait quand il était seul»
AÉva;
À sa vie si vide depuis qu'elle semblait et même qu'elle était si agitée.
Oui, certes, Jacques Mérey était un excellent patriote; ouiy la France tenait dans son cœur la place qu'elle devait y tenir, mais elle n'y avait rien fait perdre à la toute-puissance du souvenir d'Éva.
Où était-elle? que devenait-eHeî Ne lui avait-elle pas été arrachée avant que la création complète, non pas du corps, mais du cerveau, fCit accomplie.
Elle resterait belle, il y avait même à parier qu'elle embellirait encore; mais son esprit serait-il assez soutenu par l'éducation pour conserver un sens moTû\ qui pousse toujours son libre arbitre au bien; sa mémoire serait-elle assez tenace pour continuer d'enfermer dans son cœur le souvenir de celui qui, après Dieu, l'avait faite ce qu'elle était.
— Oh ! murmurait Jacques, la clarté s'était faite dans son esprit, mais il y avait encore du trouble dans son âme...
Et il voyait peu à peu son image s'obscurcissant dans cette âme pour ainsi dire inachevée, jusqu'à ce qu'elle se confondit dans cette nuit du passé où flottent les rêves vains sortis par la porte d'ivoire.
Jacques Mérey avait jeté la bride sur le cou de
son cheval. Il n'était plus sur la limite de la forêt
d'Argonne, il ne suivait plus les rives de l'Aisne, il
n'allait plus surveiller le passage menacé de la
Cpoix-aux-Bois. Il était à Argenton, dans la maison
mystérieuse, sous l'arbre de la science; il conduisait
Éva dans la grotte où pour la première fois elle lui
ayait dit qu'elle l'aimait et où elle le lui redisait
encore. Il revivait enfin de sa vie heureuse, quand
tout à coup il crut entendre le pétillement de la
fusillade suivi du cri d'alarme !
D'un même mouvement, il se dressa sur ses étriers et son cheval hennit^
Toute la fantasmagorie du passé disparut alors comme dans une féerie. Pareil à un dormeur qu'un rêve avait transporté dans des jardins délicieux, sous un lumineux soleil, et qui se réveille la nuit dans un désert, au milieu des précipices, lui se réveilla dans un chemin boueux, dans une forêt sombre, trempé par une pluie fine et glacée, au milieu des éclairs de l'artillerie et de la fusillade qui illuminaient l'épaisseur du bois.
Jacques Mérey mit son cheval au galop, mais en arrivant à la petite plaine de Longvée il se trouva au milieu des fuyards.
11 devina tout, la Crok-aux-Bois avait été attaquée comme il l'avait prévu, la position était forcée par les Autrichiens et les émigrés commandés par le prince de Ligne.
Une espèce de bataillon carré s'était formé au
commencement de la petite plaine. Jacques Mérey cpurut là où on résistait encore. Mais comme il arrivait, trois, ou quatre cents cavaliers chargeaient le colonel français au milieu de ses quelques centaines d'hommes, avec lesquels il essayait de soutenir la retraite. , Jacques Mérey se jeta au milieu de la mêlée. ^, Le colonel luttait corps à corps avec deux des cavaliers^ qui, par une charge à fond,, avaient, au cri de Vive le roi! rompu, le carr^. De se.s deux coups de pistolet Jacques les jeta à bas de leurs chevaux, mais à Tinstant même il se trojiva entouré ; il mit le sabre à la main ; puis, au miUeu des ténèbres, para et porta quelques coups. La niçit était complètement sombre, on ne voyait qu'à la lueur des coups de pistolet. Deux^ ou trois coups échangés firent une de ces clartés éphémères; mais à cette clarté Jacques crut reconnaître, sous Vvmforme ^is et vert de^ émigrés, le seigneu^ de Chazelay. 11 jeta un c^i de rage, poi^ssa spn cheval sur lui; mais au même instant il, sentit son chçval faiblir des quatre pieds,: une balle qui lui, ^tait destinée l'avait atteinj; à la |tête^au moment pu il le faisait cabrer pour franchir l'obstacle. Il s'abîma entre les pieds des chevaux, resta un instant immobile, s'abritant au cadavre de l'animal mort^ puis, se relevant et sq, glissant par une éclaircie, il se trouva sous le dôme de la forêt, c'est-à-dire dans une profonde obscurité.
Il ne pouvait rien dans cette terrible échauffouréa