‹ Crébillon fils. Biographie, bibliographie, pages choisiesChapitre 1 sur 20 · U CRÉBILLON · texte numérisé non relu

U CRÉBILLON

lleunuuictnent, Crébillon était un hunune de cœur qui s'empressa île solliciter de son père les autorisniions nécessaires. Mais ce dernier, Melchior Crébillon, notaire royal à Dijon, pensa que son fils s'était déjà suffitainment déshonoré en préférant la carrière des lettres à celle ■de la magistrature, sans encore faire entrer la fille d'un épicier dans la noble famille des Jolyot de Crébillon, et 4.1 refusa tout net.

Un peu désappointé, « Pour leur de rime » alla conter ses embarras au curé de Saint-Etienne du Mont qui, joignant la douceur éi^angélique à l'esprit, arrangea tout au mieux.

Il fut convenu qu'après des actes fort respectueux à l'auteur de ses jours, Crébillon serait uni à celle qu'il aimait et que, pour éviter les commérages du quartier, ta cérémonie s'accomplirait à la Villette, village situé alors hors barrière. La précaution n'était sans doute pas inutile puisque, quatorze jours après, la jeune femme mettait au monde un beau garçon qui reçut le nom de Claude-Prosper-Jolyot de Crébillon (14 février 1707).

Quatre années plus tard, au sortir de la toute première enfance, il perdit sa mère (1711) et ne connut guère que de nom le frère qui lui était né en 1709.

Le poète tragique, devenu veuf, ne pouvait, occupé qu'il était par la composition de ses pièces, donner grand temps à l'éducation de son fils. Des amis compatissants s'émurent et firent placer le jeune Claude à Lnuis-le- Grand, tenu alors par les jésuites. Comme il s'y montra élève studieux, à qui nulle question n'échappait, envieux de science et fort amène de caractère, les Pères songèrent à le faire entrer dans leur ordre. Mais, subitement, ils s'aperçurent que la douceur de leur pupille ne servait qu'à dissimuler une volonté très nette de sauvegarder sa liberté et que la soumission n'allait que jusqu'au point où elle n'était pas encore le joug.

Sorti de Louis-le-Grand, Claude Crébillon, impatient de connaître la vie et oublieux des principes de ses maîtres, ne fit qu'un saut des jésuites aux planches de la Comédie-

Française. Il y entra, précédé de la renommée paternelle, se tailla q-ielgnes siiceès auprès des jolies pensionnaires et, ne doutant plus de rien, entreprit, à côté d'autres conquêtes, celle du Théâtre des Italiens. Comme il avait de l'esprit, quil était fort en hec et n était pas avare de bons mots, on sollicita sa collaboration pour les parodies dont vivaient alors uniquement les Italiens ; bien des

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Aulograpk de Crébillon fils.

réparties spirituelles, entendues lors de ces représentations, lui furent, par la suite, comme bien on pense, plus ou moins gratuitement nitrihuées.

« 11 était, (lit Ali'icici', (jui le iré(|ui'iita beaucoup à cette époque, taillé comme un peuplier, haut, lon^', menu ; il contrastait avec la taille forte et le poitrail <ie Crébillon le traj^édiste. Jamais la nature ne lit deux êtres [)lus voisins et plus dissemblables. Crébillon était

CRElllLLON

la i>olilosso, raméiiité et la j^râce fondues ensemble ; une légère teinte de causticité perçait dans ses discours, mais elle ne frappait que les pédants littéraires et les ennemis du bien publie. Nos caractères allèrent fort bien ensemble... Sa conversation était piquante; il regrettait le temps de la Régence, comme l'époque des bonnes mœurs en comparaison desmœu/'s régnantes».

Quand il n'était pas en compagnie de comédie na, Claude Crébillon vivait dans le grenier que son père occupait place Maubert. Un grenier ! Une maison de retraite pour animaux, bien plutôt !

Dès la porte ouverte, une meute de chiens saluait le visiteur d' aboiements furieux, tandis qu'une théorie de chats tirés brusquement de leur sommeil regardaient d'un œil soupçonneux VinLrus qui osait venir troubler leur quiétude dans Vespèce d'asile que Crébillon père leur offrait. Celui-ci avait en effet la manie de recueillir tous les délaissés à quatre pattes qu'il rencontrait dans les ruelles de la capitale et se contentait de murs complètement dénudés et d'un mobilier tout à fait rudimentaire afin de donner la pâture journalière à ses protégés.

Si l'on ne reculait pas devant l'odeur épouvantable qui empuantait la pièce, on apercevait alors, sur un sopha, le fils qui rêvait et, à une table de travail, le poète tragique qui, les jambes nues, son éternelle pipe à la bouche, comme noyé dans la fumée, s'efforçait de distinguer celui qui entrait, Quant à s'entendre, c'était une autre affaire : c'était en vain qu'on eût tenté de placer un mot au milieu des cris des chiens, des croassements des corbeaux — {car Crébillon collectionnait aussi ces friands de charogne) — et des ironiques souhaits de bienvenue des perroquets.

Ce fut pourtant dans cette ménagerie que Crébillon fils composa ses premiers romans, les Lettres de la marquise de M... au comte de R... et le Sylphe — il est vrai que le père y déclamait bien ses tragédies !

Il y écrivit aussi l'Ecumoire ou Tanzaï et Néadarmé (173'i) qui lui valut l'aubaine d'un court séjour

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